Martyrologe

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Le mot martyrologe désigne à l'origine un livre liturgique, recueil de brèves notices sur les saints à fêter. Le martyrologe chrétien peut également contenir des prières de bénédiction ou de consécration. Le mot ne signifie pas seulement « liste des martyrs » mais liste des personnages reconnus saints par l'Église, personnages qui ont « porté témoignage »[note 1] de leur foi chrétienne[note 2].

Aujourd'hui, le mot est parfois utilisé moins rigoureusement pour désigner une nomenclature de personnalités ayant consacré leurs efforts, voire leur existence, à la défense d'une cause, de valeurs, ou d'une communauté.

Les premiers martyrologes chrétiens[modifier | modifier le code]

Les premiers martyrologes comportaient une série de notices hagiographiques[1] qui se succédaient à partir du 24 décembre ou du 1er janvier suivant la date anniversaire des saints mentionnés.

Le plus ancien martyrologe, daté du IVe siècle, a été longtemps attribué à Eusèbe de Césarée et sa traduction latine à saint Jérôme (345-c.419)[2]. Ce Martyrologe hiéronymien (Martyrologium sancti Hieronymi) a longtemps fait autorité. Il semble aujourd'hui que cette œuvre apocryphe soit une compilation anonyme de plusieurs listes de saints[1]. On possède des copies d'un martyrologe compilé par Bède, qui date du VIIIe siècle. Le genre connaît une grande vogue au IXe siècle puisque l'on trouve des fragments d'un autre martyrologe anglais (The Old English Martyrology) qui date de cette époque[3], le Martyrologe d'Adon, publié par Adon de Vienne en 858[4], l'un des plus influents, le martyrologe d'Usuard, moine de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés du IXe siècle, dont subsistent de nombreuses copies[5], et le martyrologe de Florus de Lyon[6].

Le seul martyrologe qui fasse autorité aux yeux de l'Église catholique romaine est le martyrologe romain.

Article détaillé : Martyrologe romain.

Il y a environ 40 000 saints dont le nom a été inscrit dans un martyrologe chrétien[7].

Martyrologes protestants[modifier | modifier le code]

Il existe des martyrologes propres à d'autres confessions chrétiennes, par exemple le Martyrologe protestant de Jean Crespin, paru à Genève en 1554, ou le Livre des martyrs du protestant anglais John Foxe, publié en 1565.

Un martyrologe commun à l'Église catholique et à certaines Églises réformées serait à l'étude.

Évolution du terme[modifier | modifier le code]

Pendant longtemps le terme n'est pas utilisé hors de son contexte romain.

Les églises orientale et orthodoxe emploient les termes de Synaxarium, ou de Menologium (ou ménologion) (voir par exemple le Ménologe de Basile II).

Le mot Ménologe est utilisé lorsque les notices biographiques ne sont pas celles de saints canonisés, par exemple le Menologium Franciscanum (Münich 1698), du moine franciscain Fortunatus Hueber, suite de biographies des saints et des bienheureux franciscains rédigée selon un calendrier imité du martyrologe.

Les jansénistes utilisent le terme de Nécrologe (Nécrologe De L'Abbaye De Nôtre-Dame De Port-Royal Des Champs, Ordre De Cîteaux, Institut Du Saint Sacrement) lorsqu'ils dressent une liste de tous ceux, philosophes ou religieux, qui ont vécu et souffert pour la défense de certaines exigences spirituelles.

Le mot martyrologe est passé du monde religieux au monde civil par extension de l'emploi du mot martyr.
Au XVIIIe siècle, le naturaliste Philibert Commerson aurait, selon son biographe Paul-Antoine Cap, occupé ses loisirs à rédiger un Martyrologe de la botanique, nomenclature des héros parfois tragiques de cette discipline[8].

Le 21 septembre 1792, pour appuyer la proposition de l'abolition de la royauté, l'abbé Grégoire lance à la Convention : « […] L'histoire des rois est le martyrologe des nations ! »

Quelques listes de soldats morts lors de la Première Guerre mondiale sont intitulées martyrologes.

Des auteurs l'utilisent pour donner la liste des morts victimes d'accidents, d'attentats (par exemple : Pierre Nicolas, Jacques-Régis du Cray, Martyrologe du Bazar de la charité: les victimes de l'incendie du 4 mai 1897 et leurs familles : dictionnaire prosopographique paru en 2000).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dom Henri Quentin, Les Martyrologes historiques du Moyen Âge, Paris, 1908 ;
  • Jacques Dubois et Geneviève Renaud, Édition pratique des martyrologes de Bède, de l'anonyme lyonnais et de Florus, Paris, 1976

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le mot grec μαρτυρος (marturos) signifie « témoin ».
  2. Certains auteurs ont utilisé le mot « martyrologue » au lieu de « martyrologe ». C'est ce dernier terme qui a été adopté par les dictionnaires pour traduire le terme latin de Martyrologium (voir Martyrologium Hieronymianum attribué à saint Jérôme) ou grec de Martyrologion de l'église orthodoxe. Certains ouvrages emploient également le terme de martrologe, repris à l'ancien français, et parfois altéré en matrologe.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Publications en ligne de l'IRHT, « Les Livres liturgiques »
  2. Voir par exemple Abbé Bergier, « Dictionnaire de théologie, 1740 »
  3. Hugh Magennis, « Old English martyrology »
  4. Jacques Dom Dubois et Genevieve Renaud, Le Martyrologe d'Adon, publications du CNRS, janvier 2001. ISBN 9782222031888
  5. Dom Henry Quentin, Martyrologes historiques', p. 675-7
  6. Martyrologes historiques, p. 247-375
  7. Alain Guillermou dans le livre des saints et des prénoms
  8. Paul-Antoine Cap, « Philibert Commerson : naturaliste voyageur », J. Pharm. Chim., 3e série, vol. 38,‎ 1860, p. 413-442 (ISSN 0368-3591, lire en ligne)