Islamisation

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Le terme islamisation est un néologisme[1],[Note 1] qui décrit la conversion d'une société civile à l'islam.

Historique[modifier | modifier le code]

Aux débuts[modifier | modifier le code]

La Grande Mosquée de Kairouan, fondée en 670 par le général et conquérant arabe Oqba Ibn Nafi, est la plus ancienne mosquée du Maghreb et de l'Afrique du Nord[2] et constitue un témoin architectural de l'islamisation de ces régions ; elle est située à Kairouan en Tunisie.

L'islamisation accompagna de concert l'expansion militaire et politique rapide des Arabes dans les premiers siècles après Mahomet. Alors que les premiers gouvernements islamiques furent mis rapidement en place en Afrique du Nord et en Iran, la conversion des populations releva d'un processus bien plus lent[Note 2]. Dans la majorité des situations, la conversion à l'islam n'était pas obligatoire[Note 3]. Les individus relevant d'une des 2 autres religions abrahamiques (juifs et chrétiens appelés gens du Livre dans le Coran) se voyaient attribué un statut spécifique de dhimmi. Dans ce cadre, ils se devaient de verser un impôt spécifique (jizya), et subir des discriminations et des vexations légalisées (interdiction de monter à cheval, interdiction de porter une arme, interdiction d'épouser une musulmane, obligation de laisser la priorité en toute circonstance aux musulmans, obligation de porter un signe distinctif, etc.[3],[Note 4]. En contrepartie, de l'acceptation de ce statut, la société musulmane garantissait la vie aux dhimmis[Note 5].

Dans ce cadre, certains chrétiens ou juifs occupaient parfois de hautes fonctions de conseil auprès du calife auxquels ils devaient allégeance. En contrepartie, les dhimmis n'étaient pas obligés de verser l'aumone (zakat) qui est une obligation religieuse musulmane, ni de participer à la défense du pays en temps de guerre . Après une victoire musulmane, les populations qui ne se référaient pas à un des deux monothéismes n'avait pas de statut et dépendaient du bon vouloir des musulmans locaux.

À l'époque, l'attribution d'un statut préétabli et standard était une innovation qui permit à certaines minorités de préférer la dhimma au statut antérieur.[réf. nécessaire]

Dans certaines zones de la civilisation islamique, l'islamisation s'accompagna également de l'arabisation, dans d'autres la totalité ou une partie de la population a pu ou su garder sa culture et sa langue ; c'est le cas notamment des peuples berbères au Maghreb[Note 6], mais également en Iran, Afghanistan, Pakistan, Inde, etc.[réf. nécessaire]

Après les conquêtes initiales[modifier | modifier le code]

Alors que l'expansion militaire de l'Empire musulman atteignait ses limites, l'islamisation continua par d'autres moyens en atteignant des zones non dominées militairement. Les pays de confession musulmane entretenaient le commerce dans la région de l'océan Indien (avant l'arrivée des comptoirs portugais) et dans le Sahara. Ce fut à travers l'activité commerciale que les contacts locaux, par opportunisme ou conviction, se convertirent dans des régions telles que le Sahel et les Indes orientales. Le contrôle politique musulman n'apparut qu'après qu'une partie importante de la population de ces régions se soit convertie.

Époque contemporaine (XXe - XXIe siècles)[modifier | modifier le code]

L’évolution de la démographie mondiale induit d’importants flux migratoires, et notamment l’arrivée de populations musulmanes dans des pays qui ne sont pas de tradition islamique, comme la Belgique, le Canada, la France ou encore le Royaume-Uni pour le monde occidental, mais aussi des pays d’Europe centrale (Pologne). C’est vers 2003, qu'on commence, en France, à parler de l’islamisation[4]. L'existence d'un phénomène d'« islamisation » de ces sociétés est un sujet controversé[5]. Certains auteurs musulmans[Qui ?] semblent même expliquer que, paradoxalement, l'occidentalisation forcée ou subie de ces populations d'origine musulmane favoriserait le retour d'une partie d'entre eux à une conception dite "civilisationnelle" de l'Islam, en tant que porteur d'un modèle politique et social concurrent à appliquer, radicalement opposé à la modernité occidentale[6]. Cette ré-islamisation par rejet ou échec des modèles d'intégration ou d'assimilation est un sujet politiquement sensible dans de nombreux pays européens, particulièrement en France avec son modèle atypique.

Certains hommes politiques ont repris ce terme lors de campagnes électorales, à l'image du souverainiste français Philippe de Villiers qui déclara le 16 juillet 2005 au journal télévisé: «nous ne pouvons pas continuer à assister impuissants à l'islamisation progressive de la société française.» et que «l'Islam est le terreau de l'islamisme, et l'islamisme le terreau du terrorisme » [7]. Ces propos ont fait l'objet d'un procès que Philippe de Villiers a gagné. Il a écrit les Mosquées de Roissy en 2006 dans une même perspective.

Selon Raphaël Liogier, le « mythe de l'islamisation » est fondé sur une mise en scène avec quatre personnages «  le héros qui défend l’Europe, le peuple trompé qui représente la majorité silencieuse, le traître multiculturaliste qui choisit les droits de l’homme et qui va être soit un naïf, soit une personne qui se range du côté des forts, et le djihadiste. Cette dernière figure négative et répulsive peut attirer, selon Liogier, des personnes en situation économique et sociale précaire et psychologiquement faibles »[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. Le verbe islamiser, quant à lui, est apparu dans la langue française au XIXe siècle, d'après le CNRTL
  2. Les minorités religieuses en terre d'Islam: Le statut de dhimmis Ce fut la Dhimma qui assura en grande partie le succès de la politique d'islamisation des territoires hors d'Arabie, et l'extinction progressive des peuples et des cultures indigènes.
  3. Le statut des non-musulmans en Islam Par contre les conversions à l’islam étaient contrôlées ; dans certains cas elles étaient interdites pour assurer l’assiette de l’impôt. Le fugitif qui avait fui à la ville pour se convertir et échapper à la kharâdj pouvait être ramené au village.
  4. Qu'est-ce qu'un «dhimmi» ? Outre la fiscalité, les non-musulmans étaient soumis à d'autres restrictions juridiques : un musulman ne pouvait hériter d'un dhimmi ni un dhimmi d'un musulman.
  5. L’Islam et les autres religions Tant que les Juifs et Chrétiens se soumettaient à la loi islamique et acceptaient le statut de dhimmitude, l’État musulman théoriquement protégeait leur vie et leurs biens, il leur reconnaissait une liberté religieuse limitée et le droit de s’administrer selon leurs lois civiles.
  6. L'Islam et l'arabisation de la Berbérie Ils étaient certes préparés au monothéisme absolu de l'Islam par le développement récent du christianisme, mais aussi par un certain prosélytisme judaïque dans les tribus nomades du Sud et peut-être encore, pour certains, par le souvenir de l'omnipotence du grand dieu africain, nommé Saturne par les Latins, successeur du Baal Hammon punique, dont la pré-éminence sur les autres divinités préparait au monothéisme.
Références
  1. Recherche du terme sur le site du CNRTL
  2. (en) Hans Kung, Tracing the Way : Spiritual Dimensions of the World Religions, éd. Continuum International Publishing Group, 2006, p. 248
  3. Les dhimmis dans l'Islam médiéval
  4. a et b Raphaël Liogier : « Les musulmans doivent descendre dans la rue », Interview SaphirNews.com, lundi 7 janvier 2013.
  5. Article de Raphaël Liogier sur l'affaire crèche Baby-Loup
  6. Aïssam ait Yahya, De l'idéologie islamique française: éloge d'une insoumission à la modernité, C.I.R.D., 2011
  7. http://www.saphirnews.com/Rassemblement-de-protestation-apres-les-propos-racistes-de-Philippe-de-Villiers-sur-TF1_a1356.html

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]