Front islamique du salut

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Front islamique du salut
Image illustrative de l'article Front islamique du salut
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Présentation
Secrétaire-général Abassi Madani, Ali Benhadj
Fondation 1989
Disparition 1992
Légalisation 16 septembre 1989
Couleurs Noir et Blanc

Le Front islamique du salut (FIS) (الجبهة الإسلامية للإنقاذ, al-Jabhah al-Islāmiyah lil-Inqādh) est né en février 1989[1]. C'était une formation politique algérienne militant pour la création d'un État islamique. Celle-ci est dissoute en mars 1992 par le tribunal administratif d'Alger[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Ce mouvement est fondé le 18 février 1989 dans la mosquée al-Sunna de Bab El-Oued à Alger, par plusieurs personnalités influentes du courant islamiste algérien[1]. Au sein de cette mosquée, sont réunis les principaux fondateurs du FIS : Abassi Madani, Ali Benhadj, Hachemi Sahnouni, Saïd Makhloufi, Abdelkader Hachani et également Benazouz Zebda[1]. Le FIS est tout d'abord cantonné à certains milieux universitaires. Puis, le mouvement islamique élabore une stratégie avec comme corollaire, la conquête du pouvoir, avec l'instauration d'un État islamique et l'application de la charia[1]. Pour ce faire, il eut recours à des actions de bienfaisance et de lutte contre la pauvreté et les autres malaises de la société.

Le 10 mars 1989, le porte parole de l'organisation, Abassi Madani, fait sortir de la clandestinité le FIS, en déclarant officiellement sa naissance, à la mosquée de Kouba[1],[3].

Le 16 septembre 1989, le parti obtient l’agrément du ministère de l'Intérieur[1],[3].

Les victoires du FIS aux élections[modifier | modifier le code]

Lors des élections locales du 12 juin 1990, premières élections libres en Algérie depuis son indépendance ; le FIS remporte alors 953 communes sur 1539 et 32 wilayas (provinces) sur 48[1]. Il obtient dès lors 54% des suffrages exprimés[4].

Le 26 décembre 1991 a eu lieu le premier tour des élections législatives. Le FIS obtient 188 sièges sur 231, soit près de 82 %, le FFS 25 sièges et le FLN 15 sièges, les candidats indépendants remportent 3 sièges. Prenant acte de la situation qui prévalait, et qui risquait de tourner à son désavantage, l'armée décide le 11 janvier 1992 de pousser le chef de l'État, le président Chadli Bendjedid à la démission et d'interrompre le processus électoral. Les assemblées communales et départementales dirigées par les élus du FIS sont par ailleurs dissoutes et les militants et sympathisants de la formation qui vient de remporter le premier tour du scrutin législatif sont emprisonnés ou expédiés dans des camps établis dans le sud saharien.

Article détaillé : Janviéristes (Algérie).

Le financement du FIS[modifier | modifier le code]

Plusieurs études ont souligné le rôle du financement extérieur du FIS, mais aussi d'autres groupes religieux[5]. Le fort soutien financier est par l'Arabie saoudite en 1980 afin de contrer la Révolution iranienne et en limiter ses conséquences : Les informations exactes au sujet du soutien financier saoudien aux islamistes en Algérie ne sont peut-être connues que par la police secrète du régime[évasif][5].

La radicalisation des membres du FIS et l'immixtion de l'armée algérienne dans l'organisation[modifier | modifier le code]

Alors que se multiplient les exécutions extra judiciaires, les sympathisants du FIS s'engagent peu à peu dans une lutte armée contre l'État. Dans ce contexte, de nombreuses personnalités civiles (intellectuels, artistes, journalistes) vont être assassinées dans des conditions mystérieuses[réf. nécessaire]. Depuis lors, des témoignages convergents émanant notamment de membres des services secrets de l'armée algérienne ont établi qu'un grand nombre de ces assassinats avaient été commis par les officines de l'armée qui avaient progressivement pris le contrôle des groupes islamistes ou même s'y étaient substitués[6]. Cette stratégie avait pour objectif de discréditer l'opposition islamiste à l'intérieur comme sur la scène internationale et de déplacer sur le terrain strictement sécuritaire une lutte que le pouvoir savait perdue sur le terrain électoral et politique.

Dans son livre « Chronique des années de sang » (Paris Denoël 2003 page 94) Mohamed Samraoui, ex haut responsable des services secrets de l’armée algérienne, rétablit une série de données factuelles essentielles. Il révèle d’abord que dès 1991, avant même l’apparition des premiers « Groupes Islamiques Armés », les leaders du « Mouvement islamique armé » (le MIA, la première expression armée du courant islamiste), après avoir été amnistiés, se virent équipés par les services secrets de l’armée de « véhicules de services ». Plus tard, « les premiers tracts islamistes appelant à la conquête du pouvoir par les armes », précise-t-il ensuite, « sortaient en fait de la caserne Antar de Ben Aknoun, siège du Centre principal des opérations (CPO)… Quant aux fameuses « listes noires » [des intellectuels à abattre] attribuées aux islamistes, elles avaient été élaborées au Centre Ghermoul, siège de la Direction du contre-espionnage (DCE). Ce sont les capitaines Omar Merabet, Saïd Lerari (dit Saoud) et Azzedine Aouis, qui ont rédigé ces tracts, que les éléments de la « section de protection » et les chauffeurs de la DCE glissaient dans les boites aux lettres des intéressés. » Pour Samraoui, depuis le début la guerre civile, la plupart des « émirs du GIA » ne furent en fait que des épouvantails aux mains des services.

Les événements après la dissolution du FIS[modifier | modifier le code]

Le 15 juillet 1997, Abassi Madani bénéficie d'une liberté conditionnelle[7],[8]. Cependant, cette liberté est de courte durée car il est placé dès le mois d'août, en résidence surveillée[8]. Officiellement il devait appeler les anciens partisans du FIS à déposer les armes. Quelques mois après sa sortie de prison, une lettre compromettante fut découverte et dans laquelle Ali Belhadj appelait le GIA et l'AIS à poursuivre leur lutte. Une lettre dont l'origine et le contenu restent à prouver. C'est sur la base de cette preuve qu'il fut de nouveau emprisonné. L'AIS a été chargé, durant ces années de défendre les villages isolés contre les GIA, des villages abandonnés par l'armée régulière. Les médias, tant occidentaux qu'algériens, omettront de parler de ces nombreux combats dans les montagnes entre l'AIS et les GIA.

En 1999, on ne dénombrait plus que 600 terroristes des GIA. Ces groupes terroristes, étrangers au peuple algérien, ont disparu petit à petit durant ces dernières années. Les partisans du FIS, l'AIS, ont bénéficié d'une amnistie présidentielle suite à la loi sur la concorde civile proposée par le président Abdelaziz Bouteflika. Cette volonté du pouvoir de se réconcilier avec le FIS, pose la question de la culpabilité de ce parti quant à cette décennie de massacres de civils. Car malgré l'implication supposée ou réelle de l'armée il reste incontestable que ce parti a appelé à la lutte armée contre son peuple et a usé de liquidation physiques de citoyens pour faire pression sur le gouvernement. Durant la décennie noire, le peuple algérien s'est trouvé ainsi pris entre le feu des islamistes et celui de l'armée régulière.

L'ancien ministre de l'éducation nationale du temps de Houari Boumédiène, Ahmed Taleb Ibrahimi, fervent partisan du FIS, tentera en 2000 de recréer le parti islamique, mais en vain.

Le 2 juillet 2003, Abassi Madani et Ali Belhadj sont libérés sous la présidence d'Abdelaziz Bouteflika[9].

En dépit des discours rassurants et des efforts de réconciliation nationale du gouvernement Bouteflika, l'ombre de violences islamistes plane toujours sur l'Algérie. Leur influence, sans toutefois retoucher à la politique, est pesante et certaines lois se durcissent depuis leur sortie officielle. En effet, un amendement des députés du parti islamiste algérien, en lien avec la loi de finance de 2004, a été adopté le 10 novembre 2003, par l'Assemblée populaire nationale[10]. Celui-ci concerne l'interdiction formelle d'importer de l'alcool sur le territoire algérien et intervient donc, quelques mois après la sortie d'Ali Belhadj[10].

Actuellement Ali Belhadj est frappé d'une interdiction de sortie du territoire, voire de la capitale.

Abassi Madani a procédé à plusieurs voyages, notamment en Indonésie, en Malaisie et au Qatar où il a été soigné. Depuis novembre 2003, il vit au Qatar[11],[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Société et pouvoir en Algérie, en:William B. Quandt (spécialiste de l'Algérie et du tiers monde), 1999, édité par Casbah.
  • Françalgérie crimes et mensonges d’États, Histoire secrète de la guerre d'indépendance à la « troisième guerre », Lounis Aggoun, Jean Baptiste Rivoire, Paris, La Découverte, 2004.
  • Chronique des années de sang, Mohamed Samraoui, Paris, Denoël, 2003.
  • Qui a tué à Bentalha ? Algérie : chronique d'un massacre annoncé, Nesroulah Yous, Salimah Mellah, Paris, La Découverte, 2000 (Cahiers libres).
  • La sale guerre, Habib Souaïdia, le témoignage d'un ancien officier des forces spéciales de l'armée algérienne, 1992-2000, Paris, La Découverte, 2001 (Cahiers Libres).
  • Chroniques infernales : Algérie 1990-1995, Mohamed Balhi, Marinoor, Alger, 1997. Il y est question de l'émergence du FIS et de ses dérives.
  • Abd'El-Kader Tigua…
  • An inquiry into the algerian massacres, Abbas Aroua…
  • FIS, armée, GIA : vainqueurs et vaincus, Riadh Sidaoui, éd. Publisud, Paris, 2002.
  • FIS (Front islamique du salut) : sa direction parle, Patrick Denaud, éd. l’Harmattan (1997).

Liens externes[modifier | modifier le code]