Assassinat des moines de Tibhirine

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Portraits des sept moines assassinés, Notre-Dame de l'Atlas, Midelt, Maroc.

L'Assassinat des moines de Tibhirine fait référence à la mort, en 1996, lors de la guerre civile algérienne, de sept moines trappistes du monastère de Tibhirine, en Algérie. Les sept moines sont enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 et séquestrés durant plusieurs semaines. Leur assassinat est annoncé le 21 mai 1996 dans un communiqué attribué au GIA (Groupe islamique armé). Les têtes des moines ne sont retrouvées, non loin de Médéa, que le 30 mai 1996.

Étrangement, les autorités algériennes vont chercher à cacher le fait que les corps ont disparu. Pour faire illusion, elles vont jusqu'à lester les cercueils des moines avec du sable. Seule l'obstination du secrétaire général adjoint des trappistes, le père Armand Veilleux, à identifier les corps lui permettra de découvrir leur absence des cercueils. Une anecdote qui alimentera les doutes sur la thèse officielle du "crime islamiste" pour expliquer leur décès.

En raison de l'absence d'enquête judiciaire algérienne, les commanditaires de l'enlèvement des moines, leurs motivations ainsi que les causes réelles de l'assassinat sont encore mal connus à ce jour.

1) La version officielle d'Alger qui a longtemps prévalu est celle d'une culpabilité du "GIA" (Groupe islamique armé) de Djamel Zitouni.

Mais en 1997, d'anciens officiers des services algériens révèlent qu'entre 1994 et 1996, le fameux Djamel Zitouni était secrètement manipulé par leurs chefs, les généraux Smain Lamari et Toufik Mediene, respectivement numéro 1 et 2 du "DRS" (Département Renseignement Sécurité, ex "sécurité militaire").

2) Une seconde thèse reposant sur un témoignage algérien indirect transmis en 1996 au général François Buchwalter, alors attaché de défense à l'ambassade de France à Alger (mais révélé à la justice en 2009,) évoque une bavure de l'armée algérienne, dissimulée ensuite par celle-ci.

3) Mais à partir de 2002, de nouveaux agents du DRS ou des islamistes du GIA confirment à Canal plus, puis à Libération, qu'en 1996, les moines de Tibhirine ont été enlevés sur ordre d'Alger. Ces témoignages sont rassemblés en 2011 dans le livre Le Crime de Tibhirine. Révélations sur les responsables de Jean-Baptiste Rivoire et dans le documentaire Le Crime de Tibhirine[1] (diffusé le 19 septembre 2011 dans l'émission Spécial Investigation de Canal plus).

Ces anciens militaires algériens expliquent qu'en soignant les maquisards islamistes, les moines exaspéraient les patrons du DRS précisément chargés d'éradiquer les insurgés. Que les autorités avaient exigé à plusieurs reprises que les moines quittent Tibhirine, sans succès. Et qu'en 1996, le général Smain Lamari, alors patron de la Direction du contre-espionnage, avait fini par se résoudre à faire enlever les moines sous couvert d'une "opération islamiste de Djamel Zitouni".

Selon ces anciens agents secrets algériens, l'opération aurait visé un triple objectif :

  1. contraindre les moines, qui soignaient les insurgés, de quitter la région
  2. discréditer les islamistes
  3. obtenir la reconnaissance de la France en faisant libérer les otages par l'armée.

Selon ces nouveaux témoins, les moines ne devaient pas être tués, mais des soupçons grandissants sur le DRS (ex "sécurité militaire") auraient finalement incité ses patrons à faire éliminer secrètement les moines fin avril 1996, et non pas fin mai 1996, comme on l'avait longtemps cru[2],[3].

Monastère de Tibhirine[modifier | modifier le code]

Le monastère de Tibhirine
Plaque du jour de la fondation du monastère

Fondé en 1938, ce monastère trappiste se situe près de Médéa, à 90 km au sud d'Alger, dans une zone montagneuse. L'Abbaye Notre-Dame de l'Atlas est située dans un domaine agricole. Les moines s'y consacrent à la prière et vivent du travail de la terre[4], selon la doctrine trappiste. La ferme et les terres sont nationalisées en 1976, mais les moines gardent ce qu’ils peuvent cultiver[5].

Jean-Marie Rouart décrit les lieux lors de son discours académique à l'Académie française :

« C’était une grande bâtisse un peu austère mais chaleureuse et accueillante, construite en face d’un des plus beaux paysages du monde : les palmiers, les mandariniers, les rosiers se dessinaient devant les montagnes enneigées de l’Atlas. Des sources, une eau claire, irriguaient le potager. Il y avait aussi des oiseaux, des poules, des ânes, la vie. Des hommes avaient choisi de s’installer dans ce lieu loin de tout mais proche de l’essentiel, de la beauté, du ciel, des nuages. Ce n’étaient pas des hommes comme les autres : ils n’avaient besoin ni de confort ni de télévision. Ce qui nous est nécessaire leur était inutile, et même encombrant[6]. »

Article détaillé : Abbaye Notre-Dame de l'Atlas.

Enlèvement et mort des moines[modifier | modifier le code]

Premières alertes[modifier | modifier le code]

Le 14 décembre 1993, douze ouvriers croates sont égorgés à quelques kilomètres du monastère[4]. Les auteurs ont séparé musulmans et chrétiens, pour ne tuer que ces derniers. Trois Croates en réchappent toutefois, grâce à la solidarité d'un ouvrier bosniaque musulman. Les moines en témoigneront dans une lettre écrite au journal La Croix le 22 janvier 1994, qui sera publiée le 24 février de la même année[7].

Le 24 décembre 1993, un groupe armé de l'AIS fait irruption dans le monastère. Il est dirigé par l'émir Sayad Attiya, qui exige l'impôt révolutionnaire pour sa cause et veut emmener le médecin de la communauté, frère Luc. Christian de Chergé, prieur du monastère refuse, tout en rappelant que frère Luc reste disponible pour tous les malades qui viendront au monastère. L'émir repart alors sans leur faire de mal[4].

Enlèvement[modifier | modifier le code]

Dans la nuit du 26 au 27 mars 1996, à 1 h 15 du matin, un groupe d'une vingtaine d'individus se présente aux portes du monastère. Ils pénètrent de force à l'intérieur et vont vers le cloître où ils enlèvent sept moines. Deux membres de la communauté, frère Jean-Pierre et frère Amédée, qui dormaient dans une autre partie du monastère, échappent aux ravisseurs[4],[8]. Aujourd'hui encore, l'identité des personnes ayant enlevé les moines reste incertaine[9].

Négociations[modifier | modifier le code]

Pendant plusieurs jours, il n'y a pas de nouvelles officielles des moines. Entre le 18 et le 27 avril, le communiqué n° 43 attribué au Groupe islamique armé assure que les moines sont toujours vivants. Il propose un échange de prisonniers et se termine par cette phrase : « Si vous libérez, nous libérerons… »[10],[11].

Le 30 avril, un envoyé des ravisseurs, nommé Abdullah, se présente au consulat de France à Alger, et livre un message de Djamel Zitouni et une cassette audio sur laquelle on entend les voix, reconnaissables, des sept moines. Dans cet enregistrement datant du 20 avril, Christian de Chergé dit notamment : « Dans la nuit du jeudi au vendredi, les moudjahiddin nous ont lu le bulletin de la Jamaa Islamiyya Moussalaha dans lequel il est demandé au gouvernement français de libérer un certain nombre d’otages appartenant à ce groupe en échange de notre libération, cet échange semblant être une condition absolue. » Une fois parti, cet émissaire ne reprendra plus contact avec les autorités[9],[12].

En France, l'enquête est menée par la DGSE et par la DST. Il semble que la rivalité entre ces deux services ait été préjudiciable aux négociations[10],[13]. Parallèlement, Jean-Charles Marchiani, ex-préfet du Var, tente lui aussi de faire libérer les otages. Mais ses négociations séparées auraient été désavouées par Alain Juppé, alors premier ministre[10],[13].

Mort des moines[modifier | modifier le code]

Cimetière de l'Abbaye de Tibhirine.

Le 21 mai, le communiqué no 44 attribué au GIA annonce : « Nous avons tranché la gorge des sept moines, conformément à nos promesses. »[9],[14] L'annonce du massacre suscite une très forte émotion en France. Le 28 mai 1996, dix mille personnes se rassemblent sur le parvis des droits de l'homme du Trocadéro pour rendre un dernier hommage aux moines assassinés[4].

Le 30 mai, le gouvernement algérien annonce la découverte des dépouilles des moines, près de Médéa[9]. Le père Armand Veilleux, procureur général de l'ordre cistercien — ordre auquel les moines appartenaient — se rend en Algérie et demande à voir les corps. Il essuie d'abord un refus de l'ambassade de France, puis est informé que seules les têtes ont, en réalité, été retrouvées. Par la suite, aucune autopsie officielle ne sera mentionnée par les autorités algériennes[10]. L'identité des moines a toutefois pu être établie le 31 mai, à la morgue de l’hôpital militaire d’Ain Nadja où Michel Lévêque, ambassadeur de France, s'est rendu, accompagné, entre autres, d'un médecin de la gendarmerie, de Mgr Henri Teissier, archevêque d’Alger, du père Armand Veilleux, procureur général des cisterciens de la stricte observance, et du père Amédée, un des deux moines ayant échappé à l'enlèvement[9].

Les obsèques ont lieu à la Basilique Notre-Dame d'Afrique d'Alger le 2 juin 1996[15]. Ils sont enterrés au monastère de Tibhirine deux jours plus tard[4]. Les autorités ont dissuadé les familles de s'y rendre. Seuls la sœur de Christophe Lebreton et son mari obtiennent un visa. Des déploiements de forces de l'ordre considérables ont lieu dans la région et le long du parcours.

Entre le printemps 1994 et l'été 1996, dix-neuf prêtres et religieux catholiques ont été assassinés en Algérie. Parmi eux, les moines de Tibhirine, quatre Pères blancs de Tizi Ouzou[16], et Mgr Pierre Claverie, évêque d'Oran, tué le 1er août 1996[17],[18].

Aperçu biographique des moines assassinés[modifier | modifier le code]

  • Dom Christian de Chergé, prieur de la communauté depuis 1984, 59 ans, moine depuis 1969, en Algérie depuis 1971.
  • Frère Luc Dochier, 82 ans, moine depuis 1941, en Algérie depuis août 1946. Il a obtenu la nationalité algérienne. Médecin, il a exercé pendant la Seconde Guerre mondiale avant de prendre la place d'un père de famille nombreuse en partance pour un camp de prisonniers en Allemagne. Présent cinquante ans à Tibhirine, il a soigné tout le monde gratuitement, sans distinction. Déjà en juillet 1959, il avait été enlevé par des membres de l'ALN. Il était, avec le frère Michel, cuisinier de la communauté.
  • Père Christophe Lebreton, 45 ans, moine depuis 1974, en Algérie depuis 1987, ordonné en 1990.
  • Frère Michel Fleury, 52 ans, moine depuis 1981, en Algérie depuis 1985. Membre de l'Institut du Prado, il était le cuisinier de la communauté.
  • Père Bruno Lemarchand, 66 ans, moine depuis 1981, en Algérie et au Maroc depuis 1989.
  • Père Célestin Ringeard, 62 ans, moine depuis 1983, en Algérie depuis 1987. Son service militaire fait en Algérie le marqua pour le reste de sa vie car, notamment, en tant qu'infirmier, il soigna un maquisard blessé que l'armée française voulait achever.
  • Frère Paul Favre-Miville, 57 ans, moine depuis 1984, en Algérie depuis 1989. Il était chargé du système d'irrigation du potager du monastère[19].
Article détaillé : Abbaye Notre-Dame de l'Atlas.

Circonstances de la mort des moines[modifier | modifier le code]

Les circonstances exactes de la mort des moines restent mystérieuses. Plusieurs scénarios ont ainsi été envisagés[10],[2],[3].

Version officielle d'Alger : responsabilité du GIA[modifier | modifier le code]

La version officielle est celle impliquant le Groupe islamique armé et Djamel Zitouni, un de ses chefs de guerre[10],[20]. Celui-ci aurait voulu imposer son autorité sur la région par l'enlèvement et l'assassinat des moines. Cette version se heurte cependant au fait que les corps des moines n'ont pas été retrouvés et qu'aucun rapport d'autopsie n'a été communiqué[10]. De plus, des doutes subsistent quant à l'authenticité des deux communiqués (n°43 et 44), attribués officiellement au GIA[9]. Enfin, le communiqué annonçant l'exécution des moines parlait de mort par égorgement[9]. Celle-ci était pratiquée couramment par le GIA[21]. En réalité, les moines ont été décapités. Cela sans qu'on puisse établir si ces décapitations ont été la cause de la mort ou si elles ont été pratiquées après le décès des moines[9].

Accusations contre les services secrets algériens[modifier | modifier le code]

Certains dissidents algériens accusent les services secrets algériens d'avoir commandité l'assassinat des moines. Les services secrets auraient infiltré le GIA, avec notamment, la collaboration de Djamel Zitouni. Ce dernier aurait enlevé et tué les moines pour discréditer le GIA dans l'opinion publique. Mgr Pierre Claverie, évêque d'Oran, assassiné en 1996, semblait persuadé de l'implication des services secrets algériens[10],[Note 1].

Cette thèse d'une manipulation par l'armée semble aussi accréditée par la présence reconnue par Alger de Abderrazak el-Para lors de la captivité des moines. Ancien officier de l'armée algérienne, il avait déserté au début des années 1990 et rejoint les groupes islamiques clandestins. Il est soupçonné d'être en réalité un agent des services de la Sécurité militaire algérienne[13],[22].

Dans les documents déclassifiés par le gouvernement français en 2009, il apparaît que Philippe Etienne, directeur adjoint de cabinet du ministre des affaires étrangères Hervé de Charette, envisageait, en 1996, la possibilité d'un enlèvement dirigé par les autorités algériennes[9]. Cette éventualité transparaît aussi à travers les notes du général Philippe Rondot, numéro deux, à l'époque, de la Direction de la surveillance du territoire (DST) et chargé, en 1996, de l'enquête sur l'enlèvement[13],[20]. Auditionné le 27 septembre 2010, le général Rondot a toutefois défendu la thèse de la responsabilité du GIA[20].

Bavure possible de l'armée[modifier | modifier le code]

En juillet 2008, le journal La Stampa reprend l'information, publiée dès mars 2006 par John Kiser dans l'ouvrage Passion pour l'Algérie[23], selon laquelle les sept moines français auraient été tués depuis un hélicoptère de l'armée algérienne[24] dans un camp peu après leur enlèvement[25]. Dès mars 2006, John Kiser précise que « d'après une source interrogée à Alger, l'attaché militaire de l'ambassade de France aurait admis que les services de renseignement avaient intercepté une conversation dans laquelle un pilote d'hélicoptère algérien disait : « Zut ! Nous avons tué les moines ! ».

Début juillet 2009, le général François Buchwalter, né en 1943 à Toulouse, et qui était, en 1996, attaché militaire à l’ambassade de France à Alger, rend public le témoignage qu'il a apporté à la Justice française. Il affirme avoir obtenu ses informations en 1996 d’un ancien camarade algérien de Saint-Cyr, dont le frère était le chef d’une escadrille d’hélicoptères basée à Blida. D'après les confidences que ce pilote auraient faites à son frère, les moines auraient été tués par erreur lors d'une opération menée par l'armée algérienne. Cet officier pilotait l’un des deux hélicoptères lors d’une mission dans l’Atlas blidéen, entre Blida et Médéa. Ceux-ci auraient mitraillé un camp, pensant qu'il abritait des membres du GIA. En effectuant une patrouille au sol, les militaires auraient découvert les corps sans vie des moines[26],[13],[27],[10]. Dans sa déposition à la Justice française, François Buchwalter a aussi déclaré qu'il avait constaté, dans la première version du communiqué n°44 du GIA, une erreur suspecte dans le verset cité du Coran[26].

Selon le général François Buchwalter, l'armée algérienne, embarrassée par cette bavure, a ensuite été obligée de décapiter les cadavres des moines pour faire croire à un assassinat commis par les terroristes[26],[27]. Le gouvernement français aurait dissimulé cette version des faits à l'opinion publique[27]. Suite à ce témoignage, une partie du secret défense sur les dossiers concernant les moines de Tibhirine est levée par le gouvernement français. Des documents émanant des ministères des affaires étrangères, de l'intérieur et de la défense et datant d'avant le 7 juin 1996, sont remis au juge chargé de l'enquête[13]. D'après ces documents, des raids aériens de l'armée algérienne ont bien eu lieu dans la région dans les dernières semaines de mai 1996[13].

La version du général Buchwalter présente toutefois aussi des faiblesses. Elle repose sur un seul témoignage[10]. De plus, le juge Marc Trévidic, chargé du dossier, n'a pu retrouver le militaire qui aurait été aux commandes de l'hélicoptère. Et son frère, qui avait donné son témoignage au général Buchwalter, serait décédé[20]. Enfin, il y a des incertitudes techniques sur les conditions dans lesquelles l'intervention aérienne de l'armée aurait pu entraîner la mort des sept moines[10].

Responsabilités multiples[modifier | modifier le code]

Une autre hypothèse envisage aussi l'intervention de l'armée algérienne, avec la complicité de l'islamiste Djamel Zitouni. Celui-ci aurait enlevé les moines car ils donnaient une aide médicale aux terroristes. Mais un autre groupe du GIA aurait ensuite pris possession des otages[10],[28],[21]. Abdelkader Tigha, ancien membre des services secrets algériens chargé de superviser l'infiltration des GIA, déclare à un journaliste du quotidien Libération le 23 décembre 2002 que Djamel Zitouni avait été manipulé par l'armée algérienne pour intoxiquer l'opinion internationale, et en particulier la France pour que Paris continue à soutenir Alger dans la lutte contre le terrorisme[29]. Selon un plan préétabli, les moines auraient dû en réchapper, mais un autre groupe d'extrémistes les avait finalement exécutés[20].

Enquête en cours[modifier | modifier le code]

Pour éclaircir les circonstances de la mort des moines et obtenir réparation, une plainte avec constitution de partie civile est déposée à Paris, le 9 décembre 2003, au nom de membres de la famille de Christophe Lebreton, un des moines assassinés, et du père Armand Veilleux, procureur général de la congrégation de l'ordre des Cisterciens au moment de la mort des sept moines de Tibhirine[30],[31]. En février 2004, le parquet de Paris ouvre une information judiciaire pour « enlèvements, séquestrations et assassinats en relation avec une entreprise terroriste »[32],[11].

En mai 2006, l'avocat de la partie civile, M. Patrick Baudouin, dénonce « l'opacité anormale » et la « lenteur excessive » dans l'instruction menée en France par le juge Jean-Louis Bruguière[32].

Depuis 2007, c'est le juge Marc Trévidic qui est chargé du dossier[2].

Fin 2009, la commission consultative du secret de la défense nationale autorise la déclassification de documents détenus par la DCRI[33],[9],[34].

En novembre 2013, les autorités algériennes autorisent le juge Trévédic à exhumer les têtes des religieux afin de déterminer les circonstances de leur assassinat. Il sera accompagné dans cette enquête d'un médecin légiste, d'un anthropologue, d'un expert en empreintes génétiques, d'un radiologue et d'un photographe de l'identité judiciaire français ; des enquêteurs et scientifiques algériens seront également présents[35].

Hommages posthumes et monuments[modifier | modifier le code]

Oratoire Notre-Dame de Tibhirine[modifier | modifier le code]

Oratoire Notre-Dame de Tibhirine à Bonifacio

L'Église de Corse s'est employée à ne pas oublier la mission des sept moines miséricordieux. Le 17 juillet 2006 Mgr Jean-Luc Brunin a inauguré l'Oratoire Notre-Dame de Tibhirine adossé à droite de l'église dans l'ermitage de la Trinité de Bonifacio[36].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En 2002, deux témoignages, diffusés sur Canal plus, sont venus confirmer les accusations des anciens des services algériens. Ils ont avancé que Djamel Zitouni, l'islamiste ayant revendiqué l'enlèvement et l'assassinat des moines de Tibhirine, agissait en réalité pour le compte de la sécurité militaire algérienne. Le premier émane de Rémy Pautrat. Ancien patron de la DST devenu secrétaire général de la défense nationale, il a appris fin 1994 que Smain Lamari, le numéro deux des services secrets algériens, se vantait d'avoir placé Djamel Zitouni, un islamiste contrôlé, à la tête du GIA. Le second émane de Ahmed Chouchane, un ancien militaire des forces spéciales algériennes. Au printemps 1995, ses chefs, le général Kamel Abderahmane, patron de la DCSA, et Bachir Tartag lui ordonnèrent d'aller épauler Djamel Zitouni dans les maquis: « c'est notre homme et c'est avec lui que tu vas travailler », lui indiquèrent-ils (voir Attentats de Paris : enquête sur les commanditaires, 90 minutes, Canal plus, novembre 2002)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Le crime de Tibhirine, JB Rivoire, Canal plus, 19 septembre 2011]
  2. a, b et c Philippe Broussard, « Un drame, trois thèses », dans L'Express, n°3087, 1er septembre 2010, p.108
  3. a et b Thierry Oberlé, « Sarkozy lève le secret-défense sur Tibéhirine », sur lefigaro.fr, La Figaro,‎ 8 juillet 2009 (consulté le 7 sept. 2010)
  4. a, b, c, d, e et f Bernard Gorce, « L’histoire des moines de Tibhirine », sur la-croix.com, La Croix, édition du 6 sept. 2010,‎ 6 sept. 2010 (consulté le 6 sept. 2010)
  5. Le monastère de Tibéhirinein L'Humanité, 29/03/1996, article en ligne
  6. Jean-Marie Rouart, Les moines de Tibhirine, discours académique du 06/12/2001, discours en ligne
  7. « "Ici, tous musulmans !" pour échapper à la tuerie », dans La Croix, 6 septembre 2010, p. 15.
  8. Frère Jean-Pierre et frère Amédée, seuls survivants et témoins directs des évènements de 1993 et 1996, livreront leur récit au micro de Philippe Reltien pour l'émission Interception de France Inter du 8 avril 2007
  9. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Julia Ficatier (avec Marie Boëton), « Les circonstances de la mort des trappistes de Tibhirine restent controversées », sur la-croix.com, La Croix,‎ 21 déc. 2009 (consulté le 20 mai 2010)
  10. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Bernard GORCE, « La vérité n'est toujours pas faite sur ce crime de Tibhirine », sur la-croix.com, La Croix,‎ 6 sept. 2010 (édition papier et édition sur le site) (consulté le 7 sept. 2010)
  11. a et b rédaction en ligne, « Tibérihine : les dates-clés de l'enquête », sur lefigaro.fr, Le Figaro,‎ 25 sept. 2009 (consulté le 7 sept. 2010)
  12. Transcription de l'enregistrement du 20 avril, document déclassifié par le ministère de la défense français
  13. a, b, c, d, e, f et g christophe dubois, « Moines de Tibhirine : qui a peur de la vérité ? », sur lefigaro.fr, Le Figaro,‎ 28 août 2010 (consulté le 9 sept. 2010)
  14. Communiqué n°44 attribué au GIA.
  15. Reportage sur les obsèques sur le site Ina.fr
  16. Dont le jeune père Christian Chessel.
  17. « Dix-neuf religieux assassinés en deux ans », dans La Croix, 6 septembre 2010, p. 14
  18. « Les Martyrs d'Algérie 1994-1996 ». Biographie des religieux assassinés en Algérie en 1994-1996, sur le site africamission.
  19. Site de l'Église catholique d'Algérie
  20. a, b, c, d et e J.-M. P., Tibéhirine : l'enquête impossible ?, L'Express n°3093, 13 octobre 2010
  21. a et b Bernadette Sauvaget -, [http://www.liberation.fr/monde/0101654474-tibhirinec-urs-et-ame - « Tibhirine cœurs et âme - »], sur liberation.fr -, Libération -,‎ 28 août 2010 - (consulté le 17 sept. 2010 -) -
  22. Enquête sur l’étrange « Ben Laden du Sahara » de Salima Mellah et Jean-Baptiste Rivoire dans le Monde Diplomatique de février 2005
  23. John Kiser (trad. et mise à jour : Henry Quinson), Passion pour l'Algérie : les moines de Tibhirine, Nouvelle Cité, Prix des libraires Siloë 2006, p. 358, cf. bibliographie
  24. Laurent Marchand, « Les moines de Tibéhirine victimes d'une bavure ? », dans Ouest France, 09/07/2008, article en ligne
  25. « Moines de Tibéhirine : trois rapports soulignent le rôle ambigu d'Alger », sur Nouvelobs.com, Nouvel Observateur,‎ 23 septembre 2010
  26. a, b et c Extraits de la déposition du général François Buchwalter, sur RFI, 08/07/2009
  27. a, b et c Philippe Broussard, « L'armée algérienne a-t-elle tué les moines de Tibéhirine? », sur lexpress.fr, L'Express,‎ 5 juillet 2009 (consulté le 20 mai 2010)
  28. Armand Veilleux, Hypothèses sur la mort des moines de Tibéhirine, tribune dans Le Monde du 24 janvier 2003, (voir paragraphe sur la thèse d'Abdelkader Tigha) article en ligne
  29. « Le témoignage de l’ex-émir du GIA Ali Benhadjar », sur Algeria Watch,‎ décembre 2002
  30. Texte de la plainte du 9 décembre 2003, sur le site Algéria Watch
  31. Katia Clarens, « Moines de Tibéhirine : «Dites-nous la vérité !» », sur lefigaro.fr, Le Figaro,‎ 9 juillet 2009 (consulté le 7 sept 2010)
  32. a et b Rédaction en ligne, « Moines de Tibéhirine : le rappel des faits », sur leparisien.fr, Le Parisien,‎ 6 juillet 2009 (consulté le 7 sept 2010)
  33. Le Monde, 11 nov. 2009
  34. Dossier de presse du film
  35. Christophe Cornevin, « Tibéhirine : feu vert pour l'exhumation des moines », in Le Figaro, vendre 29 novembre 2013, page 8.
  36. Bonifacio - La Sainte Trinité

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Par ordre chronologique

  • Mireille Duteil, Les Martyrs de Tibhirine, Salvator, 1996
  • René Guitton, Si nous nous taisons… Le martyre des moines de Tibhirine, Calmann-Lévy, 2001
  • Mohamed Balhi, Tibhirine, l'enlèvement des moines, 2002, Dar El Farabi, Liban
  • John Kiser (trad. Henry Quinson), Passion pour l'Algérie : les moines de Tibhirine, Nouvelle Cité, 2006
  • Christophe Henning, Petite vie des moines de Tibhirine, Desclée de Brouwer, 2006
  • Rina Sherman, Le huitième mort de Tibhirine, Tatamis, 2007, Lazhari Labter, Alger.
  • Henry Quinson, Prier 15 jours avec Christophe Lebreton, moine, poète, martyr à Tibhirine, Nouvelle Cité,‎ 2007 (ISBN 978-2853135160).
  • Raymond Mengus, Un signe sur la montagne, Salvator, 2008
  • En 2009, les éditions de Bellefontaine, une maison d'édition monastique, lancent une collection spécifiquement consacrée aux moines de Tibhirine
  • Jean-Marie Lassausse et Christophe Henning, Le jardinier de Tibhirine, Bayard, 2010
  • Henry Quinson, Secret des hommes, secret des dieux, Presses de la Renaissance, 2011
  • Thomas Georgeon et Christophe Henning, Frère Luc, moine, médecin et martyr à Tibhirine, Bayard, 2011
  • Jean-Baptiste Rivoire, Le crime de Tibhirine : Révélation sur les responsables, La découverte, coll. « Cahiers libres »,‎ 22 septembre 2011, 310 p. (ISBN 2707167754)
  • [PDF] Bibliographie détaillée sur Tibhirine

Filmographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]