Histoire des Juifs en Algérie

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Couple juif d'Algérie vers 1856-1858
(photographie par Félix-Jacques Moulin)

L'une des plus importantes communautés juives d'Afrique du Nord était celle des Juifs d'Algérie. L'histoire des cette communauté remonte à l’Antiquité, sans qu’il soit possible de retracer avec certitude l'époque et les circonstances de l’arrivée des premiers Juifs dans le territoire de l’actuelle Algérie. Plusieurs vagues d'immigration ont en tout cas contribué à accroître sa population. Il est possible qu'il y ait eu des Juifs à Carthage et dans le territoire actuel de l'Algérie avant la conquête romaine mais le développement des communautés juives est lié à la présence romaine. Les révoltes juives des Ier et IIe siècles en terre d'Israël et en Cyrénaïque ont certainement causé l'arrivée d'immigrants juifs en provenance de ces contrées. Le prosélytisme juif parmi les Berbères est un fait historique établi, mais son importance reste débattue.

La conquête musulmane de l'Afrique du Nord achevée en Algérie au VIIIe siècle fait rentrer l'Afrique du Nord dans l'aire de civilisation arabo-islamique et marque durablement l'identité des communautés juives locales, dont le statut est désormais régi par la dhimma.

De nouveaux immigrants renforcent ultérieurement la communauté juive d'Algérie : des Juifs fuient l'Espagne lors des persécutions wisigothes des VIe et VIIe siècles, puis encore lors des persécutions liées à la Reconquista espagnole du XIVe au XVIe siècle. Beaucoup de Juifs de la péninsule ibérique s’installent alors en Algérie et se mêlent à la population juive locale, influençant ses traditions. Au XVIIIe siècle, d'autres Juifs, les Granas de Livourne, peu nombreux mais jouant un rôle d'intermédiaires commerciaux entre l'Europe et l'Empire ottoman. Plus tard au XIXe siècle l'Algérie voit l'arrivée de nombreux juifs tetouanais, renforçant les rangs de la communauté[1].

Après la Colonisation française de l'Algérie en 1830, le respect de la liberté religieuse et de leurs coutumes est garanti aux Algériens. La dhimma est abolie et les Juifs deviennent égaux aux musulmans devant la loi française. En effet, la loi musulmane qui régentait le pays désavantageait nettement les premiers face aux seconds, surtout dans le domaine juridique et leur traitement en tant qu'habitants de ce pays. Ceci explique l'opinion pro-française qui se développe dès cette époque chez les Juifs d'Algérie. Devenus citoyens français à la suite du décret Crémieux de 1870, les Juifs s'identifient de façon croissante à la métropole et malgré leur retour forcé à la condition d'indigène durant la Seconde Guerre mondiale, ils choisissent massivement d'être rapatriés en France à la veille de l'indépendance de l'Algérie. À cette date, ils sont 130 000 dans le pays. Cet exil met fin à plus de 2 000 ans de présence en terre algérienne.

Des premières communautés à la conquête musulmane[modifier | modifier le code]

Juif d'Algérie au XIXe siècle.

L'origine des Juifs d'Algérie est très peu connue. Elle se confond avec celle de tous les Juifs d'Afrique du nord.

Selon Richard Ayoun, la présence juive est « incontestable » dès avant la conquête romaine du IIe siècle, sur le littoral nord-africain à Hippo Regius (Annaba), Igilgili (Jijel), Iol (Cherchell), Icosium (Alger) et Gunugu (Gouraya)[2] ainsi qu'à l'intérieur des terres à Constantine, Sétif mais il n'y a aucune preuve archéologique pour appuyer ces affirmations. Cette population aurait été renforcée à la suite de la prise de Jérusalem par Titus en 70[3],[2]. La présence juive est réellement confirmée dans la région de Constantine dès les premiers siècles de l'ère commune, comme le montrent des épitaphes (en latin)[4] qu'on y a découvertes[5]. Augustin d'Hippone et Jérôme de Stridon attestent tous deux de l'importance de la communauté juive aux IVe et Ve siècles : le premier, qui traite les Juifs de paresseux car ils observent le chabbat[6], est l'auteur de Contre les Juifs et le second affirme dans une de ses lettres que les colonies israélites forment une chaîne ininterrompue « depuis la Maurétanie, à travers l'Afrique et l'Égypte jusqu'à l'Inde »[7]. Comme les autres Juifs de l’Empire, ceux d’Afrique romaine sont romanisés de plus ou moins longue date, portent des noms latins ou latinisés, arborent la toge et parlent latin, même s’ils conservent la connaissance du grec, langue de la diaspora juive de l’époque[8].

La synagogue de Sétif date du IIIe siècle[9] et il en existait une autre à Auzia (Aumale)[10]. La synagogue de Tipaza est construite au IVe siècle[6]. Dès le Ve siècle[11], les historiens arabes signalent la présence de Juifs dans la région saharienne du Touat, dans le sud-ouest algérien.

Au Ve siècle, le pouvoir vandale offre une courte période de liberté religieuse aux Juifs[6]. Mais lorsque les Byzantins arrivent en Algérie, les édits de Justinien excluent les Juifs de toutes les fonctions publiques et plusieurs synagogues sont transformées en églises comme à Tipaza[12].

Au VIIe siècle, l'Algérie accueille une première immigration de Juifs d'Espagne fuyant les persécutions du roi wisigoth Sisebuth[13].

Les Judéo-Berbères[modifier | modifier le code]

Juive de Laghouat, 1889. Source : Tropenmuseum.

Berbères et Juifs pourraient donc avoir une origine géographique proche, que Richard Ayoun n'hésite pas à qualifier de « proximité familiale »[14] et ceci pourrait expliquer les affinités qui ont existé entre ces deux populations dont un exemple est peut-être donné par le roi Juba II qui se marie avec Claphyra, veuve du fils du roi de Judée Hérode le Grand[15], même si celle-ci ne semble pas juive[16].

Il existe aussi une hypothèse d'une origine cananéenne des Berbères, soutenue par certains auteurs anciens chrétiens ou juifs et plus récemment par Nahoum Slouschz[17]. Ainsi, quand Augustin d'Hippone demande leur origine aux habitants d'Hippone, l'actuelle Annaba, ceux-ci lui répondent en punique qu'ils sont des « Canani ». Il rappelle aussi aux paysans l'histoire du fils maudit de Cham, Chanaan et des fils d'Israël[18]. Quant à l'historien Procope de Césarée, il mentionne une inscription trouvée à Tigisis (actuelle Aïn el Bordj à 50 kilomètres de Constantine) en Numidie qui pourrait faire référence aux Cananéens de la Bible : « Nous sommes ceux qui ont fui devant Josué, fils de Nun »[19],[20]. Et, selon le Sefer Yosippon, des descendants d'Ésau se seraient établis dans le nord de l'Afrique[7].

Les Juifs du Touat[modifier | modifier le code]

Le Touat est une région du sud-ouest de l'Algérie actuelle, dans le Sahara, où les Juifs semblent avoir été présents depuis le IIe siècle, particulièrement dans la ville de Tamentit[21]. Selon Jacob Oliel[22], les Juifs se sont établis au Touat dans les années 132-135 après la répression par les Romains de la révolte de Cyrénaïque de 115-117. Au VIe siècle, leur capitale est Tamentit[21] où ils ont une synagogue[22]. Cette communauté prospère tout au long du Moyen Âge, quand ils contribuent au développement des foggaras et du commerce transsaharien avant de disparaître à la fin du XVe siècle sous les coups d'un cheikh fanatique[22],[23]. Il en reste des descendants qu'on reconnaît parfois à leur patronyme comme les Touati ou Touitou[24].

De la conquête arabe à l'expulsion des Juifs d'Espagne[modifier | modifier le code]

L'islamisation de l'Algérie débute au milieu du VIIe siècle et sa conquête par les Omeyades est achevée avant la fin du même siècle.

Article détaillé : Histoire des Aurès.

La résistance berbère est tenace. Une des figures les plus marquantes en est Dihya, dite la Kahina, dont beaucoup avec Ibn Khaldoun disent qu'elle était judaïsante. Pendant cinq ans environ, elle dirige les tribus berbères opposées aux Arabes avant d'être défaite.

L'immigration juive qui avait suivi la conquête arabe semble se poursuivre, ainsi qu'une certaine fusion avec des judéo-berbères. On trouve des communautés juives dans de nombreuses villes dont principalement Bougie, Alger, Oran, Constantine, Mostaganem mais aussi au sud ; Biskra, dans le M'zab et jusque dans les oasis sahariennes[25]. Les communautés juives sont soumises au statut de dhimmis[26], comme sur toutes les terres musulmanes depuis le Pacte du Calife Omar ibn al-Khattab, au VIIIe siècle, qui tout en leur laissant la liberté du culte leur attribue un statut juridique très inférieur à celui des musulmans[26].

Après la défaite de la Kahina et la conquête de l'Andalousie, plusieurs révoltes des berbères sufrites (kharidjisme berbère) ou rostémides déstabilisent le pouvoir Abbasside au Maghreb. Les Kharidjites comme les Rostémides de Tiaret ou les dynasties berbères kharidjites de Tlemcen se montrent tolérants vis-à-vis des Juifs.

Au Xe siècle résident en Algérie plusieurs savants juifs[27] :

Vers la fin du Xe siècle, les Rostémides kharidjites s'installent au Mzab, lors des attaques Almoravides. Plusieurs oasis où vivent les kharidjites et les communautés juives se développent rapidement.

Après plusieurs siècles relativement paisibles, les Juifs d’Afrique du Nord sont au XIIe siècle soumis à une persécution terrible de la part des Almohades[28]. Les communautés du sud disparaissent en 1142, celle d'Oran, en 1145, celle de Tlemcen, en 1146 et celle de Bougie en 1147[6]. En 1165, le pouvoir almohade instaure une politique de conversion forcée, avec interdiction de se marier avec des musulmans et de pratiquer le commerce à grande échelle[29]. En 1198, Le souverain almohade Al Monsur impose aux Juifs de porter un vêtement particulier, de couleur jaune[30]. Les Juifs doivent alors (au Maghreb comme en Espagne musulmane) choisir entre pratiquer clandestinement leur religion ou s’exiler vers les quelques pays accueillants, l’Égypte, la terre d'Israël ou l’Italie[31].

Les Almohades finissent par autoriser les Juifs à vivre dans les villes maghrébines[28].

Entre le XIe et le XVe siècle, une importante population juive s'installe à Ghardaïa, capitale du Mzab[32],[33],[34].

Article détaillé : Juifs du Mzab.

Après le déclin de l'Andalousie[modifier | modifier le code]

Synagogue de Netanya (Israël) de rite algérois, honorant deux rabbins algérois

À partir du XIVe siècle et jusqu’au XVIIe siècle, l’émigration s’inverse. Les communautés nord-africaines voient arriver des Juifs d’Espagne notamment après les émeutes de 1391 en Catalogne, Aragon, Majorque ou Valence[35]. Cette vague concerne plus particulièrement l'Algérie, et nombre de réfugiés s'établissent à Alger qui devient au XVe siècle un grand centre rabbinique. La plus grande vague pour l'Afrique du nord est celle qui suit l’ordre d’expulsion prononcé en mars 1492 après la prise de Grenade par les Rois Catholiques. À leur arrivée en Algérie, les Juifs d’Espagne s’installent dans les villes du littoral et de l’intérieur du pays où ils fusionnent progressivement avec les Juifs autochtones. Ils s'installent principalement le long de la côte de Honaïne à l'ouest en passant par Oran, Mostaganem, Ténès, Alger, Bougie et jusqu'à Tunis. Nombreux sont ceux qui s'établirent à Tlemcen et dans d'autres cités de la plaine comme Constantine, Miliana et Médéa[36],[37]. Les communautés juives d'Algérie connaissent une véritable mutation[38]. S'en suit dès le XVIe siècle un courant régulier de marranes portugais et de Juifs originaires de France, d'Italie (de Livourne plus particulièrement) et de Constantinople[39].

Ce sont les Juifs d'Espagne qui, sous la désignation de Sépharades (qui signifiait originellement Juifs d’Espagne), introduisent la liturgie du même nom. Finalement, ce sont toutes les communautés juives nord-africaines, et au-delà balkaniques et orientales qui adopteront la liturgie sépharade. Parmi les familles juives chassées d’Espagne et ayant trouvé refuge à Alger, on peut citer généralement parmi tant d'autres les Stora, les Duran[40], les Seror, les Benhaim, les Oualid et les Ayache[41],[42]. Ces familles revendiquent leurs ascendances purement espagnoles[41]. Dès le début du XVe siècle, des rabbins d'origine espagnole prennent la tête des communautés algériennes[43] :

La crainte des persécutions de la part des Espagnols reste si grande dans la communauté juive que les échecs de ceux-ci dans leurs tentatives de prendre Alger en 1541 puis en 1775 sont commémorés par les Juifs lors des Pourims d'Alger[45].

L'Algérie ottomane[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Régence d'Alger.

Au début du XVIIe siècle les Juifs du territoire algérien actuel se répartissent entre plusieurs communautés urbaines dont les plus importantes sont Alger, Oran, Constantine et Tlemcen. On retrouve aussi des communautés rurales dans les oasis du sud Algérien : Mzab, Biskra, Touggourt. Ils sont revanche absents de la plupart des montagnes algériennes et de la région des hautes plaines[46].

Pendant la période ottomane, les Juifs d’Algérie sont comme auparavant soumis au statut de « dhimmi » En cas de litige avec un musulman, ils sont jugés par un tribunal musulman, devant lequel les témoignages de Juifs sont considérés comme nuls, tout en ayant le droit de s’exprimer lors du jugement. Les Juifs non respectueux de ces restrictions sont brûlés vifs à la Porte de Bab El-Oued, à l’endroit même où la France construira plus tard le principal lycée d’Alger.

Les XVIIe et XVIIIe siècles voient un renouveau des études talmudiques avec les rabbins Saadia Chouraqui qui est aussi mathématicien et Juda Ayache (1690-1760), dayan (c'est-à-dire juge du tribunal rabbinique) à Alger, auteur du traité Bet Yehuda (La maison de Juda) où il décrit les coutumes judéo-algéroises[6].

Au XVIIe siècle, arrivent les « Juifs Francs », Granas de Livourne (Italie), très engagés dans le commerce maritime en Méditerranée. Ils sont aussi, en partie, d’origine ibérique. Les Livournais exportent d'Algérie des denrées agricoles comme le blé ou les agrumes et artisanales comme la soie ou le cuir et y importent d'autres produits agricoles, comme le sucre ou le café, et industriels comme la quincaillerie ou du fer et de l'acier, mais la masse des Juifs continuent de vivre dans la misère[6].

Les Juifs vivent en permanence sous la menace de massacres, comme celui de 1805, dont témoigne le consul de France Dubois-Thainville[47]. Celui-ci sauve alors la vie de 200 Juifs en les abritant dans son consulat[48]. En 1805, le chef de la Nation juive d'Alger, Nephtalie Busnach, est tué alors que des émeutes ravagent les quartiers juifs[49],[50]. En 1815, c'est le grand-rabbin d'Alger, Isaac Aboulker qui est décapité lors d'une émeute[51]. Il faut toutefois noter une grande diversité de situations dans l’espace et dans le temps. Des relations de bon voisinage voire d’amitié peuvent se nouer, notamment à l’occasion de la célébration des fêtes juives. La pratique des « protections », - tel ou tel individu se mettant sous la protection d’un notable musulman, d’un haut fonctionnaire ou du Dey, ou bien des consuls européens -, ne concerne pas que quelques riches marchands, mais s’étend parfois à des gens très modestes. Dans les campagnes, certaines tribus juives vivent en complémentarité avec leurs voisines musulmanes[52].

Durant la Révolution française, deux négociants livournais, Bacri et Busnach[53], arrivent à nouer une relation privilégiée avec le Dey d’Alger, devenant son conseil financier et bénéficient de privilèges et monopoles commerciaux qui font leur fortune. Ils fournissent en blé les armées du Directoire vers 1795-1796, sans parvenir à s’en faire régler le prix, sauf de façon partielle sous la Restauration. Ce conflit commercial connaît de multiples rebondissements plus ou moins dramatiques et empoisonne les relations entre la France et la Régence pendant une trentaine d’années. David Bacri nommé par Napoléon consul général à Alger est décapité en 1811 par ordre du dey d’Alger[54],[55]. Cet évènement est une première étape du conflit entre les Ottomans et les Français. Finalement, le Dey Hussein, ne pouvant prélever sa part majoritaire sur le produit de la transaction non réglée, convoque le consul français Deval pour régler les dettes de la France. C’est donc à la suite de ce conflit commercial que surviennent l’affaire du « coup d'éventail », la prise d'Alger et la conquête de l’Algérie[56].

Quelques traits du judaïsme dans l'Algérie ottomane[modifier | modifier le code]

Les communautés juives développent chacune leurs propres coutumes et leurs propres rites (algérois constantinois, oranais…), qu'on retrouve aujourd'hui encore puisque certaines synagogues sont, par exemple, de rite algérois ou d'autres de rite constantinois[57]. Ce judaïsme accorde une grande importance à la Kabbale et à la vénération des « saints » c'est-à-dire des rabbins fondateurs comme le Ribach et Rachbatz ou encore Ephraim Encaoua à Tlemcen dont la tombe est fréquentée par les Juifs comme par les musulmans. Certaines synagogues deviennent des lieux de pèlerinage, telles Ghriba à Djerba, mais aussi celles de Bône et de Biskra[57].

Dans chaque ville, on trouve à la tête de la communauté le « chef de la nation juive » (Mokdem), nommé par le pouvoir et chargé de la collecte des impôts. Malgré les risques que comporte cette fonction, elle est très recherchée pour son influence auprès du Dey. Les procès entre Juifs sont jugés par les juges des tribunaux rabbiniques mais ceux impliquant aussi des musulmans sont jugés par des musulmans. Autres notables importants, les Guizbarim sont chargés des œuvres de bienfaisance[58].

Les Juifs, qui, comme dhimmis, n'ont pas le droit d'être propriétaires fonciers sont le plus souvent artisans ou commerçants : tailleurs, brodeurs, cordonniers, mais aussi orfèvres, bijoutiers ou joaillers. Ils peuvent même battre la monnaie du Dey. Comme commerçants, ils assurent les liaisons avec les provinces sahariennes et aussi grâce à leurs liens professionnels et familiaux avec les Juifs de Livourne, ils sont en relations d'affaires avec les ports européens de la Méditerranée comme Marseille[59]. Cette puissance commerciale et financière leur donne accès au Dey.

Le cas particulier d'Oran[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire des Juifs à Oran.

Oran est occupé par les Espagnols de 1509 à 1708. Malgré l'expulsion des Juifs d'Espagne, plusieurs dizaines de familles sont autorisées à rester dans Oran à cause des services rendus lors de la prise d'Oran par les Espagnols. Mais, en 1669, les Juifs sont finalement expulsés d'Oran. En 1708, les Ottomans reprennent Oran et les Juifs reviennent pour repartir lors de la reprise de la ville par Espagnols en 1732 et ne revenir qu'à la fin du XVIIIe quand les Espagnols sont définitivement chassés.

De manière similaire en 1520, la communauté juive de Bougie est expulsée par l'occupation espagnole mais se reforme dans l'arrière pays[60].

La période de la colonisation française 1830-1962[modifier | modifier le code]

L’attaque de l’amiral Dupperé lors de la prise d’Alger en 1830.

De la Prise d'Alger au sénatus-consulte de 1865[modifier | modifier le code]

La conquête de l'Algérie est marquée en 1835 par le massacre des Juifs de Mascara par les Arabes fuyant la ville sur le point d'être prise par les Français et par le dramatique exode des survivants[61].

Évolution du statut des Juifs[modifier | modifier le code]

En 1830, à la suite de la colonisation française de l’Algérie, les Israélites sont libérés du statut de dhimmis : ils reçoivent dans un premier temps l’égalité des droits avec les « indigènes » musulmans, en application de l’acte de capitulation passé entre le général de Bourmont et le Dey d’Alger, qui garantit le respect de toutes les religions. Aussi, dès que les premières écoles françaises sont ouvertes, en 1831, les Juifs y envoient leurs enfants. Ils renoncent rapidement ensuite à leurs tribunaux religieux, à la différence des musulmans, pour se soumettre aux tribunaux français de droit commun, appliquant le droit mosaïque (avec l’expertise d’un rabbin).

Le pouvoir français, sous les règnes de Louis-Philippe Ier et Napoléon III, constatant cette volonté des indigènes juifs de se rapprocher de la France, dont les élites adoptent rapidement la langue, préparent alors l’accession des Juifs à la citoyenneté française, c’est-à-dire à l’égalité complète. L’État accorde en 1865 par décret impérial du 14 juillet la citoyenneté aux indigènes juifs et musulmans qui la désirent, et en acceptent les obligations (abandon du statut personnel et service militaire comme les autres citoyens). Mais peu effectuent les démarches. Ni les juifs ni les musulmans ne veulent renoncer à leur statut religieux et l'État consulte les autorités religieuses juives pour connaître leur réaction en cas de naturalisation collective. Après réflexion, ces autorités acceptent la naturalisation collective qui intervient le 24 octobre 1870 et qui est connue sous le nom de décret Crémieux[62].

Démographie[modifier | modifier le code]

Lorsque les Français débarquent en Algérie, de 15 000 à 17 000 Juifs y vivent[6] sur une population totale de 3 000 000 de personnes. Ils sont pour 80 % d’entre eux citadins alors que la population musulmane ne l’est qu’à 5 %[63]. 6 500 Juifs vivent à Alger où ils représentent 20 % de la population. Ils sont 3 000 à Constantine, 2 000 à Oran[64], et 1 508 à Tlemcen[65],[66] On retrouve aussi de petites communautés vivant dans les oasis du sud, Juifs du Mzab et de Laghouat ainsi que quelques groupes de Juifs vivant sous tente et nomadisant comme les musulmans dans la région de Souk Ahras[63]. À partir des années 1840, un phénomène de migration des Juifs de Tunisie et du Maroc, dont des Tétouanais[67] apparaît, alimenté par changements politiques en Algérie. Témoignage de l'impact démographique de ces migrations, on compte en 1902, sur 1176 décès de Juifs en Algérie, 153 ressortissants étrangers, principalement Marocains et Tunisiens[68].

Sur le plan économique, la plupart des Juifs continuent d'exercer leur artisanat traditionnel. Ils sont tailleurs, brodeurs, horlogers, chaudronniers, tisserands ou orfèvres[6]. Mais une petite minorité réussit dans le commerce de gros et assimile rapidement la culture française[6].

Du décret Crémieux aux années 1930[modifier | modifier le code]

Relève de la garde devant la synagogue d’Alger pendant les émeutes de 1898.

Lors de la guerre de 1870, le gouvernement de la Défense Nationale attribue d’office la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie par le décret Crémieux du 24 octobre 1870, mettant fin au statut civil mosaïque, et soumettant d’emblée tous les nouveaux citoyens au service militaire. Ainsi, à une époque où la position de la France est menacée dans cette colonie, y sont créés quelques 34 574 citoyens[69] français de plus. Le fait qu’un tel décret ne soit pas pris en faveur des Musulmans, malgré le souhait d'Adolphe Crémieux, s'explique par l'hostilité des militaires et des colons qui refusent la moindre concession aux musulmans[70].

Il faut aussi mentionner que le décret Crémieux ne s'applique pas aux Juifs du Mzab car cette région n'est pas alors sous le même statut administratif. La nationalité française ne leur sera attribuée qu'à la veille de l'indépendance de l'Algérie[71].

Francisation[modifier | modifier le code]

En 1830, les Juifs ont un mode de vie très comparable à celui des Arabes. En 1962, à l'indépendance de l'Algérie, ils quittent presque tous l'Algérie pour la France. En un peu plus d'un siècle, la communauté juive d'Algérie s'est transformée sous l'influence de l'école, de l'Armée[72] mais aussi du judaïsme français.

Dès 1832, des écoles juives dispensant un enseignement en français sont ouvertes dans les principales communautés juives d'Algérie. En 1845, des écoles juives sont financées par l'État sur le modèle des écoles catholiques. Le décret Crémieux suivi des lois de Jules Ferry rend l'enseignement obligatoire et gratuit. Cet enseignement laïc est la première cause de la francisation des Juifs d'Algérie[73].

Dès les années 1865, des Juifs s'engagent dans l'armée française et le décret Crémieux faisant d'eux des citoyens français assujettit tous les jeunes hommes au service militaire à partir de 1875. Certes, seules quelques classes font leur service (d'une durée d'un an jusqu'en 1914) en France et la plupart le font en Algérie mais ils côtoient sous les drapeaux d'autres pieds-noirs de toutes origines, ce qui accélère, comme les Espagnols, Italiens et autres nationalités, l'intégration à la communauté française[74].

Influence des Juifs et du judaïsme de la métropole[modifier | modifier le code]
La Grande synagogue d'Oran (avant 1918).

La colonisation française en Algérie se double pour les Israélites de ce que Simon Schwarzfuchs appelle un « colonialisme juif » venu de métropole[75].

À partir de la conquête de l’Algérie par la France, les Juifs de France s’intéressent au sort de leurs coreligionnaires, et envoient sur place des émissaires qui rendent des rapports bienveillants mais souvent condescendants envers les Juifs d’Algérie[76], les montrant désireux de se rapprocher de la civilisation française. Ce sont eux qui demandent au gouvernement que les instances consistoriales soient étendues à l’Algérie. Cette requête sera plusieurs fois refusée par le gouvernement qui ne veut pas organiser le culte israélite puis finalement acceptée en tant qu’« œuvre philanthropique digne de la France »[77]. Ainsi, par l’ordonnance royale de Saint-Cloud du 9 novembre 1845, un Consistoire central est créé à Alger ainsi que deux autres à Oran et Constantine, chapeautés par des grands rabbins originaires de France, de culture ashkénaze qui imposent en partie, au fil du temps, mais non sans heurts le point de vue consistorial sécularisé aux Israélites algériens et les éloignent des traditions juives nord-africaines[78]. Cette influence des Juifs de la métropole est encore accrue sous le Second Empire et en 1867 le consistoire d'Algérie est supprimé. Le grand-rabbin de France devient grand-rabbin de France et d'Algérie. Seuls subsistent des consistoires locaux, rapportant directement au Consistoire Central de France[79]. Quant à l'Alliance israélite universelle dont le réseau scolaire se développe au Maroc et en Tunisie, elle préfère, en Algérie, la scolarisation des enfants juifs par l'école publique plutôt que par des écoles de l'Alliance[80] puis, à partir de 1900, participe à la réforme de l'enseignenent religieux aux dépens des rabbins traditionnels[80]. Cette francisation du judaïsme se retrouve dans la vocabulaire utilisé pour évoquer les étapes de la vie juive : les Juifs d'Algérie parlent souvent de baptême pour la brith mila et de communion pour la bar mitsvah[81].

Assimilation ou acculturation?[modifier | modifier le code]
L'épicerie Ayache sur la place du Marché Arabe à Médéa, vers 1910

Les Juifs semblent plus disposés à « s'assimiler », à se montrer « perméables » aux influences françaises que les musulmans. La communauté juive va rapidement se franciser, et principalement grâce à l'école où chrétiens, juifs et musulmans apprennent à se connaître[6]. À partir de 1860-1870, la jeunesse s’habille majoritairement à l’européenne[62] ; les prénoms aussi évoluent : les prénoms français remplacent les prénoms hébraïques ou arabes qui sont désormais portés en deuxième position dans l'ordre de l'état civil. L’usage du français remplace celui de l’arabe comme langue courante chez les Juifs comme en témoignent deux personnalités juives algériennes venues d’horizons très différents, le journaliste Jean Daniel et le rabbin Léon Ashkénazi :

« Je ne porte pas les stigmates d’une arabité particulière. Mes amis arabes parlaient français. Je n’ai pas appris l’arabe et je le regrette. Et il était déconseillé de le faire. Au temps de mon enfance, la présence française est très forte et de nombreux musulmans en sont imprégnés[82]. »

« Je me souviens que quand j’étais tout enfant, j’assistais aux études de mon père et de mon grand-père. Ils étudiaient en judéo-arabe, parce que la langue de mon grand-père était le judéo-arabe […] Le grand mystère c’est que mon père m’a enseigné en français. Comment a-t-il traduit ? Je ne sais pas parce qu’il était d’une génération qui n’a pas du tout reçu de la métropole les moyens d’une formulation. Ce travail c’est notre génération qui a été obligé de le faire. […] Le grand-père avait appris en arabe et le père avait enseigné au fils en français. Comment cela s’est-il fait ? Je crois que c’est mystérieux mais cela s’est fait[83].  »

Cette assimilation au modèle français, bien que plus marquée qu’en Tunisie ou au Maroc, n’est cependant pas aussi poussée que celle s’opérant chez les Juifs de métropole. Ainsi, très peu de mariages mixtes sont contractés, et les Juifs restent un groupe distinct au sein de la population bénéficiant de la citoyenneté française en Algérie. De même, la pratique religieuse des Juifs algériens reste globalement plus importante que celle des Juifs de l’hexagone de la même époque.

Joëlle Allouche Benayoun défend la thèse selon laquelle les femmes ont joué un rôle central, bien que largement méconnu, dans l’intégration de leurs familles à la culture française.

Sionisme[modifier | modifier le code]

Le judaïsme algérien est « presque totalement hermétique à l’activité sioniste », ce qui s’explique par leur attachement tout particulier à la France, dont ils sont les citoyens et pour laquelle ils ont combattu durant la Première Guerre mondiale[84], alors que les communautés voisines de Tunisie et du Maroc y sont beaucoup plus réceptives[85]. Cette spécificité algérienne a pour conséquence pratique que l’émigration (aliyah) vers Israël se soit toujours maintenue à des niveaux très faibles. De fait, l’Algérie est le seul pays musulman dont les habitants juifs n’émigrent pas majoritairement vers ce pays.

Antisémitisme européen[modifier | modifier le code]

Les représentants des colons soutiennent initialement les démarches visant à attribuer la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie : Des vœux en ce sens sont votés à plusieurs reprises, entre 1858 et 1870, par chacun des 3 conseils généraux, sans opposition ni des conseillers européens, ni des conseillers musulmans, dont le bachaga Mokrani au Conseil de Constantine. Mais il en est autrement après l’entrée en vigueur du décret Crémieux. Les Européens se rendent soudain compte que cette entrée des indigènes juifs en citoyenneté constitue une première mesure de décolonisation partielle, risquant de constituer un précédent opposable par les musulmans. Dès lors l’hostilité à ce décret devient un leitmotiv du camp colonialiste, qui suscite des émeutes antijuives sanglantes (à Alger en 1896 et 1898 et à Oran en 1897)[74] et qui parvient à faire élire plusieurs antisémites notoires, à Constantine en 1896, l’avocat Morinaud, à Oran en 1897, le pharmacien Gobert[6], à Alger en 1898, Max Régis à la mairie et Édouard Drumont au Parlement[86]. Certains colons s’opposent à la mesure en la prétextant injuste par rapport aux Musulmans, mais aucun d’eux ne pousse cette sollicitude envers les Musulmans jusqu’à en demander l’attribution pour ces derniers. Quant à leurs groupes de pression, ils vont jusqu’à appeler au soulèvement contre la métropole et vont demander en permanence la suppression de ce décret Crémieux, et ce jusqu’à l’instauration du régime de Vichy. À l’approche de la guerre un fort courant antisémite existe parmi les Pieds-Noirs européens comme en témoigne la manchette permanente du Petit Oranais :

«  Il faut mettre le soufre, la poix, et s’il se peut le feu de l’enfer aux synagogues et aux écoles juives, s’emparer de leurs capitaux et les chasser en pleine campagne comme des chiens enragés[87]  »

Seule, la Première Guerre mondiale apporte un apaisement temporaire à cet antijudaïsme des « pieds-noirs » avec la mobilisation de tous les Français y compris ceux d'Algérie et les lourdes pertes qui s'ensuivent : 2 850 Juifs d'Algérie tombent au champ d'honneur[74].

Opposition avec les Arabes[modifier | modifier le code]

Lors de l'arrivée des Français en Algérie, certains Juifs, principalement les négociants profitent de leur présence et de l'essor du commerce alors que d'autres sont fidèles à la résistance arabe menée par Abd-El-Kader[88]. Mais rapidement, la situation des musulmans se dégrade, notamment dans l'agriculture, dont les difficultés ne touchent pas les Juifs, mais qui sont parfois accusés, par leur rôle financier ou pour quelques rachats de terre, de contribuer à la décadence de l'agriculture arabe[89]. Selon Richard Ayoun et Bernard Cohen[90], « dès 1871, l'un des maîtres-mots de la politique coloniale est d'opposer juifs et Arabes ». Cela débouche sur des émeutes antijuives à Oran en 1897 où des Arabes sont payés pour piller les maisons juives[91] puis sur les émeutes dramatiques de Constantine en août 1934 qui font 25 morts parmi les Juifs et 3 Arabes tués par la police et qui révèlent l'impuissance « suspecte » des autorités[90].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

La défaite française de 1940 et l’instauration du régime de Vichy qui s’ensuit sont restées comme une période très douloureuse pour les Juifs d’Algérie. Soixante-dix ans après leur accession à la citoyenneté française, ils sont déchus collectivement de leur nationalité.

Abrogation du Décret Crémieux[modifier | modifier le code]

La décision d’abroger le décret Crémieux est prise le 7 octobre 1940 par Vichy. Le 30 du même mois, les lois sur le statut des Juifs d’essence antisémite s’appliquent en métropole comme en Algérie. La loi du 2 juin 1941 interdit aux juifs un grand nombre de professions. Un numerus clausus pour l’enseignement, concernant élèves et professeurs juifs est appliqué sévèrement. Mais les Juifs d’Afrique du Nord ne subissent pas l’action génocidaire des nazis, la Shoah, qui dévaste les communautés juives d’Europe. Ils sont cependant mis au ban de la société française d’Algérie pendant la durée des hostilités et certains d’entre eux sont internés dans des camps de travail dans le sud algérien[92].

Maintien de la législation antijuive après le débarquement allié[modifier | modifier le code]

Habitants d’Arzew rencontrant les soldats alliés.

Le 8 novembre 1942, lors de l’opération Torch, 400 résistants français mal armés, dont quelque 70 % sont Juifs, sous la conduite de José Aboulker[93] (qui sera fait Compagnon de la Libération[94]), arrêtent les généraux de Vichy et neutralisent pendant 15 heures le XIXe corps d’armée vichyste d’Alger. Alors que les forces vichystes concentrent leur répression contre les points tenus par la résistance, ils permettent aux Alliés de débarquer et d’encercler Alger sans opposition, puis de s’en emparer le jour même. Grâce à leur action, la part de la résistance française est prépondérante dans le succès de l’opération Torch.

Dans les mois qui suivent, la venue des Alliés ne se traduit pas pour autant par la fin de la législation antisémite. Sous l’amiral collaborationniste Darlan, elle est maintenue. Parmi les dirigeants de l’insurrection d’Alger, 9 Juifs sont arrêtés et déportés, menottes aux mains, dans des camps de travail forcé[95]. Après l’assassinat de Darlan par Fernand Bonnier de La Chapelle, c’est sous la direction du général Giraud que les mesures discriminatoires du régime vichyste envers les Juifs sont maintenues, notamment par le fait qu’ils sont tenus à l’écart des unités combattantes. Giraud nomme Marcel Peyrouton gouverneur de l’Algérie. Ancien ministre de Vichy, c’est l’homme qui a proposé à Pétain, en 1940, le statut des Juifs et l’abrogation du décret Crémieux.

Toutefois grâce aux correspondants de guerre alliés qui révèlent aux grands journaux américains et anglais ce qui se passe, dès décembre 1942, les presses libres de ces deux pays interpellent leurs gouvernants et attaquent la politique de Franklin Delano Roosevelt en Afrique du nord « libérée ». Roosevelt, désinformé par son représentant sur place Robert Murphy, soutient à cette époque le régime vichyste en Algérie, d’une part pour obtenir l’entrée en guerre de l’armée d’Afrique dans le camp allié et surtout pour en écarter de Gaulle. Il réussit à maintenir plusieurs mois ce soutien à Giraud, de plus en plus impopulaire aux États-Unis, mais est finalement contraint par son opinion publique à faire pression sur celui-ci pour qu’il rétablisse enfin des institutions libres. Aussi envoie-t-il l’économiste Jean Monnet auprès de Giraud afin de le convaincre que, s’il veut conserver le soutien américain, il faut qu’il abolisse en Algérie les lois d’inspiration hitlérienne. C’est ainsi que Giraud, le 14 mars 1943 se voit obliger d’annoncer l’abrogation de toute la législation discriminatoire de Vichy, mais par ailleurs, il réabroge immédiatement, par une ordonnance du 18 mars, le décret Crémieux « pour rétablir l’égalité entre les Juifs et les Arabes », considérant que les Juifs sont, en Afrique du Nord, « des indigènes pratiquant une religion différente de celle de leurs voisins, pas autre chose »[96]. Or les principaux leaders musulmans ont déjà récusé cet argument avant le débarquement car ils ne souhaitent pas une égalité avec les juifs par le bas mais plutôt par le haut. Ainsi Ferhat Abbas, confronté à cette nouvelle abrogation, prend acte de la fragilité de cette citoyenneté française, qu’il a auparavant revendiquée, mais qui peut ainsi être retirée ou accordée au gré des gouvernants de la France. Il renonce alors avec éclat à l'assimilationnisme, et publie le « Manifeste du Peuple Algérien »[97].

Rétablissement du décret Crémieux[modifier | modifier le code]
Le Général Charles de Gaulle serrant la main du Général Henri Giraud devant Dwight Eisenhower et Winston Churchill (Conférence de Casablanca, 14 janvier 1943).

Leur citoyenneté française est officiellement rendue aux Juifs d’Algérie, le 20 octobre 1943, presque un an après le débarquement allié, de Gaulle ayant obtenu la présidence exclusive du Comité français de la Libération nationale d’Alger et affirmé son autorité sur tout l’empire en guerre. Le rétablissement du décret Crémieux est justifié par un argument technique, un communiqué du CFLN arguant que le décret du 18 mars, n'ayant pas été suivi de textes d'application en temps voulu, devient caduc[98].

Par la suite, on voit des figures juives comme le professeur Aboulker, grand mutilé de la Première Guerre mondiale, exiger que les Juifs figurent dans les unités combattantes comme les autres citoyens français, ce que le général Giraud avait exclu. Quant aux jeunes Juifs, ils s’engagent massivement dans les unités de choc, comme les Corps Francs d’Afrique. Ainsi, le rabbin Léon Ashkénazi devient aumônier au sein de la Légion étrangère.

En 1947 est fondée la Fédération des communautés israélites d’Algérie et créée une école rabbinique à Alger[99].

Guerre d'Algérie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre d’Algérie.

La population juive est à la veille de la Guerre d’Algérie surtout présente dans les grandes villes, en particulier Alger et Oran[100]. En 1953, 21 % des médecins, 18 % des dentistes, 16 % des avocats et 18 % des fonctionnaires sont juifs[100]. Il y a aussi 472 colons sur des terres agricoles. Plus de 30 % des femmes juives travaillent à cette époque[101]. Bien que constituant un groupe distinct de la majorité pied-noir du point de vue culturel, religieux et ethnique, elle en partage certaines aspirations, notamment l’attachement à la souveraineté française.

Lorsqu’éclate la guerre, la communauté s’oriente d’une manière générale vers une attitude attentiste. Les organisations communautaires font preuve d’une extrême modération, refusant de prendre politiquement parti, attachées aussi bien à la nationalité française qu'au principe d'égalité des droits pour tous[102].

La déclaration du premier novembre 1954 du FLN invite toutes les populations de n’importe quelle confession à lutter contre l’armée française. En 1956, un appel est lancé aux Juifs d’Algérie, les invitant à rejoindre la cause nationaliste[99], mais les institutions juives essayent d'éviter de prendre position tout en affirmant : « Nous sommes français, nous sommes républicains, nous sommes libéraux, nous sommes juifs »[103]. Cependant, des assassinats et des attentats touchant les dirigeants mais aussi la communauté juive, la profanation et la destruction de synagogues[104] sont imputées aux populations musulmanes. Elles réduisent les sympathies potentielles des populations juives envers le mouvement national algérien, déjà faibles en raison de l’attachement des Juifs à la France. Parmi les exactions subies par les Juifs : la profanation en 1960 de la synagogue d’Alger ainsi que du cimetière d’Oran[99], l’agression contre le rabbin de Batna en 1955, l’incendie dans une synagogue à Oran en 1956, le meurtre du rabbin de Nedroma en 1956, le meurtre du rabbin de Médéa en 1957, la projection d’une grenade dans une synagogue de Boghari, Bousaada, le saccage de la synagogue de la Casbah à Alger en 1961, des attentats dans les quartiers juifs en 1957, 1961 et 1962 à Oran et Constantine[105]. Le 2 septembre 1961, l'assassinat d'un coiffeur juif à Oran entraîne représailles et contre-représailles entre Juifs et Arabes[106].

La mort de Cheikh Raymond Leyris le beau-père d’Enrico Macias, musicien de maalouf apprécié tant des Juifs que des Musulmans, assassiné à Constantine par un Musulman le 22 juin 1961, constitue un tournant symbolique pour nombre de Juifs d’Algérie[107].

Dans leur grande majorité, ils choisissent, comme les autres Français, de s’installer en métropole lors de l’indépendance de l’Algérie en 1962, ce qui constitue une spécificité de la population juive algérienne, les autres diasporas juives des pays arabes choisissant majoritairement l’émigration en Israël. Si peu de Juifs d’Algérie font leur aliyah en 1962 (de 1948 à 1964, seuls un peu plus de 10 % de la population juive soit 13 000 personnes émigrent vers Israël[108]), une émigration lente vers Israël existe depuis lors et on estime aujourd'hui qu'environ 25 000 Juifs d'Algérie ont émigré en Israël depuis 1948[109].

Les combattants juifs du FLN et de l'OAS[modifier | modifier le code]

Malgré des attitudes hostiles dans les deux camps et une attitude attentiste majoritaire dans la communauté, on retrouve des Juifs à la fois au FLN et à l’OAS.

Lorsque l’OAS apparait en 1961, parmi ceux qui sympathisent avec l’organisation à Alger et à Oran se trouvent les « Commandos Colline », des groupes liés aux réseaux « France Insurrection » et conduits par Elie Azoulai et Ben Attar. Ils tuent certains élus musulmans et essayent de mettre le feu à une prison où sont détenus des hommes du FLN, abattant des officiers français, dont le lieutenant-colonel Rançon[110].

D'autres Juifs rejoignent eux le combat pour l'indépendance de l'Algérie, tels Georges Smadja et Daniel Timsit qui fabriquent des explosifs[111]. Daniel Timsit est un étudiant en médecine[112] et militant du Parti communiste algérien, qui, en désaccord avec ce dernier[113] rejoint clandestinement le FLN afin d'y constituer « une "branche européenne" regroupant des militants pieds-noirs, chrétiens et juifs »[113]. Les membres du réseau Timsit prennent part à la mise en place de laboratoires d'explosifs[114] (élaboration de bombes à retardement) et à la lutte armée[113]. Timsit est incarcéré en 1956. Il faut aussi citer le cas d'Henri Alleg, Juif d'origine polonaise, militant communiste proche des indépendantistes arrêté par les Français, dont le récit, La question, lancera en métropole le débat sur la torture. Longtemps directeur du journal Alger Républicain, pendant et après la guerre d'Algérie comme le révèle son autobiographie[115].

Après 1962[modifier | modifier le code]

En France[modifier | modifier le code]

À partir d’avril 1962, la presque totalité des 150 000 Juifs[6] est rapatriée en France. Partis comme la majorité des Français d’Algérie en catastrophe, ils bénéficient comme les autres rapatriés de la « solidarité nationale ». Ils se fondent dans un premier temps dans la masse des Pieds-Noirs auxquels ils s’identifient et ce n’est que peu à peu que leur identité spécifique resurgit. Le nombre de localités françaises avec une communauté juive organisée passe de 128 en 1957 à 293 en 1966[116]. La communauté juive de la métropole fait jouer la solidarité communautaire en faveur des nouveaux arrivants.

L'arrivée des Juifs d'Algérie et plus généralement des Juifs d'Afrique du Nord donne une nouvelle vigueur au judaïsme français, traditionnellement ashkénaze, en voie rapide d'assimilation, qui avait été durement éprouvé par la Seconde Guerre mondiale. Petit à petit et malgré les réticences, les Juifs d'Algérie prennent leur place dans les institutions juives. En 1981, René Samuel Sirat, originaire de Bône est élu Grand-rabbin de France, un peu plus d'un siècle après que le Grand-rabbin de France a été nommé Grand-rabbin de France et d'Algérie.

En Algérie[modifier | modifier le code]

À la suite des accords d'Évian en mars 1962, les départs sont massifs. Le contexte du conflit israélo-arabe va contribuer à envenimer les relations entre les Musulmans et les Juifs d’Algérie dans les années qui vont suivre. L'indépendance de l'Algérie est proclamée le 5 juillet 1962, et en octobre, on ne compte plus que 25 000 Juifs en Algérie dont 6000 à Alger. En 1971, il n'en reste plus qu'un millier[117]. En 1975, la Grande synagogue d’Oran, comme toutes les autres, est transformée en mosquée. À l’instar de nombreux cimetières chrétiens, beaucoup de cimetières juifs sont profanés[118]. En 1982, on compte encore environ 200 Juifs, la guerre civile algérienne des années 1990 provoque le départ des derniers membres de la communauté[117].

Le dossier juif reste un sujet tabou car les Juifs résidant dans le pays n’ont pas de personnalités connues, mis à part quelques conseillers ayant travaillé avec le ministre algérien du commerce Ghazi Hidoussi, à cause de la sensibilité du dossier et de son lien avec Israël. Certains partis, notamment nationalistes et islamistes, comme le Mouvement de la renaissance islamique, réagissent violemment à l’accréditation du Lions Clubs et du Rotary Club qu’ils présument d’obédience sioniste et franc-maçonne ainsi qu’à la poignée de main du président algérien Abdelaziz Bouteflika et du premier ministre israélien Ehud Barak, lors des funérailles du roi Hassan II au Maroc en juillet 1999.

En 1999, Abdelaziz Bouteflika rend un hommage appuyé aux Juifs constantinois, à l’occasion du 2500e anniversaire de cette ville[119].

En 2000, la tournée qu’Enrico Macias doit effectuer sur sa terre natale est annulée à la suite de pressions internes et malgré l’invitation officielle de la présidence[120].

En mars 2003, un plan d’action avait été mis en place par les autorités françaises et algériennes, pour que les cimetières juifs retrouvent leur dignité et ce, selon un programme établi annuellement[121]. Le projet reste cependant lettre morte dans des dizaines de cimetières communaux dans lesquels existent des carrés juifs[122].

En 2005, deux évènements marquent l’actualité : la tenue d’un colloque des Juifs de Constantine à Jérusalem provoquant une rumeur selon laquelle ils auraient fait une demande d’indemnisation auprès du gouvernement de l’Algérie, à la suite de leur départ en 1962. Cette information sera démentie par les autorités d’Alger[123] et la visite à Tlemcen de 130 Juifs originaires de cette ville, fait sans précédent depuis l’indépendance, est vécue dans l’émotion tant du côté des Juifs Algériens que de celui des Musulmans Algériens[réf. nécessaire].

En décembre 2007, Enrico Macias bien qu’invité par le président français Sarkozy, à l’accompagner en visite officielle en Algérie, il doit renoncer face à l’hostilité et au refus du ministre algérien des Anciens Combattants.

En 2009, l’État algérien accrédite un organisme représentant la religion hébraïque en Algérie, présidé par Roger Saïd. On recense 25 synagogues, abandonnées pour la plupart, les Juifs d’Algérie ayant peur d’organiser des cérémonies de culte pour des raisons sécuritaires. Cet organisme devra également agir, en coordination avec le ministère des affaires religieuses sur l’état des tombes juives, particulièrement à Constantine, Blida et Tlemcen[réf. nécessaire].

En janvier 2010, le dernier Juif vivant en Oranie décède à l'hôpital civil d'Oran[124].

En août 2012, le représentant de la communauté juive en Algérie, maitre Roger Saïd chargé de veiller sur les intérêts judéo-algériens décède à Paris[125].

Langues parlées par les Juifs d'Algérie[modifier | modifier le code]

Si, à la veille de l'indépendance, la plupart des Juifs d'Algérie sont passés par l'école française et parlent donc français, nombreux sont ceux parmi eux qui parlent aussi l'arabe, qui a été l'une de leurs langues durant des siècles.

Certains connaissent encore le judéo-arabe, une des langues juives. Le judéo-arabe est construit sur un substrat oral arabe, complété de mots hébreux et transcrit en caractères hébraïques. Enfin, certains parlent encore le tétouanais, dialecte judéo-espagnol parlé en Oranie[126].

Tradition culinaire[modifier | modifier le code]

De nombreux livres sur la cuisine juive d’Algérie sont parus depuis 1962. Dans l’ouvrage cité de Joëlle Allouche Benayoun, de nombreuses notes sont consacrées aux recettes recueillies auprès des femmes interviewées par l’auteur : tefina, plat du chabbat midi, makrouds, pâtisserie à la pâte de dattes ou d'amandes et knidlet, autre pâtisserie à base de pâte d'amandes toutes deux servies à Pourim, sferies, beignets de Pâque et plein d'autres souvent liés aux moments spécifiques de l'année juive.

Études génétiques[modifier | modifier le code]

Une récente étude génétique de 2012, a démontré que les Juifs d'Algérie sont très proches des autres populations juives et plus particulièrement des juifs marocains et sépharades, cette dernière proximité indiquerait une origine commune remontant à l'expulsion des Juifs d'Espagne et plus ancienne encore avec le reste de la diaspora juive[127].

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  2. a et b Ayoun et Bernard Cohen 1982, p. 27
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  5. (en) Isidore Singer et Isaac Broydé, « Constantine », sur Jewish Encyclopedia
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  8. Paul Sebag, op. cit., p. 30
  9. Slouschz 1908, p. 283 en ligne, 273 sur papier
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  11. (en) « Tuat », sur Jewish Virtual Library
  12. L'Encyclopédie coloniale et maritime, Georges Froment-Guieysse, p. 147, 1944
  13. (en) William Marçais, « Algeria », sur Jewish Encyclopedia
  14. Ayoun et Bernard Cohen 1982, p. 40
  15. Aissa Chenouf, Les juifs d'Algérie : 2000 ans d'existence, Dar El Maarifa, page 22, 1999
  16. (en) Richard Gottheil et Heinrich Bloch, « Glaphyra », sur Jewish Encyclopedia
  17. Slouschz 1908
  18. La Sainte Bible, Clair, page 426
  19. Jacques-Antoine Dulaure, Histoire abrégée de différents cultes, vol.1, 1825 p. 403
  20. La traduction disponible sur le site de Philippe Remacle indique une transcription proche : « Jésus, fils de Navé ». Voir Procope de Césarée, « La Guerre des Vandales, livre II, chapitre X », sur Philippe Remacle)
  21. a et b Sariane Mounir et Beztout Mohamed, « Tamentit », sur Strabon
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  24. D'où vient ce nom ? Touati
  25. Allouche-Benayoun et Doris Bensimon 1989, p. 14. Ces auteurs citent Gérard Nahon, Le judaïsme algérien, de l'antiquité au décret Crémieux, dans les Nouveaux Cahiers, no 29, 1972, page 1-13
  26. a et b Ayoun et Bernard Cohen 1982, p. 68
  27. Attal 1996, p. 17
  28. a et b Ayoun et Bernard Cohen 1982, p. 73
  29. Ayoun et Bernard Cohen 1982, p. 72
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  31. Ben Sasson 2006, p. 125
  32. M. Huguet, « Les Juifs du Mzab », sur Persée.fr (consulté le 12 juillet 2013)
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  39. Robert Attal, « Regards sur les Juifs d'Algérie »
  40. Aussi orthographié Dukhan. Ce nom tire vraisemblablement son origine de l'hébreu דוכן qui désigne un étal, ou encore un lutrin. On dit que c'était le nom pris par certains Cohanim Cohen en Espagne pour masquer leur judaïté, le lutrin en question étant celui où se faisait la lecture à la synagogue.
  41. a, b, c, d et e Attal 1996, p. 19
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  58. Allouche-Benayoun et Doris Bensimon 1989, p. 19, 20
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  72. Allouche-Benayoun et Doris Bensimon 1989, p. 186
  73. Allouche-Benayoun et Doris Bensimon 1989, p. 49-52
  74. a, b et c Allouche-Benayoun et Doris Bensimon 1989, p. 187
  75. Cité par Ayoun et Bernard Cohen 1982, p. 125
  76. Stora 1996, p. 43
  77. Stora 1996, p. 44
  78. voir les travaux de J. Allouche-Benayoun (en particulier : La naturalisation des Juifs d’Algérie : du dhimmi au citoyen in Le Choc colonial et l’islam PJ Luizard (sous la direction de) Paris, 2006.
  79. Ayoun et Bernard Cohen 1982, p. 126
  80. a et b Allouche-Benayoun et Doris Bensimon 1989, p. 51
  81. Marc Goldschmit, « Cosmopolitique du marrane absolu », sur Derrida en castellano,‎ 25-26 novembre 2006 (consulté le 28 juin 2010)
  82. Jean Daniel, Cet étranger qui me ressemble, Paris, Grasset, 2005, p. 24.
  83. Léon Ashkenazi, La parole et l’écrit , Tome 1, p. 457 (Transcription d’un entretien diffusé sur RCJ en juin 1993)
  84. Michael Abitbol, pour une recherche sur le sionisme et l’immigration des Juifs de l’Orient : aspects méthodologiques, Peanim, no 39, 1989, p. 6.
  85. Saadoun 2006, p. 882
  86. Blumenkranz 1972, p. 366
  87. Cités dans Stora 1996, p. 78
  88. Ayoun et Bernard Cohen 1982, p. 165
  89. Ayoun et Bernard Cohen 1982, p. 157
  90. a et b Ayoun et Bernard Cohen 1982, p. 160
  91. Ayoun et Bernard Cohen 1982, p. 159
  92. « Au pays des mille et un camp : Approche socio-historique des espaces d’internement en France au XXe siècle », Les Cahiers du Cériem, no 10, décembre 2002, p. 57-76.
  93. Stora 1996, p. 218.
  94. Biographie de José Aboulker sur le site de l'Ordre de la Libération
  95. Ayoun 2006b, p. 962
  96. Jacques Cantier, L'Algérie sous le régime de Vichy, Odile Jacob, 2002, page 380
  97. Stora 1996, p. 97
  98. Jacques Cantier, L'Algérie sous le régime de Vichy, Odile Jacob, 2002, page 383
  99. a, b et c Attal 1996, p. 233
  100. a et b Ayoun et Bernard Cohen 1982, p. 185
  101. Ayoun et Bernard Cohen 1982, p. 187
  102. Benjamin Stora, L'impossible neutralité des juifs d'Algèrie, in La guerre d'Algérie, 1954-2004, la fin de l'amnésie, Laffont (2004), p. 287-315
  103. Ayoun et Bernard Cohen 1982, p. 176
  104. Moïse Rahmani, Réfugiés juifs des pays arabes, Éditions Luc Pire, p. 26-27.
  105. Ayoun et Bernard Cohen 1982, p. 171
  106. Ayoun et Bernard Cohen 1982, p. 177
  107. Stora 1996, p. 135
  108. Denis Charbit, « « La valise ou le cercueil », le sort des Juifs d'Algérie après la signature des Accords d'Évian », page 175, dans, sous la direction de Carol et Michaël Iancu, « Les Juifs d'Algérie de l'enracinement à l'exil », revue d'études juives du Nord, n°6 hors série, octobre 2013
  109. (en) Mitchell Bard, « Jews of Algeria », sur Jewish Virtual Library
  110. « Histoire de l’OAS, un livre », sur Grands Reporters.com,‎ 2002
  111. Ayoun et Bernard Cohen 1982, p. 173
  112. Histoire du F.L.N., Jacques C. Duchemin, Ordre du jour, Table ronde, 1962, p. 217
  113. a, b et c Archives juives, Volumes 29-30, Commission française des archives juives, 1966, p. 65 & 68
  114. Récits de la longue patience: journal de prison, 1956-1962, Daniel Timsit, Flammarion/Bouchène, 2002, p. 16
  115. Mémoire algérienne, Henri Alleg, éditions Stock, 2005
  116. Allouche-Benayoun et Doris Bensimon 1989, p. 237
  117. a et b Benjamin Stora, La Guerre d'Algérie 1954-2004 la fin de l'amnésie (ISBN 2221100247), p. 313
  118. Georges Dillinger, « Français d'Algérie : face au vent de l'histoire », p. 181
  119. « Il y a lieu de signaler que les habitants juifs, et ils étaient nombreux, ont joué un rôle dans la préservation du patrimoine commun ; coûtumes, vêtements, arts culinaires et vie artistique » (Bouteflika dans son allocution du 5 juillet 1999).
  120. Voir l’article d’El Watan.
  121. Appel pour nos cimetières juifs en Algérie
  122. Villes de la Circonscription Consulaire d’Alger. Mémoire Active Bônoise pour les cimetières Juifs d’Algérie
  123. Du côté des autorités algériennes, on dément formellement que les Juifs d’Algérie aient présenté la moindre demande de réparation. Une telle requête n’aurait d’ailleurs aucun sens, précise-t-on à la présidence de la République Algérienne." Le Monde le 29 juin 2005.
  124. # Disparition du dernier Juif d'Oran , le 18 janvier 2010.
  125. Voir l’article d’El Watan.
  126. Haim Vidal Sephiha, « Langue et littérature judéo-espagnoles dans un dossier : Langues juives de la diaspora », sur le site de l'Association pour un judaïsme humaniste et laïque, Revue Plurielles,‎ Hiver-Printemps 1998-1999
  127. http://www.pnas.org/content/109/34/13865.full

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Abitbol, Les juifs d'Afrique du Nord sous Vichy, Paris, Riveneuve,‎ 2008 (ISBN 2914214332)
  • Allouche-Benayoun et Doris Bensimon, les Juifs d’Algérie. Mémoires et identités plurielles, Paris, Stavit/Cerf,‎ 1989 (ISBN 2-7089-5369-9)
  • Attal, Regards sur les juifs d’Algérie, l’Harmattan,‎ 1996
  • Ayoun et Bernard Cohen, les Juifs d’Algérie. Deux mille ans d'histoire, Paris, Jean-Claude Lattès,‎ 1982
  • Richard Ayoun, « En Libye, en Tunisie et en Algérie à l'époque coloniale : I. histoire », dans Shmuel Trigano (dir.), Le monde sépharade., Le Seuil,‎ 2006, 1008 p. (ISBN 978-2-02-090439-1 et 2-02-086992-6), p. 592-611
  • Richard Ayoun, « Les Juifs d'Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale : I. histoire », dans Shmuel Trigano (dir.), Le monde sépharade., Le Seuil,‎ 2006, 1008 p. (ISBN 978-2-02-090439-1 et 2-02-086992-6), p. 955-963
  • Norbert Bel Ange, Quand Vichy internait ses juifs d’Algérie, L’Harmattan
  • Bernhard Blumenkranz, Histoire des Juifs en France, Toulouse, Privat,‎ 1972
  • Menahem Ben Sasson, « La persécution almohade : mythes et histoire : I. histoire », dans Shmuel Trigano (dir.), Le monde sépharade., Le Seuil,‎ 2006, 1008 p. (ISBN 978-2-02-090439-1 et 2-02-086992-6), p. 123-139
  • André Chouraqui, Histoire des Juifs en Afrique du Nord, Éd. Hachette en 1 volume (1985) ou rééd. aux Éd. du Rocher en 2 tomes (1998) (ISBN 2268031055 et 2268031063)
  • Mark R. Cohen, Sous le Croissant et sous la Croix - les Juifs au Moyen Âge, trad. de l’anglais par Jean-Pierre Ricard, éd. du Seuil, Paris, 2008.(ISBN 9782020815796)
  • Geneviève Dermenjian, La crise anti-juive oranaise (1895-1905), l’antisémitisme dans l’Algérie coloniale, Paris, l’Harmattan, 1986, (ISBN 2-85802-673-4).
  • Geneviève Dermenjian, ""Le juif est-il français ?" in Schmuel Trigano (dir.) L'identité des juifs d'Algérie, Paris, Les éditions du Nadir, 2003, p. 47-70
  • Geneviève Dermenjian, "la caricature comme élément du discours antisémite européen en Algérie (1830-1939), in Marie-Anne Matard Bonucci, Antisémythes, nouveau monde éditions, 2005, p. 395-410.
  • Raphaël Draï, Le pays d'avant, Michalon, 2008
  • Guy Dugas : Entre Djeha et Cagayous. la littérature judéo-maghrébine d’expression française. Paris, l’Harmattan, 1991n
  • Guy Dugas : "Fragments d’histoire littéraire judéo-algérienne", in Histoire des Juifs d’Algérie racontée par des non-Juifs, sous la dir. de Julianne Unterberger. AcsiReims édit., coll. Histoire des Religions, 2008, p. 61-95. Repris et augmenté dans une trad. anglaise, pour un volume de la série Jewish communities in the East in the nineteenth and twentieth centuries, Université de Jérusalem, 2011.
  • Pierre Goinard, Algèrie : l’œuvre française, Paris, Robert Laffont,‎ 1984 (ISBN 2-221-04209-3)
  • Diego de Haedo, Histoire des rois d’Alger (Topographia e Historia general de Argel, Valladolid, 1612), Traduction d’H.D. de Grammont, Bouchène, Paris, 1998, (ISBN 2912946050).
  • Anne Hélène Hoog, Juifs d'Algérie, Skira, 2012
  • Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, Traduction du Baron de Slane, Tomes I, II, III et IV, Alger, 1852-1856. (ISBN 2705336397).
  • Monceaux, « Les colonies juives dans l'Afrique romaine », Revue des études juives,, no 87,‎ juin 1902 (lire en ligne)
  • Oliel, Les Juifs au Sahara, le Touat au Moyen Âge, préface de Théodore Monod, Éditions du CNRS,‎ 1994
  • Haïm Saadoun, « Le sionisme dans les pays musulmans : I. histoire », dans Shmuel Trigano (dir.), Le monde sépharade., Le Seuil,‎ 2006, 1008 p. (ISBN 978-2-02-090439-1 et 2-02-086992-6), p. 879-905
  • Slouschz, Hébræo-Phéniciens et Judéo-Berbères, introduction à l'histoire des Juifs et du judaïsme en Afrique, Ernest Leroux,‎ juin 1908 (lire en ligne)
  • Benjamin Stora et Geneviève Dermenjian, « Les Juifs d’Algérie dans le regard des militaires et des juifs de France à l’époque de la conquête (1830-1855) », Revue historique, vol. CCLXXXIV, no 2,‎ octobre-décembre 1990, p. 332-339 (résumé).
  • Stora, Les trois exils - Juifs d’Algérie,‎ 1996 (ISBN 2234058635)
  • Taïeb, Sociétés juives du Maghreb moderne (1500-1900), Paris, Maisonneuve et Larose,‎ 2000 (ISBN 2706814675)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]