Homo erectus

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Un buste
Reconstitution scientifique d'Homo erectus

Homo erectus est un représentant fossile du genre Homo qui a vécu en Asie centrale et orientale au Paléolithique inférieur, entre environ 1 million d'années et 300 000 ans avant le présent. Les plus anciennes traces de foyers impliquant la maîtrise du feu datent d'environ 400 000 ans et lui sont généralement attribuées[1],[2]. Avant les années 1980, le taxon incluait également des fossiles africains aujourd’hui attribués par beaucoup de chercheurs à Homo ergaster (mais pas par tous[3]).

Homo erectus signifie littéralement « homme dressé, droit » en latin : ce nom binominal d'espèce est un héritage historique lié à la description du fossile de Pithecanthropus erectus par Eugène Dubois en 1894. Il s'agissait alors du plus ancien ancêtre bipède connu d'Homo sapiens, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Homo erectus comporte un certain nombre de variantes régionales parfois considérées comme des sous-espèces, dont le pithécanthrope et le sinanthrope.

Historique[modifier | modifier le code]

À la recherche du Pithécanthrope[4],[5][modifier | modifier le code]

Fossiles découverts par Eugène Dubois ayant servi à définir Pithecanthropus erectus.

Peu après la publication des travaux de Charles Darwin, notamment de L'Origine des espèces en 1859, le biologiste et philosophe allemand Ernst Haeckel proposa un arbre généalogique théorique de l’homme dans lequel il fait apparaître un « chaînon manquant », un être intermédiaire entre le singe et l’homme. Dans son ouvrage L’histoire de la création naturelle paru en 1868, il nomma cette créature hypothétique Pithecanthropus alalus[6]. Le nom de genre est formé à partir des racines grecques πίθηκος, píthēkos, « singe » et ἄνθρωπος, anthropos, « homme ». Le nom d’espèce est formé sur le préfixe privatif « a- » et le λαλέω / laleô, « parler » : l’absence de langage articulé était en effet considérée comme l’une des caractéristiques nécessaires du Pithécanthrope.

Le médecin et anatomiste néerlandais Eugène Dubois, passionné par les nouvelles théories relatives à l’origine de l’homme, entreprit de rechercher les fossiles prouvant l’existence du Pithécanthrope imaginé par Haeckel. Pour cela, il s’engagea comme médecin militaire dans l’armée des Indes orientales néerlandaises. Nommé à Sumatra en Indonésie en 1887, il s’y rendit convaincu qu’il trouverait sous les tropiques les traces d’un être intermédiaire entre l’homme et les grands singes.

Après plusieurs années de recherches infructueuses à Sumatra, il se rendit à Java où il entreprit de fouiller les dépôts alluviaux de la rivière Solo à Trinil, assisté de deux ingénieurs et d’un groupe de prisonniers condamnés aux travaux forcés. En 1890, il découvrit un premier fragment de mandibule. En 1891, il découvrit une molaire supérieure droite et une calotte crânienne très particulière, présentant des caractéristiques qu’il considéra comme intermédiaires entre les grands singes et l’homme. En août 1892, il exhuma dans le même site un fémur portant une excroissance pathologique mais très proche d’un fémur humain, appartenant incontestablement à un être parfaitement bipède. En 1894, Dubois décrivit ces différents fossiles ainsi que quelques autres dents comme les restes d’une espèce inconnue jusqu’alors, Pithecanthropus erectus, le « singe-homme érigé »[7].

La publication d’Eugène Dubois fut accueillie avec scepticisme. Aucune forme humaine ancienne n’était connue à ce jour et les fossiles de l’Homme de Néandertal et de l’Homme de Cro-Magnon suscitaient encore des débats. De nombreux spécialistes doutaient du caractère humain de la calotte de Java et surtout de son association avec le fémur. Des tests physico-chimiques ont démontré depuis que ce fémur appartient très certainement à un homme moderne.

La découverte du Sinanthrope[modifier | modifier le code]

Les premiers restes de Sinanthrope ont été découverts en 1921 par le géologue suédois Johan Gunnar Andersson, dans une carrière de Zhoukoudian près de Pékin, en Chine. Il y recueille des dents, des molaires.

En 1926, le professeur canadien Davidson Black publie la description des fossiles découverts par Anderson qu'il attribue à une nouvelle espèce, Sinanthropus pekinensis. Black reçoit l'aide de la fondation Rockfeller et fouille le site jusqu'à sa mort en 1934. En décembre 1929, le jeune géologue chinois Pei Wen Zhong découvre la première calotte, celle d'un adolescent. À partir de ce jour, l'authenticité de l'homme de Pékin est définitivement reconnue.

Pierre Teilhard de Chardin, spécialiste des mammifères tertiaires d'Asie, se voit confier par le Geological Survey of China (GSC) la supervision du chantier de fouilles de Zhoukoudian pour la géologie et l'étude de la faune. Les fouilleurs et chercheurs chinois récoltent progressivement un nombre important de fragments d'hominidés. En 1937, le laboratoire du Cénozoïque créé à cette occasion par le GSC, a déjà récolté 14 crânes plus ou moins complets, 11 fragments de mandibules, 117 dents et 15 fragments de fémurs. C'est la première fois qu'autant de restes d'une même espèce d'hominidé disparue et aussi ancienne sont collectés en stratigraphie. L'étude paléoenvironnementale des remplissages et l'étude anatomique des hominidés, réalisées avec les moyens les plus modernes de l'époque, deviennent des références pour les sciences préhistoriques. Franz Weidenreich, successeur de Raymond Dart, et Gustav Heinrich Ralph von Koenigswald s'associent pour comparer les crânes de Pékin et de Java et pour comprendre les différences avec l'Homo sapiens.

La Seconde Guerre mondiale approche et la fouille s'arrête, notamment pour préserver la sécurité des chercheurs dans le contexte troublé de l'époque. Les fossiles sont placés dans deux grandes caisses et partent par voie de mer en direction des États-Unis. Ils n'y arriveront jamais, occasionnant une perte irrémédiable pour l'évolution des connaissances et la recherche sur l'homme de Pékin.

La communauté scientifique accueillit avec réserve la découverte de l'homme de Pékin, comme lors des précédentes découvertes de l'homme de Néandertal ou de Cro-Magnon. En ce début du XXe siècle, les esprits commençaient à se faire à l'idée de l'existence d'une forme humaine plus ancienne et plus animale que l'homme de Néandertal. Le fait que l'homme ne soit pas apparu sous sa forme actuelle commence à être accepté.

Des Homo erectus africains ?[modifier | modifier le code]

« En 1991, Bernard Wood, à l'époque à l'université de Liverpool, [a proposé] de désigner sous le nom d'Homo ergaster le groupe africain [de fossiles d’H. erectus], plus généraliste et plus primitif que le groupe indonésien et chinois[3] ». Dans cette optique, Homo erectus était désormais considéré comme exclusivement eurasiatique.

Ce point de vue a été assez largement repris et les fossiles africains autrefois attribués à H. erectus sont souvent présentés aujourd'hui comme relevant d’Homo ergaster, une espèce assez proche des H. erectus asiatiques, mais plus primitive.

Les Homo ergaster ont vécu entre 1,8 et 1 million d'années avant notre ère. Ils descendraient vraisemblablement d’Homo habilis. Leur cerveau atteint une capacité de 850 cm3, ce qui impliquerait une consommation régulière de viande.

Les spécimens découverts mesuraient entre 1,55 m et 1,70 m, pour un poids de 50 à 65 kg. Le dimorphisme sexuel de cette espèce est plus réduit que chez Homo habilis. Le faciès d'Homo ergaster présente encore des caractères archaïques, notamment un fort prognathisme.

D’après l’hypothèse la plus couramment acceptée actuellement, Homo ergaster serait l’ancêtre d’Homo erectus. Il est possible qu’il soit aussi l'ancêtre d'Homo antecessor.

Quelques rares scientifiques sont cependant hostiles à la distinction H. erectus - H. ergaster. Ainsi, pour Fred Spoor[8], « quand j'ai vraiment examiné les plus petits détails […], j'ai été obligé de conclure qu'il n'y a pas de séparation claire entre les deux. [Ainsi le fossile KNM-ER 42700 du Kenya] présente en effet des caractères typiquement « asiatiques » : une carène sagittale sur l'os frontal et l'os pariétal ; des arrangements de la base crânienne […] qui sont reliés avec l'orientation du canal auditif identiques à ceux que Franz Weidenreich avait décrit dans les années 1940 pour l'homme de Pékin[3] ».

Sous-espèces et répartition géographique[modifier | modifier le code]

L'homme de Tautavel, un Homo erectus ou un Homo heidelbergensis ?

On inclut généralement sous ce nom les spécimens précédemment connus sous le nom de pithécanthrope ou Homme de Java et sinanthrope ou Homme de Pékin. Depuis les années 1980, la majorité des paléoanthropologues considèrent qu'il faut limiter l'aire de répartition géographique de l'espèce Homo erectus à l'Asie, là où ont été mis au jour les spécimens types. En effet, le tout premier fossile de cette espèce a été découvert sur le site de Trinil (île de Java, Indonésie) en 1891 par Eugène Dubois. Ainsi, les fossiles africains de la même époque sont maintenant appelés Homo ergaster et les européens, ancêtres probables des Hommes de Néanderthal, Homo heidelbergensis.

En 2004, la découverte de restes d'êtres humains de petite taille, surnommés "Hobbits", sur l'île de Florès, en Indonésie, a donné une nouvelle couleur au débat sur les déplacements d’Homo erectus[9]. Selon ses découvreurs, l’Homo floresiensis serait un descendant d’Homo erectus ; il serait arrivé sur cette île il y a au moins 70 000 ans et s'y trouvait encore il y a 18 000 ans. L'isolement l'aurait fait évoluer vers cette espèce naine. Faute d'un nombre suffisant d'ossements complets, la théorie demeure controversée, mais la plupart des archéologues sont d'accord pour dire qu’Homo erectus aurait eu la capacité de naviguer jusqu'à cette île indonésienne[10].

Caractéristiques physiques[modifier | modifier le code]

Ses principales caractéristiques physiques sont une mâchoire puissante, un prognathisme marqué, des os épais[11], un front assez bas[11], un menton absent, un chignon occipital, un bourrelet sus-orbitaire[11],[12], une constriction post-orbitaire fréquente en vue supérieure[12], une carène sagittale plus ou moins marquée et un crâne en forme de tente en vue postérieure (non-développement des bosses pariétales)[réf. nécessaire].

Il mesurait entre 1,50 et 1,65 mètre, pesait entre 45 et 55 kilogrammes et avait une capacité crânienne de 850 cm3 à 1 100 cm3[13].

La taille de son corps et les proportions de ses membres présentent de grandes similitudes avec ceux de l'homme moderne.

Culture et techniques[modifier | modifier le code]

Homo erectus est cueilleur de fruits et de racines, mais aussi charognard et chasseur de petits animaux et de plus gros, comme les éléphants. Les plus anciens foyers découverts en Europe à Menez Dregan et Vértesszőlős datent de 400 000 ans et indiquent qu'Homo erectus (ou son contemporain européen Homo heidelbergensis) est le premier à avoir domestiqué le feu. Grâce à ce dernier, il a pu fabriquer des outils plus performants, cuire ses aliments et dans une certaine mesure se réchauffer et tenir à distance les prédateurs, même si ces deux derniers points relèvent sans doute en partie du domaine du cliché[14].

Il a amélioré les techniques de taille, étendu la gamme des outils : il a réalisé les premiers bifaces et hachereaux, dont on a trouvé de nombreux spécimens en Afrique et en Eurasie. Les outils façonnés par Homo erectus révèlent l'existence de comportements nouveaux dans la lignée humaine : l'élaboration d'outils symétriques et une forte adaptation des outils aux conditions locales et aux besoins humains.

Les bifaces présentent souvent une double symétrie (bilatérale et bifaciale) qui ne semble pas uniquement liée à l'amélioration technique de l'outil, mais indique un souci esthétique certain. Par ailleurs, la comparaison des outils taillés par Homo erectus dans les différentes régions du monde qu'il a parcourues montre une grande variabilité de ses capacités techniques. Certains archéologues pensent que l'outillage des Homo erectus indonésiens, relativement pauvre en outils de pierre, devait être complétée par un important outillage de bambou, encore très abondamment utilisé dans ces régions. Cette hypothèse reste délicate à tester dans la mesure où le bois ne se fossilise que dans des conditions exceptionnelles.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Perlès, C. (1989) - « L'apparition du feu », in: Le temps de la Préhistoire, vol. 2, Société Préhistorique Française, Édition Archeologia, pp. 110-112.
  2. Lumley, H. de (2006) - « Il y a 400 000 ans : la domestication du feu, un formidable moteur d'hominisation », Comptes Rendus Palevol, vol. 5, n° 1-2, pp. 149-154.
  3. a, b et c « Homo erectus africains et asiatiques », entretien avec Fred Spoor, La Recherche, mai 2008.
  4. Sémah, F., Purwasito, A. et Djubiantono, T. (1993) - « Un fascinant chaînon manquant », in: Le Pithécanthrope de Java - A la découverte du chaînon manquant, Sémah, F. et Grimaud-Hervé, D., (Éds.), Les Dossiers de l'Archéologie, n° 184, pp. 4-11.
  5. Hublin, J.-J. (2001) - « La conquête des vieux continents », in: Aux origines de l'humanité - de l'apparition de la vie à l'homme moderne, Coppens, Y. et Pick, P., (Éds.), Fayard, pp. 348-377.
  6. Haeckel, E. (1868) - Natürliche Schöpfungsgeschichte, Berlin.
  7. Dubois, E. (1894) - Pithecanthropus erectus, eine menschenähnliche Uebergagsform aus Java, Batavia, Landesdruckerei.
  8. En 2008, professeur au département d'anatomie du University College de Londres, membre de l'équipe de fouille de Koobi Fora, au Kenya.
  9. Agence Science-Presse, "Les petits hommes", 1er novembre 2004.
  10. Agence Science-Presse, "Hobbit : un visiteur venu d'on ne sait d'où", 24 septembre 2007.
  11. a, b et c The African Emergence and Early Asian Dispersals of the Genus Homo, Roy Larick et Russell L. Ciochon. Dans American Scientist, November-December 1996.
  12. a et b The persistence of H. erectus traits in australian aboriginal crania. Par N.W.G. Macintosh et S.L. Larnach. Dans Archaeology & Physical Anthropology in Oceania, 1972.
  13. hominides.com
  14. Wiktor Stoczkowski, Anthropologie naïve, Anthropologie savante: De l'origine de l'Homme, de l'imagination et des idées reçues, CNRS Éditions, coll. Empreintes de l'Homme, (2000), ISBN 2-271-05159-2.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]