Charles-André Julien

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Charles-André Julien (1891-1991) est un historien et journaliste français spécialiste du Maghreb. Il a notamment enseigné à l'Institut d'études politiques de Paris, à l'ENA et à la Sorbonne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né en 1891 à Caen, c'est à l'âge de quinze ans que Charles-André Julien part vivre en Algérie, alors sous colonisation française, avec sa famille. Après avoir obtenu son baccalauréat, il travaille comme petit secrétaire à la préfecture d'Oran. Dès son entrée dans le monde du travail, il se heurte aux grands propriétaires oranais, aux trafics coloniaux et à la dépossession des terres algériennes. Choqué par le traitement dont sont victimes les Algériens, il s'engage très tôt dans l'action politique. Il se range à gauche et fait la connaissance d'intellectuels et d'hommes politiques opposés au système colonial, parmi lesquels Félicien Challaye, André Gide et Albin Rozet.

Socialiste, il soutient la Révolution bolchévique et devient l'un des dirigeants de la IIIe Internationale pour l'Algérie. En 1921, lors d'un voyage en Russie et du Congrès de Moscou, il croise l'intelligentsia révolutionnaire : Lénine, Trotsky, Gorki et Hô Chi Minh. Il espère voir les révolutionnaires s'engager contre le colonialisme, ce qui n'est pas le cas en raison de difficultés qu'ils rencontrent dans leur pays. Plus tard, il décide de quitter l'extrême gauche pour le Front populaire. Consécutivement, en 1936, Léon Blum l'appelle à Matignon et le charge de créer une nouvelle administration, le Haut Comité méditerranéen, qui devait permettre au Front populaire de trouver des solutions aux problèmes liés à l'Algérie et aux protectorats de la France au Maroc et en Tunisie. Il conçoit un centre de documentation pour le chef du gouvernement et rédige avec Pierre Viénot des notes de synthèse faisant des propositions concrètes. À la suite de la chute de Léon Blum, il travaille pour Albert Sarraut, et après la Seconde Guerre mondiale, est nommé au Conseil de l'Union française, ce qui lui permet de travailler à la bibliothèque parlementaire où il a accès à tous les travaux de l'assemblée.

En 1931, il écrit son premier livre, Histoire de l'Afrique du Nord ; dans cet ouvrage, il contredit les thèses colonialistes selon lesquelles l'histoire de l'Algérie commence à partir de 1830. Après s'être constitué un réseau d'informateurs, il parvient à recruter ses correspondants au sein même des mouvements indépendantistes comme dans le clan de Bourguiba, avec qui il se lie d'amitié. Dans les années 1930, il devient le secrétaire de rédaction de la Revue historique.

Professeur d'université, membre du Parti socialiste, conseiller de l'Union française, il est alors marginalisé et surveillé par les autorités. Il dénonce alors les abus de la politique française au Maghreb, et s'indigne des dérives de la IVe République. Il défend également les Maghrébins et mène une contre-enquête après la mort du syndicaliste tunisien Farhat Hached, où il accuse l'organisation de la Main rouge et la résidence d'être à l'origine de sa mort. Lors de la crise marocaine, il se fait le conseiller du sultan Mohammed V. L'après Seconde Guerre mondiale marque l'éclatement de révoltes dans les quatre coins de l'Empire colonial français, d'abord en Algérie à Sétif, puis en Indochine et enfin, en 1947, à Madagascar. C'est après la révolte de Madagascar, durement matée, qu'il décide de s'engager dans la voie journalistique.

Il participe à la création du journal Le Monde, ce qui lui permet de gagner l'amitié de son fondateur, Hubert Beuve-Mery. Le 19 avril 1950, il signe un papier dans Le Monde, où il demande à la France de réviser sa politique de protectorat en Tunisie et en particulier le traité du Bardo et de la Marsa qui sont, pour lui, politiquement dépassés. Après l'indépendance du Maroc, il est invité par le roi Mohammed V à fonder l'université marocaine. Il est nommé premier doyen de la faculté des lettres de Rabat et assume en même temps la charge de professeur à la Sorbonne. Après avoir quitté ses fonctions universitaires, il continue à travailler sur l'Afrique du Nord en dirigeant une collection de biographies. Il meurt en 1991.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Et la Tunisie devint indépendante, 1951-1957, édition Jaguar/Jeune Afrique, ISBN 2-85258-372-0
  • Histoire de l’Afrique blanche, Paris, PUF, 1966.
  • Préface à Aimé Césaire, Toussaint Louverture : La Révolution française et le problème colonial, Présence africaine, ISBN 2-7087-0397-8
  • Une pensée anticoloniale, Sindbad, ISBN 2-7274-0036-5
  • Techniciens de la Colonisation, Pays d'Outre-Me, ISBN 2-13-040839-7
  • Histoire de l'Algérie contemporaine - tome 1 seul : la conquête et les débuts de la colonisation 1827-1871

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Roger Le Tourneau, « Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique blanche », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, vol. II, no 2,‎ 1966, p. 252-253 (lire en ligne)
  • Ghislaine Mathieu, « Charles-André Julien ou le refus de l'injustice », Confluences Méditerranée, no 7,‎ été 1993, p. 173-178 (lire en ligne [PDF])
  • Annie Rey-Goldzeiguer, « Charles-André Julien (1891-1991) : Une pensée, une œuvre, une action anticoloniales », dans Charles-André Julien, L'Afrique du Nord en marche : Algérie - Tunisie - Maroc (1880-1952), Paris, Omnibus,‎ 2002, p. I-XIII Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Guy Pervillé, « Julien, Charles-André (1891-1991) », dans Jeannine Verdès-Leroux (dir.), L'Algérie et la France, Paris, Robert Laffont,‎ 2009 [détail de l’édition], p. 494-496

Liens externes[modifier | modifier le code]