Olivier Le Cour Grandmaison

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Olivier Le Cour Grandmaison est un universitaire français né le 19 septembre 1960 à Paris. Historien spécialiste des questions de citoyenneté sous la Révolution française et des questions qui ont trait à l'histoire coloniale, il est maître de conférences en science politique à l'université d'Evry-Val d'Essonne et enseigne au Collège international de philosophie.

Activités[modifier | modifier le code]

Titulaire d'une maîtrise d'histoire, il poursuit ses études en obtenant un DEA de sciences politiques et de philosophie. En 1991, il obtient un doctorat de sciences politiques en soutenant une thèse sur les citoyennetés en Révolution (1789-1794).

Dans le même temps, il enseigne le droit à l'Université du Maine (notamment le droit public, constitutionnel et communautaire) ainsi que la sociologie et la philosophie politique.

Il est responsable du DEUG de droit à l'Université d'Évry-Val d'Essonne, avant de devenir membre du Conseil Scientifique de l'Université et membre du Conseil national des universités.

Membre du Conseil de rédaction de la Revue Droits. Revue française de théorie, de philosophie et de culture juridique, Membre du comité de rédaction de la Revue Lignes de la Revue Mouvements et de la revue Asylon(s). Il est membre de l’Équipe Éditoriale du réseau scientifique TERRA.

Membre du Comité de soutien de l'Association Primo Levi (soins et soutien aux personnes victimes de la torture et de la violence politique)[1].

Loi sur l'enseignement de la colonisation[modifier | modifier le code]

Olivier Le Cour Grandmaison est l'un des universitaires qui ont critiqué la loi sur le colonialisme votée par l'UMP en 2005[2].

Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l'Etat colonial[modifier | modifier le code]

Quelles furent les spécificités des conflits coloniaux engagés par la France en Afrique du Nord et ailleurs? Que nous apprennent les méthodes singulières - enfumades, massacres de prisonniers et de civils, razzias organisées par la hiérarchie militaire à des fins de destruction des cultures, ravages des villages - fréquemment employées par les officiers français sur la nature de la guerre conduite pour "pacifier" l'ancienne Régence d'Alger? Pourquoi de nombreuses mesures racistes et discriminatoires ont-elles été élaborées puis appliquées au cours de la conquête puis de la colonisation de l'Algérie? Comment furent-elles parfois codifiées sous la Troisième République puis étendues aux nouveaux territoires de l'empire tels que l'Indochine, la Nouvelle-Calédonie, l'Afrique-Occidentale et l'Afrique-Equatoriale françaises? Telles sont les interrogations principales auxquelles l'ouvrage d'Olivier Le Cour Grandmaison entend répondre. En effet, la conquête puis la colonisation difficiles et meurtrières de l'Algérie doivent être considérées, selon l'auteur, comme une sorte de vaste laboratoire au sein duquel des concepts - ceux de "races inférieures", de "vie sans valeur" et "d'espace vital" furent forgés. De même, les origines de nouvelles techniques répressives plus tard importées en métropole - internement administratif et responsabilité collective - se découvrent, sans oublier le Code de l'indigénat adopté en 1875. De là le surgissement d'un État colonial comme état colonial d'exception permanent.

Relativement au concept d'extermination, l'auteur rappelle qu'à l'époque - au XIXème siècle et dans la première moitié du XXème - celui-ci désigne des massacres de masse et non une entreprise génocidaire. Citations à l'appui, il montre ainsi que ce concept est employé par de nombreux contemporains - Tocqueville, Michelet, Victor Hugo, Zola - pour rendre compte soit de massacres coloniaux, soit de massacres consécutifs à des guerres civiles comme la Commune de Paris.

Poursuivant son travail, l'auteur a publié La République impériale. Politique et racisme d'Etat en 2009 afin d'étudier les conséquences politiques, juridiques, académiques et universitaires, entre autres, de la construction accélérée de l'empire colonial sous la Troisième République. Pour ce faire, il a notamment forgé le concept d'impérialisation des institutions.

Commentant l'essai Coloniser, exterminer : Sur la guerre et l’État colonial, l'historien François-Georges Dreyfus porte une critique sévère et parle de « livre manichéen et empli d'anachronismes ». Selon lui, Olivier Le Cour Grandmaison « met en avant les erreurs de la colonisation, mais ce juge d'instruction n'instruit qu’à charge. Il est manichéen et manque de perspicacité, car il juge sans nuance, en homme du XXIe siècle, la société du XIXe. »[3].

Il est également sévèrement critiqué par les historiens Gilbert Meynier et Pierre Vidal-Naquet dans un long article - analysé par l'historien Claude Liauzu comme une « critique rigoureuse »[4] - qui fustige ses infractions à la méthode historique, relevant chez l'auteur une propension à ne retenir « de ses lectures que ce qui conforte ses thèses et nourrit ses stéréotypes ».

« À le lire, on ne peut s'empêcher de poser la question : un sottisier peut-il tenir lieu d'œuvre de réflexion et de synthèse historique ?... Assimiler peu ou prou le système colonial à une anticipation du 3e Reich, voire à un «précédent inquiétant» d'Auschwitz, est une entreprise idéologique frauduleuse »

— Gilbert Meynier / Pierre Vidal-Naquet[5]

A contrario, le journaliste et écrivain algérien Lounis Aggoun y voit « un livre nécessaire, pour permettre à chacun d’entre nous de comprendre les événements et les enjeux que tant de monde s'évertue à brouiller »[6].

Jérôme-Alexandre Nielsberg, philosophe et critique littéraire à L'Humanité, avance que Coloniser, exterminer montre que « les conflits coloniaux du XIXe siècle ont vu naître des logiques qui ont ravagé le monde du XXe siècle » et précise « empire et extermination - à condition de redonner à ce terme son sens d'avant la Shoah - sont les deux faces de la même médaille coloniale »[7]

L'historien Jean-Guillaume Lanuque de la revue Dissidences y discerne même une « œuvre incontournable pour qui s'intéresse à l'histoire de la colonisation, dans la lignée de laquelle se distingueront des auteurs comme Mathieu Rigouste ou Enzo Traverso ». Il précise néanmoins que l'essai « n'est pas exempt de reproches », « son étude des discours donne parfois l’impression d'être pratiquée "hors-sol" »[8].

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages personnels[modifier | modifier le code]

  • Les citoyennetés en Révolution (1789-1794), Paris, PUF, 1992
  • Les Constitutions françaises, Paris, La Découverte, 1996
  • Haine(s) : Philosophie et politique, avant-propos d’Étienne Balibar, Paris, PUF, 2002
  • Coloniser, exterminer : Sur la guerre et l’État colonial, Paris, Fayard, 2005 (traduit en Arabe en 2007(Algérie))
  • La République impériale: politique et racisme d'État, Paris, Fayard, 2009 (traduit en Arabe en 2009(Algérie))
  • De l'indigénat.Anatomie d'un "monstre" juridique: le droit colonial en Algérie et dans l'empire français,Paris, Zones/La Découverte, 2010.(Traduit en arabe.)

Ce livre peut être lu gratuitement grâce au lien suivant: http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=113

Direction d’ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Les étrangers dans la cité. Expériences européennes, sous la dir. de O. Le Cour Grandmaison et C. Wihtol de Wenden, préface de M. Rebérioux, Paris, La Découverte, 1993
  • Faut-il avoir la haine ? sous la dir. de O. Le Cour Grandmaison, Paris, L’Harmattan, 2001
  • Le 17 octobre 1961 : un crime d’État à Paris, sous la dir. de O. Le Cour Grandmaison, Paris, Les Editions La Dispute, 2001
  • Passions et sciences humaines, sous la dir. de Cl. Gautier et O. Le Cour Grandmaison, Paris, PUF, 2002
  • Le retour des camps : Sangatte, Lampedusa, Guantanamo, sous la dir. de O. Le Cour Grandmaison, G. Lhuilier, J. Valluy, Paris : Editions Autrement, 2007.
  • " Douce France. Rafles. Rétention. Expulsions, sous la dir. de O. Le Cour Grandmaison, Paris, Seuil, 2009.

Articles dans des Revues spécialisées[modifier | modifier le code]

  • « La citoyenneté à l'époque de la Constituante » in Annales Historiques de la Révolution française, n° 269-270, juillet-décembre 1987, pp. 248-265.
  • « Compte-rendu de l'ouvrage de J. Howorth : The Politics of peace », publié in Le Mouvement social, n° 142, 1988, pp. 137-138.
  • « Le mouvement de la paix pendant la guerre froide : le cas français (1948-1952) » in Communisme, n° 18-19, 1988, pp.120-138.
  • « Les non-citoyens dans la Révolution » in L'Homme et la Société, n°94, 1989, pp.19-32.
  • « Education et République : la machinerie éducative de Lepeletier » in History of European Ideas, Vol. 21, n°5, 1995, pp. 647-657.
  • « Droits de l'homme, Loi(s) et colonies » in la Revue Droits,n°43 PUF, décembre 2006, pp. 141-163
  • « Les colonies, la loi, les juristes » Idem, pp. 123-139.
  • « Colonisés-immigrés et "périls migratoires" : origines et permanence du racisme et d'une xénophobie d'État » in Cultures & Conflits, printemps 2008, pp. 19-32.
  • « La Troisième République, les juristes et l'esclavage domestique » in La Revue Droits, n°52, 2010 (parue en septembre 2012), pp. 75-95.

Articles dans des Revues généralistes[modifier | modifier le code]

  • « Immigration, politique et citoyenneté : sur quelques arguments » in Les Temps Modernes, n°559, février 1993, pp.141-164.
  • « Idée d'Europe et paix perpétuelle : notes sur l'Abbé de Saint-Pierre », in Les Temps Modernes, n°574, mai 1994, pp. 1- 21
  • Direction d'un numéro de la Revue Tumultes. L'Europe et ses entours, Mars 1996.
  • « Etrangers dans la Révolution » in Critique, n°610, mars 1998, pp. 55-61.
  • «Brèves notes sur une œuvre souveraine: à propos d'Etre sans destin de Imre Kertézs.» in Drôle d'Epoque, n°4, Printemps 1999, pp. 119-129.
  • En collaboration avec Alain Brossat et Michel Surya, élaboration et coordination d’un numéro spécial de la Revue Lignes, nouvelle formule, consacré à David Rousset. Article : « Sur l’Univers concentrationnaire : remarques sur « Tout est possible. » in Lignes, n° 2, mai 2000, pp. 26-46.
  • « D’Alexis de Tocqueville aux massacres d’Algériens en octobre 1961 » in La Mazarine, hiver 2001, pp. 57-60.
  • « Brèves remarques sur l’affaire Maurice Audin et les massacres d’octobre 1961 » in Drôle d’Epoque, automne 2001, n°9, pp. 41-47.
  • « La guerre d’Algérie et nous » in Lignes, octobre 2002, n°9, pp. 195-204.
  • « Guerre coloniale : guerre totale ? Brèves remarques sur la conquête de l’Algérie » in Drôle d’Epoque, n°12, printemps 2003, pp. 59-73.
  • « F. Engels et K. Marx : le colonialisme au service de "l'Histoire" universelle » in Contre-Temps, n°8, septembre 2003, pp. 174-184.
  • « Passé colonial, histoire et "guerre des mémoires" in Multitudes », n°26, automne 2006, pp. 143-154.
  • « Passé colonial et identité nationale: sur la rhétorique de N. Sarkozy. » in Lignes, n°25, mars 2008, pp. 150-159.

Contributions à des ouvrages collectifs[modifier | modifier le code]

  • « Passive citizens or the reasonless poor during the french Revolution» in The Languages of Revolution, Italy, 1989, pp. 177-195
  • « Les exclus de la citoyenneté dans les débats de la première Constituante (1789-1791) », in L'idée de nation et l'idée de citoyenneté en France et dans les pays de langue allemande sous la Révolution, 1989, IREP, 90, p.323-331
  • « Le discours esclavagiste pendant la Révolution » in Esclavage, colonisation, libérations nationales de 1789 à nos jours, Paris, l'Harmattan, 1990, pp.124-132
  • « Fédération, nation et conscience nationale » in Paris et la Révolution, Paris, Publications de la Sorbonne, 1990, pp. 271-285
  • « Citoyenneté, anthropologie et politique pendant la Révolution française (1789-1791) », in Citoyenneté et nationalité : perspectives en France et au Québec, Paris, PUF, 1991, pp.37-52
  • « D'un fait divers à un fait d'histoire nationale : la mort de Bara ou la fabrication d'un héros » in Mémoire privée, mémoire collective dans l'Amérique pré-industrielle, Paris, Berg International, 1994, pp. 97-107
  • « Condorcet : Citoyenneté, République et Démocratie » in De la citoyenneté, Paris, Litec, 1994, pp. 7-11
  • « Sur l'humilité et la modestie : enjeux éthiques et politiques» in Modernité de la servitude, Paris, L'Harmattan, 1999. pp. 142-154
  • Articles : « Truimvirat », « Abbé Raynal », « Vandalisme révolutionnaire », « Ch. Lameth » et « A. Lameth » in Histoire, La France et les Français, Paris, Encyclopédie Bordas, 1999
  • « Violencias extremas y campos totalitario » in Politicas y esteticas de la memoria, Santiago de Chile, Editorial Cuarto Propio, 2000, pp. 135-146
  • « Brève histoire philosophique et politique de l’indignation » in Passions et sciences humaines, Paris, PUF, 2002, pp. 89-108
  • « Conquête de L’Algérie : la guerre totale » in Le massacre, objet d’histoire,sous la dir. De D. El Kenz Paris, Gallimard, folio histoire, 2005, pp. 253-274
  • « Sur la réhabilitation du passé colonial de la France » in La fracture coloniale, Paris, La Découverte, 2005, pp. 121-128
  • « Haine, humilité, haine de soi » in Haine, haine de soi, haine dans la culture, Paris, PUF, 2005, pp. 45-58
  • Article «Colonies » in Dictionnaire des Droits de l'homme, sous la dir. de J. Andriantsimbazovina, H. Gaudin, J-P. Margénaud, St. Rials t F. Sudre, Paris, PUF, 2008, pp. 168-173.
  • Petit précis de remise à niveau sur l'histoire africaine à l'usage du président Sarkozy sous la direction d'Adame Ba Konaré, La Découverte, 2008
  • « Usages et mésusages de la repentance.» in Aspects de la repentance, sous la dir. de I. Khaznadar, Alger, Editions Barzach, 2012, pp. 107-125.
  • "De 'l'extermination' à la 'mise en valeur' des colonies: le triomphe de l'exception française (1885-1931" in Nouvelle histoire des colonisations européennes XIXe-XXe siècles. Sociétés, cultures, politiques, préface de C. Coquery-Vidrovitch, sous la dir. de Amaury Lorin et Christelle Taraud, Paris, PUF, 2013, pp. 155-165.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Organigramme de l'Association Primo Levi:http://www.primolevi.org/index.php/presentation/organisation-de-lassociation
  2. Olivier LeCour Grandmaison, Le colonialisme a la peau dure. Libération édition du 30 mars 2005
  3. Olivier Le Cour Grandmaison, prix Lyssenko en 2005 pour sa contribution à l’histoire de la colonisation française, François-Georges Dreyfus, clubdelhorloge.fr, 22 mars 2006
  4. Claude Liauzu, « L’“histoire” idéologique entre révisionnisme “nostalgérique” et schématismes culpabilisants », colloque ENS Lyon, juin 2006
  5. Gilbert Meynier, Pierre Vidal-Naquet, Coloniser, Exterminer : de vérités bonnes à dire à l'art de la simplification idéologique, études coloniales, 10 mai 2006, Lire en ligne, d'abord publié dans la Revue Esprit, décembre 2005.
  6. [ http://www.algeria-watch.org/fr/article/tribune/aggoun_note_grandmaison.htm Note de lecture], Lounis Aggoun, algeria-watch.org, publié initialement dans la revue de l'association Survie, Billets d'Afrique n° 136, mai 2005
  7. Les conflits coloniaux du XIXe siècle ont vu naître des logiques qui ont ravagé le monde du XXe siècle., Jérôme-Alexandre Nielsberg, L'Humanité, 12 février 2005
  8. Olivier Le Cour Grandmaison, Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l’État colonial, Jean-Guillaume Lanuque, Dissidences, 22 mars 2006

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