Paternalisme

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Le paternalisme est une doctrine politique qui définit comme moralement souhaitable qu'un agent privé ou public puisse décider à la place d'un autre pour son bien propre[1]. Cette doctrine s'oppose au libéralisme.

Par exemple, quand l’État interdit aux agents de fumer ou de boire, il mène une politique paternaliste. D'un point de vue libéral, on ne peut pas chercher à faire le bien d'un individu contre son gré[1].

Le paternalisme est une attitude qui consiste à se conduire comme un père envers d'autres personnes sur lesquelles on exerce ou tente d'exercer une autorité. Cette attitude peut être volontaire, comme involontaire et inconsciente.

Ce terme est notamment utilisé dans des domaines comme l'économie, la morale ou la politique. On parle alors de paternalisme économique, moral, politique, social etc.

L'attitude paternaliste revient à considérer des adultes comme des enfants. Un paternaliste infantilise ceux sur qui il exerce, ou cherche à exercer, une autorité. À l'inverse que c'est parce que ceux-ci sont déjà infantiles que cela suscite en retour une tendance paternaliste.

Le paternalisme libertarien[modifier | modifier le code]

Cass Sunstein et Richard Thaler soutiennent l'idée d'un paternalisme libertarien ou d'un paternalisme libéral en montrant que le paternalisme peut dans certains cas être le garant des libertés individuelles[1].

Ce paternalisme libertarien s'appuie sur les résultats de l'économie comportementale pour justifier l'intervention de l’État sur les choix des individus[1].

Le paternalisme industriel[modifier | modifier le code]

Jusqu'au XIXe siècle, la stratégie du bâton prévalait dans les manufactures et fabriques. Mais la violence a ses limites. Elle peut forcer l’obéissance mais ne parvient jamais à la faire accepter. Elle ne suffit donc pas pour moraliser la classe ouvrière. L’enjeu est alors d’endoctriner la classe ouvrière avec les valeurs capitalistes. Il s’agit de légitimer le rapport salarial, et par là de faire obéir la classe ouvrière. Le rôle du paternalisme est de répondre aux problèmes rencontrés en prenant en charge l’ouvrier. Le paternalisme est défini comme le caractère familial des relations entre employeurs et employés. Le patron assume l’autorité et les devoirs d’un père à l’égard de ses « enfants salariés ». Il est responsable de leur bien-être en contrepartie de quoi ils lui doivent respect et obéissance. « Le patron doit être un père à qui Dieu impose l’obligation de remplir les devoirs de la paternité aussi bien au point de vue spirituel que matériel. »

Plusieurs entreprises comme celle du Creusot au XIXe siècle et XXe siècle ont développé un management paternaliste, qui - bien souvent - pouvait apporter aux ouvriers un certain nombre d'avantages sociaux que la société ne pouvait pas encore leur fournir de manière généralisée comme l'éducation, le logement, les soins médicaux ...

L'idée qui prévalait alors - pour certains patrons éclairés, chrétiens ou libéraux - était l'idée de prendre soins de "leurs" ouvriers afin qu'ils soient contents - voire fiers - de leur entreprise, productifs au travail et fidèles à l'employeur qui situait souvent son action économique dans un modèle de l'"emploi à vie pour ses ouvriers". C’est-à-dire que les pauvres ou plus généralement les classes populaires ont besoin d'être encadrés, orientés, moralisés afin de pouvoir accéder éventuellement au statut envié des classes moyennes ou privilégié de classes dirigeantes.

L'une des manières de procéder a été de remettre des décorations aux travailleurs méritants ou d'organiser des concours, tels des concours d'ordre et de propreté domestique.

Ce patronat a surtout mis sur pied des œuvres ouvrières destinées à contrôler les ouvriers, et les encadrer et à tenter de les emmener progressivement à un mode et à une hygiène de vie salvateurs, en rentrant donc dans un système de production.

À la fin du XIXe siècle, pour les libéraux en Belgique, l'enseignement et la culture sont les principaux moyens de l'amélioration de la situation sociale. Les catholiques répondent par d'importants efforts en faveur de la « bonne presse » et le choix de « bons livres ».

Les objectifs du paternalisme industriel[modifier | modifier le code]

Le paternalisme permet de lutter contre l’inadaptation de la main-d’œuvre. Cette inadaptation est spécifique : elle concerne une concurrence féroce pour attirer les ouvriers : des avantages sont offerts. Le turn-over est récurrent au XIXe siècle et coïncide avec la mise en place du paternalisme. En France, le turn-over dépasse souvent le dixième de l’effectif quotidien d’une entreprise, ce qui pose de graves problèmes de gestion : les ingénieurs ne peuvent établir de prévisions sérieuses de leurs activités. À la fin des années 1830, l’exploitation des travailleurs était très forte. Cette prise de conscience s’est faite à travers trois rapports : ceux des préfets des départements les plus industrialisés, celui que l’armée a envoyé en 1840 et à travers le rapport de Villermé. Finalement, l’objectif du paternalisme est de légitimer le rapport salarial. La stratégie du bâton et l’arsenal juridique ayant apporté des résultats mitigés, les patrons ont dû changer de méthodes.

Les modes opératoires du paternalisme[modifier | modifier le code]

Les comportements dysfonctionnels sont réprimés par un système de sanctions négatives ou d’entraves aux libertés individuelles. Les règlements sont stricts, les devoirs et obligations sont multiples pour les travailleurs. Les règlements étaient en fait une suite d’interdictions en tous genres. La répression n’est qu’une facette du contrôle des ouvriers. Cette méthode est relativement peu efficace. Elle crée des tensions et entraîne le rejet des travailleurs du travail en usine et du capitalisme. De plus, sa mise en œuvre coûte cher. Le paternalisme abandonne donc la bâton au profit de la carotte : les politiques paternalistes consistent à privilégier les sanctions positives en récompensant les conduites valorisées par les employeurs plutôt que la punition. L’investissement dans les politiques paternalistes permet de réaliser des économies sur les coûts de recrutement, de diminuer le turn-over et l’absentéisme et enfin de diminuer le nombre des conflits. L’efficacité du paternalisme est un avantage incontestable pour les ouvriers. Pour attirer la main-d’œuvre, l’emploi industriel doit être désirable : l’entreprise se devait donc de se différencier de ses concurrents en offrant « quelque chose en plus ». Fixer la main-d’œuvre est nécessaire. Pour cela, le départ de l’ouvrier lui était rendu coûteux par l’offre d’avantages suffisants pour que le coût d’opportunité de son départ soit dissuasif. L’entreprise paternaliste pénètre tous les aspects de la vie privée de ses ouvriers : logement, consommation, éducation, protection sociale, loisir… Le contrôle est total. Le travailleur dépend de l’entreprise dans tous les domaines de sa vie quotidienne. Joeuf, où se trouve la plus grosse usine de la compagnie Wendel, donne une idée du contrôle d’une entreprise sur la vie sociale : « Tout dans cette localité appartient à la société. Non seulement l’entreprise et l’usine, mais aussi les maisons, la salle des fêtes, l’hôpital, la coopérative. La gare ne pourrait s’agrandir que sur les terrains d’alentour appartenant à la Compagnie. L’église a été construite sur un terrain appartenant à la Compagnie. De nombreuses routes desservant la commune sont des voies privées appartenant à la Compagnie. Le commissaire de police loge dans une maison appartenant à Wendel. Le maire est un employé de l’usine. »

Le paternalisme industriel visait un contrôle total ; il complétait hors de l’usine la discipline industrielle. Selon Perrot, le paternalisme suppose le soutien des employés à ce mode de gestion : « il ne peut y avoir de paternalisme sans consentement. » La relation entre le patron et le travailleur est telle une relation père/fils. Le patron se donne comme père à travers l’existence d’une autorité de père dont le seul souci est le « bien commun ». Il est également mère par son souci de bien-être matériel et moral qui le conduit à mettre à la disposition des ouvriers logements, écoles, lieux de loisir… Goff analyse le paternalisme comme « le silence et la parole » ; il permettrait :

  • d’intégrer la vie hors usine du travailleur dans un espace privé, identifié à l’entrepreneur et placé sous son contrôle,
  • de trouver le moyen de faire consentir les ouvriers à l’autorité du patron,
  • d’introduire un rapport de type affectif entre patron et travailleur : « à quoi bon des règles précises puisque l’on s’aime ? ». Les rapports entre direction et ouvriers s’individualisent.

Plus la privation d’un avantage représente une gêne et plus il est efficace comme instrument de contrôle. Loger les salariés les pousse à rester dans la compagnie sans quoi ils perdent leur toit. Ainsi, les casernes, cités ouvrières ou minières en France, « company towns » américaines, appartenant au capitaliste, lui permettaient de prolonger son contrôle sur la vie ouvrière hors de l’enceinte des fabriques. Par une politique de faibles loyers, les capitalistes rendent efficace la politique de moralisation et de disciplination. Ainsi, les ouvriers se conduisent mieux et sont plus présents. L’employé doit alors se soumettre aux normes sans quoi il perd logement et jardin bon marché. Cette politique de logement s’implante dans toutes les régions industrielles (ex : textile mulhousien, région lyonnaise : 38 établissements et 65 000 ouvriers). L’entreprise incitait aussi ses ouvriers à accéder à la propriété, en développant « la passion de la propriété ». L’épargne est encouragée, pour faire face à « l’imprévoyance » et à « l’inconduite ». La ville-usine est la base du développement d’une foule d’institutions qui encadraient tous les comportements de la vie quotidienne des ouvriers. L’ensemble de la reproduction de la force de travail est prise en charge par le patronat : logement, consommation ouvrière (économats, coopératives, boulangeries, lavoirs, restaurants, avec un système de crédit qui se déduit du salaire), loisirs (équipements, sportifs, musique…), formation (générales ou professionnelles, écoles ménagères, cours du soir…), vie spirituelle (un lieu de culte est édifié)… Ces avantages constituent le salaire indirect. Le problème de la main-d’œuvre est partiellement réglé par le fait que l’ensemble des membres de la famille étaient mis au travail, ce qui facilite en outre la transmission héréditaire du métier. La famille est le lieu de transmission de divers savoir-faire et d’une culture qui imprègne les enfants dès le plus jeune âge.

Les entreprises industrielles connues pour avoir développé un management paternaliste aux siècles précédents sont:

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Samuel Ferey « Paternalisme libéral et pluralité du moi », Revue économique 4/2011 (Vol. 62), p. 737-750, lire en ligne