Héloïse d'Argenteuil

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Héloïse

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Première représentation d'Héloïse,
exhortant Abélard à l'amour libre, illustration d'une édition du XIVe siècle du Roman de la Rose:

« Ainsi la jeune dame lui faisait
Bien comprendre, bien instruite
Du bon amant et la bonne amante,
Par quelles raisons elle lui ordonne
De se garder de jamais l'épouser. »[1],[note 1].
Nom de naissance Héloïse de Garlande ?
Activités abbesse.
Naissance 1er décembre[2] ? ca. 1092,
Montlhery ? Durtal ?
Décès 16 mai 1164,
Quincey (Champagne).
Langue d'écriture latin.
Genres correspondance, poésie, chanson.

Œuvres principales

Ex epistolis duorum amantum (1115),
Correspondance d'Héloïse et Abélard (1132-1133),
Avec Abélard, Problemata Heloissae (1136 ou 1138[note 2]),
Institutiones nostrae (1137),
Nénie d'Abélard (1142~1146).

Compléments

Femme d'Abélard et mère d'Astralabe,
première femme diplômée et fondatrice du Paraclet.

Héloïse, en latin Eloysa, parfois Heloisa ou Heloissa, née vers 1092[2],[note 3] et morte le 16 mai 1164, est une intellectuelle du Moyen Âge, épouse d'Abélard et première abbesse du Paraclet. Commençant d'écrire un tiers de siècle avant Hildegarde de Bingen, elle est la première femme de lettres d'Occident dont le prénom soit resté, les noms de famille n'existant pas à cette époque[note 4].

Il ne reste qu'une incertaine oraison funèbre de ses poèmes et rien de sa musique. Si elle n'a pas écrit de roman, le peu[3] qui a été rassemblé de ses lettres est un « monument »[4] fondateur de la littérature française célébré comme tel dès la fin du XIIIe. Plus passionnée et érudite qu'érotique, cette correspondance demeure le prototype[5] latin du roman d'éducation sentimentale[6] et le modèle du genre épistolaire classique tel qu'il s'illustrera de la Religieuse portugaise à Dominique Aury[7] en passant par Madame de Lafayette et Laclos ou encore la Julie de Rousseau et Werther.

Inaugurant la lignée inachevée des couples d'intellectuels, sa vie, des plus romanesques, a fait d'Héloïse la figure mythique de la passion amoureuse, outrepassant d'emblée le modèle de l'« amour courtois » élaboré à la même époque[8] sous les traits de Tristan et Iseult[5]. Derrière ce masque arrangeant de femme fatale, l'œuvre de l'exégète savante, célèbre dès avant sa rencontre avec Abélard pour être l'unique femme ayant osé entreprendre les études des arts libéraux[9], témoigne, en particulier à travers le premier ordre monastique doté d'une règle spécifiquement féminine que fut le Paraclet, d'une tentative, soutenue par la cour de Champagne mais anéantie par la réforme grégorienne, de définir pour les femmes un statut[10] clérical leur donnant accès à l'éducation[11].

Biographie[modifier | modifier le code]

La biographie d'Héloïse, basée, comme celle d'Abélard, sans recoupements sur une hypothèse de cohérence entre de rares manuscrits parfois disparus, reste, hormis les points essentiels établis par Abélard lui-même, sujette à révision.

Une naissance scandaleuse (~1092-1112)[modifier | modifier le code]

Massacre de Jérusalem en 1099[12]
Comme le roi Étienne et son frère Thibault de Champagne, qui a joué un rôle si déterminant dans sa vie, Héloïse appartient à la génération des enfants des premiers croisés et vit à une époque, qualifiée en France de Renaissance capétienne. Close par l'Anarchie, le début de la répression contre le catharisme puis la catastrophique deuxième croisade, c'est la période au cours de laquelle sont découverts les textes de la Logica nova.
Bertrade et Philippe[13], exemple royal donné jusqu'aux dix ans d'Héloïse d'une éthique amoureuse que la réforme grégorienne abolira.

Héloïse est la fille illégitime[14] d'un noble occupant une position sociale des plus élevées, allié des Montmorency. Il n'est pas improbable que son père soit le sénéchal de France Gilbert de Garlande[15] dit Païen, frère d'Étienne de Garlande, lequel a été dénoncé comme un « libertin » avant l'heure par son détracteur Yves de Chartres, ou bien un certain Jean, fils d'un membre de la suite de la Dame de Montlhéry, Hodierne de Gometz, devenu prêtre avant 1096 et fait chanoine de Saint-Germain-l'Auxerrois[2]. L'enfant grandit parmi d'autres demoiselles auprès des bénédictines d'Argenteuil[note 5], qui lui enseignent à partir de ses sept ans la lecture puis la grammaire[16].

Sa mère, prénommée Hersende, est peut-être celle qui a fondé entre 1101 et 1115 Fontevrault, orpheline élevée par ses frères issus d'une puissante famille angevine[note 6] et devenue par son second mariage Dame de Montsoreau (de)[17],[note 7], ou une moniale du même nom, mais qui est peut-être la même personne, chassée en 1107 du couvent de Saint-Éloi[note 8], après que l'évêque Galon et l'archidiacre Guillaume de Champeaux, champions de la réforme grégorienne, l'ont dénoncé comme une « caverne de fornication »[18].

Cette mère confie la suite de l'éducation de l'adolescente à l'un de ses deux frères, Fulbert. Celui ci, depuis au moins 1102[19], exerce au sein de l'Hôpital des Pauvres, une charge de sous-diacre « extra muros »[20] c'est-à-dire à l'extérieur du Cloître. C'est une charge probablement obtenue grâce à deux alliés de la famille, le feu suffragant Guillaume de Montfort, et la demi sœur de celui ci, la reine illégitime Bertrade[19], retirée depuis 1104 à Fontevrault.

Héloïse poursuit ainsi sa jeunesse vraisemblablement au presbytère de la chapelle Saint-Christophe, qui appartient aux Montfort[21]. Sa condition d'aristocrate sans biens propres, sans héritage, la destine au mariage, un mariage sans dot, donc à un veuf ou un noble que la famille aurait des raisons de vouloir marier à tout prix. Elle n'aura de cesse de travailler à échapper à cette condition.

Cet oncle d'Héloïse, qui a pu être un secours au moment où sa sœur mettait au monde sa nièce, introduit celle-ci au trivium et la pousse dans le cursus des arts libéraux[22][note 9] au moment où le corps le plus conservateur de l'enseignement se retire du monde pour fonder autour de Guillaume de Champeaux l'abbaye savante Saint Victor. Resté bien en cour après l'avènement de Louis le Gros[note 10], qui succède à son père le roi Philippe en 1108, Fulbert est un homme avide de charges[22]> et des revenus attenants. Il a fréquenté Baudri de Bourgueil[17], qui est un lettré versé dans la poésie latine, initiateur avec Marbode de la Renaissance angevine et précurseur de l'humanisme. C'est chez Baudri, inventeur de ce genre littéraire[23] inspiré par les Héroïdes d'Ovide, qu'Héloïse trouvera l'idée de correspondance amoureuse.

Genèse d'une légende (1113-1117)[modifier | modifier le code]

La rencontre de la chansonnière avec le Maître (1113)[modifier | modifier le code]

Article connexe : goliard.
En rouge, la chapelle Saint-Christophe sur un plan de Paris en 1552. Le cloître Notre-Dame, où était l'école cathédrale, est à gauche de Notre Dame, au-delà du porche. A l'époque d'Héloïse, c'était une basilique romane, Saint Étienne, qui occupait approximativement l'emplacement de Notre Dame. Le Cloître de Paris ne s'appelait pas encore Notre Dame.

En tant que chanoine membre du chapitre cathédral de Saint Étienne, le tuteur d'Héloïse prend en pension, sous le même toit que sa filleule, l'écolâtre de l'école cathédrale du Cloître de Paris, Abélard, qu'il soutient depuis de nombreuses années dans sa démarche moderniste. Abélard, qui a quitté son poste de Corbeil en 1107 pour prendre une année sabbatique au Pallet et enseigne depuis 1110 à Sainte Geneviève du Mont où, depuis Melun, l'a appelé Etienne de Garlande quand celui-ci en a été nommé doyen, est promu à ce poste dans l'île de la Cité une seconde fois en 1113[24], après en avoir été évincé en 1109 par son ancien maître et désormais ennemi Guillaume de Champeaux. Cette nomination rehausse le prestige de l'école parisienne face à celle des disciples d'Anselme de Laon, Albéric de Reims et Lotulphe de Lombardie, les rivaux d'Abélard dans la querelle des universaux.

Si la beauté solaire[25] de la jeune femme n'est pas exceptionnelle sans être des moindres[22], ne serait ce que par sa haute stature[26],[note 11], son rang, son engagement dans des études[9], chose inouïe pour une femme[9], plus encore son audace de les consacrer à un domaine non religieux[9] lui valent d'être une des personnalités les plus en vue de Paris. Son intelligence et ses connaissances en latin, grec et hébreu, spécialement celle des auteurs antiques, encore ignorés de l'enseignement officiel, étonnent. Ses chansons reprises[27] par les goliards en font la figure féminine d'une jeunesse étudiante qui s'émancipe, à l'instar d'Abélard lui-même, de sa condition familiale et féodale et obtiendra à force de grèves quatre-vingt-six ans plus tard le statut de clerc, le for ecclésiastique à l'origine de l'Université.

Abélard, célibataire célèbre pour sa beauté[22] et reconnu par ses pairs comme le plus éminent des enseignants de la dialectique, cherche à devenir son professeur particulier dans le but calculé de la séduire[28]. Parvenu à trente-quatre ans au sommet de sa gloire, il est le fils aîné d'un chevalier poitevin qui s'attacha à la cour du comte Matthias et du duc souverain de Bretagne Alain Fergent[2] et qui devint baillistre de la seigneurie du Pallet en en épousant l'héritière. Adulé par la foule qui s'amasse sur son passage[29] et adoré comme leur chevalier[30] par les femmes quand elles se retrouvent entre elles[29], enrichi par les honoraires que lui versent les familles aristocratiques de ses étudiants[22] (quelques dizaines par an) et ruiné pour plusieurs femmes[30], il se décrit comme un séducteur sûr de son charme[22] mais accablé par le travail, les voyages à cheval et les querelles de pouvoir, que le surmenage a déjà conduit onze ans plus tôt à une dépression nerveuse (« afflictione correptus infirmitate coactus ») et qui va connaître une aventure enchanteresse évoquée par lui-même à maintes reprises comme une expérience sentimentale déstabilisante.

La romance d'Héloïse (1113-1115)[modifier | modifier le code]

Les Amours d'Héloïse et d'Abélard par Jean Vignaud (1819).

Tel un trouvère de la cour du duc Guillaume de Poitiers qui semble avoir tant influencé son père[22], il commence par faire de sa fredaine des chansons en latin, manière de délassement devenue son habitude[note 12], dont les mélodies séduisent jusqu'aux plus illettrés[29] et deviennent les succès de la mode populaire du moment[29] à travers tout l'Occident[22]. Il y célèbre le nom d'Héloïse, créant la légende avant même l'histoire. « (...) avec ton refrain à succès, tu mettais ton Héloïse dans toutes les bouches. De moi toutes les places, de moi chaque maison résonnaient. »[29][note 13].

« Hebet sydus leti visus cordis nubilo[31]
L'astre dont la vue m'avait réjoui pâlit dans la brume de mon cœur. »

— Premier vers d'une chanson[32] comparant « Helois » à Helios. Elle a été attribuée[25] à Abélard par rapprochements[33] avec les deux premiers vers d'un poème qu'il lui a adressé[34].

« Stella polum variat et noctum luna colorat
Sed michi sydus hebet quod me conducere debet.[35]
L'étoile tourne au pôle et la lune colore la nuit
Mais mon astre à moi pâlit, lui qui devait me guider.
 »

— Les deux vers en question.

L'invention de l'amour féminin (1114-1115)[modifier | modifier le code]

Article connexe : Epistolae duorum amantium.
Abélard et son élève Héloïse
peints par E. B. Leighton en 1882
dans un cloître Notre-Dame anachronique. Héloïse est habillée d'une cotte hardie, robe moulante au plus près du corps pour ne rien cacher de la féminité, que la cour carolingienne avait mise en faveur[36],[note 14].

Tout Paris chante déjà Héloïse[29], jalousée des femmes[29], quand à l'automne 1114, Abélard initie avec elle, sous prétexte de leçons, une correspondance, moyen de séduction préféré à la seule conversation, aussi savante que galante. Les tablettes de cire retournées par le professeur, après qu'il y a ajouté sa réponse, sont recopiées par Héloïse[37], peut-être déjà avec une arrière-pensée éditoriale de ce qui est devenu les Lettres des deux amants. Les formules de salutations, détournées par jeu de leur seule fonction, sont l'occasion pour l'élève, au-delà du témoignage d'affection conventionnel, d'un exercice rhétorique et d'une innovation littéraire[38] pleine d'esprit mêlant les allusions intimes aux références théologiques.

Clinicienne, Héloïse fait au cours de ces échanges l'analyse de son désir amoureux. Sublimant à travers l'être aimé l'avilissement de la concupiscence, le désir se transcende dans son exercice libre de nécessaire pécheur comme expression, plutôt que comme action, de la Grâce accordée par le Paraclet. Si la foi se vit à travers l'image du Christ qu'est l'homme aimé, c'est sans l'hypocrisie de renoncer à sa condition de femme désirante, de pécheresse, qu'Héloïse entend le faire, illustrant ainsi le thème évangélique[39] de « se perdre pour se retrouver » tel que le formulera Thérèse d'Avila[40] et le diffusera le quiétisme[41]. Se faisant, elle met en application[42], ou détourne dans l'alcôve la conception de responsabilité morale et juridique[43] que développera ultérieurement Abélard selon laquelle les actes les plus coupables ne le sont pas si l'intention n'y est pas. Il n'y aurait pas de faute morale à tomber dans la luxure quand c'est par un effet de l'amour et non par perversité. « Morale du couple » plus que du seul moraliste à l'origine du droit moderne qu'est Abélard, cette invention, qui est celle de l'amour libre c'est-à-dire d'un amour afranchi des règles de la société et du mariage, fera florès[note 15] et peut être mise, au moins par son inspiration amoureuse, au crédit d'Héloïse[44].

Plus qu'une correspondance amoureuse, les Lettres des deux amants sont une correspondance sur l'amour. Elle est en effet l'occasion pour Héloïse d'inventer sous le terme emprunté à Tertullien[45] de « dilectio »[46], au sens d'estime, une forme d'amour intellectuel. Elle le définit brièvement comme une aliénation entre semblables[46], une soumission volontaire (« in omnibus obire »)[46],[note 16] en réponse à l'amitié reçue[46]. L'amour se distingue toutefois de l'amitié telle que la définit Cicéron[47] entre personnes du même sexe, c'est-à-dire que s'y assume la différence des sexes. Semblables et singuliers, hommes et femmes ne sont pas identiques. Héloïse applique là à la question de la nature de l'amour une autre leçon de son maître, une leçon de logique tranchée lors de la querelle des universaux sur la différence entre le genre et l'espèce.

Cette conception « avant gardiste », post aristotélicienne du désir, tout d'une pièce intellectuel et sexuel, cette philosophie du sujet, responsable de ses désirs plutôt que de son comportement, sera déclinée, sinon affadie, six siècles et demi plus tard par les Précieuses sous l'allégorie de Tendre sur Estime, accomplissement de l'amour parfait. La définition que donne Héloïse de l'amour est triplement révolutionnaire, premièrement parce que c'est une femme qui s'exprime sur le sujet, deuxièmement parce qu'en faisant fi[48] des élucubrations[49] philosophiques masculines antérieures que lui expose son amant et qui la dépassent[48], elle prétend l'affirmer concrètement (« Dilectio (...) ex ipsius experimento rei »)[50],[note 17] à partir de son expérience personnelle (« naturali intuitu ego quoque perspiciens »)[46],[note 18], troisièmement parce que, la différence des sexes se traduisant par des amours différents, elle affirme une spécificité de l'amour féminin[51]. Inversement, Abélard lui confessera dix-huit ans plus tard, au milieu d'un discours plein de bondieuseries[52], que l'amour spécifiquement masculin, le sien du moins, ne consiste, en tant que tel, en rien d'autre qu'une concupiscence la plus brutale[53].

Adultère et Astralabe (1116)[modifier | modifier le code]

Article connexe : Astralabe.
Astrolabe de Lupitus à l'IMA,
semblable à ceux qu'Abélard étudia à Léon, au cours d'un voyage effectué l'année précédant sa rencontre avec Héloïse, auprès du spécialiste d'alors, Adélard de Bath[54].

Entre l'élève et son professeur de treize ans son aîné, s'engage une liaison transgressive[22], enflammée mais inconstante[55], d'où la violence n'est pas exclue : « que de fois n'ai-je pas usé de menaces et de coups pour forcer ton consentement ? »[52]. Les nuits de passion épuisent[22] et entraînent les deux intellectuels jusqu'à des excès sadomasochistes : « j'allais parfois jusqu'à la frapper, coups donnés par amour, (…) par tendresse, (...) et ces coups dépassaient en douceur tous les baumes. (...) tout ce que la passion peut imaginer de raffinement insolite, nous l'avons ajouté. »[22].

La liaison adultère, découverte, semble-t-il, au début de l'année 1116[56], tourne au vaudeville[57]. Fulbert renvoie son pensionnaire, attisant la flamme des corps séparés[22]. Le professeur est alors surpris une nuit en flagrant délit, au milieu des ébats du couple, et la jeune fille est éloignée à son tour[58]. À son retour, « Une fois la honte passée, la passion ôta toute pudeur »[59] et Héloïse tombe enceinte peu après.

Ruines contemporaines du donjon du Pallet où Héloïse parturiante a vécu et s'est liée à sa belle sœur, avec laquelle elle a fini sa vie au Paraclet.

Pour la soustraire aux autorités françaises, son amant organise son enlèvement, lui fournit un déguisement de nonne, l'emmène un jour que son oncle est absent et la conduit jusque dans sa patrie, au Pallet. C'est la garnison au sud de la Loire qui garde Nantes face à la France. Elle est tenue par le cadet d'Abélard depuis quatre ans que leur père Bérenger s'est retiré avec le roi Fergent à Redon. Pour prévenir une possible riposte, les fugitifs sont mis sous escorte[22].

À l'automne 1116, Héloïse accouche chez la sœur d'Abélard, Denyse, d'un fils auquel elle donne le prénom non chrétien d'Astralabe, c'est-à-dire, en français moderne, Astrolabe, sous-entendu « Puer Dei I », soit « premier fils de Dieu », d'après l'anagramme ésotérique ainsi formé de Petrus Abaelardus II[60],[note 19]. L'astrolabe n'était à l'époque que d'un usage astrologique. L'enfant, qui sera baptisé sous le patronage de Pierre, est confié, non sans déchirements, à Denyse[61], à laquelle Héloïse restera attachée puisqu'elles termineront leurs jours ensemble à l'abbaye du Paraclet.

La trahison par le mariage (début 1117)[modifier | modifier le code]

Actuelle façade au 24 rue Chanoinesse fermant la cour de l'ancienne Chapelle Saint Aignan, lieu vraisemblable du mariage secret d'Héloïse et Abélard.

Abélard retourne seul[22] à Paris négocier le pardon de Fulbert, lequel obtient une promesse de mariage[22] sans qu'Héloïse, restée au Pallet, n'ait été consultée. Fille mère, celle-ci se voit un destin de courtisane[22] dans un Paris qui invente, à l'occasion d'un boom économique et démographique, la mode et les salons mondains et qui offre aux femmes la tentation d'une condition nouvelle échappant à la réclusion ménagère, mais, au père de son enfant revenu la chercher, elle finit par céder, « seule chose à faire si nous voulons nous perdre tous deux et nous préparer un chagrin égal à notre amour. »[22]

Dans les semaines suivantes, le mariage est prononcé à Paris devant témoins mais à l'aube, secrètement, pour ne pas compromettre les chances du mari d'obtenir un canonicat qui exigerait le célibat, chose alors en débat qui ne sera tranché qu'au concile de Latran de 1139 mais dont ils sont pour l'heure l'exemple le plus scandaleux. Il a fallu trouver un prêtre conciliant et discret. La cérémonie a pu se faire aussi bien à la chapelle Saint Christophe, chez l'oncle maternelle, qu'à la chapelle Saint Aignan, érigée un an plus tôt par l'hypothétique oncle paternel Etienne de Garlande dans l'hôtel que celui-ci possède dans le Cloître de Paris.

Au-delà de ce calcul carriériste, Héloïse, opposée à son mariage parce que se jugeant à la fois une personne indigne de son époux et une entrave à son destin d'enseignant réformateur, fait de la dénégation de sa condition d'épouse une question éthique. Pour elle, le mariage est une prostitution de la femme[62], un intéressement matériel de l'épouse à une condition sociale toute masculine[62], qui peut convenir à celle qui « si l'occasion s'en présentait, se prostituerait certainement à un plus riche encore », mais pas à une femme véritablement amoureuse de la personne elle-même. Préfigurant les jugements des Cours d'amour qui définiront la fine amor comme un amour platonique mais libre, nécessairement hors mariage, voire impossible, elle aurait voulu, nonobstant la décision de son maître, rester « douce amie »[29].

Réminiscence des paroles du Christ[63], elle pousse son hardiesse autant que son humiliation jusqu'au sacrifice moral en précisant « Le nom d'épouse paraît plus sacré (..). J'aurais voulu, au risque de te choquer, celui de concubine et de putain[note 20], dans l'idée que plus je me ferais humble sous ton regard, plus je m'attacherais de titres à obtenir tes grâces (…) »[62], et en insistant « (...) il m'aurait paru plus souhaitable et plus digne d'être ta courtisane plutôt que l'impératrice [d'Auguste] »[62].

Rébellion et castration (fin 1117)[modifier | modifier le code]

Pour Fulbert, l'honneur familial est réparé par le mariage. Aussi trahit il la convention passée avec son quasi gendre et rend ce mariage publique, alors qu'Héloïse s'obstine à le nier[22] en public comme en privé. Si elle agit ainsi, c'est parce qu'elle se soucie de préserver le secret qui protège la carrière de son mari mais aussi parce qu'elle n'a pas renoncé à une vie de femme libre. Son projet reste clairement que l'amour seul demeure, par delà les obligations conjugales, une attache entre époux et que chacun d'eux conduise sa vie professionnelle comme il l'entend. L'oncle ne supporte pas ce qui est une insoumission à l'ordre familial et une subversion d'une institution sociale tel que le mariage.

Il bat[22] sa nièce ingrate à chaque marque d'obstination, méthode d'éducation tout à fait ordinaire à l'époque[64], du moins pour les garçons. Pour se soustraire aux coups, celle-ci, désormais émancipée par son mariage de la tutelle de son oncle mais ne pouvant pas s'installer en ménage avec son mari sans révéler au public le secret, retourne comme pensionnaire au couvent très mondain de Sainte Marie d'Argenteuil. Plus que jamais, les apparences cachent le plus scabreux. Abélard n'hésite pas à sauter le mur du couvent et les amants et époux n'ont de cesse, jusqu'à forniquer dans un coin du réfectoire[65].

L'oncle se croit trahi[22] une seconde fois par un Abélard qui, jugeant paternité et travail d'écriture incompatibles dans un foyer qui ne disposerait pas de domesticité et d'espace suffisant[22], rechigne[66] à devenir un « âne domestique »[67]. Il voit le roué abandonner tout projet familial et se débarrasser d'une épouse en l'obligeant à entrer dans les ordres[68]. En août 1117[56], il le fait châtrer, châtiment habituellement réservé au violeur, par des hommes de main, qui ont soudoyé le valet de la victime[note 21].

Dès le lendemain matin, la foule afflue autour des lieux du crime. Les bourgeois de Paris, estimant l'honneur de leur ville en cause[30], peut être moins par la blessure infligée à un écolâtre que par l'injure faite au second personnage de l'état qu'est le Chancelier Etienne de Garlande en s'attaquant à un de ses proches, saisissent le suffragant Girbert, dont relève le chanoine. L'évêque juge que le préjudice n'est pas seulement physique mais que ce qui est lésé, c'est la notoriété d'Abélard, privé de voir son public sans éprouver de honte. Aussi le tribunal épiscopal condamne-t il, selon la loi du talion, le valet et un des exécutants à la castration mais aussi à l'énucléation. Les autres complices n'ont pu être arrêtés. Fulbert est démis de son canonicat, ses biens sont confisqués[30]. Le vieillard ayant nié[30], un doute subsiste sur le mobile[note 22] et les intentions du commanditaire[note 23]. Aussi Abélard renonce-t il à faire appel mais il reçoit sans doute un dédommagement matériel pris sur les biens saisis, dont l'usage revient ainsi à son épouse.

Moniale de Sainte Marie d'Argenteuil (1118-1128)[modifier | modifier le code]

Les Adieux d'Héloïse à Abélard,
huile sur toile visible à l'Ermitage
peinte en 1780 par Angelica Kauffmann
pour illustrer l'édition d'Alexander Pope.

Au début de l'année suivante, son mari étant encore convalescent[22][note 24], Héloïse, accablée par la culpabilité[22], prend le voile en grande pompe des mains de l'évêque de Paris Girbert lui-même. La cérémonie est donc d'importance mais c'est contre son gré qu'elle s'y plie, uniquement par obéissance à Abélard, qui entrera à son tour dans les ordres, à Saint Denis, trois lieues en amont sur la Seine, mais seulement après s'être assuré qu'elle l'a fait elle-même. Elle lui reprochera amèrement ce manque de confiance dans sa soumission[69]. Cette prise de voile, le mariage n'étant plus secret, ouvre de nouveau à Abélard la perspective de continuer dans les ordres sa carrière, qui visiblement seule importe, et c'est donc bien à celle-ci qu'Héloïse se sacrifie.

Quelle impie je fus, quand pour époux je pris,
Celui qui recevrait tant de malheurs pour prix!
Reçois mon châtiment en expiation.
Je veux m'en acquitter avec abnégation[70].
Plainte de Cornélie[71] récitée par Héloïse
montant à l'autel pour prononcer ses vœux[22].
Héloïse embrassant la vie monastique fantasmée en 1812 par Jean-Antoine Laurent.

Un ou deux ans plus tard, Abélard, en guerre avec ses frères bénédictins aux « mœurs infames »[22], est éloigné d'elle en même temps que d'eux, en obtenant la charge d'un prieuré qui appartient à l'abbaye mais qui est du ressort de la justice de son protecteur, le comte de Champagne Thibault, prieuré que la tradition identifie au prieuré Sainte Marguerite de Maisoncelles[note 25]. Il y reprend un enseignement lucratif dont elle est ou pourrait être, en tant qu'épouse, bénéficiaire[72]. Or cet enseignement dérange les prédicateurs populaires parce qu'il est une tentative, un siècle avant Thomas d'Aquin, de restaurer, en s'appuyant sur la philosophie antique d'Aristote, la théologie sous une forme chrétienne, de fonder la Foi non pas seulement sur la tradition mais aussi sur la science, de convertir à la doctrine moins par l'autorité du prédicateur que par le raisonnement individuel. Abélard s'en prend personnellement à un de ses détracteurs, son ancien maître Roscelin, qui est l'auteur de la théorie des universaux, et propose de le confondre publiquement[73].

C'est alors qu'il est accusé de troubler l'Église en mêlant condition monastique et condition maritale[72]. C'est donc par Héloïse que les ennemis d'Abélard trouvent prise pour le discréditer, en l'accusant par voie de lettre ouverte d'entretenir sa femme avec les honoraires de son enseignement tout en restant moine[72]. Héloïse est insultée et dénoncée tout en même temps comme une innocente victime et une fille de joie[72]. Roscelin va jusqu'à reprocher au professeur son sceau, qui le représente formant un seul corps avec sa femme[72]. En 1121, c'est le grave échec du Concile de Soissons. Abélard est condamné sans débat[22] pour sabellianisme à livrer lui-même sur le champ un exemplaire de sa Théologie du souverain bien, « traité de l'unité et de la trinité divines », à un autodafé[74]. L'ouvrage serait contraire à l'article 20 du symbole de Sirmium de 351, et ce en dépit du fait qu'il est conforme au symbole de Nicée qui précise, sinon corrige, le précédent.

Les tribulations que doit endurer son mari ne rendent pas son amant à Héloïse et elle se sent trahie par sa prise de voile[69]. Au bout d'une dizaine d'années de cette vie monastique frustrante menée sans vocation, elle devient prieure de son abbaye.

La prieure de la Sainte Trinité (1129-1144)[modifier | modifier le code]

La fondation du Paraclet (1129-1131)[modifier | modifier le code]

Article connexe : Abbaye du Paraclet.
Abailard reçoit Héloïse au monastère du Paraclet (1129)[75]. Gravure de 1897. En réalité, s'il y avait un « dortoir clos », fort modeste à en croire les témoins du XVIIIe siècle[76], les moniales, pour la plupart aristocrates, ont probablement été accueillies dans les cabanes abandonnées deux ans plus tôt.

En 1129, Héloïse est chassée sans ménagements de son monastère avec ses sœurs bénédictines par Suger, ennemi des Montmorency comme d'Abélard et nouvel abbé de Saint Denis qui souhaite élargir l'assiette de sa fondation et loger des frères sous ses ordres. Les filles trouvent refuge dans l'abbaye Notre-Dame d'Yerres[77] auprès d'Eustachie, veuve de Baudoin Le Riche et Dame de Corbeil, que Suger vient de quitter pour son nouveau poste. Il s'agit donc d'un échange en même temps que d'une relégation qui fait suite à la défaveur des Montmorency et aux défaites qu'ont subies Hugues du Puiset et Milon de Montlhéry, malgré le soutien que leur avait apporté Thibault, le futur comte de Champagne, lui même défait en 1118 à L'Aigle.

Abélard est entre temps retourné en Bretagne, où son frère Porchaire est un chanoine influent du chapitre de Nantes[78]. Devenu abbé de Saint Gildas de Rhuys, il a ses introductions auprès du souverain, le Duc Conan le Gros, alors que la prieure Héloïse, en transit à Yerres, est dans l'alternative d'embrasser la condition de converse ou de se retrouver à la rue.

Il offre à celle qui se considère toujours comme son épouse, aussi bien que celle du Christ, de fonder une nouvelle abbaye au lieu d'un ermitage qu'il avait fait bâtir en 1122. C'est un petit bâtiment construit sur un terrain que le comte Thibault lui avait concédé deux ans après son intronisation, à Quincey en Champagne, au-dessus de Nogent, entre Provins et Troyes. De nombreux jeunes gens, y dressant un campement de cabanes, l'avaient rejoint pour réinventer une vie proche de la nature et suivre son enseignement, mais il les avait abandonnés en 1127, fuyant au Rhuys la menace d'une nouvelle condamnation par ses rivaux cisterciens et prémontrés.

Dépendant du même chapitre sénonais que préside le primat Henri le Sanglier et où siège Geoffroy de Lèves qui avait défendu Abélard au procès de Soissons, Héloïse s'y installe avec la moitié des sœurs d'Argenteuil. Le 28 novembre 1131, en plein schisme, l'évêque Hugues de Montaigu obtient pour son collègue Hatton du pape Innocent II le privilège qui agrée la fondation et qui fait d'Héloïse la prieure de l'« Oratoire de la Sainte Trinité ». Bien qu'en janvier de la même année le pape en déplacement avait reçu Abélard[79] qualifié de « recteur des écoles excellentissimes ayant attiré les hommes de lettres de presque toute la latinité »[80], le maniement abélardien du concept johannien de Paraclet, qualité générique commune aux trois personnes divines et non pas une de ces trois personnes[22], rend le terme grec trop polémique pour être dans un premier temps officiellement conservé[22].

Après une année d’extrême pauvreté, les dons sollicités par Abélard[81] affluent enfin. Héloïse, s'étant sentie abandonnée de son amant, sort de ces trois dernières années « épuisée et chancelante »[69] mais l'abbaye du Paraclet est un succès, qui se prolongera jusqu'à son aliénation en tant que bien national le 14 novembre 1792.

Amour fou et foi rationnelle (1132-1135)[modifier | modifier le code]

Abélard, âgé de cinquante quatre ans, abandonne définitivement le Rhuys en 1133, où ses frères ont tenté de l'assassiner. La correspondance en latin échangée dès 1132 entre la supérieure et son directeur, anciens amants de corps, est un monument de la littérature française[4]. Au-delà de la mode carolingienne et compassée d'une prose rimée, les trois longues lettres d'Héloïse, toutes de finesse, annoncent déjà très nettement, par leur structure grammaticale logique et déjà française, le grand style hérité de Cicéron. L'auteur y mêle délicatement références et jeux de mots et se montre étonnement moderne tant par la profondeur de l'analyse psychologique que par la liberté du propos.

Il en est qui se délectent des péchés qu'ils ont commis,
À tel point qu'ils ne s'en repentent jamais vraiment.
Mais non! Si doux est l'attrait de ce plaisir,
Qu'il ne souffre aucune pénitence.
C'est ce dont notre Héloïse a pris l'habitude constante,
De se plaindre sans cesse, à moi, en elle-même.
(...)
Elles sont si délicieuses les jouissances de notre délit,
Que nous prenons à s'écouter un plaisir extrème[82].
État d'esprit d'une Héloïse qui n'a pas fait le deuil de son amour, décrit en vers quelques années plus tard par un Abélard lassé,
pour s'en plaindre à son fils[83].

Héloïse ne renie rien de son amour intellectuel (dilectio) pour un Abélard embarrassé, ni même de son péché de concupiscence. À moins de quarante ans, elle ne cesse de remuer les images rémanentes de leurs fantasmes vécus, jusque dans le rêve et même la prière éveillée[69]. Non sans réticences à transgresser une apparence que les convenances commandent[69], elle fait de la sincérité de l'aveu un exercice de style réjouissant. Tout en regrettant de n'avoir pas été elle aussi castrée de l'organe du plaisir[69], elle dévoile complaisamment la culpabilité de la femme désirante que cache l'hypocrite religieuse[69].

Au-delà des questions intimes, cette correspondance témoigne d'une moraliste critique vis-à-vis d'une tradition confuse répétée sans compréhension et d'une dévotion de façade que cette ignorance conforte. Elle montre une prieure qui s'efforce de rendre cohérente et complète la liturgie de son monastère. Pour ce faire, elle commande à son « bien aimé » un hymnaire dont il livrera en trois livrets cent trente pièces, paroles et musique, dont le mélancolique O Quanta Qualia. Elle fait ainsi du Paraclet le premier centre de musique sacrée de son temps.

Maison romane en haut de la rue du Palais à Provins, qui fut probablement une des trois synagogues de la déjà troisième plus grande ville du Royaume, où Abélard consultait le Tanakh auprès des tossafistes que Rachi avait formés. Apparemment très présent au Paraclet de 1133 à 1136, il était peut être accompagné par Héloïse, quand elle se rendait la cour encore itinérante de Thibaut.

Abélard ajoute vingt-huit sermons[84] à lire pour vingt-huit saints anniversaires, jusqu'alors négligés. Parce qu'elle sait que ses amitiés rabbiniques lui donne un rare accès au texte original qu'abrite les synagogues de Troyes et Provins, Héloïse lui commande aussi pour l'édification de ses filles la première exégèse chrétienne de la Genèse depuis saint Jérôme, dont il fait une leçon simple, inspirée du commentaire de Rachi, pour une semaine liturgique[85].

Enfin, il produit un traité critique de catéchèse, les Problemata Heloissae ou Problèmes d'Héloïse, dans lequel il répond à quarante-deux difficultés soulevées par l'analyse exégétique que fait son élève des Ecritures. À travers ce texte se lit non seulement un rare travail de collaboration intellectuelle ébauché dans les Lettres des deux amants mais aussi un point de vue nettement distinct de celui d'Abélard lui-même, celui d'une femme curieuse attachée à des réponses concrètes.

En 1135, Héloïse est la seconde femme, vingt ans après Pétronille de Chemillé, à recevoir le titre d'abbesse[note 26].

Une règle monastique féminine (1136-1139)[modifier | modifier le code]

En 1136, Héloïse prend seule la direction du Paraclet. Abélard est appelé par le chancelier Étienne de Garlande, dont Suger avait obtenu la disgrâce en 1127 et qui vient de retrouver son titre de doyen l'abbaye Sainte Geneviève, pour y reprendre l'enseignement qu'il y avait initié en 1110, trois ans avant sa rencontre avec Héloïse. Celle-ci a la joie d'apprendre que son fils Astralabe termine avec succès le cursus des arts libéraux qu'il poursuit sous la houlette de son oncle paternel Porchaire à Nantes[86].

Héloïse, quatre-vingts ans avant sainte Claire[87], se soucie d'une règle monastique spécifiquement féminine, la règle de saint Benoît suivie par Sainte Ecolasse n'ayant été écrite que pour des hommes[88],[note 27]. Compliquée par celle du célibat et celle de la place de l'épouse dont le mari est devenu prêtre, la question du rôle historique des femmes auprès de Jésus, des Évangélistes et des saints n'a pas été évitée par les Pères mais reste négligée et le restera jusqu'à ce que le dogme de l'Immaculée Conception l'occulte complètement. Sans la trancher, Abélard répond depuis le collège Sainte Geneviève aux interrogations d'Héloïse et lui édicte les principes qui doivent régir un monastère de femmes[89].

Héloïse imaginée par Jean-Baptiste Mallet durant l'acmé de la mode gothique[90] dans un Paraclet au décor mêlant les siècles[91]. En réalité, l'abbesse était une redoutable femme d'affaires de plus de quarante ans.

Sa règle s'inspire de celles de Cîteaux et d'Arbrissel[92] mais prends arguments non seulement de l'autorité des Évangiles et des Pères de l'Église mais aussi du bon sens qui se trouve dans les sources antiques, hébraïques, grecques ou latines. Prônant la modération et non la rigueur, proscrivant le superflu mais pas le nécessaire, cette règle, en exigeant un engagement au-delà de l'apparence, érige la délation en système social. Si elle prévoit que les moines délivrent tous les services nécessaires aux sœurs, c'est au prix de l'assujettissement de celles-ci à un abbé et de leur contrôle par un prévôt épiscopal. En contrepartie, elles doivent se faire les couturières de leurs frères, leurs lingères, leurs boulangères et s'occuper de la basse-cour.

La réaction d'Héloïse a été conservée sous la forme des Institutiones nostrae[93], la règle de son abbaye du Paraclet, rédigée une fois Abélard décédé. Le « silence d'Héloïse »[94] qui suit sa dernière lettre à Abélard et s'étend, à une exception près, sur trente ans c'est-à-dire jusqu'à la mort, est en soi parlant. Il suggère plutôt qu'une conversion effective, peu conforme à ce qu'elle a montré d'elle-même[95], une autocensure[94], sinon une censure posthume, qui est nécessairement intervenue à un certain degré si faible soit il, ne serait ce qu'au cours des corrections qui surviennent lors des copies.

Passée la question simpliste mais palpitante de l'authenticité des lettres, l'hypothèse a en effet été avancée à partir de l'étude de la construction du texte d'un premier recueil des documents de la prieure par ses soins, voire de leur révision par ceux d'Abélard dans un but d'édification par l'exemple d'une pécheresse ayant surmonté sa concupiscence[6]. Ce qui est resté de leur correspondance serait le reliquat de ce travail éditorial initié de leur vivant, comme le prouve la grande unité du texte[96], dans le cadre de la définition et de l'exaltation de la règle de leur institut, puis annoté, peut-être expurgé voire légèrement remanié, ultérieurement[97] par leurs successeurs clunisiens[98] à l'occasion de réformes, comme celle confiée en 1237[99] à Guillaume d'Auvergne[100], auquel le Paraclet est donné comme modèle[101].

À travers les figures de pêcheurs repentis mais persécutés par les nouveaux pharisiens[102], la diffusion, de scriptorium en scriptorium, de cette œuvre de propagande pour le Paraclet a suffisamment de succès, jusqu'au delà des frontières, pour inquiéter les zélateurs d'une réforme grégorienne qu'ils ne conçoivent pas reconnaitre la « prérogative du sexe le plus faible » par lequel le Christ a choisi, selon l'exégèse d'Abélard, de passer pour se faire Christ[103]. En 1139, Héloïse a à subir une inspection de Bernard de Clairvaux, qui dénonce le patenôtre et l'eucharistie tels qu'il sont pratiqués au Paraclet. Fondé sur le texte de l'Évangile, le rituel paraclétien contrevient à la tradition. Pour le parti d'une morale conservatrice, le modèle, c'est la femme mystique et non la femme savante, celle qui s'adonne à l'ascèse et non à l'exégèse, Hildegarde de Bingen, que Bernard de Clairvaux inspectera à son tour en 1141.

La condamnation (1140-1142)[modifier | modifier le code]

Article connexe : Concile de Sens.
Autodafé sous un soleil trinitaire
Chronique de Nurenberg[104] - 1493.

Au concile de Sens, Abélard, en refusant le débat, évite d'être condamné à brûler son livre, comme il l'avait été au concile de Soissons. Au cours du procès, Bernard de Clairvaux, en l'assurant du contraire[105], insinue la menace du bûcher, supplice inauguré un siècle plus tôt pour les « hérétiques d'Orléans ».

Le 26 mai 1140, les prises de position que professe Abélard, relativement aux effets de la Grâce et du Saint Esprit ou au péché, sont condamnées au concile de Sens. Répétition un siècle plus tard de l'affaire des hérétiques d'Orléans, c'est un procès sous influence organisé à l'occasion d'un déplacement du roi, où se joue, à travers la question de la place des clercs dans l'Église, le conflit[note 28] entre thibaldiens, protecteurs d'Héloïse et Abélard, et capétiens, dont la prééminence est alors loin d'être établie. Le traquenard[note 29] est monté par des prédicateurs envieux et encombrés dans leurs œuvres évangéliques par des arguments de raison repris et discutés jusque dans les villages les plus reculés, tant Abélard est lu[106]. Son Sic et non (la) par exemple cite les réponses contradictoires de la Bible et des Pères, sans oublier les avis divergeant des auteurs antiques, à cent cinquante sept questions, invitant chacun à chercher la vérité au delà du texte apparent et à trouver en soi, c'est-à-dire par le Saint Esprit, une opinion.

L'accusateur Bernard de Clairvaux, pour lequel la foi n'est que dans le cœur et le Diable dans la raison, obtient secrètement, à force de vin servi aux juges réunis en banquet, affirment ses adversaires[107], une condamnation avant la fin des débats. L'argument de la sentence est la sauvegarde de la tradition[107]. Clivant un peu plus l'Église comme le redoutait l'évêque de Chartres Geoffroi, le scandale est proportionnel à la notoriété de l'accusé, immense. Un de ses partis, comme il le fera lors des attaques contre Thomas d'Aquin et de la condamnation de Galilée, s'est insurgé contre celui du progrès de la raison dans la Foi.

C'est alors Héloïse que le condamné prend publiquement[107] à témoin de sa bonne foi. Il écrit pour sa défense une profession de foi[108] et c'est à elle qu'il l'adresse avant de la faire diffuser, en vain. Un rescrit signé du pape Innocent II, simple formalité de la Curie, confirme cette seconde condamnation d'Abélard le 18 juillet 1141.

Héloïse n'est pas impliquée directement mais les thèses condamnées, quant à l'exemple de l'innocence d'une femme qui pécherait par une intention amoureuse, sont celles-là mêmes qui ont présidé à la conception[42] de l'« amour par estime » (dilectio) qu'elle exprimait vingt cinq ans plus tôt. Ce moralisme triomphant faisant d'Héloïse le suppôt d'un hérétique se diffusera en une tradition populaire[109] colportée[110] par les prédications et sermons, et perdurera dans la doctrine jusqu'au XXe siècle[111].

Abélard, malade, doit renoncer à porter en personne son appel à Rome et prend la retraite qu'on lui offre au prieuré de Saint-Marcel-lès-Chalons puis à la maison mère de Cluny. Pierre le Vénérable organise une réconciliation avec Bernard de Clairvaux et obtient le pardon du pape. Abélard aurait accepté de se dédire. C'est à Saint-Marcel, où il est retourné soigner ce qui est décrit comme une psore, qu'il meurt au printemps 1142. Les moines, peut-être jaloux d'une relique qui attirerait les faveurs des donateurs, ne préviennent pas la prieure du Paraclet.

Tombeau pour Abélard (1143-1444)[modifier | modifier le code]

Chœur
Il se repose des souffrances
De la peine, et de l'amour.
À l'union céleste
Il en a appelé.
Déjà il a accédé
Au saint des saints du Sauveur.
(...)
Récitante - Strophe V
Avec toi j'ai enduré les malheurs,
Qu'avec toi, épuisée, je dorme
Et arrive en Sion.
Délivre de la croix,
Conduit à la lumière
L'âme accablée.
(...)
Récitante - Strophe VI
Rendez grâce à l'âme sainte.
Donne consolation, Paraclet!
(...)
Chœur - Strophe VII
Ils se reposent des souffrances
De la peine, et de l'amour.
À l'union céleste
Ils en appelaient.
Déjà ils accédaient
Au saint des saints du Sauveur[112].
Nénie d'Abélard,
cantate gnostique et peut-être polyphonique
attribuée à une Héloïse[113],[note 30] n'aspirant plus qu'à la mort.

Héloïse saisit le comte de Champagne, Thibaut dont elle tient fief et qui avait donné refuge à Abélard à Provins en 1122, après la première condamnation de celui-ci. Le comte saisit à son tour le supérieur de la maison mère de Saint-Marcel. Pierre le Vénérable est depuis son adolescence un admirateur de la célèbre savante. Devenu abbé, il avait longtemps voulu la tenir dans la « prison délicieuse » de Marcigny-les-Nonnains, qui est un riche couvent de dames, veuves et orphelines, attaché directement à Cluny et se trouve ainsi sous sa seule direction.

Pierre de Montboissier, représenté ici en adoration devant la Mère de Dieu, était un admirateur d'Héloïse, avec laquelle il sut habilement négocier l'affiliation du Paraclet alors que l'affluence de novices confrontaient tous les monastères à des besoins fonciers considérables en même temps qu'à la concurrence des Bernardins, zélateurs de la clôture, et des Norbertins, militants de l'embrigadement de la société laïque.

Au cours de l'année 1143, il prend l'initiative et contacte Héloïse. Elle obtient de son admirateur le transfert de la dépouille de son mari. Le corps est dérobé une nuit aux alentours de la Toussaint 1144 par une équipée conduite par le supérieur en personne et voyage clandestinement sous la garde de celui-ci depuis Saint Marcel jusqu'au Paraclet. Il est accueilli le 10 novembre dans la chapelle du Petit Moustier qui se dresse à l'écart de l'abbatiale. Conformément aux volontés d'Abélard d'être enterré au Paraclet[114], sa veuve a fait aménager devant l'autel un tombeau.

Reparti le lendemain pour Cluny, Pierre le Vénérable, souverain qui ne relève que de l'autorité du Pape, adresse de là à Héloïse un scellé par lequel il accorde â l'âme du défunt une indulgence plénière. Le parchemin restera exhibé au-dessus du tombeau comme c'est l'usage. En réponse, Héloïse acceptera que le Paraclet soit reçu dans l'ordre clunisien, affiliation qui ne sera actée par la Curie qu'en 1198 sous le pontificat d'Innocent III.

L'abbesse clunisienne du Paraclet (1145-1164)[modifier | modifier le code]

Portrait enluminé de Thibaud sur un arbre généalogique[115] dressé en décembre 1314[116]. Héloïse, parrainée par le protecteur d'Abélard, puissant créateur du comté de Champagne et fondateur du premier réseau bancaire, a été très proche de la femme de celui ci, Mathilde. Bénéficiant de ses largesses, elle et sa propre belle sœur, Denyse, ont accueilli au Paraclet cette belle sœur du roi d'Angleterre quand celle-ci est devenue veuve.

Dès lors, la règle cistercienne[117] s'impose[118] sans presque plus de réserves[119] à l'abbesse. Cette reprise en main s'inscrit dans un processus de relégation des femmes hors des institutions savantes[11], amorcée dès 1120 par le deuxième concile du Latran et renforcée par l'instauration progressive de la règle du célibat des clercs[120] voulue par la réforme grégorienne. Si les béguines résisteront quelque temps à cette exclusion[11], c'est une évolution sociale qui perdurera dans le dénigrement des Femmes savantes jusqu'à Marie Curie et cantonne dès la génération suivant celle d'Héloïse les femmes, telle Marie de France chantant le couple mythologique de Tristan et Iseult[121], à la langue profane et au registre de cour.

Héloïse toutefois, de loin la plus savante des femmes dans un temps où les plus favorisées d'entre elles doivent se contenter de jouer la musique, réussit à s'imposer comme un cas exceptionnel parmi les rares esprits qui dominent leur époque par leur sagesse, leur force et leur habileté à gérer une communauté religieuse. Renommée dès sa jeunesse pour ses compositions musicales et des chansons à succès[122], Héloïse est désormais sollicitée des princes pour son conseil et écoutée des ecclésiastiques. En 1147, elle obtient du pape Eugène III une bulle d'exemption nullius dioecesis, lui conférant en tant qu'abbesse une autorité quasi épiscopale qui s'étend sur les cinq petits prieurés annexes qu'elle développe. Elle fonde avec la comtesse Mathilde, future grand-mère de Philippe Auguste et veuve en 1151, une filiale à La Pommeraie[note 31], où celle-ci se retire et est enterrée huit années plus tard.

En 1158, elle a souffrir des tribulations de son fils Astralabe dans les suites de l'assassinat à Nantes du comte Geoffroi Pantagenêt. Il est plausible qu'elle ait reçu la consolation de sa visite alors qu'il s'acheminait vers son exil de Cherlieu.

Vingt et un ans après son mari, le dimanche 16 mai 1164, entourée de la toute jeune future prieure Mélisende et ses filles, elle meurt « de doctrine et religion très resplendissante »[123] et son cercueil est inhumé sous celui d'Abélard, dernier acte de sa soumission.

Elle repose avec Abélard au cimetière du Père-Lachaise (division 7) depuis le 16 juin 1817.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Celui dont la mort hélas s'est emparé de sa morsure vorace,
Le chagrin ni les plaintes ne le rendront à la vie.
Pourquoi donc ces larmes? À quoi bon tous ces grands cris ?
La tristesse ne sert de rien, elle est même nocive[124].
Quatre des quatorze vers d'une complainte anonyme
mais tout à fait singulière rédigée au monastère d'Argenteuil en 1123[125].

Ex epistolis duorum amantium[modifier | modifier le code]

Article connexe : Epistolae duorum amantium.

Quatre lettres à Abélard[modifier | modifier le code]

Edition Gréard en ligne Lettres d’Abélard et d’Héloïse.


Représentation d'Héloïse au XIXe siècle, choisie pour figurer dans un palmarès des femmes écrivains[127].

Lettre de remerciement à Pierre le Vénérable[modifier | modifier le code]

Règlement du Paraclet[modifier | modifier le code]

  • An., Institutiones nostrae, Le Paraclet, 1137~1220,
    • rédigée par Héloïse[134] et probablement certaines consœurs,
    • copie in Codex 802, ff. 89 r.-90 v., Bibliothèque municipale, Troyes, ~1230[97].

Nénie d'Abélard[modifier | modifier le code]

  • An., Nénie d'Abélard, Le Paraclet, 1145~1155,
    • attribution hypothétique, tradition orale recueillie probablement auprès d'émigrés et manuscrit disparu,
    • copie in A.A.L. Follen (de), Alte christliche Lieder und Kirchengesänge : Teutsch und lateinisch: nebst einem Anhange, p. 128-233, Büschler, 1819.

Célébration[modifier | modifier le code]

Son gisant, aujourd'hui au Père-Lachaise, reconstitué sur un tombeau monumental dessiné par Alexandre Lenoir pour recueillir en deux cercueils ses restes et ceux d'Abélard. Lors de l'inauguration aux Petits-Augustins le 27 avril 1807, la foule fut interminable.
« Si l’on vous prouve qu’il est faux, s’écrier : "Vous m’ôtez mes illusions". »[135],[note 32].

« Où est la très sage Hélois,
Pour qui fut chastré et puis moyne
Pierre Esbaillart à Sainct-Denys.
Pour son amour eut cest essoyne. »

— F. Villon, Ballade des dames du temps jadis, 1461.


Parcours d'un mythe[modifier | modifier le code]

De la curiosité galante au sentimentalisme populaire[modifier | modifier le code]

« Je n'ai jamais vu un plus beau latin, sur tout celui de la Religieuse, ni plus d'amour & d'esprit qu'elle en a. »

— Commentaire du Comte de Bussy Rabutin en 1687[141].

  • À la suite de la première édition latine, celle de Duchesne datée de 1616, le Comte de Bussy Rabutin, parmi quelques échanges galants avec la Marquise de Sévigné, adresse le 12 avril 1687 à sa cousine épistolière une traduction française[142] partielle et très infidèle, qui sera diffusée avec l'édition posthume des œuvres du libertin.
  • Alexander Pope, inspiré par la traduction anglaise que le poète John Hughes (en) a fait de celle de Bussy Rabutin, remet le mythe à la mode en publiant en 1717 le célèbre poème larmoyant Eloisa to Abelard, qui se veut un pastiche mais n'a plus de rapport avec les lettres authentiques. Le texte a été delaissé pour ne faire ressortir que les personnages et leur intrigue.
L'amour n'est point esclave ; et ce pur sentiment
Dans le cœur des humains naît libre, indépendant.
Unissons nos plaisirs sans unir nos fortunes :
Crois-moi, l'hymen est fait pour des âmes communes.
Apologie de l'union libre que fait passer dans son poème
Charles-Pierre Colardeau[143].

« (...) mon cœur ne vieillit point et je l'ai senti s'émouvoir au récit des malheurs d'Abélard et d'Héloïse (...). »

— Voltaire, âgé de soixante dix neuf ans, à Cailleau en 1774[147].

La vague romantique[modifier | modifier le code]

Héloïse peut-être erra sur ce rivage,
Quand, aux yeux des jaloux dérobant son séjour,
Dans les murs du Pallet elle vint mettre au jour
Un fils, cher et malheureux gage
De ses plaisirs furtifs et de son tendre amour.
Peut-être en ce réduit sauvage,
Seule, plus d’une fois, elle vint soupirer,
Et goûter librement la douceur de pleurer ;
Peut-être, sur ce roc assise
Elle rêvait à son malheur.
J’y veux rêver aussi ; j’y veux remplir mon cœur
Du doux souvenir d’Héloïse.
Élégie signée vers 1812 par Antoine Pécot, desservant du culte romantique rendu à la grotte d'Héloïse[note 33].

Romans modernes[modifier | modifier le code]

Heresy, Forge Books, New York, 2002 (ISBN 0-765-30246-2),
deux des dix romans policiers dont l'héroïne, Catherine Le Vendeur, est une novice du Paraclet qui est amenée à cacher Héloïse, son mari et son fils.

À la scène[modifier | modifier le code]

Cinématographe
Drames musicaux
Théâtre
Héloïse en fer forgé représentée avec une coiffe Renaissance sur la porte du 3 bis rue d'Athènes. Le motif, repris de celle du 9 quai aux Fleurs, est mis à la mode à la fin du XIXe siècle.
Ballet
Chansons modernes

Musique moderne[modifier | modifier le code]

  • J. Lewis (en), Epitaph for Abelard and Heloïse, concerto, Campion Records, avril 2004, 17' 57.

Exposition[modifier | modifier le code]

Association culturelle Pierre Abélard[151], Pierre Abélard et Héloïse, Palais des Congrès, Nantes, 3 & 4 octobre 2001.

Monuments et sculptures[modifier | modifier le code]

Grotte d'Héloïse à Clisson, fabrique sauvage et romantique à souhait,
construite en 1813.

« Héloïse, à ce nom, qui ne doit s'attendrir?
Comme elle sut aimer! Comme elle sut souffrir!
Distique élégiaque d'Antoine Pécot gravé par François-Frédéric Lemot[152] en 1813 à l'entrée de la Grotte d'Héloïse. »

Peintures et illustrations[modifier | modifier le code]

Le Vœu d'Héloïse peint par Pedro Américo, ami de Victor Cousin, en 1880.

Reliques[modifier | modifier le code]

Tombeau d'Héloïse et Abélard fabriqué plus que reconstitué en 1807 par Alexandre Lenoir et transféré au Cimetière de l'Est le 16 juin 1817.

Anecdote[modifier | modifier le code]



Bibliographie[modifier | modifier le code]

À travers Abélard[modifier | modifier le code]

L'édition des Lettres d’Abélard et d’Héloïse qu'Octave Gréard élabore à partir des inédits de Victor Cousin, qui est celui qui a initié en 1836 les études abélardiennes[148], est en 1875 la première traduction française qui donne à un large public accès à une certaine version du texte d'Héloïse.

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Lettres d'Héloïse et Abélard[modifier | modifier le code]

Lettres antérieures intitulées Epistolae duorum amantium
Lettres postérieures appelées de façon restrictive Correspondance.
  • L. Stouff, Héloïse et Abélard - Lettres, 10/18, Paris, 1964.
  • Abélard et Héloïse, éd. E. Bouyé, Correspondance, Folio Gallimard, Paris, septembre 2000 (ISBN 2-07-041528-7).
    • Lettre I : Histoire des malheurs d'Abélard adressé à un ami,
    • lettre II : Héloïse à Abélard,
    • lettre III : Abélard à Héloïse,
    • lettre IV : Réponse d'Héloïse à Abélard,
    • lettre V : Réponse d'Abélard à Héloïse,
    • lettre VI : Réponse d'Héloïse à Abélard,
    • lettre VII : Réponse d'Abélard à Héloïse,
    • lettre VIII : Abélard à Héloïse.
  • Abélard-Héloïse, éd. F. d'Amboise, trad. R. Oberson, Correspondance. Lettres I-VI., Hermann, Paris, 2008, 191 p.

Lettres de Pierre le Vénérable à Héloïse[modifier | modifier le code]

Études sur Héloïse[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Évocation romantique en tant que personnage secondaire.
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  • Victor Cousin, P. Abaelardi de intellectibus, in Fragments philosophiques, t. II, Ladrange, Paris, 1840.
  • Moriz Carrière (de), Einleintung, in Abaelard und Heloise : ihre Briefe und die Leidensgeschichte, p. 1–99, Ricker, Giessen, 1844.
  • Ch. de Rémusat, Abélard - Sa vie, sa philosophie et sa théologie, vol. I & II, Didier libr., Paris, nouv. éd. 1855.
Les débats d'avant-guerre.
  • B. Le Barillier, La Passion d'Héloïse et d'Abélard, Société d'éditions littéraires et artistiques, Paris, 1910.
  • M. de Waleffe, Héloïse, amante et dupe d'Abélard. (La fin d'une légende), Éditions d'art et de littérature Richardin, Paris, 1910, 218 p[note 38].
  • Ch. Charrier, Héloïse dans l'histoire et dans la légende Champion, Paris, 1933, 688 p., réed. Slatkine, Genève, 1977.
  • Étienne Gilson, Héloïse et Abélard, Vrin, Paris, 1938, réed. 1978.
Les herméneutes de la fin du XXe siècle.
Le retour au texte.

Références[modifier | modifier le code]

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  63. Luc, VII 47 « ses multiples péchés lui sont remis parce qu'elle a aimé beaucoup. » (à propos de la courtisane).
    Mathieu, XXI 31 « En vérité, je vous le dis, gabelous et putains entreront avant vous au Royaume des Cieux ».
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    « (...) Cur inpia nupsi,
    si miserum factura fui? nunc accipe poenas,
    sed quas sponte luam. (...) ».
  71. Lucain, La Pharsale, VIII, 86 & sq.
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  139. Constant J. Mews "La voix d'Héloïse: un dialogue de deux amants" 2005, page 66.
  140. Apologetica praefatio pro Petro Abaelardo, Nicolas Buon impr., Paris, 1616, in J.P. Migne, Patrologia Latina, vol. CLXXVIII, p. 71-104, Le Petit Montrouge éd., Paris, 1855.
  141. R. de Bussy Rabutin, Lettre XV à sa cousine, Chaseu lès Autun, 12 avril 1687, in R. de Bussy Rabutin, Les Lettres de messire Roger de Rabutin comte de Bussy, lieutenant général des armées du roi, et mestre de camp général de la cavalerie françoise et étrangère, vol II, p. 49, Florentin & Pierre Delaulne, Paris, 1697.
  142. R. de Bussy Rabutin, Les Lettres de messire Roger de Rabution comte de Bussy, lieutenant général des armées du roi, et mestre de camp général de la cavalerie françoise et étrangère, vol II, pp. 50-79, Florentin & Pierre Delaulne, Paris, 1697.
  143. Ch. P. Colardeau, Lettre amoureuse d'Héloïse à Abailard, p. 16, Veuve Duchesne, Paris, 1766.
  144. P. F. Godard, Les Lettres d’Héloïse et d’Abailard, Paris, 1737.
  145. Ch. P. Colardeau, Lettre amoureuse d'Héloïse à Abailard, Veuve Duchesne, Paris, 1763.
  146. Bussy Rabutin, Pope, Beauchamps, Colardeau, Dorat, Feutry, & al., Collection précieuse des lettres et épîtres amoureuses d'Héloïse avec les réponses d'Abeilard, Cailleau, Paris, 1777.
  147. Voltaire, Lettre 6713, Ferney, 13 avril 1774, in A. Beuchot, Œuvres de Voltaire, t. LXVIII, Correspondance XVIII, p. 480, Lefèvre-Firmin Didot, paris, 1833.
  148. a et b V. Cousin, Ouvrages inédits d'Abelard pour servir a l'histoire de la philosophie scholastique en France publiés, Imprimerie royale, Paris, 1836.
  149. E. Oddoul, Lettres d'Abailard et d'Héloïse, Jean Gigoux, E. Houdaille, Paris, 1839.
  150. Ch. de Rémusat, Abélard : drame inédit, Calmann Lévy, Paris, 1877, 488 p.
  151. Cf. site référencé infra.
  152. C. Allemand-Cosneau, Clisson ou le retour d'Italie, in Cahiers de l'inventaire, p. 181, Imprimerie nationale, Paris, 1990.
  153. Ph. Delorme, in Point de vue, n° 3030, p. 78 et 79, Paris, 22 Août 2006.
  154. B. Lambert, in Point de Vue, n° 3068, Paris, du 9 au 15 mai 2007.
  155. G. B. Depping, Voyage de Paris à Neufchâtel en Suisse, fait dans l'automne de 1812, p. 4, Paris, 1813.
  156. Abélard et Héloïse, éd. E. Bouyé, Correspondance, Lettre VII, p. 212, Folio Gallimard, Paris, septembre 2000 (ISBN 2-07-041528-7)
  157. W. Hodges (en), Model theory, in Encyclopedia of Mathematics, Cambridge University Press, Cambridge, 1993 (ISBN 0-521-30442-3).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ainz li faisoit la juene dame
    Bien entendant et bien lettrée
    Et bien amant et bien amée,
    Argumenz a lui chastier
    Qu’il se gardast de marier
    .
  2. Abélard n'est alors plus au Paraclet auprès d'Héloïse mais a repris son poste d'écolâtre de Sainte Geneviève à Lucotèce.
  3. La date de 1001, longtemps retenue en l'absence de preuves, avait été conjecturée par les moines de Saint Marcel, où fut dressé le premier tombeau d'Abélard, et gravée sur une plaque commémorative parce qu'il leur paraissait providentiel qu'elle mourût au même âge que son mari. (Cf. Rémusat, op. cité, p. 263.). Cook, dans The birth of Héloïse (op. cité), penche pour 1095, mi chemin entre les deux dates extrêmes possibles selon lui, 1090 et 1100. Le témoignage de Pierre le Vénérable (cf. Première lettre à Héloïse, in op. cité), qui encore adolescent avait connaissance d'une étudiante déjà renommée, laisse supposer, même si Héloïse est entrée dans les arts libéraux avec un ou deux ans d'avance, qu'elle est née deux ou trois ans avant lui, soit au plus tard en 1092, c'est-à-dire juste avant que sa supposée mère, Hersende de Champagne (de), ne rejoigne les émules de Robert d'Arbrissel. Une date précoce est plus compatible avec ce que montre l'auteur des Epistolae duorum amantium, qui datent précisément de 1115, une maturité certaine, c'est-à-dire une expérience psychologique approfondie, une érudition étendue, c'est-à-dire des études de textes qui se sont prolongées sur de nombreuses années, et une maîtrise et une fluidité du latin inégalées, c'est-à-dire une pratique déjà longue. Inversement, la rajeunir est allé dans le sens de la figure caricaturale de la jeune fille, innocente et porteuse de péché, séduite et abandonnée, que les détracteurs d'Abélard, et parfois les admirateurs de la femme, ont réussi à imposer. En attendant de découvrir un acte qui par recoupements précise cette date de naissance, on ne peut que laisser à Héloïse la coquetterie de continuer à la cacher.
  4. Les Lettres françaises la désigne sous son seul prénom. Le titre de l'article, « Héloïse d'Argenteuil », contraire à l'usage, ne peut être compris que comme la désignation d'un personnage différent, sauf dans les études documentaires se référant à une période précise de sa vie, et prête à confusion.
  5. L'abbaye se situait aux alentours de l'actuelle rue Notre-Dame.
  6. Elle a possédé Champtoceaux et des forteresses dans le Saumurois et le Vendômois.
  7. L'identification repose sur des indices, le rattachement exclusif par le Cartulaire de Marmoutiers pour les Vendômois du nom de Fulbert, qui est aussi le nom du frère d'Hersende, à un territoire dépendant des comtes de Blois et de Champagne, la possession par ce même oncle d'Héloïse d'une relique de Saint-Évroult dont les ossements avaient été translatés à Orléans, sa fréquentation dans le même cercle d'influence thibaldien et angevin de Baudri de Bourgueil, etc. Dans cette hypothèse, Héloïse serait le fruit d'une grossesse tardive, trente ans ou un peu plus, et aurait eu un demi-frère, Etienne de Montsereau, chanoine de Candes-Saint-Martin puis archidiacre de Saint Martin de Tours, ainsi qu'un demi frère par alliance, fils du premier lit du second mari de sa mère, Gauthier de Montsereau.
  8. Le monastère se situait sur une partie de l'espace qui se trouve actuellement devant le palais. Le nom d'Héloïse peut indiqué un parrainage de Saint Éloi (cf. B. M. Cook, The birth of Héloïse, op. cité). S'il s'agit de la même Hersende, celle-ci aurait plus de quarante cinq ans au moment d'être accusée de laisser entrer des hommes dans le couvent.
  9. Cet oncle a joué un rôle déterminant dans la découverte des auteurs et la formation d'Héloïse, fruit d'une aventure délaissé par sa mère qui ne pouvait obtenir d'être reconnue de son père que par la célébrité. Son supposé rapport au père, l'image qu'elle avait d'elle même qui ne s'est vue d'avenir que dans la prostitution, les coups reçus de cet oncle qui l'a battu, ceux d'un Abélard sadique (cf. Lettre V) auxquels elle consentait en quelque manière, malgré ou paradoxalement parce qu'elle protestait et se débattait (ibidem), la position paternelle donné à cet amant plus âgé, en somme tout ce qui fait l'imaginaire le plus convenu qu'une jeune fille peut supposer à un homme, continue de susciter toutes sortes de fantasmes quant à ses rapports avec cet oncle et maître, depuis la paternité cachée jusqu'à l'inceste (cf. R. D. Oberson, La Héloïse forcée, op. cité). En réalité, s'il est effectivement l'un des frère auprès duquel a été élevée Hersende de Champagne (de) orpheline, il devait être beaucoup plus âgé que cette supposée mère d'Héloïse, un vieillard parvenu en 1110 à l'âge d'au moins soixante ans.
  10. Son nom continue d'apparaître dans divers actes postérieurs à 1107, soit bien après la mort de son allié Guillaume de Montfort, le sacre du prince Louis et la retraite de la belle mère scandaleuse de celui ci, Bertrade de Montfort.
  11. Les inspections non scientifiques des ossements d'Héloïse faites à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe ont également montré une belle dentition (cf. Charrier, op. cité p. 318.)
  12. Le divertissement dans les cercles étudiants des goliards, plus qu'un simple délassement après l'étude, semble avoir pris au sein d'une jeunesse riche et sans frein un développement considérable à l'origine du théâtre de rue. La vie mouvementée d'un François Villon, admirateur d'Héloïse, en évoque à deux siècles de distance un tableau tragique.
  13. (...) frequenti carmine tuam in ore omnium Heloisam ponebas. Me plateae omnes, me domus singulae resonabant.
  14. Pour les filles de Charlemagne, premières jeunes princesses à avoir eu la préséance sur de vieilles reines, s'était une façon de montrer la supériorité de leur jeunesse et de leur fécondité, qu'elles soulignaient d'une large ceinture très serrée. A partir du retour de la Deuxième croisade, qui apporte également les prunes, les dames à la mode, qui n'ont pas toujours la silhouette de jeunes filles, recouvrent leur cottes hardie d'un bliaud inspiré par l'Orient.
  15. Outre la fine amor, cf. Monsieur de Clèves : « (...) si ma maîtresse, et même ma femme, m'avouait que quelqu'un lui plût, j'en serais affligé sans en être aigri. Je quitterais le personnage d'amant ou de mari (...) » (M. M. Pioche de La Vergne, La Princesse de Clèves, t. II, p. 80, Le Livre de poche, Paris, décembre 1958).
  16. « obeïr en toutes choses »
  17. « Estime (...) par expérience de la chose même »
  18. « observant également par moi-même d'un point de vue naturel »
  19. Une fois ôtées de l'expression Petrus Abaelardus II les lettres composant le nom Astralabus (Petrus Abaelardus II) restent celles qui composent l'expression Puer Dei I.
  20. Le mot employé n'est pas, comme quelques lignes loin, meretrix (littéralement « celle qui a mérité une rémunération », c'est-à-dire courtisane) mais scortum, qui renvoie à l'idée de débauché et est une métonymie des « génitoires » (scortes). Le terme désigne tant une femme qu'un homme. On dit scortor (« aller aux putes »).
  21. Le crime n'a donc pas eu lieu dans le logement qu'occupait auparavant Abélard dans le presbytère jouxtant la chapelle Saint-Christophe jusqu'à ce que Fulbert, informé de l'intrigue qui se jouait sous son toit, l'en chasse et qu'Héloïse venait de déserter pour le monastère Saint Marie d'Argenteuil. Il est vraisemblable, mais très incertain, qu'Abélard se soit installé dans un appartement de l'hôtel que possède son protecteur Etienne de Garlande dans le Cloître de Paris et que ce soit là que l'agression nocturne a eu lieu. Le souvenir d'une maison d'Héloïse et Abélard s'y est en effet conservé (cf. infra note "Tympan d'une fenêtre de façade, 11 quai aux Fleurs, rubrique Monuments, $ Célébration).
  22. Quelle est la part de la souffrance morale de sa nièce, qui s'est certainement affligée plus d'une fois de l'inconstance de son amant et mari, que Fulbert a prise en considération ? Quels étaient les motifs de ressentiment de son valet à l'égard d'Abélard ?
  23. Celui-ci n'a pu être désigné que par les ruffians, qui devaient être particulièrement ignorants ou stupides pour espérer échapper aux sanctions en s'attaquant à un homme d'une telle notoriété. L'enquête n'a pu être conduite qu'à partir des aveux du valet.
  24. Il s'agit très probablement des complications d'une ablation brutale, hématome, infections, épididymite, abcès. L'orchidectomie prive l'organisme de quatre vingt quinze pour cent de la testostérone circulante, les cinq pour cent restant continuant d'être produits par les surrénales (Cf. v.g. M. G. Oefelein, A. Feng, M. J. Scolieri & al., Reassessment of the definition of castrate levels of testosterone: implications for clinical decision making, in Urology (en), 56:1021–4, Elsevier B. V., Montréal, 2000.). Elle provoque dans la plupart des cas, mais pas tous, une impuissance et une baisse de la libido, ainsi que des bouffées de chaleur dans plus de la moitié des cas, un hypogonadisme, une perte de pilosité, une modification de la surface de la peau, une ostéoporose, une prise de poids et une perte de masse musculaire. Il est peu vraisemblable qu'une pénectomie sauvage ait été pratiquée parce qu'elle aurait entrainé une hémorragie qui aurait pu être fatale et parce que les hommes de l'époque, étant familiers des castrations pratiquées sur les chevaux et autres animaux d'élevage, étaient en général avertis de la façon de procéder, c'est-à-dire de couper les seuls testicules. Si une pénectomie a eu lieu, ce sur quoi Abélard ne s'étend pas (« Il me tranchèrent les parties du corps par lesquelles j'avais commis ce dont ils se plaignaient. », plus loin Abélard se comparant aux eunuques qu'il décrit comme privés des seuls testicules), elle a certainement causé des complications infectieuses et des difficultés urinaires. A cela s'ajoutent bien sûr les conséquences psychologiques mais pas d'autres risques pour la santé.
  25. Une tradition orale rapportée en 1894 par l'historien local Gabriel du Chaffault évoque une rencontre d'Héloïse et Abélard au bord de l'étang où il aurait été question de suicide, pratique rendue à la mode au XIXe siècle par Werther. Cette localisation a été dénoncée en 2009 par Mickael Wilmart, enseignant de l'EHESS, au seul motif d'absence de preuve (Cf. note de l'Association Pierre Abélard, site référencé supra).
  26. Les autres femmes qui ont dirigé un couvent de femmes l'ont jusque alors toujours fait au sein d'un couvent mixte, tel Fontevraud, sous la direction d'un abbé. La particularité du cas de Pétronille de Chemillé, c'est qu'elle dirigeait les deux couvents de Fontevraud, celui des hommes comme celui des femmes. Il faut noter que le prieuré d'Héloïse, dirigé donc par une abbesse, ne recevra le titre d'abbaye que le 1er novembre 1147, alors que l'ordre paraclétien se sera fondu dans celui de Cluny.
  27. Héloïse donne de nombreux exemples de l'inadéquation de la règle bénédictine à la vie des femmes, tant sur le plan pratique, par exemple les articles concernant le vêtement, incompatibles avec les menstrues, que sur le plan moral, par exemple l'obligation qui serait faite à une abbesse de présider la table des hôtes masculins.
  28. La déposition du l'empereur Charles le Gros et les invasions normandes ont donné l'occasion au marquis de Neustrie Eudes de prendre le pouvoir le 29 février 888 au titulaire du royaume de Francie occidentale Charles le Simple, pendant la minorité de celui-ci. À la mort d'Eudes, la conjuration est poursuivie par le frère du défunt, Robert, lequel est tué à la bataille de Soissons, le 15 juin 923. Pour autant, Charles le Simple ne parvient pas à restaurer sa puissance. Son fils Louis d'Outremer puis son petit-fils Lothaire ne règnent plus que nominalement face aux grands féodaux.
    En 958, quatre ans après l'avènement de Lothaire, Thibauld de Blois, inventeur du donjon (Blois, Chartres, Châteaudun, Chinon, Saumur), beau-frère du roi Alain puis du comte Foulques, s'érige en gouverneur de la Neustrie, c'est-à-dire chef administratif, et ne reconnait aucun suzerain. Deux ans plus tard, Hugues Capet, devenu majeur, obtient du même Lothaire le titre de duc des Francs, c'est-à-dire de chef militaire, dont son père, Hugues le Grand, avait bénéficié. Presque trente ans plus tard, le 21 mai 987, la mort opportune du dernier carolingiens Louis Le Fainéant sur un terrain de chasse d'Hugues Capet ne fait que relancer la rivalité entre robertiens et thibaldiens. Ceux-ci finissent, par mariages, par acquérir un territoire enserrant le domaine capétien entre la vallée de la Loire, la Champagne et la seigneurie de Montmorency étendue au comté de Beauvais. La guerre d'influence se joue également au sein de l'Église.
  29. Bernard de Clairvaux fera beaucoup d'efforts par la suite, vis-à-vis du pape comme de ses confrères ainsi que dans ses écrits, pour justifier la condamnation à laquelle il a apporté tout son zèle. Dans cette œuvre de propagande, seule la version du saint, à quelques témoignages près, est restée documentée. Par exemple, il fait dire que c'est Abélard, simplement demandeur d'une disputation, qui aurait demandé à avoir un procès mais que lui, plein de bienveillance, n'aurait jamais voulu y participer (Cf. B. de Fontaine, Lettre au pape Innocent II au nom des évêques de France, in Charpentier, op. cité, t. II. Cf. Geoffroy d'Auxerre, op. cité, V, 13). Ayant apparemment récusé ses juges quand il a vu qu'il n'aurait pas de procès équitable et demandé un examen direct de l'affaire par Rome, Abélard a été décrit par ses détracteurs comme un homme soudainement, pour ne pas dire miraculeusement, frappé d'une incapacité à prendre la parole (Cf. Geoffroy d'Auxerre, op. cité, V, 14).
  30. Le tombeau sur lequel elle aurait été inscrite (cf. A.A.L. Follen (de), op. cité, p. 128) au Paraclet a été détruit mais elle a été reçue comme authentiquement du XIIe siècle (cf. E. du Méril, Poésies populaires latines antérieures au XIIe siècle, Brochaus & Avénarius, p. 428, n. 2, Paris, 1843) sans plus de discussions (cf. Moriz Carrière (de), Die Kunst im Zusammenhang der Culturentwickelung und die Ideale der Menschheit, p. 266, F.A. Brockhaus, 1868.). L'attribution ne repose plus que sur le texte. La mise en scène macabre que le chant décrit correspond bien à la volonté d'Héloïse d'être ensevelie sous le cadavre de son mari, et non pas â côté. À la première strophe, le chœur des moniales chante en effet le requiescat d'une seule personne. À la dernière, celui de plusieurs personnes. La récitante a ainsi au cours de sa lamentation rejoint dans la tombe celui qu'elle pleurait, emportée par ses pleurs. Le verbe s'est fait acte. La légende a transmis quelque chose de cet esprit mélodramatique, sinon de cette mélancolie morbide, en rapportant que le cadavre d'Abélard ouvrit les bras au moment de l'ensevelissement pour accueillir dans la tombe celui de sa femme. En outre, les vers latins riment à la française, ce qui peut être vu comme l'indice d'une époque de transition entre latin et ancien français. Autre indice, la langue est savante; presque précieuse, et la composition, véritable dialogue dramatique, sophistiquée (cf. Ch. Magnin, Journal des savants, p. 25, Imprimerie royale, Paris, 1844).
  31. Frontière du sénonais en aval de Thorigny sur l'Oreuse, c'est aujourd'hui une ferme et un hameau de quelques six habitations.
  32. Seuls les hauts reliefs des pans verticaux de la tombe et le gisant d'Abélard proviennent du tombeau dressé en 1142 pour le défunt au prieuré clunisien de Saint Marcel lès Chalon. Les autres pièces sont rapportées d'autres monuments de diverses époques et complétées par quelques facsimilés. Aucune ne provient du Paraclet.
  33. Antoine Pécot (1766-1814), commissaire des Monnaies de Nantes, était un ami de François-Frédéric Lemot, lequel, inspiré par un voyage en Italie, fit construire dans le parc de son manoir de Clisson la fabrique de la Grotte d'Héloïse, très goutée du touriste romantique. Cf. C. Thiénon, Voyage pittoresque dans le bocage de la Vendée ou vues de Clisson et de ses environs, Didot, Paris, 1817.
  34. Héloïse est sculptée adossée à son amant, retenant de sa main gauche l'organe du désir de celui-ci sur son sein, un castor, symbole de castration, à ses pieds.
  35. La décoration extérieure de cette façade d'un immeuble construit en 1839 comporte aussi un Abélard sculpté situé au 9. Le propriétaire, abusé par le souvenir d'Héloïse et Abélard qui les attache au Cloître Notre-Dame, où celui-ci a enseigné, ou bien soucieux de valoriser son investissement, a fait scellé dans la façade une plaque commémorative au dessus du porche commun au 9 et au 11. L'inscription affirmant que l'immeuble occupe l'emplacement de l'ancienne habitation du maître est trompeuse. La date de 1118, qui y est indiquée, correspond certes à la période de convalescence d'Abélard qui a suivi sa castration, laquelle a eu lieu en août 1117. Héloïse a ce moment était déjà réfugiée à Argenteuil. La tradition a pu confondre l'habitation d'Abélard avec celle du supposé oncle paternel d'Héloïse, Etienne de Garlande, dont l'hôtel particulier s'étendait avec ses jardins depuis l'enceinte de la Cité, actuel quai aux Fleurs, jusqu'à ce qui est aujourd'hui la rue Chanoinesse. Le Chancelier y a fait ériger à hauteur de l'actuel 19 de la rue des Ursins, soixante mètres derrière le 9 quai aux Fleurs, dans l'enceinte de son palais, la chapelle Saint Aignan en 1116, un an avant que le mariage clandestin de ses protégés soit célébré, peut être dans cette même chapelle. Il reste plausible qu'Abélard se soit installé dans un appartement de cet hôtel quand Héloïse, après ce mariage, a quitté le logement de son oncle Fulbert, qui habitait probablement un presbytère sis à l'emplacement de l'actuel parvis de Notra Dame, la Chapelle Saint Christophe, pour le couvent Sainte Marie d'Argenteuil et que ce soit dans l'hôtel Garlande qu'il a subi, une nuit, l'agression au cours de laquelle il a été châtré (cf. supra, rubrique "Castration", chapitre "Genèse d'une légende", $ Biographie). L'effraction des logis du personnage le plus important après le Roi expliquerait mieux l'indignation manifestée à la suite de ce forfait par les bourgeois de Paris, inquiets de la capacité de leur ville à assurer la sécurité du gouvernement et de se montrer dignes de l'honneur d'accueillir le siège de celui ci.
  36. Le modèle original de ces moulages semble être celui des grilles de la porte en fer forgé du même immeuble du quai aux Fleurs.
  37. Une gravure en miroir colorée était visible au Musée d'Argenteuil avant la fermeture de celui ci.
  38. Cf. réponse critique de Remy de Gourmont à ce point de vue qui fit polémique.