Foires de Champagne

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Foire de Champagne, gravure du XIXe siècle

Les foires de Champagne est le nom donné aux foires se tenant depuis le XIIe siècle sur le domaine des comtes de Champagne. Leur succès historique est principalemnent le fait de la sécurité particulière dont bénéficiaient les marchands, garantie par les comtes de Champagne eux-mêmes. Elles se tenaient dans les villes de Lagny-sur-Marne (une fois par an), Provins (deux fois par an), Troyes (deux fois par an) et Bar-sur-Aube (une fois par an).

C'est bien l'excellente organisation matérielle (halles, logements, entrepôts), une forte dotation de privilèges et la bonne justice des comtes de Champagne qui expliquent le premier développement des foires qui vont donner naissance, à la fin du XIIe siècle, au cycle des six grandes foires citées ci-dessus, que complètent quelques foires de moindre importance.

Thibaut IV de Blois, comte de Champagne, établit des règlement de foire à travers des chartes (charte de 1137, 1164, 1176, etc.) et parvient à faire respecter son sauf-conduit au-delà des frontières de son comté[1]. Unité de poids, le « marc de Troyes » apparaît en 1147 et sera bientôt adopté à Paris. Le « denier provinois » circule assez loin pour servir de référence jusqu'en Italie. L'once troy reste la référence de masse mondiale pour les métaux précieux.

Organisation : le garde des foires[modifier | modifier le code]

Dès 1147, le garde des foires qui veille à l'ordre assure aussi bien le respect des usages commerciaux et développe une véritable juridiction. Au XIIIe siècle, les gardes tiennent même le rôle de notaires, donnant la sanction d'autorité comtale aux actes de droit privé relatifs aux transactions et aux créances. Dans la seconde moitié du siècle, ils se dotent eux-mêmes de notaires et de procureurs pour faire face à l'augmentation du volume des affaires, d'autant plus lourde que le même personnel va de foire en foire.

Le conduit royal de 1209[modifier | modifier le code]

Le « conduit » royal accordé par Philippe Auguste en 1209[2] élargit encore le rayonnement de ces foires de Champagne. Celles-ci forment désormais un ensemble cohérent, qui attire les Italiens aussi bien que les Flamands. Le conduit royal les assure que tout tort qui leur serait causé serait tenu pour lèse-majesté et pris en compte par la justice royale.

De manière générale, le conduit de foire est un sauf-conduit délivré par le seigneur de la foire ou par les seigneurs ou les villes qui se trouvent sur le chemin des commerçants. Ils fournissent une protection pour garantir la traversée de leur territoire.

Chaque sauf-conduit est payant. En échange, le seigneur s’engage à indemniser le marchand si les marchandises sont endommagées en traversant sa seigneurie. Le seigneur ne garantissait pas les dommages causés par les évènements nocturnes ou en cas de guerre.

Un cycle équilibré[modifier | modifier le code]

Les foires de Champagne forment, dès la fin du XIIe siècle, un cycle équilibré de « foires chaudes » (en été) et « froides » (en hiver) ainsi que des foires principales et secondaires qui procure aux hommes d'affaires une place commerciale presque permanente.

  • 2 au 15 janvier : foire « des Innocents » de Lagny-sur-Marne ;
  • mardi avant la mi-carême au dimanche de la Passion : foire de Bar-sur-Aube ;
  • semaine de la Passion : foire de Sézanne ;
  • mai : foire chaude de « Saint-Quiriace » de Provins ;
  • 24 juin à la mi-juillet : foire « chaude » ou de la Saint-Jean à Troyes ;
  • septembre / octobre : foire froide de « Saint-Ayoul » à Provins ;
  • début novembre à la semaine avant Noël : foire « froide » ou de la « Saint-Remi » à Troyes.

Lier les moments de pèlerinage à des moments de foire permet une fréquentation importante.

Les foires durent de 3 à 7 semaines :

  • la première partie consacrée à la « montre » (exposition des marchandises) ;
  • la deuxième partie consacrée à la vente ;
  • la troisième partie consacrée au règlement ;
  • La dernière partie à la « sortie de foire » (festivités).

Un lieu d'information économique[modifier | modifier le code]

Les foires de Champagne jouent dès les années 1250 le rôle d'une place financière et doivent à ce rôle de survivre comme foires de change jusque dans les années 1340, alors même que les transactions commerciales ont en bonne partie disparu.

Des « nations »[modifier | modifier le code]

Les foires en général sont l'un des lieux où les hommes du Moyen Âge prennent conscience de leur identité nationale et de leur solidarité devant un milieu local. Dès le XIIIe siècle, les marchands italiens constituent en Champagne des « nations » gouvernées par les consuls qui sont autant des représentants du gouvernement de la ville d'origine (p. ex. les Siennois dès 1246) que ceux des marchands fréquentant la foire. Ces nations mettent en place des structures d'aide aux affaires et même une juridiction d'arbitrage interne, reconnue par le roi. À partir de 1278, l'ensemble des consuls italiens en Champagne élit un capitaine, tenu par le gouvernement local pour un interlocuteur commode. Des organisations semblables peuvent être observées sur les foires en Languedoc.

Déclin des foires de Champagne[modifier | modifier le code]

Les foires de Champagne rayonnent au XIIIe siècle sur tout l'Occident. Elles régressent après 1300 devant la concurrence des foires de Paris (puis de celles de Lyon), trop proches pour justifier le maintien par les grandes compagnies italiennes de deux établissements permanents, l'un dans une grande ville et l'autre dans quatre villes moyennes. L'apparition de la concurrence maritime pour les trafics entre la Flandre et l'Italie dès 1291 et l’ouverture de nouvelles routes à travers les Alpes ont ajouté aux causes cette désaffectation. Aussi faut-il ajouter la crise de la fin du Moyen Âge, à la fois économique et démographique.

Une autre explication majeure du déclin des foires de Champagne est la recrudescence des conflits en Europe en général et dans la région en particulier après les années 1280. Ces problèmes de sécurité favorisent les transports maritimes (d'où le développement des galères de commerce vénitiennes ou de la Ligue Hanséatique) qui, bien que plus lent et moins réguliers, deviennent plus sûrs que les routes terrestres.

L'établissement par le Comte Henri d'une plus grande imposition pesant sur les foires est également une cause évoquée[3].

Enfin, par le mariage de Jeanne de Navarre (Comtesse et héritière de Champagne) à Philippe IV « Le Bel » en 1284, la Champagne entre dans le domaine royal ; les priorités politiques changent[4].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Véronique Terrasse, Provins. Une commune du comté de Champagne et de Brie (1152-1355), Éditions L'Harmattan,‎ 2005, p. 29
  2. Recueils de la Société Jean Bodin pour l'histoire comparative des institutions, Éditions de la Librairie encyclopedique, 1953 vol. 5, [lire en ligne], p. 117
  3. Véronique Terrasse, op. cité, p. 72
  4. (en) John H. Munro, « South German silver, European textiles, and Venetian trade with the Levant and Ottoman Empire, c. 1370 to c. 1720 : a non-Mercantilist approach to the balance of payment problem », in Relazione economiche tra Europea e mondo islamico, seccoli XII – XVII, ed. Simonetta Cavaciocchi, Florence, 2006, Le Monnier, pp. 905 à 960, [lire en ligne], lire p. 918

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]