Bataille de Soissons (923)

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La bataille de Soissons est une violente et complexe bataille opposant devant Soissons deux armées de Francie, menées chacune par un roi, un roi carolingien légitime et déjà en partie déchu, Charles III le Simple, et un roi élu par une conjuration aristocratique, le robertien Robert Ier. La bataille se déroule en deux phases paroxystique le 15 juin 923, mais la violence, l'intensité du conflit et l'ampleur des troupes, tant à pied qu'à cheval harnaché, engagées attestent une longue préparation de cette guerre pour le pouvoir régalien en Francie entre Flandres et Loire.

La bataille pourrait s'interpréter trivialement comme un conflit entre Lotharingiens et Franciens de l'Ouest, tant les deux camps montrent ce clivage. Elle demeure un conflit entre partis, comme la dislocation du camp de Charles le Simple en quelques semaines le démontre.

Prémisses[modifier | modifier le code]

Eprouvant une vindicte amère et une jalousie envers le tout-puissant et irréfléchi conseiller lotharingien de Charles, Haganon, les grands représentants de la Francie entre Flandres et Loire clament depuis 915 leur mécontentement devant l'abandon du roi carolingien et ses séjours constants en Lotharingie, terre de ses ancêtres et de la famille de son épouse. Ces aristocrates sont renforcés dans leur désir de fomenter une révolte, par Robert, duc des Francs, frère du précédent roi élu Eudes. Mais l'occasion d'un scandale se fait attendre.

Le soulèvement militaire des comtes de Francie et de la France robertienne éclate durant le printemps 922, quand Charles retire à sa tante Rothilde, fille de Charles II le Chauve et belle-mère d'Hugues le Grand, le bénéfice de l'abbaye de Chelles et la donner à son ministre favori Haganon. Les Robertiens se sentent spoliés et propagent ce signe royal de déconsidération auprès des autres serviteurs régaliens en Francie nord-occidentale.

Les insurgés rejoints par les principaux comtes et dignitaires d'offices régaliens proclament la déchéance de Charles le Simple. La cour du souverain carolingien qui avait anticipé une révolte ne parvient à imposer sa mesure de rétorsion militaire. L'assemblée improvisée des révoltés constate la vacance du souverain prudent, joue la provocation en élisant roi Robert Ier le 29 juin 922. Sans lésiner sur le tacite silence du moribond archevêque de Reims Hervé, elle s'empresse d'organiser un sacrement chrétien le lendemain, 30 juin, à Reims par son suppléant Gautier, l’archevêque de Sens.

Charles refuse la destitution et le sacrement supposé illégal de Reims. Assuré de la neutralité du roi de Germanie Henri l'Oiseleur avec lequel il a conclu le 7 novembre 921 le traité de Bonn, il prend son temps pour organiser une véritable riposte depuis la Lotharingie et l'embouchure de la Seine. Ces conseillers l'incitent à une grande reconquête radicale de l'ouest révolté de la Francie en mobilisant ses ressources de grandeur et ses indéfectibles alliés lotharingiens et normands. La guerre peut être longue : l'armée est renforcée par une longue levée des bans en un an, elle compte au minimum une dizaine de milliers de soldats à pied, du matériel capable d'assiéger les villes fortifiées et des milliers de cavaliers lourds, force capitale de pénétration. Il s'agit aussi de regagner un prestige militaire perdu depuis la courte défaite de Worms face à l'armée saxonne en 921.

Les Robertiens attentifs à ses longs préparatifs d'encerclement jouent l'indifférence en fourbissant leurs armes défensives. Ils prennent à témoin les dignitaires des autres contrées voisines : s'ils ne résistent ensemble, ils seront massacrés un par un et soumis à la férule de Haganon.

Les Normands du duc Rollon apportent un loyal soutien à Charles et obéissent aux consignes en ouvrant le second front à l'ouest au printemps 923. Des guerriers de Francie prennent position sur les bords de l'Oise, entravant la réunion des forces carolingiennes. Il ne reste à l'armée lotharingienne qu'à assaillir un carrefour réputé et lieu stratégique, Soissons, et par cette prise formidable, provoquer un ressort psychologique afin de produire les renversements d'allégeance. Robert Ier se précipite pour défendre la ville symbolique de l'ascension de Clovis et des Francs.

La bataille[modifier | modifier le code]

Les escarmouches entre les troupes à pied à proximité de Soissons, puis les engagements virulents aux abords de la ville obligent le camp robertien à faire intervenir d'emblée la cavalerie lourde. Mais les soldats lotharingiens se replient avec art et se placent sous la protection de leurs chevaliers, obligeant à épuiser les ressources d'intervention robertienne en déficit numérique sous tous les plans. Charles, en supériorité numérique, divisa son armée en deux corps, commandés respectivements par Fulbert et le comte Hagrold. Il ne veut pas s'engager dans la bataille et se contente d'observer la mêlée de loin. Il demande également à 50 de ses guerriers de tuer Robert Ier[1].

Dans la première phase, Robert Ier est tué dans une charge et un grand nombre de Robertiens sont acculés à une défense au sol. Le fils de Robert, Hugues le Grand galvanise ses soldats en montrant le cadavre de son père. Les Robertiens s'apprêtent à livrer un combat d'honneur lorsque l'arrivée à l'ultima hora des comtes et chefs militaires entre Seine et Flandres, menés par Herbert, gendre de Robert Ier, renforce l'effectif. Herbert relayée par le duc Raoul de Bourgogne, autre gendre entreprend une charge de délivrance réussie et tue finalement le meurtrier de Robert, Fulbert[1].

Après la perte de son principal chef Fulbert (Charles étant loin de ses troupes à observer le combat), le moral du camp lotharingien s'effondre devant l'issue incertaine d'une victoire qu'il croyait presque gagnée et la lourdeur des pertes déjà consenties dans leurs rangs. Mais les pertes sont plus considérables de l'autre côté. Un regain d'ardeur défensive des Robertiens caractérise cette seconde phase renversant contre toute logique les prétentions à la victoire. Les combats acharnés et l'assombrissement du temps invitent les combattants lotharingiens à une prudente retraite.

Maîtres du champ dolent qui s'enténèbre sous les premières bourrasques après la bataille, les coalisés autour du parti robertien hurlent leur joie vindicatrice. Ils acclament Raoul, le gendre du roi défunt, en roi et champion de guerre.

Impact de la bataille de Soissons : la déchéance du Carolingien[modifier | modifier le code]

La bataille semble perdue à moindre frais par Charles le Simple mais en quelques jours, la retraite transformée en repli désordonné attise les rancœurs des Lotharingiens. Ils comptent leurs compagnons, leurs frères et parents disparus, et reprochent au roi et à ses conseillers leur inaction, invisibilité ou trahison pendant la bataille. Les pertes sont sans commune mesure avec l'échec devant Worms. Le souverain carolingien est déchu dans leur cœur, la popularité de la maison carolingienne entame une longue descente irréversible en Lotharingie. Les dignitaires victorieux ou perdants, mais maîtres des principautés en gestation, obtiennent de nombreux ralliements et exultent devant l'effondrement du pouvoir royal.

Profitant de l'inexorable reflux lotharingien, une partie des grands de Francie occidentale se recueillent, enterrent leurs morts et soignent leurs plaies à Soissons. Ils se réunissent et décident de se débarrasser du roi autoritaire qui a causé la mort de tant de leurs proches et compagnons en cette odieuse journée ; il n'est pas exclu qu'un même sentiment contre Robert, responsable de cette boucherie n'ait point vu le jour : Mais que reprocher à un mort ? Ils élisent Raoul de Bourgogne, qui est couronné roi à l'abbaye Saint-Médard de Soissons le dimanche 13 juillet 923 par Gautier, archevêque de Sens.

Les chroniqueurs Richer de Reims ou Folcuin, estimant mieux les pertes relatives des deux armées, ont attribué la victoire à Charles. Les conteurs qui ont porté aux nues Charlemagne pour vilipender ses descendants cruels ou impuissants ou les historiens lorrains, tel Robert Parisot, montrent que la bataille de Soissons hâte la fin du dernier grand roi carolingien de Francie. La liquéfaction de son camp est dramatique. Charles doit renouer au plus vite des alliances stables : Herbert lui tend une perche félonne et le capture dans un facile guet-apens le 17 juillet 923. Son épouse Edwige et son dernier fils Louis enfuis outre-Manche, plus personne ne voudra ni ne pourra le sortir de sa captivité et de son statut d'esclave sous son geôlier Herbert. Il ne lui reste que six années de déchéance à vivre.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Robert Parisot, Histoire de Lorraine, Tome 1, édition Auguste Picard, Paris, 1919.
  • Ivan Gobry, Robert Ier: 922-923 - Aïeul d’Hugues Capet, Flammarion,‎ 2011 (ISBN 2756406686, présentation en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Gobry 2011 [1]