Quiétisme

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Plaque commémorant le débat sur le quiétisme entre Bossuet et Fénelon. Séminaire Saint-Sulpice, Issy-les-Moulineaux.

Le quiétisme est une doctrine mystique consistant en un itinéraire spirituel de « cheminement vers Dieu », très répandue aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Inspiré par les œuvres du prêtre espagnol Miguel de Molinos, le quiétisme vise à la perfection chrétienne, à un état de quiétude « passive » et confiante. Cet itinéraire passe par un désir continuel de « présence à Dieu », de quiétude et d’union avec Dieu aboutissant au terme du cheminement, à un dépassement mystique des étapes qui ont permis le cheminement lui-même (pratiques ascétiques et respect des contraintes de la vie liturgiques). Pour les quiétistes l'union à Dieu bien avant la mort est le but de la vie chrétienne.

Après un débat théologique, le quiétisme est condamné dès 1687 par l'Église Catholique Romaine comme hérétique.

Mysticisme[modifier | modifier le code]

Le quiétisme est l'une des multiples formes prises par l'éternelle pulsion vers le divin d'une minorité d'êtres. L'état d'union mystique est décrit ainsi par sainte Thérèse d'Avila dans le Chateau intérieur ou les demeures :

"L'âme demeure en ce centre avec son Dieu. On peut comparer l'union à deux cierges de cire qui s'uniraient si étroitement que leurs lumières n'en feraient qu'une, ou que la mèche, et la lumière, et la cire, ne sont qu'une même chose."

Ces perceptions peuvent être accompagnées de sensations physiques, particulièrement dans ce cerveau, comme en témoigne Thérèse d'Avila :

« En écrivant ceci, je considère ce qui se passe dans ma tête, le grand bruit dont j’ai parlé au début… J’ai l’impression d’avoir dans la tête beaucoup de fleuves torrentueux qui s’écoulent en cataractes, beaucoup de petits oiseaux et de sifflements, et cela, non pas dans les oreilles, mais dans la partie supérieure de la tête, où, dit-on, se trouve la partie supérieure de l’âme. J’ai insisté la dessus, car il m’a semblé que le grand mouvement de l’esprit vers le haut montait avec vélocité. »

Cette recherche exclusive les a généralement placés en marge des sociétés dans lesquelles ils ont vécu et, bien souvent, en opposition de fait avec les appareils religieux.

Ce fut le cas dans l'église catholique de Maître Eckhart, de saint Jean de la Croix, de François d'Assise et plus près de nous du Padre Pio. Pour les organisations, accéder au divin sans le recours aux rituels et sacrements est intolérable. Le quiétisme fut donc condamné dès 1687 par l'Église Catholique Romaine comme hérétique.

XVIIe-XVIIIe siècles[modifier | modifier le code]

La démarche mystique est individuelle et donc protéiforme et si l'on note des différences majeures entre le quiétisme et un autre mouvement mystique de l'époque, le jansénisme, cela n'implique pas que ce dernier ne soit pas un itinéraire efficace pour accéder à l'union avec le divin.

Le quiétisme prend naissance en Italie vers la fin du XVIIe siècle, prêchée par un théologien espagnol, Miguel de Molinos (1628-1696), et exposée dans son Guide philosophique (1675). Cette doctrine, violemment combattue par Bossuet, alimente une crise religieuse en France dans les dernières années du XVIIe siècle. La victoire de Bossuet sur Fénelon et Mme Guyon entraîna ce que Louis Cognet a appelé « le crépuscule des mystiques », la fin du mysticisme chrétien en France.

Le quiétisme fut condamné par le pape Innocent XI dans la bulle Coelestis Pastor (le pasteur des cieux) (1687). Fénelon dans son ouvrage Les maximes des saints défendit l'orthodoxie de sa pensée en s'appuyant sur les Pères Grecs (saint Clément d'Alexandrie et saint Jean Cassien, notamment) et sur de nombreux mystiques chrétiens occidentaux.

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Jean-Paul Sartre, écrit à propos du quiétisme : « c'est l'attitude des gens qui disent : les autres peuvent faire ce que je ne peux pas faire ». (Jean-Paul Sartre, L'existentialisme est un humanisme, Gallimard, 1996, p. 51).

René Guénon a rédigé un article intitulé Contre le Quiétisme[1]. Contrairement à ce que le titre peut laisser supposer, il ne s'agit pas d'une critique de cette forme de mysticisme en tant que telle, mais d'une réfutation de la qualification de « Quiétisme », lorsqu'elle est appliquée aux doctrines métaphysiques orientales (dont l'Hindouisme et le Taoïsme), par les auteurs orientalistes, en rappelant que celles-ci relèvent d'un autre ordre que celui-là (soit : initiation et mysticisme, thèmes largement traités par cet auteur).

Les passages de cet article se rapportant spécifiquement au « Quiétisme » sont les suivants :

« [...] le terme même de « Quiétisme » a été créé spécialement pour désigner une forme de mysticisme, qui est d'ailleurs de celles qu'on peut appeler "aberrantes", et dont le caractère principal est de pousser à l'extrême la passivité qui, à un degré ou à un autre, est inhérente au mysticisme comme tel. »

Plus loin, l'auteur précise :

« Il n'est pas douteux que le quiétisme, au sens propre de ce mot, jouit d'une mauvaise réputation en Occident, et tout d'abord dans les milieux religieux, ce qui est naturel en somme, puisque la variété de mysticisme qui est ainsi désignée a été expressément déclarée hétérodoxe, et à juste titre, en raison des nombreux et graves dangers qu'elle présente à divers points de vue, et qui, au fond, ne sont autres que ceux de la passivité elle-même portée à son plus haut degré, et mise en pratique « intégralement », nous voulons dire sans qu'aucune atténuation soit apportée aux conséquences qu'elle entraîne dans tous les ordres. »

Comme autre conséquence de cette « mauvaise réputation du quiétisme en Occident », se rapportant plus spécialement à l'époque actuelle (l'article a été rédigé en 1945), l'auteur ajoute :

« Mais il y a quelque chose de plus curieux ; c'est que la mentalité « laïque » des modernes retourne volontiers cette même accusation de quiétisme contre la religion elle-même, en l'étendant indûment, non seulement à tous les mystiques, y compris les plus orthodoxes d'entre eux, mais encore aux religieux appartenant aux Ordres contemplatifs, qui d'ailleurs sont tous indistinctement « mystiques » à ses yeux, bien qu'ils ne le soient pourtant pas nécessairement en réalité ; il en est même qui poussent la confusion encore plus loin, allant jusqu'à identifier purement et simplement mysticisme et religion. »

Enfin, Guénon signale l'erreur qui consiste à « voir du quiétisme » dans toute doctrine qui met la contemplation au-dessus de l'action, c'est-à-dire dans toute doctrine traditionnelle. Ainsi cite-t-il les cas de l'hindouisme et surtout du taoïsme, au sujet duquel on est encore plus enclin à parler de « quiétisme », à cause du rôle qu'y joue la notion du « non-agir » (wou wei), que nombre d'orientalistes (par exemple Marcel Granet[2]) font synonyme de « passivité », d'« inactivité » voire d'« inertie ».

Car, précise-t-il, « non agir » ne signifie pas « passivité » telle que l'entend le quiétisme. Celui qui y est parvenu (au « non agir » ou ce qui lui équivaut dans la partie initiatique des autres traditions), implique en fait un parfait détachement à l'égard de l'action extérieure et de toutes autres choses contingentes ; mais ce « détachement » ne saurait être comparé à l'indifférence professée par le quiétisme. Toute assimilation, selon lui, ne résulte que d'un rapprochement erroné, établi entre le « quiétisme » et le « non agir ».

L'assimilation est naturellement impossible entre ces concepts issus de cultures aussi éloignées (judéo-chrétienne et confucianiste). Les références ci-dessous illustrent "l'âme paisible" quiétiste (selon Fénelon) et "l'homme sans capacité" du non-agir (selon Tchouang-Tseu) :

Fénelon [3]:

« L'âme paisible et également souple à toutes les impulsions les plus délicates de la grâce, est comme un globe sur un plan qui n'a plus de situation propre et naturelle. Il va également en tous sens, et la plus insensible impulsion suffit pour le mouvoir. En cet état une âme n'a plus qu'un seul amour et elle ne sait plus qu'aimer. »

Tchouang-Tseu[4] :

« Les gens adroits se dépensent, les gens intelligents se tourmentent tandis que l'homme sans capacités ne cherche rien; il mange à sa faim et va de-ci de-là, dérivant comme un bateau sans amarres. Vide, il va au hasard. »

Écrivains adeptes de cette doctrine[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Publié dans la revue Éditions Traditionnelles, n°248,décembre 1945, repris dans l'ouvrage posthume Initiation et Réalisation Spirituelle, chapitre XXVI, publié aux Éditions Traditionnelles,1952 (réédité en 2008), ISBN 978-2-7138-0058-0.
  2. Marcel Granet : voir son ouvrage La Pensée chinoise, publié en 1934 aux Éditions Albin Michel
  3. FENELON, Explication des maximes des saints Art. XXXV - Editions Gallimard - Bibliothèque de la Pléiade 1983 - p. 1081
  4. TCHOUANG-TSEU traduit et cité par Jean-François BILLETER, Etudes sur Tchouang-Tseu -Editions Gallia 2004 - p. 63

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Position de Fénelon sur le quiétisme