Autodafé

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Autodafé de livres.
Tableau du XVe siècle.

Un autodafé (du portugais « auto da fé », traduction du latin « actus fidei » — « acte de foi ») est la cérémonie de pénitence publique célébrée par l'Inquisition espagnole ou portugaise, pendant laquelle celle-ci proclamait ses jugements.

Dans le langage populaire, ce terme est devenu pratiquement synonyme d'une exécution par le feu d'hérétiques. Ce glissement de sens est dû au fait que les condamnés relaps ou refusant de se rétracter étaient remis par l'Inquisition aux mains des autorités civiles, qui, parfois, les envoyaient aux bûchers. « Autodafé » est aussi couramment utilisé pour caractériser la destruction publique de livres ou de manuscrits par le feu.

Espagne wisigothique[modifier | modifier le code]

Selon la Chronique de Frédégaire, le roi, qui était avant prince, wisigoth Récarède Ier, premier roi catholique d'Espagne (586-601), ordonna, après avoir abjuré l'arianisme et s'être converti au catholicisme (IIIe Concile de Tolède de 589), de brûler tous les livres et manuscrits ariens de son royaume ; ils furent regroupés à Tolède (capitale wisigothe) dans une maison qui fut incendiée.

Savonarole[modifier | modifier le code]

Le dominicain Jérôme Savonarole a organisé un autodafé appelé bûcher des Vanités, le 7 février 1497 à Florence, où les habitants durent apporter bijoux, cosmétiques, miroirs, livres immoraux, robes trop décolletées ou richement décorées, images licencieuses, etc. De nombreuses œuvres d'art produites à Florence au cours de cette décennie, dont notamment une partie de celles de Sandro Botticelli, ont disparu à cette occasion.

Péninsule ibérique et Inquisition[modifier | modifier le code]

Fin de la Reconquista[modifier | modifier le code]

Peu de temps après l'année cruciale et la chute du royaume nasride de Grenade, l'évêque de la nouvelle cité devenue très catholique précipite au feu les livres écrits en langue arabe[réf. nécessaire]. Ces traces de l'histoire du pays de 711 à 1492 disparaissent irrémédiablement.

Faux-semblants[modifier | modifier le code]

En aucun cas l'Inquisition et les autodafés ne concernèrent les Juifs en tant que tels mais toutes les religions non chrétiennes. L'objet des tribunaux inquisitoriaux était très précis : il s'agissait de rechercher les Juifs non convertis et ceux faussement convertis au catholicisme (appelés « conversos », ou encore « nouveaux chrétiens », ou encore « maranes »), c'est-à-dire ceux qui ne s'étaient convertis que par intérêt (pour sauver leur vie car sinon ils étaient brûlés au cours des autodafés) tout en continuant en fait à pratiquer le judaïsme en secret. Ces conversions de façade avaient tendance à se répandre, déclenchant l'animosité populaire (troubles de Tolède et Cordoue en 1449, de Ségovie en 1474), mais également les protestations des Juifs sincèrement convertis au christianisme, qui voient l'attitude de ceux qui sont faussement convertis jeter le discrédit sur l'ensemble des « nouveaux chrétiens ». C'est pour cette raison que l'on trouvera à l'époque de nombreux Juifs convertis parmi les promoteurs de l'Inquisition.

Les tribunaux inquisitoriaux instituèrent ce que nous nommons actuellement les « jurys ». Ces jurys étaient constitués de notables locaux – qui connaissaient donc bien l'accusé –, voire de juristes qui pouvaient poser des questions au suspect, questions à charge ou à décharge. Les faux témoins, s'ils étaient découverts, s'exposaient à de très lourdes sanctions, en principe les mêmes que celles qui auraient été infligées à l'accusé[1],[2].

Condamnations au bûcher[modifier | modifier le code]

De nombreux morisques, musulmans contraints de se convertir au christianisme, ont été condamnés à être brûlés vifs par l'inquisition espagnole de 1502 à 1750. Il leur était reproché de continuer à pratiquer dans le secret les rites de la religion musulmane.

En 1499, l'inquisiteur Diego Rodrigues Lucero condamna à être brûlés vifs 107 juifs « convertis », convaincus d'être en réalité restés fidèles à leur ancienne religion. Ce fut un des plus meurtriers autodafés du pays. Au Portugal, il n'y eut pas d'autodafé avant 1540 (quatre ans après la création de l'Inquisition portugaise) mais durant les 40 ans qui suivirent, il y en eut environ quarante, avec, précisons-le, « seulement » 170 condamnations au bûcher parmi les 2 500 condamnations prononcées. Par la suite (1580), Philippe II d'Espagne envahit le Portugal : conformément à la précision apportée plus haut, le Roi garantit aux Juifs qu'ils pourraient continuer à pratiquer leur religion. Mais ceux qui se convertissent doivent le faire sincèrement, sous peine de risquer d'encourir les foudres de l'Église. Et de fait, en vingt ans, 3 200 condamnations (dont, ici encore, « seulement » 160 au bûcher) seront prononcées. Les autodafés continueront dans la Péninsule ibérique pendant tout le Moyen Âge et jusqu'au XVIIe siècle. Au Pérou, le père franciscain Zisneros qui était à la tête de l’Inquisition condamna à Lima en 1639 neuf marchands juifs furent condamnés au bûcher ; le dixième se suicida dans sa cellule et il fut brûlé en effigie. Leurs biens furent confisqués [3].

L'exécution des accusés ne faisait pas partie de l'auto da fé et avait lieu lors d'une cérémonie ultérieure, normalement à l'extérieur de la ville, où la pompe de la procession principale était absente. Les principaux éléments de la cérémonie étaient la procession, la messe, le sermon à la messe et la réconciliation des pécheurs. Il serait faux de supposer, comme il l'est souvent fait, que les exécutions étaient au centre de l'événement[4], bien que certains auteurs, tels que Voltaire dans son conte philosophique Candide, répandront l'idée contraire.

Civilisation maya[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Civilisation maya.

Le 12 juillet 1562, Diego de Landa ordonne un autodafé de l'ensemble des documents en écriture maya[5]. Seuls quatre codex mayas parviennent à réchapper du bûcher sacrificiel.

Révolution française[modifier | modifier le code]

Autodafé des titres seigneuriaux, de portraits de saints (dans un mouvement de déchristianisation).

Nazisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Autodafés de 1933 en Allemagne.
Berlin, 10 mai 1933.
Le 11 mai 1933 à Berlin

« Là où on brûle des livres, on finit aussi par brûler des hommes. »

— Heinrich Heine, Almansor[6]

Par analogie des méthodes, ce terme fut employé pour désigner la destruction par le feu que les nazis appliquèrent aux ouvrages dissidents ou dont les auteurs étaient juifs, communistes, modernes, féministes ou pacifistes[7].

Le premier autodafé nazi eut lieu le 10 mai 1933 à Berlin (Opernplatz), et fut suivi par d'autres à Brême, à Dresde, à Francfort-sur-le-Main, à Hanovre, à Munich et à Nuremberg. Furent ainsi condamnés au feu les ouvrages, entre autres, de Bertolt Brecht, d'Alfred Döblin, de Lion Feuchtwanger, de Sigmund Freud, d'Erich Kästner, de Heinrich Mann, de Karl Marx, de Friedrich Wilhelm Foerster, de Carl von Ossietzky, d'Erich Maria Remarque, de Kurt Tucholsky, de Franz Werfel, d'Arnold Zweig et de Stefan Zweig[8].

Franquisme[modifier | modifier le code]

La phalange franquiste organisa le 30 avril 1939 un autodafé de style nazi à l'université centrale de Madrid où furent notamment brûlés des livres de Maxime Gorki, Sabino Arana, Sigmund Freud, Lamartine, Karl Marx, Jean-Jacques Rousseau ou bien encore Voltaire[9].

Chine[modifier | modifier le code]

Le premier empereur de Chine, Qin Shi Huang brûla les écrits confucéens pour asseoir son pouvoir et l'idéologie du légisme.

Pendant la Révolution culturelle, dans les régions musulmanes de l'ouest de la Chine, des Corans furent détruits dans de grands autodafés[10]. Des manuscrits bouddhistes furent également brûlés.

Histoire récente[modifier | modifier le code]

Destruction d'ouvrages du Falun Gong lors de la répression de 1999 en Chine
  • En 1980, des féministes livrent au feu Histoire d'O sur un campus des États-Unis[11]
  • En 1995, on a parlé d'autodafé quand le cardinal de Nairobi Maurice Otunga, a brûlé, en août, des boîtes de préservatifs en compagnie de l'imam de Jamia (en). Le 31 août 1996, il réitère devant 250 fidèles : aux boîtes de préservatifs viennent se joindre de petits livres sur le Sida et les moyens de s'en protéger[12].
  • 1998-2001 : Les talibans détruisirent les 55 000 livres rares de la plus vieille fondation afghane et ainsi que celles de plusieurs autres bibliothèques publiques et privées[13].
  • 1999 : autodafé des ouvrages du Falun Gong lors de la violente répression de ce mouvement spirituel par l'Etat-parti chinois[14].
  • 2007 : autodafé à la Mosquée rouge.
  • 20 mai 2008 : Le quotidien Maariv rapporte avec photos à l’appui, comment l’adjoint au maire de Or Yehuda, une ville israélienne de 32 000 habitants située à 7 km de Tel Aviv, a organisé un autodafé public du Nouveau Testament distribué quelques jours auparavant par un groupe évangélique faisant du porte à porte.
  • 11 septembre 2010 : Terry Jones, pasteur évangéliste du Dove World Outreach Center, une petite église fondamentaliste de Floride, appelle à l'autodafé du Coran. Finalement, devant la réprobation publique, il y renonce en déclarant le 11 septembre 2010 : « je ne brûlerai pas le Coran, ni aujourd'hui ni jamais. » Cependant, il passe à l'acte en détruisant un exemplaire le 20 mars 2011[15].
  • Janvier 2013 : Des manuscrits de l'Institut Ahmed-Baba de Tombouctou (Mali), sont détruits par des milices islamistes[16]. Cependant une bonne partie des manuscrits précieux ont été mis à l'abri avant l'entrée des milices dans la ville [17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. les Constitutiones du Grand Inquisiteur le cardinal Torquemada et ses instructions aux responsables inquisiteurs ; consulter aussi les comptes-rendus d'audiences de l'Inquisition française durant l'affaire des Albigeois
  2. Sources : Archives espagnoles déposées à Séville, actes des procès inquisitoriaux en France au XIIIe siècle)
  3. Inquisition : Apologie de l'autodafé fait à Lima en 1639 - Criminocorpus, Collection Zoummeroff
  4. Henry Kamen, The Spanish Inquisition : An Historical Revision, 2000, Orion Publishing Group, p. 211.
  5. L'écriture maya livre ses secrets - Le Monde, 30 novembre 2008
  6. Almansor, vers 243, voir texte sur Wikisource : http://de.wikisource.org/wiki/Almansor/Das_Innere_eines_alten,_ver%C3%B6deten_Maurenschlosses
  7. Apocalypse, Hitler
  8. Ian Kershaw, Hitler : 1889-196, Flammarion, Paris, 2000, p. 695.
  9. Esperanza Yllan Calderon, El franquismo, Madrid, Marenostrum 2006, p. 13
  10. Collectif, Le Livre noir du communisme, Paris, Robert Laffont, 1998, p. 614
  11. G. Bedell (en), I wrote the story of O, in The Observer, 25 juillet 2004.
  12. (en) Lynne Muthoni Wanyeki, Church Burns Condoms and AIDS Materials, Inter Press Service (IPS), 5 septembre 1996, reproduit sur le site de l'AIDS Éducation Global Information System (ÆGiS).
  13. (fr) «Les talibans ont massacré les livres au lance-roquette» - Yves Stavridès, L'Express, 12 février 2002
  14. (en) Danny Schechter, Falun Gong’s Challenge to China : Spiritual Practice or "Evil Cult" ?, Akashic Books,‎ 1er janvier 2001 (ISBN 978-1888451276), p. 42
  15. (fr) Parodie de procès du Coran suivi d'un autodafé dans une église intégriste - LeMonde.fr
  16. Source: Site FRANCETVINFO.fr consulté le 17 mai 2013.
  17. Mali: Timbuktu Locals Saved Some of City’s Ancient Manuscripts from Islamists Article du Time en ligne

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]