Thibaud Ier de Blois

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Thibaut Ier de Blois, né vers 910, mort un 16 janvier entre 975 et 977, fut le premier comte héréditaire de Blois. Il fut également comte de Chartres, proclamé vicomte de Tours, vicomte de Châteaudun, seigneur de Vierzon et de Sancerre, de Chinon, de Saumur, de Beaugency et de Provins.

D'abord un vassal fidèle du robertien Hugues le Grand, il finit par se tourner à la mort de Hugues du côté du carolingien Lothaire Ier. Durant cette période, il fit du comté de Blois une puissance politique recherchée. Son infidélité envers la future lignée des Capétiens le fit surnommer « le Tricheur » par les chroniqueurs de la dynastie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines et famille[modifier | modifier le code]

Fils de Thibaud l'Ancien, vicomte de Tours, et de Richilde, fille de Robert le Fort et sœur des rois de France Eudes et Robert Ier, il hérite du comté de Blois (dot de sa mère[1]) à la mort de son père. Il épouse vers 943/944 Liutgarde[Note 1], fille d'Herbert II de Vermandois, et récente veuve de Guillaume Longue-Épée, duc de Normandie[2].

Sa femme lui apporte le comté de Provins[3], et procure à sa descendance la succession du comté de Champagne - via le comté de Reims.

Règne[modifier | modifier le code]

La création du comté de Blois, entre Carolingiens et Robertiens.

En 941, Hugues le Grand, duc des Francs, l'un des hommes les plus puissants du royaume, mais également son cousin germain, cède le comté de Tours à Thibaud[4]. Initialement, Thibaud est donc son vassal, et considéré comme son meilleur lieutenant[5]. Pourvu du marquisat de Neustrie, Hugues a fait et défait les derniers rois carolingiens. À la Pâques 945, Thibaud participe avec son beau-frère Herbert III à la prise du château de Montigny-Lengrain, qui appartient au roi Louis IV d'Outremer : la lutte d'influence entre le roi carolingien et le duc robertien, en pleine révolte de la Normandie, se fait d'abord par procuration[6].

En juillet 945, le roi Louis est fait prisonnier par un parti normand à Rouen. Après que Hugues a obtenu sa libération, il le fait arrêter et le confie à Thibaud, qui en sera le gardien. Mais le coup d'État est trop précoce : sous la pression des autres grands du royaume, et des souverains étrangers comme Otton du Saint-Empire, le duc des Francs est contraint de remettre le royal prisonnier dans ses fonctions. En échange de sa restauration, soumise à la décision d'Hugues et au consentement des autres grands, Louis IV abandonne la cité de Laon, symbole de la royauté carolingienne, qui est confiée à Thibaud[7]. En 946, le roi de France tente de se venger de son humiliation, avec le soutien d'une armée germanique levée à sa demande par Conrad III de Bourgogne et Otton. Elle ne peut toutefois pas reprendre Laon, ni Senlis ; seule Reims tombe[8]. En 949, par contre, toujours soutenu par Otton, représenté par son gendre Conrad, duc de Lotharingie, et allié à Arnoul, comte de Flandre, Louis réussit à reprendre Laon, le donjon excepté[8]. Hugues le Grand, excommunié par Agapet II, doit plier : il fait remettre à Louis le donjon de Laon, mais la guerre larvée continue jusqu'en 953, lorsque la paix est conclue à Soissons[9].

Lorsqu'en 952 meurt le beau-frère de Thibaud, le duc de Bretagne Alain II dit Barbe-Torte, époux de sa sœur, c'est lui qui, pendant la minorité de son neveu, Drogon, exerce sa tutelle sur le duché de Bretagne, créant une zone d'influence dans le comté de Rennes[10]. Puis il remarie sa sœur au comte d'Anjou Foulques II le Bon[2], auquel il confiera le comté de Nantes durant la régence bretonne.

Son frère Richard de Blois devient archevêque de Bourges en 955[11].

Profitant de la mort en 956 du duc des Francs et de la minorité de son jeune fils Hugues Capet, artificielle prolongée par le nouveau roi de France Lothaire, Thibaud s'émancipe de son suzerain, s'intitule dès 960 « comte de Blois et de Tours » et augmente son domaine en occupant Chartres et Châteaudun[12]. Hugues étant le comte de Tours en titre, Thibaud n'en étant que le vicomte, il ne reconnaîtra jamais cette usurpation, mais devra accepter le transfert de Chartres et Châteaudun à l'ancien compagnon de son père[12].

En 958, lors d'une rencontre avec son beau-frère Foulques II, dans le pays de Véron (au confluent de la Loire et de la Vienne), les deux hommes se présentent comme « gouverneurs et administrateurs du royaume de Neustrie »[12] et « comtes par la grâce de Dieu », et non par celle d'un suzerain[13]. Dans les années 960, Thibaud s'associe de façon plus forte à Lothaire, et étend son influence jusqu'à Bourges[13]. Toutefois il ne rompt pas avec Hugues, et continue à fréquenter les deux cours, ducales et royales[13].

Au début de cette décennie éclate un conflit entre le comte de Blois et le duc de Normandie Richard Ier, récent beau-frère d'Hugues Capet. Ce conflit, peut-être dû aux visées expansionnistes de Thibaud, dure cinq ans[14]. En 961, il attaque aux côtés de Geoffroy Ier d'Anjou le comté d'Évreux. En réaction, les Normands attaquent le Dunois. En 962, il lance une puissante expédition contre Rouen, qui échoue ; en représailles, les Normands pénètrent en Chartrain et brûlent Chartres, et Thibaud finit par demander la paix en renonçant à Évreux[14].

De son vivant Thibaud s'assure le contrôle des forteresses de Saint-Aignan, de Vierzon, ainsi que peut-être celle de La Chapelle-d'Angillon, en Berry. Pendant la minorité d'Hugues Capet, il renforce les défenses de Chartres, Châteaudun, Blois et Chinon, en les dotant de turres altae, énormes donjons qui font fort impression auprès de ses contemporains[13]. Faisant fi du droit régalien de fortification autrefois attribué au seul duc des Francs, il se présente donc comme le dépositaire de tous les pouvoirs de son suzerain[13]. Vers 960 il construit la forteresse de Saumur. Sa principauté devient suffisamment puissante dans le val de la Loire, pour inquiéter Hugues Capet, qui juge nécessaire de s'allier avec l'Anjou. Il fera également frapper de la monnaie à son nom à Chartres[15].

Descendance[modifier | modifier le code]

Le mariage de Thibaud et Liutgarde donne cinq enfants :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Connue également sous les prénoms de Leudgarde, Leutgarde ou Liégard.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Baptiste Honoré Raymond Capefigue, Hugues Capet et la troisième race jusqu'a Philippe-Auguste : Dixième et onzième siècle, vol. 1, Société Belge de Librairie,‎ 1839 (lire en ligne).
  2. a et b Aubé 2003, chapitre I
  3. E H Félix Pascal, Histoire topographique, politique, physique et statistique du département de Seine-et-Marne, vol. 2, Corbeil/Melun,‎ 1836 (lire en ligne), p. 182.
  4. Jean-Louis Chalmel (cité dans E. Cartier, Mélanges historiques, Tours, Mame,‎ 1842 (lire en ligne), p.5)
  5. Sassier 1987, p. 114
  6. Sassier 1987, p. 115
  7. Sassier 1987, p. 116
  8. a et b Sassier 1987, p. 117
  9. Sassier 1987, p. 118
  10. Sassier 1987, p. 132
  11. a et b Le Jan 1995, p. 424
  12. a, b et c Sassier 1987, p. 146
  13. a, b, c, d et e Sassier 1987, p. 147
  14. a et b Sassier 1987, p. 150
  15. Sassier 1987, p. 291
  16. Le Jan 1995, p. 216.
  17. Le Jan 1995, p. 527.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]