Guibert de Nogent

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Nogent.

Guibert de Nogent

Activités Chroniqueur
Historien
Naissance c. 1055
Clermont (Oise)
Décès 1125
Abbaye de Nogent-sous-Coucy
Langue d'écriture Latin
Genres Chronique
Historique
Traité théologique

Guibert de Nogent (1053 près du village de Catenoy dans le Beauvaisis- † vers 1125 à l'abbaye de Nogent-sous-Coucy près de Soissons) est un écrivain, théologien et historien français. Il fut considéré comme un des précurseurs de la méthode historique, par son recours aux sources à la fois écrites, orales et matérielles, par leur recoupement mutuel et par son approche critique de leur contenu en fonction de leur degré de fiabilité par des historiens positivistes. Ainsi ses Gesta Dei per Francos et principalement son De Pignoribus sanctorum furent longtemps considérés dans cette optique comme des ouvrages rationalisants, faisant de Guibert un précurseur de Calvin ou Voltaire[1]. Ce qui est remis en question par des auteurs plus récents soulignant l'omniprésence du surnaturel dans les écrits de Guibert[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Né un samedi saint, veille de Pâques, près du village de Catenoy dans le Beauvaisis. Les historiens contemporains peinent à fixer l'année de naissance de Guibert. Comme le fait remarquer Labande: « n'eut été de son autobiographie, nous ne saurions que peu de choses de l'homme »[3].

D'après l'analyse quelque peu datée faite par François Guizot[4], historien positiviste du XIXe siècle, ce serait le 15 avril 1055. Pour Benton, il serait né en 1064[5], pour d'autres vers 1053; Rubenstein de son côté plaide pour un compromis et pointe vers 1060[6].

Cette naissance au château de sa famille, voisin de Catenoy, dans le diocèse de Beauvais, si elle est assez longuement décrite par l’auteur, est cependant assez peu documentée quant à sa date. Guibert resta ainsi relativement « insouciant » en matière de chronologie dans son œuvre en général, remarqua Jacques Chaurand[7]. Guibert s’est ainsi contenté d’indiquer qu’il était né le samedi saint, à l’époque où en avril les joncs sortaient de terre dans la région[8].

Il dit plus loin qu’il n’était pas encore né au moment de la bataille de Mortemer, au cours de laquelle son père avait été fait prisonnier ; cette bataille avait opposé, en février 1054, les troupes du roi de France Henri Ier à celles du duc Guillaume de Normandie[9]. Un désaccord existe donc chez les historiens pour situer cette date, Mabillon la fixant en 1053, Edmond-René Labande estimant plus simple de suggérer la date du 15 avril 1055[10], ce en quoi il est rejoint par Monique Cécile Garand[11].

Il est issu de la noblesse baroniale picarde et est probablement né à Clermont de l'Oise[12] où son père était vassal du seigneur de cette ville[13].

Sa naissance fut difficile. Guibert écrit à ce propos : « déjà père, amis et parents se sentaient accablés par de funestes angoisses pour l'un et pour l'autre, car, outre que l'enfant, estimaient-ils, allaient hâter la mort de sa mère, tous s'apitoyaient encore sur la perte d'un enfant à qui serait refusée la porte de la vie »[14]. C'est pourquoi ses parents convinrent d'offrir l'enfant à la Vierge, s'il venait au monde vivant[15]. Il n'était pas né que sa voie était tracée. On avait décidé qu'il serait oblat.

Guibert était le dernier-né de ses parents. Son père mourut quand il avait six mois,circonstances dont le moine, plus tard, n’a pas hésité à rendre grâce à Dieu, affirmant que son père, s’il avait vécu, aurait brisé le vœu de le faire oblat[16]. Sa mère au contraire se chargea de lui faire donner l’éducation cléricale qu’appelait sa consécration. Cette première éducation se fit sous la supervision d’un pédagogue, dont le portrait réalisé par Guibert flatte ses mérites spirituels, mais s’attarde également sur son ignorance et sa violence[17].

Il devient moine à l'abbaye bénédictine Saint-Germer-de-Fly jusqu'en 1104, date au cours de laquelle il est élu abbé de l'abbaye de Nogent-sous-Coucy. Il est un des principaux chroniqueurs de la première croisade qu'il raconte dans ses Gesta Dei per Francos. Il est mort vers 1125[18].

Son Autobiographie (De vita sua, sive monodiarum[19],[20]), a été éditée et traduit par, entre autres, Edmond-René Labande en 1981.

Liste de ses œuvres[modifier | modifier le code]

Liste des œuvres de Guibert de Nogent[21]
Lieu et date Commentaires scripturaires et textes spirituels Œuvres historiques Destinataires
abbaye bénédictine Saint-Germer-de-Fly, entre 1075 et 1080 De Virginitate, première version Salomon, ami de l'auteur et demandeur
abbaye Saint-Germer-de-Fly, entre 1083 et 1086 Quo Ordine sermo fieri debeat et Moralia Geneseos dans sa première version
abbaye Saint-Germer-de-Fly, avant 1104 Tropologiae, première version, perdue
abbaye de Nogent-sous-Coucy, entre 1106 et 1111 Gesta Dei per francos Lisiard, évêque de Soissons, dédicataire
abbaye de Nogent-sous-Coucy, entre 1109 et 1110 Contra iudaizantem et Iudaeos Bernard, doyen de Soissons, demandeur
abbaye de Nogent-sous-Coucy, vers 1113 Moralia Geneseos, deuxième version Barthélemy de Jur, évêque de Laon, dédicataire
abbaye de Nogent-sous-Coucy, entre 1114 et 1115 De vita sua sive Monodiae
abbaye de Nogent-sous-Coucy, entre 1113 et 1119 De laude sanctae Mariae et De virginitate, deuxième version
abbaye de Nogent-sous-Coucy, entre 1116 et 1119 De Pignoribus sanctorum Odon, abbé de Saint-Symphorien de Beauvais, dédicataire
abbaye de Nogent-sous-Coucy, entre 1119 et 1120 Epistola de bucella Iudae data et de veritate dominici corporis Siffroy, prieur de Saint-Nicolas-aux-Bois, puis abbé de l'abbaye Saint-Vincent de Laon, demandeur
abbaye de Nogent-sous-Coucy, entre 1121 et 1122 Tropologiae in prophetis, livre premier Norbert de Xanten, abbé de l'abbaye de Prémontré, dédicataire
abbaye de Nogent-sous-Coucy, entre 1123 et 1124 Tropologiae in prophetis, livre second Geoffroy Coucerf, abbé de Saint-Médard de Soissons et Alard, abbé de Florennes, tous deux dédicataires

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gabriel Thériault, Intervention divine et violence sacrée dans les « Gesta Dei per Francos » de Guibert de Nogent et la « Vita Ludovici Grossi regis » de Suger, Mémoire de Maitrise en histoire à L’Université de Montréal, 2008, p. 203
  2. Jay Rubenstein, Guibert of Nogent - Portrait of a Medieval Mind, op. cit, p. 5-9.
  3. Guibert de Nogent, Autobiographie, introduction, édition et traduction par Edmond-René Labande, Paris, Les Belles Lettres, dans Les classiques de l'histoire de France au Moyen Âge, 1981, 496 p. IX.
  4. Le samedi saint veille de Pâques, page 351 dans Vie de Guibert de Nogent dans Collection des mémoires relatifs à l'histoire de France (numérisé par Gallica) de François Guizot
  5. John F. Benton, Thomas N. Bisson, The Personality of Guibert de Nogent, dans, Culture, Power and Personality in Medieval France, London, Hambledon Press, 1991, p.297.
  6. Jay Rubenstein, Guibert of Nogent - Portrait of a Medieval Mind, New York, Routledge, 2002, p. 17.
  7. CHAURAND, Jacques, « La conception de l’histoire de Guibert de Nogent (1053-1124), dans Cahiers de civilisation médiévale, Poitiers, 1965, VIII, p.389.
  8. « solenne sabbatum, vigilia scilicet paschalis » et « iduato ferme aprili junci », Guibert de Nogent , Autobiographie..., op. cit., p. 18.
  9. « necdum enim natus eram, nec longo post tempore fui, et ideo matris supersedeo nomini », Guibert de Nogent, Autobiographie…, p. 88.
  10. Guibert de Nogent, Autobiographie, op. cit. p.IX
  11. Monique Cécile Garand, Guibert de Nogent et ses secrétaires, Brepols, Turnhout, 1995, p. 12.
  12. Georges Grente (dir), Dictionnaire des lettres françaises, tome 1, Le Moyen Âge, Paris, Fayard, 1958, p. 588
  13. Monique Cécile Garand, op. cit., p. 11
  14. Guibert de Nogent, Autobiographie, [...], op. cit. p.19: « Jam patrem, amicos ac parentes funestus utroque meoror obtriverat, quia dum matri mortem proles accelerat, prolis similiter exitium, dum ei negatur exitus, compassionis omnibus materias afferebat. »
  15. Elisabeth Nortier, Guibert de Nogent face à la société chrétienne de son temps (v.1055-1125), dans Christianisation et déchristianisation : actes de la IXe rencontre d'histoire religieuse, Fontevraud, Angers, Presse de l'université d'Angers, 1986, p. 64.
  16. « nulli dubium erat quin, cum literis ediscendis habile tempus adesset, ea quae de me fecerat votaresolveret .», GUIBERT DE NOGENT, Autobiographie…, p.24.
  17. « Is itaque / cui mei operam mater mandare decreverat, addiscere grammaticam grandaevus incoeperat,tantoque circa eandem artem magis rudis extitit, quanto eam a tenero minus ebiberat. » ; « Interea saeva ferequotidie alaparum ac verberum grandine lapidabar, dum ipse me cogeret discere, quae docere nequiverat. »GUIBERT DE NOGENT, Autobiographie…, pp.26-32
  18. Jacques Chaurand, Cahiers de Civilisation médiévale - La conception de l'histoire de Guibert de Nogent (1053-1124), tome 8, 1965, p. 381-395. À propos de l'omniprésence du surnaturel dans les oeuvres historiques, Duby écrit: "Ils sont envahis de revenants, de démons, d'anges." Georges Duby, Les trois ordres ou l'imaginaire du féodalisme, Paris, Gallimard, 1978, p. 266
  19. Traduction de l'histoire de sa vie de Guibert de Nogent
  20. Guibert de Nogent, Autobiographie, introduction, édition et traduction par Edmond-René Labande, Paris, Les belles lettres, Les classiques de l'Histoire de France au Moyen Âge, 1981, 496 p.
  21. Monique Cécile Garand, op. cit., p.25

Lien externe[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]