Femme fatale

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Mata Hari, danseuse accusée d'espionnage, a rendu son nom synonyme de « femme fatale » pendant la Première Guerre mondiale.

Une femme fatale est un personnage type qui utilise le pouvoir de la sexualité pour piéger le héros malchanceux. La femme fatale est généralement décrite comme une femme sexuellement insatiable.

Elle séduit, sans se « donner », et est souvent caractérisée physiquement comme une femme très féminine et moralement comme une femme séductrice (dans la littérature décadente, puis au cinéma). Dans certaines situations, elle use du mensonge et de la contrainte plus que du charme.

Elle peut aussi être (ou prétendre être) une victime, aux prises avec une situation à laquelle elle ne peut échapper ; le personnage de Rita Hayworth dans La Dame de Shanghai, un film noir, en donne un tel exemple. Son arme de prédilection est souvent le poison, qui sert aussi de métaphore pour ses charmes.

Bien que typiquement dans le camp du mal, les femmes fatales ont aussi incarné des antihéroïnes dans certaines histoires, ou se repentent pour devenir des héroïnes à la fin du récit. Dans la vie sociale, la femme fatale torture son amant dans une relation déséquilibrée, en ne formulant jamais la confirmation de ses sentiments. Elle le pousse tellement à bout qu'il devient incapable de prendre des décisions rationnelles.

Histoire[modifier | modifier le code]

Mythologie[modifier | modifier le code]

L'archétype de la femme fatale existe dans les mythes et le folklore de nombreuses cultures à tous les âges[1]. Les premiers exemples sont Ishtar, la déesse sumérienne, et Ève, Lilith, Dalila, et Salomé dans la Bible judéo-chrétienne. Dans la littérature de la Grèce antique, la femme fatale est incarnée par Aphrodite, la sirène, le Sphinx, Scylla, Circé, Lamia, Hélène de Troie, et Clytemnestre. Puis vient la figure historique Cléopâtre, reine d'Égypte, avec sa capacité à séduire les hommes puissants de Rome. La propagande romaine attaqua Cléopâtre, considérée comme une femme fatale ; de fait, elle devint l'archétype de légende des dangers inhérents à la femme puissante et exotique.

La femme fatale est également un personnage présent dans la culture asiatique. Dans la mythologie chinoise, certaines concubines (telle l'historique Yang Guifei) ont été accusées d'être partiellement responsables de l'affaiblissement et de la chute des dynasties, en séduisant des hommes de pouvoir amenés à négliger leurs devoirs et à modifier leur testament à leur bénéfice.

Des récits médiévaux au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Salomé - représentée par Franz von Stuck.

Au Moyen Âge, l'idée de la dangerosité de la sexualité féminine, originellement incarnée par Ève, était courante dans les récits médiévaux sous les traits de l'enchanteresse séduisante et maléfique, comme la Fée Morgane.

Une autre icône du glamour, de la séduction et de l'immoralité est Mata Hari, 1876 - 1917, une danseuse orientale qui fut accusée d'espionnage pour l'Allemagne et fusillée par la France. Sa légende naquit aussitôt, faisant d'elle l'héroïne de récits apocryphes. Elle fut maintes fois mise en scène au cinéma et dans des romans.

Dans l'imagerie du XXe siècle[modifier | modifier le code]

L'actrice Theda Bara définit le mot « Vamp » dans le film Embrasse-moi, idiot de 1915.

La femme fatale a été représentée comme un vampire sexuel ; ses charmes consommant la virilité et l'esprit d'indépendance de leurs amants, ne laissant que leurs enveloppes charnelles vides. Rudyard Kipling fut inspiré par la peinture d'une vampire de Philip Burne-Jones, une image typique de l'époque (1897), pour écrire son poème The Vampire. À l'instar des autres œuvres de Kipling, le poème fut très populaire et son refrain : « A fool there was… », décrivant un homme séduit, devint le titre original du film Embrasse-moi, idiot (A Fool There Was) de 1915 qui fit de Theda Bara une grande star. Le poème servit pour la promotion du film. À partir de là, dans l'argot américain, la femme fatale est appelée « vamp », abréviation de « vampiress »[2].

Pour le public américain, la femme fatale venait souvent de l'étranger, avec des ancêtres d'un pays indéterminé de l'Europe de l'Est ou de l'Asie. Elle incarnait l'antithèse sexuelle des actrices comme Lillian Gish ou Mary Pickford. Hormis Theda Bara, les plus célèbres vamps du cinéma muet étaient Helen Gardner, Louise Glaum, Musidora, Nita Naldi, Pola Negri, et dans ses premiers rôles, Myrna Loy. La chanson définitive sur ce thème est Femme Fatale[3] du Velvet Underground interprétée par Nico et écrite Lou Reed.

Des études sur le genre sexuel concernant le cas de Maria Popescu ont révélé la relation entre une société masculinocentrée et des erreurs judiciaires à l'époque où les relations entre femmes et hommes n'était pas encore un objet d'étude scientifique.

Dans l'imagerie du XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Au XXIe siècle, l'image de la femme fatale est largement présente dans le cinéma et la publicité, notamment parce qu'elle fait vendre. En effet, de nombreuses femmes aimeraient lui ressembler, les adolescentes désireraient devenir comme elle et les hommes sont séduits par cette représentation[réf. nécessaire].

On retrouve aussi cette image de la femme séductrice dans la musique, par exemple, dans le septième album studio de la chanteuse américaine Britney Spears intitulé Femme fatale.

L'homme fatal[modifier | modifier le code]

Les hommes aux qualités similaires pourraient être Don Juan, Heathcliff dans Les Hauts de Hurlevent, la plupart des héros des livres de Lord Byron, aussi bien que les personnages suivants : Billy Budd, le Comte Dracula, Tadzio dans La Mort à Venise, Harthouse dans Les Temps difficiles de Charles Dickens, Georges Querelle dans Querelle de Brest de Jean Genet, James Bond de Ian Fleming, Tom Ripley dans les romans de Patricia Highsmith[4], ainsi que Georges Duroy dans le roman Bel-Ami (1885) de Guy de Maupassant.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bram Dijkstra, Idoles de la perversité. Figures de la femme fatale dans la culture fin-de-siècle, Paris, Seuil, 1992, 475 p.
  • Mireille Dottin-Orsini, Cette femme qu'ils disent fatale. Textes et images de la misogynie fin-de-siècle, Paris, Grasset et Fasquelle, 1993, 373 p.
  • Paul-André Claudel, Salomé. Destinées imaginaires d'une figure biblique, Paris, Ellipses, 2013, 264 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mario Praz (1951) The Romantic Agony: 199
  2. D'après le Oxford English Dictionary, le mot vamp vient de l'auteur anglais G. K. Chesterton, et fut popularisé par le film muet américain The Vamp, avec Enid Bennett.
  3. https://fr.wikipedia.org/wiki/Femme_fatale_(chanson)
  4. Mario Praz (1951), The Romantic Agony, p. 53-95

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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