Roger de Bussy-Rabutin

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Roger de Bussy-Rabutin
Portrait de Roger de Bussy-Rabutin, de son château de Bussy-Rabutin en Bourgogne.
Portrait de Roger de Bussy-Rabutin, de son château de Bussy-Rabutin en Bourgogne.
Titre
Comte de Bussy
Lieutenant-général des armées du roi Louis XIV
Membre de l'Académie française
Biographie
Dynastie Maison de Bussy
Date de naissance 13 avril 1618
Lieu de naissance Château d'Epiry en Bourgogne
Date de décès 9 avril 1693
Lieu de décès Autun en Bourgogne
Père Léonor de Rabutin
Mère Diane de Cugnac
Conjoint Gabrielle de Toulongeon
Louise de Rouville
Enfant(s) Cinq filles et deux fils, dont Michel-Celse-Roger de Bussy-Rabutin

Roger de Bussy-Rabutin (13 avril 1618 à Saint-Émiland - 9 avril 1693 à Autun) est comte de Bussy, lieutenant-général des armées du roi Louis XIV, courtisan de la cour de France, philosophe et écrivain épistolaire, pamphlétaire, satirique et libertin et membre de l'Académie française.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né le 13 avril 1618 au château d'Epiry, à Epiry (actuelle commune de Saint-Émiland, prêt d'Autun) dans l'Autunois, en Bourgogne, Roger de Bussy-Rabutin est le troisième fils de Diane de Cugnac et de Léonor de Rabutin, mestre de camp du régiment de Bussy-Rabutin et lieutenant du roi en Nivernais. La mort de ses frères fera de lui le seul représentant de sa famille.

Après des études plutôt brillantes chez les jésuites à Autun, puis au collège de Clermont à Paris, il entre dans l’armée à l’âge de seize ans, en 1633, en tant que premier capitaine du régiment de Bussy-Rabutin (régiment d'infanterie de son père).

En 1634, il prend la tête du régiment de Bussy-Rabutin que lui cède son père. Sous la direction du Maréchal de France et du duc de La Force Jacques Nompar de Caumont, il participe aux sièges de La Mothe-en-Bassigny, place forte du duché de Lorraine, des communes de Soulaucourt-sur-Mouzon et d'Outremécourt (Haute-Marne). Il fait ensuite la plupart des campagnes de la guerre de Trente Ans : prise des châteaux de Moyenvic, de Charmes et de Neufchâteau en 1635 ; batailles et sièges de Colloredo, de Pesmes, de château de Balançon, de Dole, de Roye, de Corbie, de Landrecies et de Maubeuge en 1637.

En 1639, il combat à Thionville, à Arras en 1640, puis à Lens et à Bapaume en 1641.

Il dit lui-même que ses deux ambitions sont de devenir « honnête homme » et de « parvenir aux grands honneurs de la guerre. »

En 1641, le cardinal premier ministre Richelieu le fait emprisonner cinq mois à la Bastille pour le punir de négligences dans son service, des soldats s'étant livrés à la contrebande du sel. Il y fait une rencontre déterminante, celle du maréchal François de Bassompierre, célèbre pour ses galanteries, emprisonné pour avoir comploté contre Richelieu.

Sa jeunesse tumultueuse le conduit à se battre en duel, à rechercher les aventures galantes mais aussi à se « polir » dans les salons, notamment en compagnie de sa cousine appelée à la notoriété littéraire, la marquise de Sévigné, et à aiguiser son esprit piquant.

Portrait de Roger de Bussy-Rabutin, au centre, dans son château de Bussy-Rabutin.

En 1643 il épouse sa cousine Gabrielle de Toulongeon (petite fille de sainte Jeanne de Chantal) avec qui il aura trois filles : Diane, Charlotte et Louise-Françoise. Il quitte alors l'armée quelque temps.

En 1644, il achète la charge de lieutenant de la compagnie de chevau-légers d'ordonnance du prince de Condé Henri II de Bourbon-Condé (le Grand Condé)[1].

En 1645, il hérite de la charge de lieutenant de roi en Nivernais de son père, sert sous le prince Louis II de Bourbon-Condé (le grand Condé) en Catalogne, où il se signale par une fameuse débauche à Lérida, et fait campagne sous Turenne.

Veuf dès 1646, il tente d’enlever madame de Miramion, une riche veuve âgée de 20 ans dont il se croit aimé. Cette affaire est arrangée, non sans difficulté, avec un dédommagement considérable de la part de Bussy-Rabutin, qui épouse ensuite Louise de Rouville (de la famille du duc d'Orléans). Madame de Miramion irréprochable et édifiante, qui lui pardonne, entre en religion et consacre le reste de sa vie et de sa fortune à des œuvres de charité.

Il combat avec une certaine distinction pendant la guerre civile qui éclate pendant la régence de la reine Anne d'Autriche, puis pendant la guerre contre l'Espagne. Ayant pris d'abord le parti de la Fronde des Princes, il se rallie rapidement au jeune roi Louis XIV et le sert dans le Nivernais et au siège de Montrond. Il est récompensé de ses services en obtenant la charge de mestre de camp général de la cavalerie légère et la commission de lieutenant-général des armées du Roi.

Il accompagne le prince Armand de Bourbon-Conti en Catalogne, puis prend part à la guerre de Dévolution sous les ordres du maréchal Turenne dans les Flandres. Il participe à plusieurs campagnes, dont le siège de Mardyck en 1657 où il se distingue, entre autres, à la bataille des Dunes en 1658.

Enclin aux querelles de préséance, imprudent et impudent, sa vanité et son habitude de composer des chansons satiriques et médisantes lui aliène Turenne, ainsi que beaucoup de hauts personnages de l’armée et de la cour de France ; il ne sera jamais fait maréchal de France.

A Pâques 1659, il participe à une orgie qui fait grand scandale dans son château de Roissy, durant la semaine sainte, qui lui vaut d'être exilé par Mazarin dans ses château de Bussy-Rabutin et château de Chazeu sur ses terres de Bourgogne. Il met à profit ses loisirs imposés en composant son célèbre roman satirique l’Histoire amoureuse des Gaules, pamphlet outrecuidant racontant des frasques de la haute noblesse française de la cour de France, pour l’amusement de sa maîtresse, la marquise de Montglas, tombée malade.

Copié, puis publié contre son gré par l’intrigante marquise de La Baume, ce manuscrit circule librement en provoquant le scandale, suscitant de nombreuses copies ou suites apocryphes. Cette chronique décrit, avec autant de malignité que de talant de plume et d'esprit, les mœurs galantes de la cour durant la jeunesse de Louis XIV, ce qui lui vaut le surnom de « Pétrone français ». Ses Maximes d’amour sont appréciées du roi lui-même. Élu à l’Académie française, il y est reçu en 1665 au fauteuil 20 de Nicolas Perrot d'Ablancourt.

Accusé de ne pas avoir épargné la réputation de la belle-sœur dur roi,Henriette d'Angleterre, Bussy fait parvenir, par l'intermédiaire de son ami proche du Roi, le duc de Saint-Aignan, un exemplaire de son Histoire à Louis XIV. Il espère ainsi démentir la rumeur et tenter de se disculper. Louis XIV, convaincu de sa duplicité et désireux de faire un exemple pour satisfaire sa très dévote mère, la reine Anne d'Autriche, fait embastiller le libertin le 17 avril 1665.

Malade, il est libéré au bout de treize mois et exilé à nouveau, cette fois définitivement, dans son château de Bussy-Rabutin en Bourgogne, où il passe les dix-sept dernières années de sa vie. Bussy-Rabutin ressent profondément cette disgrâce qu’il estime imméritée. Son amertume vis-à-vis de sa brillante carrière militaire brisée est plus grande encore.

Il met son exil à profit pour écrire ses Mémoires et embellir ses demeures, notamment son château de Bussy-Rabutin avec des devises, des peintures tirées de la Fable et prèt de cinq cents portraits de gens de la cour, accompagnés d’inscriptions spirituelles commentées.

Sa fille Louise-Françoise de Bussy-Rabutin, jeune veuve et fort jolie, épouse l'ami de son père Henri François de la Rivière. Furieux, Bussy-Rabutin vient l'enlever dans sa demeure de Lanty et la séquestre. Un long procès s'ensuit, à l'issue duquel le père est contraint de libérer sa fille qui retrouve son mari et ses enfants[2].

En 1683, Louis XIV lui pardonne enfin en l'autorisant à assister à son lever ; un des moments les plus enviés de la vie de cour. Néanmoins, il reçoit à la cour un accueil d’une telle froideur que son séjour provincial lui paraît préférable. Il y retourne d'ailleurs achever sa vie.

En 1691, le Roi lui accorde une pension de 4000 livres, en témoignage de son pardon accordé.

Roger de Bussy-Rabutin disparaît le 9 avril 1693 à Autun, où il repose à l'église Notre-Dame d'Autun, aujourd'hui disparue.

Bussy-Rabutin est père de cinq filles et deux fils, dont Michel-Celse-Roger de Bussy-Rabutin, est évêque de Luçon et, comme son père, élu à l’Académie française, ayant eu « l’à-propos de ne rien écrire ». Michel-Celse-Roger de Bussy-Rabutin est également appelé le « Dieu de la bonne compagnie », de par un don de plaire qui lui est caractéristique.

Citations[modifier | modifier le code]

« À propos de lettres, les meilleurs exemples dont vous puissiez vous inspirer sont Cicéron, le cardinal d'Ossat, Mme de Sévigné, et le comte de Bussy-Rabutin (...). Pour l'enjouement et le badinage, personne n'égale le comte de Bussy et Mme de Sévigné ». Lettre de Lord Chesterfield (1694-1773) à son fils naturel Philippe Stanhope (+ 1768), Londres, 20 juillet 1747 (Paris, Jules Labitte, 1842, arch. pers.)

Oeuvre littéraire[modifier | modifier le code]

  • Histoire amoureuse des Gaules est un jeu d’écriture mondain avec des histoires galantes à clés, à peine transposées, de fins portraits et des passages adaptés de Pétrone qui devaient amuser ses contemporains.
  • Extrêmement animés, pleins de caractère, ses Mémoires, publiés après sa mort, possèdent tout le charme d’un roman d’aventure historique de cape et d’épée.
  • Sa correspondance épistolaire volumineuse ne le cède en variété et en intérêt qu’à peu d’autres du genre, à part celle de sa cousine la marquise de Sévigné, fort blessée du cruel portrait qu’il avait fait d’elle dans son Histoire amoureuse des Gaules où il l’a dépeinte « inégale jusqu’aux paupières et aux prunelles de ses yeux. ». C’est grâce à Bussy-Rabutin que les lettres de cette dernière sont rendues publiques.
  • Bussy-Rabutin est également l’auteur d’une Histoire généalogique de la maison de Rabutin restée en manuscrit jusqu’à 1866 alors que ses Réflexions sur la guerre et d’autres textes de diverses inspirations furent publiées en 1731. Il a également écrit d’importants Discours à sa famille où il fait servir sa propre vie à un but moral mais surtout pour obtenir son retour en grâce.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Histoire amoureuse des Gaules (1666), suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle, Paris : P. Jannet, 1856. Texte en ligne : Tome I Tome II Tome III Tome IV Édition moderne présentée, établie et annotée par Roger Duchêne, Folio, Gallimard, 1993, ISBN 2-07-038615-5
  • Carte géographique de la cour et autres galanteries, Cologne : Pierre Marteau, 1668. Texte en ligne : [1]
  • Mémoires, Paris : J. Anisson, 1696. Texte en ligne : Tome I Tome II Tome III Édition moderne présentée, établie et annotée par Daniel-Henri Vincent, Le Temps retrouvé, Mercure de France, 2010, ISBN 978-2-7152-2949-5
  • Lettres de messire Roger de Rabutin, comte de Bussy, Paris : F. Delaulne, 1720. Texte en ligne : Tome I Tome II Tome III.
  • Discours à sa famille. Manuscrit Édition moderne préfacée par Yves Coirault, Précy-sous-Thill : Armançon, 2000, ISBN 2-84479-015-1.

Représentations cinématographiques[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Les ouvrages utilisés pour sourcer cet article ont été les suivants :

  • Baron de Walckenaer, Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin, dame de Bourbilly, marquise de Sévigné (Paris, 1852);
  • Émilie Gérard-Gailly, Bussy-Rabutin, sa vie, ses œuvres et ses amis (Paris, 1909);
  • Jean Orieux, Bussy-Rabutin(Flammarion, Paris, 1969 - réimprimé);
  • C. Rouben, Bussy-Rabutin épistolier(Nizet, Paris, 1974);
  • Roger Duchêne, Mme de Sévigné(Paris, Fayard, 1982);.
  • François-Antoine Mertens, Bussy-Rabutin, mémorialiste et épistolier (Paris, 1984);
  • Jacqueline Duchêne, Françoise de Grignan (Paris, Fayard, 1985);
  • Catherine Duchêne, Bussy-Rabutin (Fayard, 1992);
  • Madeleine Hérard, Mme de Sévigné, demoiselle de Bourgogne (éditions de l’Armançon, 1992);
  • Émile Magnien, Cousin-cousine en Bourgogne (Les éditions de la Taillanderie, 1993)
  • Daniel-Henri Vincent, Bussy-Rabutin, l’homme et l’œuvre (actes du Colloque de la Société des Amis de Bussy-Rabutin des 2 et 3 juillet 1993);
  • Daniel-Henri Vincent, Bussy-Rabutin, Dits et inédits (éditions de l’Armançon, 1993);
  • Daniel-Henri Vincent, Bussy-Rabutin, Discours à sa famille (éditions de l’Armançon, 2000);
  • Daniel-Henri Vincent, Mémoires du comte de Bussy-Rabutin (Mercure de France, Le temps retrouvé, 2010);
  • Daniel-Henri Vincent, Bussy-Rabutin, le libertin puni (Perrin, 2011);
  • La revue Rabutinages, éditée par la Société des Amis de Bussy-Rabutin.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. COMMANDEMENTS ET CAMPAGNES MILITAIRES DE BUSSY-RABUTIN
  2. Roland Niaux, Lanty, publication électronique 9 février 1994, édition Viviane Niaux, 2006-2007.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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