Roger de Bussy-Rabutin

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Roger de Bussy-Rabutin

Roger de Rabutin, comte de Bussy, dit Bussy-Rabutin, né au château d'Épiry, dans l'Autunnois (actuelle commune de Saint-Émiland, Saône-et-Loire) le 13 avril 1618 et mort à Autun le 9 avril 1693, est un officier général et écrivain français, célèbre pour son libertinage, son esprit et sa causticité.

Sommaire

Biographie [modifier]

Bussy-Rabutin était le troisième fils de Léonor de Rabutin, mestre de camp d'un régiment d'infanterie et lieutenant de roi en Nivernais, mais la mort de ses frères fit de lui le seul représentant de sa famille.

Après des études plutôt brillantes chez les jésuites à Autun, puis au collège de Clermont à Paris, il entra dans l’armée à l’âge de seize ans en tant que premier capitaine au régiment d'infanterie de son père en 1633.

En 1634, sous la direction du maréchal de La Force, il participe au siège de La Mothe-en-Bassigny, place forte du Duché de Lorraine, située sur les communes de Soulaucourt-sur-Mouzon et d'Outremécourt (actuellement en Haute-Marne). Il fit ensuite la plupart des campagnes de la guerre de Trente Ans; Prise des châteaux de Moyenvic, Charmes et Neufchâteau en 1635, aux batailles et sièges de Colloredo, prise de Pesmes, château de Balançon, siège de Dole, siège de Roye, siège de Corbie, aux sièges de Landrecies, de Maubeuge en 1637.

Il est d'abord à la tête du régiment que lui a cédé son père, le régiment de Bussy-Rabutin puis en qualité de capitaine-lieutenant de la compagnie de chevau-légers d'ordonnance du prince de Condé[1]. En 1639, il combat à Thionville, à Arras en 1640, puis à Lens et à Bapaume en 1641.

Il a dit de lui-même que ses deux ambitions étaient de devenir « honnête homme » et de « parvenir aux grands honneurs de la guerre. » On le remarqua surtout pour des négligences dans son service, des soldats s'étant livrés à la contrebande du sel.

Richelieu l’envoya pour cinq mois à la Bastille en 1641, où il fit une rencontre déterminante, celle du maréchal de Bassompierre, célèbre pour ses galanteries, emprisonné pour avoir comploté contre Richelieu.

Sa jeunesse tumultueuse le conduisit à se battre en duel, à rechercher les aventures galantes mais aussi à se « polir » dans les salons, notamment en compagnie de sa cousine appelée à la notoriété, la marquise de Sévigné, et à aiguiser son esprit piquant.

En 1643 il épousa sa cousine Gabrielle de Toulongeon et quitta quelque temps l’armée. Il succéda à son père en qualité de lieutenant du Roi dans le Nivernais en 1645, servit sous le grand Condé en Catalogne et se signala par une fameuse débauche à Lérida.

Ayant perdu son épouse dès 1646, il tenta d’enlever madame de Miramion, une riche veuve de 20 ans. Cette affaire fut arrangée, non sans difficulté, avec un dédommagement considérable de la part de Bussy-Rabutin, qui épousa ensuite Louise de Rouville. Madame de Miramion irréprochable et édifiante, lui pardonna, entra en religion et consacra le reste de sa vie et de sa fortune à des œuvres de charité.

Il combattit avec une certaine distinction dans la guerre civile qui éclata pendant la régence d'Anne d'Autriche, puis dans la guerre contre l'Espagne. Ayant pris d'abord le parti de la Fronde des Princes, il se rallia rapidement au Roi et le servit bien dans le Nivernais et au siège de Montrond. Il fut récompensé de ses services en obtenant la charge de mestre de camp général de la cavalerie légère et la commission de lieutenant général des armées du Roi.

Il accompagna le prince de Conti en Catalogne et alla ensuite combattre sous Turenne dans les Flandres. Il participa à plusieurs campagnes, fut du siège de Mardick en 1657 et se distingua, entre autres, à la Bataille des Dunes en 1658.

Enclin aux querelles de préséance, imprudent et impudent, sa vanité et son habitude de composer des chansons médisantes lui aliénèrent Turenne et beaucoup de grands personnages de l’armée et de la cour; il ne sera jamais fait maréchal de France.

Le grand scandale que causa en 1659, une orgie à Roissy durant la semaine sainte, à laquelle il avait participé, lui valut d'être exilé par Mazarin sur ses terres, à Bussy-le-Grand, en Bourgogne; il mit à profit ses loisirs imposés en composant son célèbre roman satirique l’Histoire amoureuse des Gaules racontant les aventures de grandes dames de la Cour, pour l’amusement de sa maîtresse, la marquise de Montglas, tombée malade.

Copié contre son gré par l'indiscrète Mme de La Baume, cet ouvrage circulait librement en manuscrit, suscitant de nombreuses copies ou suites apocryphes. C'est une espèce de chronique scandaleuse où il décrit, avec autant de malignité que d'esprit, les mœurs galantes de la cour pendant la jeunesse de Louis XIV, ce qui l'a fait surnommer le "Pétrone français". Ses Maximes d’amour étaient appréciées du roi lui-même. Élu à l’Académie française, il y fut reçu en 1665 au fauteuil de Perrot d’Ablancourt.

Comme on disait qu'il n’avait pas épargné la réputation de Madame, belle-sœur du roi, Bussy fit parvenir, par l'intermédiaire de son ami et proche du Roi, le duc de Saint-Aignan, un exemplaire de son Histoire à Louis XIV afin de démentir la rumeur et tenter de se disculper, qui, convaincu de sa duplicité et désireux de faire un exemple pour satisfaire sa très dévote mère Anne d'Autriche, fit "embastiller" le libertin le 17 avril 1665.

Malade, il en fut libéré au bout d’un peu plus d’un an à condition de se retirer dans ses terres, où il vécut dix-sept ans d’exil; Bussy-Rabutin ressentit profondément cette disgrâce qu’il estimait imméritée. Son amertume touchant à sa carrière militaire brisée était plus grande encore.

Il mit à profit ses loisirs pour écrire ses Mémoires et embellir ses demeures, notamment son château de Bussy avec des devises, des peintures tirées de la Fable et des portraits accompagnés d’inscription spirituelles.

Sa fille Françoise de Rabutin, jeune veuve et fort jolie, épousa son ami François de Rivière. Le père, furieux, vint l'enlever en sa demeure de Lanty et la séquestra. Un long procès s'ensuivit, à l'issue duquel le père fut contraint de libérer sa fille qui retrouva son mari et ses enfants[2]

Il eut la permission de revenir à Paris, puis de reparaître au lever du roi en 1682. Néanmoins, il reçut à la Cour un accueil d’une telle froideur que, son séjour provincial lui paraissant préférable, il retourna achever sa vie en Bourgogne.

En 1691, enfin, le Roi lui accorda une pension, marquant par là qu’il lui avait pardonné.

Son Histoire amoureuse des Gaules est un jeu d’écriture mondain avec des histoires galantes à clés, à peine transposées, de fins portraits et des passages adaptés de Pétrone qui devaient amuser ses contemporains. Extrêmement animés, pleins de caractère, ses Mémoires, publiés après sa mort, possèdent tout le charme d’un roman d’aventure historique de cape et d’épée.


Sa correspondance volumineuse ne le cède en variété et en intérêt qu’à peu d’autres du genre, à part celle de sa cousine Marie de Sévigné, pourtant été fort blessée du cruel portrait qu’il avait fait d’elle dans son Histoire amoureuse des Gaules où il l’a dépeinte « inégale jusqu’aux paupières et aux prunelles de ses yeux. ». C’est grâce à Bussy-Rabutin que les lettres de cette dernière ont été rendues publiques.

"A propos de lettres, les meilleurs exemples dont vous puissiez vous inspirer sont Cicéron, le cardinal d'Ossat, Mme de Sévigné, et le comte de Bussy-Rabutin (...). Pour l'enjouement et le badinage, personne n'égale le comte de Bussy et Mme de Sévigné".

Lettre de lord Chesterfield (1694-1773) à son fis naturel Philippe Stanhope (+ 1768), Londres, 20 juillet 1747 (Paris, Jules Labitte, 1842, arch. pers.).


Bussy-Rabutin est également l’auteur d’une Histoire généalogique de la maison de Rabutin restée en manuscrit jusqu’à 1866 alors que ses Réflexions sur la guerre et d’autres textes de diverses inspirations furent publiées en 1731. Il a également écrit d’importants Discours à sa famille où il fait servir sa propre vie à un but moral mais surtout pour obtenir son retour en grâce.

Bussy-Rabutin laissa cinq filles et deux fils, dont l'un Michel-Roger-Celse qui devint évêque de Luçon, fut lui aussi élu à l’Académie française ayant eu « l’à-propos de ne rien écrire » et qui eut si bien le don de plaire qu'on l'appelait le Dieu de la bonne compagnie.


Œuvres [modifier]

  • Histoire amoureuse des Gaules (1666), suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle, Paris : P. Jannet, 1856. Texte en ligne : Tome I Tome II Tome III Tome IV Édition moderne présentée, établie et annotée par Roger Duchêne, Folio, Gallimard, 1993, ISBN 2-07-038615-5
  • Carte géographique de la cour et autres galanteries, Cologne : Pierre Marteau, 1668. Texte en ligne : [1]
  • Mémoires, Paris : J. Anisson, 1696. Texte en ligne : Tome I Tome II Tome III Édition moderne présentée, établie et annotée par Daniel-Henri Vincent, Le Temps retrouvé, Mercure de France, 2010, ISBN 978-2-7152-2949-5
  • Lettres de messire Roger de Rabutin, comte de Bussy, Paris : F. Delaulne, 1720. Texte en ligne : Tome I Tome II Tome III.
  • Discours à sa famille. Manuscrit Édition moderne préfacée par Yves Coirault, Précy-sous-Thill : Armançon, 2000, ISBN 2-84479-015-1.

Représentations cinématographiques [modifier]

Sources [modifier]

Les ouvrages utilisés pour sourcer cet article ont été les suivants :

  • Baron de Walckenaer, Mémoires touchant la vie et les écrits de Marie de Rabutin, dame de Bourbilly, marquise de Sévigné (Paris, 1852);
  • Émilie Gérard-Gailly, Bussy-Rabutin, sa vie, ses œuvres et ses amis (Paris, 1909);
  • Jean Orieux, Bussy-Rabutin(Flammarion, Paris, 1969 - réimprimé);
  • C. Rouben, Bussy-Rabutin épistolier(Nizet, Paris, 1974);
  • Roger Duchêne, Mme de Sévigné(Paris, Fayard, 1982);.
  • François-Antoine Mertens, Bussy-Rabutin, mémorialiste et épistolier (Paris, 1984);
  • Jacqueline Duchêne, Françoise de Grignan (Paris, Fayard, 1985);
  • Catherine Duchêne, Bussy-Rabutin(Fayard, 1992);
  • Madeleine Hérard, Mme de Sévigné, demoiselle de Bourgogne (éditions de l’Armançon, 1992);
  • Émile Magnien, Cousin-cousine en Bourgogne (Les éditions de la Taillanderie, 1993)
  • Daniel-Henri Vincent, Bussy-Rabutin, l’homme et l’œuvre (actes du Colloque de la Société des Amis de Bussy-Rabutin des 2 et 3 juillet 1993);
  • Daniel-Henri Vincent, Bussy-Rabutin, Dits et inédits (éditions de l’Armançon, 1993);
  • Daniel-Henri Vincent, Bussy-Rabutin, Discours à sa famille (éditions de l’Armançon, 2000);
  • Daniel-Henri Vincent, Mémoires du comte de Bussy-Rabutin (Mercure de France, Le temps retrouvé, 2010);
  • Daniel-Henri Vincent, Bussy-Rabutin, le libertin puni (Perrin, 2011);
  • La revue Rabutinages, éditée par la Société des Amis de Bussy-Rabutin.

Voir aussi [modifier]

Articles connexes [modifier]

Liens externes [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. COMMANDEMENTS ET CAMPAGNES MILITAIRES DE BUSSY-RABUTIN
  2. Roland Niaux, Lanty, publication électronique 9 février 1994, édition Viviane Niaux, 2006-2007.

Précédé par Roger de Bussy-Rabutin Suivi par
Nicolas Perrot d'Ablancourt
Fauteuil 20 de l’Académie française
1665-1693
Jean-Paul Bignon