Champagne (province)

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49° N 4° E / 49, 4

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Champagne

Drapeau Blason
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La Champagne dans ses limites du XVIIIe siècle et les communes et départements actuels

Informations générales
Capitale Troyes
Langue Champenois, français
Religion Christianisme (catholicisme)
Carte des anciennes provinces de France avec la Champagne en bleu.
La Champagne à la veille de la Révolution parmi les anciennes provinces de France découpées dans les frontières contemporaines[1].

La Champagne est une ancienne province française — à l'origine un comté palatin — qui recouvrait l'actuelle région administrative Champagne-Ardenne, le sud du département de l'Aisne et la majeure partie du département de Seine-et-Marne jusqu'à la Brie mouvante, située entre le cours supérieur de l'Yerres (D20 et D49 approximativement) et la via Agrippa (D209), et la Brie française. Au nord, la frontière changeante avec la Principauté de Liège incluait Sugny, excluant Givet. Son terroir a donné son nom au vignoble de Champagne.

Formée en 1065 par une réunion autour de Provins, troisième métropole du Royaume, de comtés issus du démantèlement de l'Austrasie, cette province devient au Moyen Âge un pôle économique majeur en Occident grâce aux foires de Champagne qui se succédaient dans ses différentes villes tout au long de l'année. À la cour de Champagne avide de raffinement, celle entre autres de Thibault de Champagne, importateur de la rose des parfums, la Rose de Damas, les premiers écrivains français, tel Chrétien de Troyes, inventent la littérature courtoise et érigent la langue vulgaire au rang de standard culturel. Jusqu'à la réunion au domaine royal en 1284, les comtes de Champagne, pairs de France, jouent un rôle politique aussi important que celui des évêques de Reims, qui sacrent le roi de France.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Le terme champagne désigne de nombreux concepts toponymiques. Le plus souvent il désigne une campagne (du latin Campanenses[2]) constituée de champs nus et ouverts, généralement sur un plateau crayeux (Champagne crayeuse). Il a ainsi donné son nom à différents lieux ou régions dont la plus connue est la région de Champagne.

Blason et devise[modifier | modifier le code]

Champagne ancien, tel qu'il figure en aout 1255 sur un contre sceau de la régente Marguerite de Bourbon[3].

Les armes de Champagne moderne sont issues de Champagne ancien, d'azur à la bande d'argent coticée d'or : les cotices ont été tardivement jumelées et respectivement potencées et contre potencées. Différentes variations des cotices ont été pratiquées par différents souverains de Champagne, chacun individualisant le blason. Par exemple, Thibaut de Navarre, dans la seconde moitiè du XIIIe, adopte des cotices à l'enquerre en forme de vagues grecques[4]. Ces détails n'apparaissent pas sur les petits sceaux, qui montrent alors le Champagne ancien.

Champagne ancien semble avoir été utilisé jusqu'au milieu du XIIIe c'est-à-dire la fin de la guerre de succession de Champagne sous le règne de Thibaud le Chansonnier[5]. C'est une brisure de Blois, fondateurs de la Champagne devenus pairs de France. Blois portait d'azur à la bande d'argent, armes conservées telles quelles par les deux premiers comtes de Sancerre.


La devise de Champagne est « Passavant »[6]. Chacun des comtes de Champagne la reprend suivie d'un complément qui l'individualise. Thibaud le Chansonnier criait « Passe avant là Thiebaut »[5], jeu de mots qui semble signifier « Là, Thibaud marche en tête » et sous entend « Dans cet acte, le service de l'état passe avant la personne du souverain ». Ce complément devient « ... meilleur » dans la devise féministe de la régente Marguerite de Bourbon[3]. C'est la formule reprise par les édiles de la ville de Troyes.

Histoire[modifier | modifier le code]

La formation de la Champagne[modifier | modifier le code]

La préhistoire de la Champagne[modifier | modifier le code]

Groupe de Cerny.

L'héritage antique[modifier | modifier le code]

La formation d'un état champenois remonte au Moyen Âge central, à la suite de la poussée démographique de l'an mil, mais sa géographie naturelle et son exploitation économique tendent à la regrouper au sein des mêmes intérêts politiques et familiaux dès le traité de Verdun, qui instaure deux états séparés par la frontière de la Meuse. Le processus aboutit à l'érection du comté de Champagne en 1065.

Le territoire de ce comté regroupe alors celui de trois subdivisions de l'ancienne Gaule :

Sous le Dominat, ce territoire était réparti entre la Belgique, pour la partie correspondant au diocèse de Reims qui s'étend sur les actuels départements des Ardennes et de la Marne, la Sénonaise, qui s'étend jusqu'à Paris, et la Lyonnaise (Lyonnaise I), future Bourgogne. Cette division antique traverse les siècles par le maintien de frontières archidiocésaines identiques. Au XIe et XIIe siècles, elle est transcrite en droit féodal. Le comte de Champagne reconnait alors trois suzerains principaux[7], le roi, l'archevêque de Reims, le duc de Bourgogne, auxquels des extensions territoriales secondaires ajoutent entre autres l'archevêque de Langres et l'Empereur, sans compter les possessions en dehors de la Champagne elle-même[8].

La Champagne mérovingienne et carolingienne (500-870)[modifier | modifier le code]

En 511, lors du partage de la Gaule entre les quatre fils de Clovis, ce territoire est, avec celui de la future Lorraine, au cœur de l'Austrasie, constituée au profit de l'aîné, Thierry. En 566, le neveu de Thierry, Sigebert Ier, prive Reims du statut de capitale au profit de Metz. Déjà cinq ans plus tôt, en 561, à la mort du cadet Clotaire le Vieux, le fils de celui ci, Gontran, obtient le rattachement du Troiesin austrasien à la Bourgogne. Avec le Brenois, le Blaisois, le Bolesnois et le Barrois (celui d'Arc et non de Bar-le-Duc, qui n'existait pas à l'époque), il y restera jusqu'au Partage de Verdun en 843 puis sous le règne des ducs de Bourgogne successifs.

En 837, le comte de Troyes Aleran fonde l'abbaye de Montiéramey. En 852, Charles le Chauve confie le comté à Eudes. De 843 à 855, le territoire champenois, exceptée donc cette partie de Bourgogne qu'est alors le comté de Troyes, est inclus à la suite du traité de Verdun dans l'éphémère Francie médiane puis, en vertu du traité de Prüm dans la toute aussi éphémère Lotharingie. En 858, c'est l'archevêque de Reims Hincmar qui met un terme à l'invasion de la Francie occidentale par Louis le Germanique. Le comté de Troyes est alors confisqué à Eudes, qui a soutenu l'Empereur. En 870, le traité de Meerssen donne le reste du territoire champenois resté lotharingien à Charles le Chauve, roi de France (« Francia »), la séparant ainsi définitivement de la future Lorraine impériale avec laquelle elle formait la première Austrasie.

Agrégation de comtés par les herbertiens (871-1020)[modifier | modifier le code]

En 871, Eudes de Troyes récupère légalement le comté de Troyes qui avait été confisqué à son père Eudes. Par le mariage de son frère, Robert Porte Carquois, qui lui succède à sa mort en 876, avec Gisèle, les comtes de Troyes entrent dans une alliance royale. Adalelme, le neveu de Robert Porte Carquois, dont la femme est morte prématurément sans laisser d'enfants, lui succède. En 894, Adalelme meurt à la guerre aux côtés de son frère Adémar d'Angoulême et le comté en déshérence revient légalement à son suzerain, Richard le Justicier, duc de Bourgogne.

En cette fin du IXe siècle, l'antique cité melde, comme elle avait appartenu à Soissons, appartient au comte de Vermandois, le nivelonide Thierry. Son héritier, Herbert de Vermandois, petit fils par son père du roi carolingien des Lombards déchu Bernard, étend son territoire jusque sur le Vexin pour faire face à l'invasion normande. En 925, Herbert II, le fils d'Herbert de Vermandois, investit Reims et crée un comté de Reims au profit de son fils de cinq ans, Hugues. Six ans plus tard, l'usurpateur Raoul l'en chasse une première fois. En juillet 940, Hugues, désormais majeur et aidé de son père, reconquiert le Rémois puis le Rethelois, érigé en comté par Artaud, l'archevêque de Reims déchu, comme une position de repli défendue par le neveu de ce dernier, Manassès. Six ans plus tard, Hugues de Vermandois, son père ayant été pendu trois ans plus tôt, peine infamante, doit de nouveau renoncer à Reims à la suite de l'intervention de l'Empereur Otton, venu avec les troupes de Conrad de Bourgogne restaurer Louis d'Outremer sur le trône de Francie occidentale.

En 950, un des petit fils d'Herbert, Robert de Meaux, épouse la petite fille de Richard le Justicier, Adélaïde, dite Werra. À la mort de son beau père Gilbert, comte principal des Bourguignons, en 956, il en hérite le comté de Troyes, qui se trouve désormais réuni au comté de Meaux qui lui était échu comme sa part d'héritage dix ans plus tôt. En 984, le fils de Robert, Herbert de Troyes, héritant de son oncle Herbert d'Omois, récupère l'Omois et agrandit le domaine familial du comté de Reims dont son autre oncle, Hugues de Reims, avait été dépossédé par l'Empereur au profit de l'archevêque de Reims.

En dépit de cette instabilité aristocratique, à l'aube du millénaire, l'école cathédrale de chapitre de Reims, dont Gerbert d'Aurillac est écolâtre de 972 à 982, devient un centre intellectuel de premier plan. En moins d'un siècle et demi, les Vermandois herbertiens ont rassemblé les trois comtés fondamentaux de la future Champagne. Deux générations plus tard, l'un de leurs héritiers va s'efforcer de les dominer à lui seul.

Rivalité entre thibaldiens et capétiens (1021-1124)[modifier | modifier le code]

Les grands vassaux de France et la Bretagne en 1035. En jaune, les fiefs de Blois, Champagne et Beauvaisis que possède Thibaud étranglant le domaine capétien, en bleu, que tient Robert[9].

En 1021, Eudes de Blois, héritier naturel du titre de son grand oncle, le comte de Reims, frère de sa grand mère paternelle, hérite en outre de son cousin germain Étienne de Vermandois, sans descendance, des comtés de Troyes, Meaux, Omois et Vitry. Le comte palatin Eudes est le petit fils de Thibaud de Blois, rival en son temps du marquis Hugues le Grand et gouverneur de Neustrie affranchi de tout suzerain. Thibaud avait vu sa prééminence sur la Francie occidentale ravie par le fils d'Hugues le Grand, Hugues Capet, reconnu en 960 duc des Francs par son cousin germain, le roi Lothaire. La réunion du futur territoire de la Champagne dans la main d'un thibaldien menace le capétien Robert le Pieux.

Deux ans plus tard l'archevêque de Reims, Ebles de Roucy, pousse le roi à saisir au profit de l'archevêché le temporel du comté de Reims. La commise est prononcée sans que personne n'ait les moyens de la faire appliquer mais cela suffit pour obliger les vassaux à prêter hommage à l'archevêque, élevé au rang de pair en 1060. Comme en atteste un siècle plus tard la « grande charte champenoise », la mainmise ecclésiastique sur la partie nord de la Champagne la voue à la viticulture, spécialité confiée aux monastères, non seulement parce qu'ils fournissent le vin de messe, dont le marché annuel fait l'objet de contrats très importants, mais aussi parce qu'ils valorisent des terres inadaptées à la culture du blé.

L'immense diocèse rémois, parce que les possessions ecclésiastiques y sont considérables, échappe ainsi durablement avec la ville du sacre à la future maison de Champagne. Celle-ci doit se contenter de réunir le comté de Meaux et celui de Troyes, qui ne sont reliés que par le bourg de Douze Ponts. Le titre de comte de Champagne pour désigner la suzeraineté sur cet ensemble est attesté à partir de 1065, à l'époque du petit fils d'Eudes de Blois, Eudes de Champagne, puis de l'oncle de celui ci, Thibaud de Blois, après qu'il a spolié son neveu. L'usage est probablement antérieur mais n'est pas documenté. Il est repris en 1102 par le benjamin d'Eudes de Champagne banni, Hugues de Champagne, lequel, déshéritant son propre fils, le transmet en 1125 au petit fils du même oncle Thibaud de Blois, Thibaud le Grand, dont le cadet, Étienne de Blois, deviendra roi d'Angleterre.

Pour autant, le comte de Champagne exerce son influence sur le rémois en manœuvrant ses alliances, comme en 1107 quand il annule l'investiture de Gervais de Rethel à l'archevêché de Reims décidée par le roi.

Le comté de Champagne[modifier | modifier le code]

Le pôle champenois des Blois (1125-1151)[modifier | modifier le code]

Maison romane supposée avoir été une des trois synagogues de Provins. Les foires de Champagne prospèrent grâce à des réseaux internationaux animés principalement par des cahorsins, des lombards et des juifs.

Thibaud le Grand est le fils de sa mère, Adèle de Normandie, sœur du roi d'Angleterre Henri et femme savante qui illustre le règne des femmes provoqué par le départ des maris en croisade et la naissance de la société courtoise. Elle exerce la régence sur le double domaine de la Maison de Blois, val de Loire et Champagne, jusqu'en 1120. C'est l'époque où, les juifs bénéficiant en Champagne d'une relative tolérance, prospèrent les tossafistes.

Emancipé, Thibaud le Grand jouit d'une administration sans égale et d'un réseau d'alliés fiable qui lui permet d'étendre sa suzeraineté sur de nombreuse seigneuries dans le diocèse de Reims et sur le port clef de Nogent. Il négocie avec l'abbaye de Saint-Denis les donations de fiefs qu'elle ne maitrise plus depuis les invasions normandes mais qui fournissent de nouveau Paris en blé. En 1129, au concile de Troyes, il fonde avec Hugues de Payns l'ordre des Templiers, qui devient en quelques décennies le premier réseau bancaire. Avec Pierre Abélard, il fonde la même année une abbaye de prestige, le Paraclet. Sous la direction d'Héloïse refondant la liturgie, l'abbaye devient le premier centre de production musicale de son temps et la première école pour femmes.

Ce n'est qu'à la génération suivante, en 1152, à l'avènement de son fils aîné Henri le Libéral, que la Champagne devient un état distinct, le domaine de Blois revenant au cadet.

La Champagne thibaldienne (1152-1283)[modifier | modifier le code]

Rosa gallica officinalis dite rose de Provins, symbole du raffinement de la cour champenoise. La génétique ne permet pas de déterminer le rôle exact d'une rose qui aurait été importée en 1254 dans l'élaboration de l'hybride Rosa damascena. La rose de Provins elle-même, associée à la médecine, par exemple sous forme de confits, véhiculait une image d'avant garde. Des coussins de pétales séchés étaient offerts aux rois et archevêques pour marquer leurs visites. Leur prix dépassait celui d'un poids équivalent en or.

Henri le Libéral recueille le bénéfice des alliances de sa mère Mathilde de Carinthie avec les cours les plus importantes et plus encore des institutions mises en place en 1147 par son père Thibaud le Grand :

Elles contribuent à faire de la Champagne la province la plus prospère de l'époque. Six fois plus populeuse qu'aujourd'hui, Provins est alors la troisième ville de France, après Paris et Rouen. Le comte de Champagne est plus riche que son suzerain, le roi de France. À la cour de la régente Marie de France, Chrétien de Troyes, Gace Brulé, Gautier d'Arras, Guyot de Provins, Huon d'Oisy, Geoffroi de Villehardouin, abandonnant le latin aux moines, font émerger, un siècle après l'exemple normand de Turold comme en écho à leur contemporaine la poétesse Marie, une littérature en langue vulgaire. Au sein d'une population renouvelée par un développement démographique exceptionnel, ils diffusent le standard linguistique de la vallée de la Loire dont son originaire leurs princes et repoussent sur les marges du domaine du champenois les langues picardes et wallones qui partagent le territoire de l'ancienne Belgique.

Le fils aîné du comte et de la comtesse, Henri, est élu en 1192 roi de Jérusalem. En 1201, le neveu et successeur de celui ci, Thibaud le Chansonnier, hérite de son père mort quelques jours avant sa naissance la pairie de France et de sa mère le royaume de Navarre. C'est à celle-ci qu'échoit, trois ans après la mort de Marie de France, la régence. Elle fixe à Provins sa résidence et celle de ses successeurs. La capitale comtale devient une ville drapante spécialisée dans le « ners de Provins », étoffe de laine produite par les innombrables moutons de la « Champagne pouilleuse », puis teinte en noire dans le Durteint et certifiée par le sceau de la corporation des maîtres tisserands. Elle devient aussi la capitale de la mode, qui est dessinée en Italie et portée tant à la cour qu'à la ville.

Les guerres de succession de Champagne provoquent en 1226 l'érection d'une des plus formidables enceintes fortifiées de l'époque, le rempart de Provins, achevé dix ans plus tard. La succession réglée en 1234, la prospérité revient au prix d'une dévaluation de la livre de Provins. En 1254, la cour de la régente Marguerite de Bourbon, troisième femme de feu Thibaud le Chansonnier, reçoit, dit la tradition, Robert de Brie de retour de croisade, lequel a dans ses bagages un plant de rose de Damas. Des boutures du cultivar odorant sont remises aux nobles visiteurs et se diffuse dans toutes les cours d'Europe.

En 1276, Blanche d'Artois, belle fille de feue Marguerite de Bourbon, veuve depuis deux ans et régente à son tour, épouse Edmond de Lancastre. Prince consort pendant huit ans, c'est ce frère du roi Edouard qui décide de porter sur ses armes la rose de Provins, que la seconde Maison de Lancastre prendra en 1485 comme emblème de sa victoire contre la Maison d'York à la fin de la guerre des Deux Roses, la rose de Lancastre.



La Champagne des Dames : en un siècle décisif, la Champagne a été gouvernée cinquante et une années par quatre régentes.


La Champagne capétienne (1284-1453)[modifier | modifier le code]

La Champagne est réunie à la France à la suite du mariage prononcé le 14 août 1284 entre l'Infante Jeanne de Navarre et le Dauphin Philippe le Bel, prince de seize ans qui accède au trône de France l'année suivante. La Champagne garde son indépendance juridique jusqu'à la mort de celui-ci en 1314 et c'est son fils Louis X le Hutin, en tant qu'unique héritier des deux états, qui la rattache définitivement au domaine royal. Auparavant, le gouvernement de Philippe le Bel se sera empressé, pour renflouer les caisses d'un royaume en faillite, de ruiner le commerce champenois non seulement en spoliant et détruisant le principal réseau bancaire sur lequel il s'appuyait, l'Ordre du Temple, mais en décrétant des impôts successifs pour les nombreux juifs champenois, 25 000 livres comme « don de joyeux » pour fêter son avènement en 1285, des tailles arbitraires en 1288, 1291, 1293, 1296, une taille majorée de 14 % en 1298, de nouveau des tailles confiscatoires en 1299, 1300 et 1301.

La Champagne, épargnée dans un premier temps, est profondément touchée à partir de 1358 par la Guerre de Cent Ans, dont elle devient un des principaux champs de bataille parcourus par les routiers. Le 9 juin, les mercenaires d'Étienne Marcel et Charles de Navarre renforcés de Jacques assaillent Meaux[10]. Sept mil Jacques sont jetés dans la Marne et Meaux est incendiée par les croisés de captal de Buch[11]. Les pillages sont perpétrés loin dans les campagnes, comme à Nogent[12], incendié l'année suivante au terme d'une chevauchée du roi Édouard. Le 23 juin 1359 à Chaudefouace, la grande compagnie de Brocard de Fenestrange et la milice de l'évêque de Troyes Henri de Poitiers repoussent les troupes anglaises d'Eustache d'Abrichecourt dans Nogent et Ponts.

Le front se déplace à travers la Champagne. Les granges, usines agricoles qui rassemblent matériels et personnels, sont incendiées, les bâtiments isolés qui pourraient servir de bastions sont rasés[13], les campagnes désertées, la population qui survit à la peste noire se réfugie dans les villes, la circulation des marchandises et des personnes devient très risquée, la production agricole s'effondre et fait place à une économie de guerre. De 1417 à 1433, la capitale comtale est occupée par l'armée anglaise. Le traité de Troyes signé en 1420 ne fait que figée la situation et n'apporte pas la paix.

La province de Champagne[modifier | modifier le code]

La Champagne de la Renaissance à la Révolution (1454-1790)[modifier | modifier le code]

Carte du Gouvernement de Champagne et Brie en 1771 avec pour capitale Troyes[14].
La circonscription administrative et militaire confiée à un gouverneur, représentant de l'exécutif, est divisée en Brie champenoise (Provins), Champagne propre (Châlons), Rémois (Reims), Rethelois (Rethel), Perthois (Vitry) et Vallage (Joinville). Y sont rattachés le Sénonais (Sens), le Bassigny (Langres), le Barrois (Bar-le-Duc), le Clermontois (Clermont-en-Argonne).

À la fin du XVe siècle, la Champagne est rattachée fiscalement à l'Île-de-France pour former la généralité d'Outre Seine et Yonne. Elle en est séparée en 1542 pour former la généralité de Champagne mais la Brie, avec Provins, reste dans la généralité de Paris tandis que Langres, antiquement bourguignonne, lui revient.

Les intendants de Champagne siègent à Châlons de 1615 à 1789[15]. Leur circonscription subit au sein des Cinq Grosses Fermes la contrebande des faux saulniers qui y revendent avec une plusvalue, d'environ deux cent pour cent, le sel gemme de la Lorraine voisine, où la gabelle est abaissée par le régime fiscal de « salines ».

Grandes batailles[modifier | modifier le code]

La Champagne fut le théâtre de grandes batailles de l'histoire de France :

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Référence[modifier | modifier le code]

  1. Nouveau Petit Larousse, 1952.
  2. G. F. Georgins, Historia Francorum, V, 14.
  3. a et b P. Laplagne Barris, Sceaux gascons du moyen âge, p. 74, Société historique de Gascogne, Champion, Paris, 1888, (BNF).
  4. P. Laplagne Barris, Sceaux gascons du moyen âge, p. 75, Société historique de Gascogne, Champion, Paris, 1888, (BNF).
  5. a et b P. Laplagne Barris, Sceaux gascons du moyen âge, p. 73, Société historique de Gascogne, Champion, Paris, 1888, (BNF).
  6. F. Godefroy, Lexique de l'ancien français, p. 379, Champion, Paris, 1994.
  7. A. Longnon, Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie, 1172-1361, Introd., pl. II, Ministère de l'Instruction publique, Paris, 1901
  8. A. Longnon, Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie, 1172-1361, Introd., p. LXIV & sq., Ministère de l'Instruction publique, Paris, 1901
  9. D'après R. W. Shepherd (en), The Historical Atlas, p. 61, Henry Holt & Co., New York, 1911.
  10. J. A. C. Buchon, Les chroniques de Jean Froissart, t. I, p. 377, A. Desrez, Paris, 1835.
  11. J. A. C. Buchon, Les chroniques de Jean Froissart, t. I, p. 378, A. Desrez, Paris, 1835.
  12. E. Meunier, Histoire de Voisines, IV, 5, in Bulletins paroissiaux, Thorigny-sur-Oreuse, 2000.
  13. E. Meunier, Histoire de La Chapelle-sur-Oreuse, IV, 1, in Bulletins paroissiaux, Thorigny-sur-Oreuse, 1993.
  14. Bonne, in J. Lattre, Atlas Moderne, f. 5, Jean Lattre libr., Paris, 1776.
  15. Liste des intendants de Champagne par Jean-Paul Barbier dans "L'intendance aux sources de l'administration" éditions Guéniot 2010.