Marc (évangéliste)

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Saint Marc
Image illustrative de l'article Marc (évangéliste)
Église d'Orsanmichele de Florence: statue de saint Marc par Donatello (1411)
évangéliste
Naissance inconnue
Décès inconnue 
Fête 25 avril
Saint patron secrétaires, notaires, greffiers[1]

MarcJean surnommé Marcus, est l'un des premiers convertis au christianisme et à l'évangélisation de l'Empire romain par l'apôtre Pierre. Il est disciple évangéliste des apôtres Pierre et Paul et l'auteur de l'Évangile selon Marc du Nouveau Testament.

Si son Évangile est le second dans l'ordre traditionnel du Nouveau Testament et des trois évangiles dits « synoptiques » avec l'Évangile selon Matthieu et l'Évangile selon Luc, il est probablement celui dont la rédaction initiale est la plus ancienne. Marc est probablement l'inventeur du genre littéraire des évangiles tels que nous les connaissons. Après la première version de son texte, vers 65-75, ce genre littéraire connaîtra un succès considérable, donnant naissance en un siècle à plus de dix évangiles se présentant comme des biographies de Jésus.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Selon la tradition copte orthodoxe, Marc serait né dans la province romaine de Cyrénaïque probablement dans la ville de Cyrène[2], trois ans après la naissance de Jésus[2]. Son nom est Jean, Marc n'étant que son surnom[2]. Selon les Actes des Apôtres, sa mère se prénommait Marie (12 Actes 12, 12). Ses parents auraient immigré en Palestine peu de temps après sa naissance, en raison d'attaques berbères sur leur ville et sur leur propriété[2]. Ils se sont installés à Cana en Galilée[2] où Jésus effectuera le miracle de la transformation de l'eau en vin, selon l'Évangile attribué à Jean, réputé être le premier « miracle » de Jésus[2]. Marc aurait été un des intendants qui servaient au cours de cette fête[2]. Quelques années après leur installation à Cana, le père de Marc est mort et Simon-Kephas (saint Pierre) qui était marié à une parente du père de Marc a pris soin de lui, le considérant comme son fils[2]. On ignore ce qui lui a valu le surnom de Marcus (le marteau). Selon les Actes des Apôtres ainsi qu'une lettre de Paul de Tarse, il est le cousin de Barnabé (10 Col 4, 10).[pas clair]. Lorsque Simon-Képhas (saint Pierre) s'évade de la prison où l'avait jeté un « Hérode » (probablement un des deux rois Agrippa ou Hérode de Chalcis), il habite avec sa mère (membre éminent de l'Église de Jérusalem) à Jérusalem, leur riche[3] maison servant de lieu de réunion pour les premiers adeptes de la Voie (13 Actes 12, 13)[4].

C'est un des premiers convertis au christianisme et à l'évangélisation de l'Empire romain par l'apôtre Pierre. D'après Papias de Hiéropolis[5], il était l'interprète de Pierre. La première épître de Pierre atteste que Marc a accompagné saint Pierre, lorsque celui-ci est allé rendre visite à l'église de Babylone[2].

Selon « la plupart des critiques »[6], Marc l'évangéliste est le même que Jean surnommé Marc, encore appelé Jean-Marc, cousin de Barnabé dont parlent les Actes des Apôtres et les Épîtres de Paul. Sa parenté avec Barnabé, lévite, permettrait d'expliquer que dans la préface sur son Évangile dans les manuscrits de la Vulgate, Marc est présenté comme ayant été un prêtre juif[4]. Jean-Marc suit Barnabé et Paul (cf. Actes 13, 5) lors du premier voyage missionnaire de Paul. Au départ, la mission semble conduite par Barnabé : c'est lui qui est nommé en premier lors du départ (cf. Actes 13,4). Ils vont d'abord évangéliser l'île de Chypre. Barnabé est en effet d'origine chypriote. À Paphos, alors capitale de l'île, ils convertissent le proconsul romain Sergius Paulus. Saul prend désormais le nom de Paul et devient le chef de la mission à la place de Barnabé : les Actes ne parlent plus de Barnabé et Saul mais de Paul et ses compagnons (cf. Actes 13,13). Ils décident de quitter Chypre pour la ville de Pergé en Asie mineure. Ils s'embarquent à Paphos (cf. Actes 13, 13). À Pergé, Marc quitte le groupe et repart pour Jérusalem (cf. Actes 13,13). Cinq ans plus tard environ, au début des années 50, Marc retrouvera Paul et Barnabé à Antioche. A Barnabé qui voudrait reprendre son neveu dans la mission, Paul oppose un refus : cette fois Marc et Barnabé le quittent pour aller évangéliser Chypre, tandis que Paul repart pour l'Asie Mineure avec Silas vers 49-50(37 Actes 15, 37). Marc dès lors n'est plus mentionné dans les Actes des Apôtres et le Nouveau Testament jusqu'à ce qu'il réapparaisse une dizaine d'années plus tard[4].

Dans les traditions catholiques et orthodoxes, Marc l'évangéliste et Marc en famille avec Barnabé doivent être distingués[7].

Ce n'est qu'une dizaine d'années plus tard (vers l'an 62) que Marc retrouve probablement Paul alors prisonnier à Rome (13 1 P 5, 13), la ville de Babylone mentionnée dans le passage de cette Première épître de Pierre est considérée par certains spécialistes comme un cryptogramme pour désigner Rome, mesure de sécurité au cas où les espions impériaux de Néron intercepteraient la lettre, cette interprétation étant reprise par la tradition transmise par les Pères de l'Église comme Clément d'Alexandrie et Irénée de Lyon[8]. Marc est devenu le disciple, le secrétaire et le compagnon inséparable de l'apôtre Pierre avec qui il a évangélisé les juifs de Judée (5 Actes 13, 5), cependant son rôle précis est incertain car le terme grec hupereten traduit par secrétaire a des significations variées[4]. Il dirige alors des communautés juives de Rome. Paul le nommera dès lors « son collaborateur ». Il est l'interprète en latin de Pierre et il participe aux travaux apostoliques de celui-ci. Il évangélise et convertit les païens de Rome, leur explique la culture juive et aurait rédigé la première version de l'évangile qui lui est attribué vers 65-75.

Selon la tradition chrétienne, il quitte l'Italie pour retourner évangéliser dans la Pentapole de Libye, en Cyrénaïque, et en Égypte où il fonde l'Église d'Alexandrie (étrangement Clément d'Alexandrie et Origène ne le mentionnent pas[4]); il en devient le premier évêque[9]. Ses successeurs les plus célèbres sont saint Athanase l'apostolique ou saint Cyrille le Grand.

Toujours selon une tradition qui n'apparaît qu'au IVe siècle[4], il est capturé et martyrisé par les idolâtres irrités de ses nombreuses conversions et serait mort en martyr de la chrétienté un 25 avril[10] vers 68. Il est traîné le 24 avril sur ordre des autorités une corde au cou par les païens criant qu'il fallait « mener ce bœuf » dans les rues de Bucoles, port de pêche proche d'Alexandrie (le bœuf, symbole du sacrifice du martyr, est probablement un jeu de mot avec la localité de Bucoles, du latin bucolus, garde-bœuf ou lieu servant à faire paître les bœufs)[11], et jeté le soir même en prison puis subit le lendemain le même supplice, ses membres étant finalement broyés contre des rochers. Une autre tradition rapporte que son corps est brûlé après sa mort mais un orage aurait éteint les flammes[12]. Après avoir été embaumées, ses reliques auraient été conservées dans une chapelle du petit port de pêche de Bucoles proche d'Alexandrie où il a été exécuté. C'est dans ce lieu saint que les patriarches venaient se faire ordonner.

Saint Marc et Venise[modifier | modifier le code]

La receptio de saint Marc, XIIIe s., basilique Saint-Marc de Venise

En 826, la ville de Venise, qui a alors comme patron saint Théodore Tiron, se cherche un nouveau puissant protecteur céleste pouvant rivaliser avec Rome et son saint patron l'apôtre Pierre. Deux marchands vénitiens, Bon da Malamocco (it) et Rustico da Torcello, sont payés par Giustiniano Participazio, onzième doge de Venise, pour aller voler ses reliques dans la petite chapelle de Bucoles où elles se trouvent depuis sa mort[13]. Une mosaïque de la basilique Saint-Marc rappelle la tradition rocambolesque de la translatio de saint Marc issue d'un genre littéraire caractéristique de la littérature hagiographique, le récit de translation : les navigateurs vénitiens substituent dans le tombeau le corps de l'évangéliste avec celui de saint Claude[14] et cachent aux autorités portuaires musulmanes les reliques dans un panier au milieu de couches de feuilles de chou et de viande de porc (viande taboue pour les Musulmans), technique culinaire en vigueur dans les campagnes de Vénétie. Le 31 janvier 828, les deux marchands remettent les reliques au doge qui les installe dans une chapelle ducale attenante au palais des Doges, la future basilique Saint-Marc[15].

Il est à noter que saint Marc serait venu évangéliser la région vénitienne au Ier siècle par bateau et aurait fait naufrage dans la lagune qui allait donner naissance en 452 à la Sérénissime. Un ange lui serait alors apparu et lui aurait dit : « Paix sur toi Marc mon évangéliste, tu trouveras ici le repos ».
Giustiniano Participazio, onzième doge de Venise, fait construire alors la basilique Saint-Marc, afin d'abriter ces reliques. Saint Marc devient ainsi le saint patron de la ville avec le lion comme symbole (tétramorphe), au même titre que l'ange pour saint Matthieu, l'aigle pour saint Jean et le taureau pour saint Luc. Lors de la reconstruction de la basilique commencée en 1063, les reliques sont perdues mais selon la tradition sont miraculeusement retrouvées en 1094 après trois jours de jeûne, un des piliers du bras droit du transept s'effritant et révélant la présence d'un bras du saint lui-même qui indique la présence des reliques. Les reliques sont alors placées dans un sarcophage dans la crypte de la nouvelle basilique puis sous le maître-autel de la basilique au XIXe siècle[16].

Le vol de ces reliques par les Vénitiens empoisonne durant des siècles les relations entre l'Église latine et l'Église copte orthodoxe. En juin 1968, le pape Paul VI décide finalement de restituer la ou les reliques aux coptes (selon les autorités religieuses vénitiennes, il s'agit d'une « relique de contact[17] » donnée au Vatican par le patriarche de Venise Giovanni Urbani et non de toutes les reliques de la basilique Saint-Marc qui sont restées en place[18]), cette dernière reposant aujourd'hui sous l'autel de la cathédrale Saint-Marc au Caire[19].

La Saint-Marc est fêtée tous les ans le 25 avril, l'Église orthodoxe de Grèce le célébrant également le 27 septembre[4].

L'Évangile canonique de St Marc[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Évangile selon Marc.

Le prétendu Évangile secret de Marc[modifier | modifier le code]

Une lettre de Clément d'Alexandrie qui aurait été découverte en 1958 par Morton Smith et qu'il a publiée en 1973[20] fait état de l'existence d'une version longue de l'Évangile de Marc, intitulée Évangile secret. Clément en citerait deux passages, qui figurent dans l'Évangile canonique, au chapitre 10. Clément ajouterait que Marc aurait publié deux versions de son Évangile, l'une pour les catéchumènes, l'autre, rédigée à Alexandrie, pour des chrétiens plus avancés, pour « ceux qui ont été initiés aux grands mystères », et qui contiendrait des paroles ou des actes de Jésus, mais secrets, mystérieux. Seulement, personne d'autre que Morton Smith n'a pu examiner sérieusement le manuscrit qu'il dit avoir découvert et qui a depuis disparu. On n'en a qu'une photographie qui n'écarte pas la possibilité que le texte ait été écrit par Morton Smith lui-même, qui avait pour cela les compétences requises.

Selon Morton Smith, la scène d'initiation décrite dans l'Évangile secret de Marc serait une pratique du Jésus historique. Selon W. Wink (1974), l'Évangile secret développerait l'Évangile canonique en imitant le style de saint Marc. Selon d'autres auteurs (H. Koestler 1983, J. D. Crossan 1985, M. W. Meyer 1990), l'Évangile secret serait antérieur à l'Évangile canonique, qui serait l'Évangile secret expurgé des éléments initiatiques, magiques[21]. Enfin d'autres pensent, et c'est le plus vraisemblable, qu'on serait en présence d'une habile supercherie[22].

Dans un cycle de conférences entre 1910 et 1911, le spiritualiste Rudolf Steiner expose les aspects ésotériques de l'Évangile de Marc [23]. Il n'était alors pas question d'une version secrète, mais d'une compréhension nouvelle de la version canonique. Selon Steiner, l'investigation spirituelle permet de découvrir les différents niveaux de lecture des Évangiles, dont les aspects ésotériques et initiatiques.

Le lion de saint Marc[modifier | modifier le code]

Marc et son attribut, le lion, Chroniques de Nuremberg, 1493

Saint Marc est symbolisé par un lion d'après l'un des premiers versets de son évangile qui évoque le désert d'où retentit les rugissements du lion, l’un des quatre animaux symboliques de la vision d’Ézéchiel (Ez 1, 1-14) :

« Une voix crie dans le désert... »

— Mc 1,3

Les quatre évangélistes sont représentés sous formes allégoriques du tétramorphe : l'ange pour saint Matthieu, l'aigle pour saint Jean, le taureau pour saint Luc et le lion pour saint Marc. Cette représentation est inspirée par une vision du prophète de l'Ancien Testament Ezéchiel et par la description des quatre Vivants de l'Apocalypse selon saint Jean.

Le lion symbolisant saint Marc est généralement ailé et parfois surmonté d'une auréole, ce qui le distingue du lion de saint Jérôme, les ailes symbolisant l'élévation spirituelle et le halo symbolisant la sainteté[24].

Il faut signaler que le lion de saint Marc est l'emblème de la République de Venise.

Quelques représentations dans les arts[modifier | modifier le code]

Par les peintres[modifier | modifier le code]

Le Tintoret, La découverte du corps de Saint Marc, v. 1562

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. En référence à la tradition apostolique qui identifie saint Marc au secrétaire de saint Pierre
  2. a, b, c, d, e, f, g, h et i « St. Mark The Apostle, Evangelist » sur copticchurch.net
  3. Il est mentionné une femme esclave (paidiske) faisant office de portière.
  4. a, b, c, d, e, f et g (en) St. Mark, Catholic Encyclopedia
  5. Papias de Hiéropolis, Histoire ecclésiastique (3, 39)
  6. A.-M. Gerard, Dictionnaire de la Bible, Robert Laffont, 1989, p. 861-862.
  7. [1]
  8. (en) Donald Guthrie, Introduction to the New Testament, Apollos,‎ 1990, p. 794
  9. Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 16, 1
  10. « St. Mark Evangelist Life », sur basilicasanmarco (consulté le 23 décembre 2012)
  11. (en) Alban Butler, The Lives of the Fathers, Martyrs, and Other Principal Saints, Coyne,‎ 1833, p. 507
  12. Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Maison Alfred Mame et Fils,‎ 1890, 384 p.
  13. Dr Charles Flandin, Études et souvenirs de voyages en Italie et en Suisse, Productions de la Presse,‎ 1840, p. 334
  14. Reflexions sur les règles et sur l'usage de la critiqueHonoré de Sainte Marie, André Molin,‎ 1720, p. 390
  15. (en) Section dedicated to the theft of St. Mark's body from Alexandria
  16. Guide Vert, Venise, Michelin Editions des Voyages,‎ 2007, p. 143
  17. Étoffe qui a été mise en contact avec la tombe du saint.
  18. discours de Paul VI du 22/6/1968
  19. « L'origine de l'Église Copte », sur Orient chrétien (consulté le 7 décembre 2011)
  20. Morton Smith, Clement of Alexandria and a Secret Gospel of Mark, Cambridge (Mass.), 1973 : édition du texte ; The Secret Gospel. The Discovery and Interpretation of the Secret Gospel according to Mark, N.Y., 1973 : étude du texte..
  21. Jean-Daniel Kaestli, Évangile secret de Marc, in Écrits apocryphes chrétiens, t. I, 1997, Gallimard, coll. "Pléiade", p. 57-59. Texte traduit du grec : p. 63-69.
  22. L'introduction de l'édition de la Pléiade fait état du doute grandissant qui existe sur l'authenticité de la découverte de Morton Smith, mort sans avoir jamais montré à qui que ce soit le manuscrit qu'il dit avoir découvert.
  23. Rudolf Steiner, Ésotérisme de l'Évangile de Marc, Éditions Anthroposophiques Romandes (GA 124)
  24. Gaston Duchet-Suchaux, Michel Pastoureau, La Bible et les saints, Guide iconographique, Flammarion, Paris, 1990.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]