Abbaye de Fontevraud

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Abbaye de Fontevraud
Vue aérienne de l'abbaye de Fontevraud.
Vue aérienne de l'abbaye de Fontevraud.

Ordre Propre, d'inspiration bénédictine
Fondation 1101
Fermeture 1792
Diocèse Angers
Fondateur Robert d'Arbrissel
Personnes liées Henri II Plantagenêt
Richard Cœur de Lion
Aliénor d'Aquitaine
Isabelle d'Angoulême
Style(s) dominant(s) Roman, Gothique, Classique
Protection Logo monument historique Classée MH (1840)
Site web abbayedefontevraud.com
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Région Pays de la Loire
Département Maine-et-Loire
Commune Fontevraud-l'Abbaye
Coordonnées 47° 10′ 53″ N 0° 03′ 05″ E / 47.181369, 0.05128347° 10′ 53″ Nord 0° 03′ 05″ Est / 47.181369, 0.051283  

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Abbaye de Fontevraud

L'abbaye de Fontevraud est une ancienne abbaye d'inspiration bénédictine, siège de l'ordre de Fontevraud, fondée en 1101 par Robert d'Arbrissel et située à Fontevraud, près de Saumur en Anjou (actuel Maine-et-Loire). Site de 13 ha établi à la frontière angevine du Poitou et de la Touraine, elle est l'une des plus grandes cités monastiques d'Europe[1].

Initialement monastère mixte, accueillant femmes et hommes au sein des mêmes bâtiments, puis agrandi en monastère double dans l'esprit de la réforme grégorienne, l'abbaye de Fontevraud va s'attirer la protection des comtes d'Anjou puis de la dynastie des Plantagenêts qui en feront leur nécropole. Après un déclin à partir du XIIIe siècle, l'abbaye est dirigée pendant presque deux siècles par des abbesses issues de la famille royale des Bourbons. La Révolution française porte un coup d'arrêt définitif à l'établissement religieux qui se transforme en établissement pénitentiaire jusqu'en 1963. Les différentes rénovations des édifices débutent dès le XIXe siècle après le classement de l'abbaye au titre des monuments historiques en 1840[2] et se poursuivent jusqu'à nos jours. En 2000, l'abbaye de Fontevraud est classée au patrimoine mondial de l'Unesco avec l'ensemble du site culturel du Val de Loire.

L'ensemble monastique se compose aujourd'hui des deux monastères encore subsistants sur les quatre d'origine. Le plus important est le monastère du Grand-Moûtier, ouvert au public, qui héberge l'église abbatiale, la cuisine romane et la chapelle Saint-Benoît du XIIe siècle, ainsi que le cloître, les bâtiments conventuels, dont la salle capitulaire, et les infirmeries du XVIe siècle. Certains des bâtiments hébergent aujourd'hui des salles de séminaire. Le prieuré Saint-Lazare, dont l'église date du XIIe siècle, a été transformé en résidence hôtelière.

Géographie[modifier | modifier le code]

Localisation[modifier | modifier le code]

L'abbaye est située dans l'ancienne province d'Anjou, sur la commune de Fontevraud-L'Abbaye, dans le Maine-et-Loire. Elle se situe à environ 15 km au sud-est de Saumur, 55 km au sud-est d'Angers, et 53 km au sud-ouest de Tours. Elle se trouve également à environ 3 km au sud de la Loire[3].

Le site s'étend dans une vallée, à la confluence de trois rus dont le principal s'appelle l'Arceau qui se jette en aval directement dans la Loire. L'abbaye se situe au sud de l'autoroute A85. Les sorties les plus proches sont la sortie 3 Vivy en Maine-et-Loire et sortie 5 Bourgueil en Indre-et-Loire. L'accès par la sortie sortie 3 Vivy se fait via Saumur par la D347 au sud, puis la D947 vers l'est qui longe la Loire jusqu'à Montsoreau et continue au sud vers Fontevraud-L'Abbaye. L'accès par la sortie sortie 5 Bourgueil se fait via la D749 qui passe la Loire au sud grâce au pont de Chouzé-sur-Loire, puis par la D7 qui longe le fleuve, traverse la Vienne en confluence de la Loire et rejoint Fontevraud-L'Abbaye au sud-ouest[4].

Organisation spatiale[modifier | modifier le code]

L'enceinte de Fontevraud a compté jusqu'à quatre monastères. Seuls deux subsistent actuellement: le Grand-Moûtier et le prieuré Saint-Lazare. Le couvent de La Madeleine a été sérieusement endommagé et remanié à l'époque moderne, et Saint-Jean-de-l'Habit a été totalement détruit.

Plan de l'abbaye de Fontevraud dans son état actuel.

Histoire[modifier | modifier le code]

La fondation[modifier | modifier le code]

Gravure du XVIIIe siècle, évoquant le gisant disparu de Robert d'Arbrissel à l'abbaye de Fontevraud.

L'abbaye de Fontevraud est fondée en 1101 par le moine et ermite Robert d'Arbrissel. En 1096, celui-ci reçoit du pape Urbain II en visite à Angers, une mission de prédication[5]apostolique. Devenu prédicateur itinérant, Robert d'Arbrissel se voit bientôt suivi par une foule nombreuse, d'hommes et de femmes de différentes classes sociales. Il s'installe entre 1099 et 1101 dans un vallon nommé Fons Ebraldi et y fonde avec ses disciples une maison mixte, rompant avec les règles du monachisme ordinaire[Note 1]. En période de réforme grégorienne, l'attitude de Robert lui attire les foudres de la hiérarchie religieuse : la cohabitation d'hommes et de femmes dans un même lieu passe mal, et Robert scandalise quand il dort au milieu des femmes[6]. Cette proximité entre les sexes voulue par Robert s'explique par la pratique par l'ermite du syneisaktisme[7], pratique ascétique qui consiste en la cohabitation chaste de personnes de sexe différent afin de surmonter les tentations charnelles.

En 1101, la maison se transforme en un ordre double. Il sépare ainsi les hommes (le monastère Saint-Jean-de-l'Habit) des femmes (le monastère du Grand-Moûtier). Deux autres structures sont également créées: le monastère de la Madeleine pour les pécheresses repenties et le couvent Saint-Lazare pour les lépreux [8]. L'ordre de Fontevraud est reconnu dès 1106 par l'évêque de Poitiers et par le pape Pascal II[9]. Les premiers bâtiments sont bâtis dans le premier quart du XIIe siècle, peu après la fondation[10]. Les grandes familles de l'aristocratie locale, les comtes d'Anjou notamment, ne tardent pas à soutenir la fondation. Ermengarde d'Anjou est un des premiers membres de la famille comtale angevine à prendre l'abbaye en considération. Fille de Foulque le Réchin, elle fait ratifier par son frère, Foulque V, ses dons à l'abbaye de Fontevraud. Elle s'y retire vers 1112 et ne quitte l'abbaye qu'en 1118[11]. L'année suivante, on consacre le chœur et le transept de l'église abbatiale, bientôt suivi de la nef à coupoles[12].

Robert d'Arbrissel fixe alors les premiers statuts de l'abbaye à destination des moniales. Quand il décide de reprendre son itinérance, il confie la direction de l'abbaye à une femme, Hersende de Champagné. Une première abbesse, Pétronille de Chemillé, est ensuite élue en octobre 1115, avant la mort de Robert, le 25 février de l'année suivante[13],[14]. Son corps est enterré dans le chœur de l'abbatiale de Fontevraud, alors en construction[15]. De nombreux religieux refusent cependant de se soumettre à l'administration d'une femme, et certains décident de déserter le monastère. Pétronille de Chemillé puis Mathilde d'Anjou, qui lui succède en 1149, décident de faire intervenir le pape pour faire cesser les départs. Le problème disparaît après l'intervention du pape Anastase IV en 1154. Il réapparaît cependant plus tard au XVIIe siècle[16].

Pendant tout le XIIe siècle, l'ordre de Fontevraud n'en finit pas de s'étendre : à la mort de Robert d'Arbrissel, il compte déjà 35 prieurés, regroupant deux mille religieux et religieuses. Suger, abbé de Saint-Denis, comptabilise entre quatre et cinq mille moniales vers 1150. À la fin du siècle, on compte une centaine de prieurés dans toute la France, puis par la suite, en Espagne et en Angleterre[8].

La nécropole des Plantagenêts[modifier | modifier le code]

Gisants exposés dans l'abbatiale. Au premier plan, Isabelle d'Angoulême et Richard Cœur de Lion, au second plan, Aliénor d'Aquitaine et Henri II.

La transformation de l'abbaye en nécropole dynastique des Plantagenêts participe grandement à son développement. Henri II, marié à Aliénor en 1152, y fait sa première visite le 21 mai 1154. Le couple confie à l'abbaye ses deux plus jeunes enfants : Jeanne, née en 1165, et Jean, futur roi d'Angleterre[17]. Ce dernier quitte l'abbaye après cinq ans, tandis que Jeanne ne la quitte qu'en 1176, pour son mariage. En 1180, Henri II finance la construction de l'église paroissiale de Fontevraud, l'église Saint-Michel, construite près de l'abbaye[12]. En 1189, épuisé moralement et physiquement par la guerre que lui mènent ses fils et le roi de France, Henri II meurt à Chinon. Aucune disposition n'avait été prise pour préparer les funérailles. Bien que l'ancien roi ait pu parler d'être enterré à Grandmont, dans le Limousin, il est difficile de transporter le corps en plein été et personne ne souhaite prendre le temps du voyage. Fontevraud est alors choisie par commodité, afin de parer au plus pressé[18].

Richard Cœur de Lion meurt le 6 avril 1199, à Châlus-Chabrol. Sur le choix de sa mère Aliénor, la dépouille est conduite à Fontevraud et enterrée le 11 avril aux côtés de son père. Jean Favier émet l'idée qu'avec ce choix, Aliénor souhaite créer une nécropole dynastique, sur les terres ancestrales de la famille Plantagenêt, mais également à la frontière avec le Poitou, et l'Aquitaine, sa terre natale[19]. Jeanne, affectée par la mort de son frère, se rend à Rouen auprès de son frère cadet, Jean. Enceinte et affaiblie, elle finit par se retirer à Fontevraud et y meurt le 11 juillet 1199 en donnant naissance à un enfant, Richard, qui vivra juste assez pour être baptisé[20].

En 1200, de retour de Castille, Aliénor décide, à plus de 80 ans, de se retirer quasi définitivement à Fontevraud. Elle meurt quatre ans plus tard, le 1er avril 1204 à Poitiers, et est enterrée aux côtés de son mari, de son fils Richard et de sa fille Jeanne[21]. Après la mort d'Aliénor, ses fils et petit-fils continuent de considérer l'abbaye comme une nécropole familiale. En 1250, Raymond, comte de Toulouse et fils de Jeanne, est enterré à sa demande auprès de sa mère. En 1254, Henri III, fils de Jean, organise le transfert de la dépouille de sa mère Isabelle d'Angoulême, alors enterrée en Angoumois à l'abbaye Notre-Dame de La Couronne, jusqu'à Fontevraud. Son cœur y est déposé à sa mort[22].

Le déclin[modifier | modifier le code]

La fin de l'empire Plantagenêt met l'abbaye dans une situation délicate. Ses possessions s'étendent sur tout le domaine de l'ancien territoire plantagenêt, y compris en Angleterre. Les possessions angevines et tourangelles sont passées du côté du roi de France, mais celles de Poitou et de Guyenne sont encore sous influence anglaise plus ou moins forte qui participe à une sorte d'anarchie féodale en Aquitaine[23]. Cette situation s'ajoute à la pauvreté croissante de l'ordre de Fontevraud. À la fin du XIIe siècle, l'abbesse Mathilde de Flandre fait mention de « l'excessive pauvreté dont nous souffrons »[24]. Pour pallier ces difficultés financières, en 1247, les moniales sont autorisées à bénéficier des biens de leurs parents en succession. La création de nouveaux prieurés fontevristes est arrêtée[25]. En 1248, le pape Innocent IV impose l'abbaye de dix livres tournois pour l'entretien de l'évêque de Tibériade, contribution refusée par l'abbesse qui prétexte le coût que représentent les 700 religieux et personnels de l'abbaye à nourrir. En cette fin de XIIIe siècle, l'abbesse est obligée d'échanger le domaine des Ponts-de-Cé près d'Angers au comte d'Anjou contre une rente de 300 setiers de blé et 70 livres en argent. En 1297, l'évêque fixe le nombre maximum de moniales du Grand-Moûtier à 300, contre 360 auparavant[26].

Aux difficultés financières s'ajoute le début de la guerre de Cent Ans. En 1369, l'abbaye perd environ 60 % de ses rentes foncières, aggravant une situation financière déjà difficile. L'abbaye n'est pas pillée pendant la guerre, mais les environs sont ravagés à plusieurs reprises en 1357, 1369 et 1380[26]. En 1460, Guillaume de Bailleul, prieur de Saint-Jean de l'Habit, rapporte l'affaiblissement de l'ordre fontevriste. Il visite cinquante prieurés, dont trois sont abandonnés par les fontevristes. La plupart ne comptent plus que quelques religieux[27].

Le renouveau[modifier | modifier le code]

Veüe de l'Abbaye et du bourg de Fontevraut, en Anjou, et du diocesse de Poictiers, dessiné du costé de l'acudeman (sic) ou à son midy par Louis Boudan, en 1699. Aquarelle, Bibliothèque nationale de France

À son arrivée à la tête de l'abbaye en 1457, l'abbesse Marie de Bretagne, fille de Richard d'Étampes s'empresse de réformer l'ordre: elle supprime les prieurés trop pauvres et rédige une nouvelle règle. Aussitôt sacré, le roi Louis XI n'hésite pas à soutenir l'abbaye[28]. Il en confirme de nouveau les privilèges le 15 octobre 1479[29]. Malgré l'appui du pape, la successeure de Marie de Bretagne, Anne d'Orléans, peine à imposer la réforme aux moniales. En 1491, seul six prieurés de l'ordre sont réformés[30].

Renée de Bourbon est élue abbesse en 1491, à la mort d'Anne d'Orléans. Elle est la première des cinq abbesses issues de la famille royale de Bourbon à être élue à Fontevraud. Aussitôt élue, elle fait appliquer la réforme et entreprend une rénovation architecturale. Sous son abbatiat, sont construites la clôture de l'abbaye longue d'un kilomètre trois cents et une galerie accolée au transept nord de l'abbatiale[31]. Elle réaménage la partie sud du cloître en y construisant à l'étage quarante-sept cellules pour les moniales, et fait reconstruire le réfectoire[32]. Louise de Bourbon lui succède et poursuit la rénovation du Grand-Moûtier en reconstruisant les trois autres galeries du cloître et en aménageant l'aile est. Elle fait reconstruire dans cette dernière la salle de la communauté et la salle capitulaire où le peintre angevin Thomas Pot réalise les peintures de la Passion du Christ. En 1558, une inondation détruit la plupart des bâtiments de l'infirmerie Saint-Benoît, tout en épargnant la chapelle[33]. Louise de Bourbon meurt en 1575, après avoir été abbesse pendant 41 ans[34]. C'est Éléonore de Bourbon qui lui succède, poursuivant elle aussi les travaux. Elle termine le grand dortoir et décide de reconstruire l'infirmerie de Saint-Benoît, dévastée par les inondations de 1558 : les travaux, considérables, coûtent 37 410 livres[35].

Louise de Bourbon de Lavedan devient abbesse en 1611. Elle crée en 1618 un séminaire pour les religieux de Saint-Jean de l'Habit à La Flèche et acquiert en 1632 le fonds du sénéchal de Saumur pour constituer une bibliothèque au monastère. De même, elle fait creuser des fossés et ériger une muraille autour de Saint-Jean de l'Habit afin que les religieux puissent vivre en clôture stricte, en minimisant les contacts avec le monde extérieur. Cependant, avant même la mort de Louise en 1637, le conflit entre l'abbesse et les religieux resurgit : tout comme à la fondation de l'ordre, les religieux n'acceptent que difficilement qu'une femme ait autorité sur eux[36]. Les désertions se multiplient, des religieux de Saint-Jean de l'Habit quittent le monastère pour rejoindre d'autres ordres. Des bulles papales tentent d'endiguer le mouvement, mais il faut attendre 1641 pour y mettre un terme : l'abbesse Jeanne-Baptiste de Bourbon obtient du Conseil d'État un arrêt qui confirme l'importance et le rôle de l'abbesse dans l'ordre. Les moines révoltés se soumettent. En 1642, la règle de l'ordre de Fontevraud est imprimée[37].

En 1670, l'abbaye compte 230 religieuses, 60 religieux ainsi que plusieurs laïcs chargé de l'administration et des serviteurs au nombre de 47[14],[38]. La mort de Jeanne-Baptiste va profondément marquer le destin de l'abbaye : l'ancienne abbesse n'ayant pas choisi de coadjutrice comme le voulait la coutume, la nouvelle abbesse est alors nommée par le roi lui-même. Le 16 août 1670, Louis XIV nomme à la tête de l'abbaye et de l'ordre Marie-Madeleine Gabrielle de Rochechouart, sœur de madame de Montespan qui a connu la vie à la cour du Roi. À la tête de l'ordre, Gabrielle de Rochechouart tente de supprimer les abus et les dérogations à la règle qu'elle enjoint de suivre strictement. Elle achève également la construction du noviciat, aménage des jardins, fait construire une galerie liant l'abbaye au parc Bourbon et poursuit la construction du palais abbatial. Plus intellectuelle que théologienne, la nouvelle abbesse met en place une certaine vie mondaine en recevant sa famille ou en faisant jouer à l'abbaye Esther, la pièce de Jean Racine, dérogeant à la règle de l'ordre. Madame de Montespan elle-même séjourne un an à l'abbaye en 1689, attirant une partie de sa cour[39],[40].

Louise-Françoise de Rochechouart prend la tête de l'abbaye à la mort de Gabrielle en 1704. En juin 1738, les quatre filles cadettes de Louis XV arrivent à Fontevraud où le roi les confie à l'éducation des religieuses. Un nouveau logis est construit, à l'ouest, le logis Bourbon, achevé en 1741, agrandi de nouveaux aménagements en 1747. Les filles de Louis XV y resteront jusqu'en 1750[41],[42]. Les dernières abbesses, Marie-Louise de Timbrone et Julie-Gillette de Pardaillan prolongent le palais abbatial, construisent les bâtiments de la Fannerie et des étables, et érigent le portail d'entrée actuel, à la veille de la Révolution[43].

Révolution et suppression de l'Ordre[modifier | modifier le code]

La Révolution française va porter le coup fatal à l'abbaye et à l'ordre de Fontevraud. Suite aux évènements révolutionnaires, la situation financière de l'abbaye s'aggrave rapidement : la dîme, qui lui rapportait 600 livres par an, n'est plus perçue. Dans la nuit du 3 au 4 août, l'Assemblée nationale décrète la fin des privilèges et déclare l'imposition des privilégiés pour les six derniers mois de l'année 1789.

Le coup de grâce arrive le 2 novembre 1789 : les biens du clergé sont déclarés biens nationaux. L'abbaye compte encore 70 religieuses, 40 converses et une vingtaine de religieux et l'ordre de Fontevraud dirige encore 52 prieurés. Mais l'abbesse refuse d'évacuer les lieux. L'unité de la communauté de Fontevraud est maintenue pendant plusieurs mois[44].

Le 30 avril 1790, le maire de Fontevraud, Alexandre Guerrier, ancien moine de Saint-Jean de l'Habit, arrive à la porte de son ancien couvent avec la municipalité. Le couvent ne compte plus que 21 religieux et 18 frères convers. On dresse l'inventaire des biens et un certain nombre de religieux en profitent pour quitter l'ordre et recevoir en échange une pension de l'État. Le 19 juillet, l'administration du district de Saumur procède à l'inventaire du mobilier du reste de l'abbaye : celui-ci prend huit jours et se termine le 26. À l'exception d'une sœur converse, les religieuses déclarent toutes leur intention de rester sur place. Le 5 août, l'administration engage les derniers frères de Saint-Jean de l'Habit à quitter l'abbaye et leurs verse un acompte sur leur pension. Le 2 juin 1791, le couvent est totalement vide et le 16 août, on vend le mobilier restant, signant la fin de Saint-Jean de l'Habit[45].

Le 17 août 1792, la Convention décrète que les bâtiments encore occupés par des religieux doivent être évacués avant octobre. Les religieuses quittent peu à peu l'abbaye pendant l'automne. Julie-Gillette de Pardaillan d'Antin, la dernière abbesse, quitte l'abbaye la dernière, le 25 septembre 1792. Le domaine est alors divisé en lots, et le mobilier est difficilement vendu le 15 octobre[14]. Le 30 janvier 1793, une troupe pénètre dans l'abbaye malgré l'interposition du gardien, et commence à piller et saccager les bâtiments. Les sarcophages et cercueils du caveau des abbesses sont brisés et les ossements laissés à l'abandon ou jetés. Pour éviter de nouveaux pillages, la municipalité s'empresse de vendre les biens restants. Les 106 anciens religieux et religieuses résidant encore à Fontevraud assistent à l'ultime dispersion du mobilier et aux martelages des blasons et enseignes de l'Ancien régime. En pleine Terreur, l’atmosphère est lourde et les anciens occupants de l'abbaye deviennent suspects aux yeux de l'administration[46].

En l'An III, la municipalité prend des mesures pour éviter les dégradations et vandalisme quotidiens des bâtiments. L'église de Saint-Jean de l'Habit menace ruine, mais la municipalité ne possède pas les moyens financiers de procéder aux réparations. On met fin à l'affermage des terrains de l'abbaye qui favorisent les pillages quotidiens[47].

La prison[modifier | modifier le code]

Plan de la Maison centrale de Fontevraud en 1895.

Le 18 octobre 1804, Napoléon Ier signe un décret qui transforme l'abbaye en établissement de détention, ainsi que celles de Clairvaux et du mont Saint-Michel. Les travaux de conversion, confiés à l'ingénieur des Ponts et Chaussée Alfred Normand, s'échelonnent de 1806 à 1814. Des réaménagements successifs seront apportés jusqu'à la fermeture de la prison, le 1er juillet 1963, sans toucher à l'essentiel des structures. Prenant appui sur l'ancienne clôture, Normand fait construire un véritable chemin de ronde autour du Grand-Moûtier. Des nouveaux bâtiments sont construits près de l'abbatiale et dans les cours[48]. La nef de l'abbatiale est séparée par deux niveaux de planchers pour y loger les détenus, le chœur fait office de chapelle. Si certains bâtiments sont détruits ou fortement endommagés, les travaux et la transformation en prison ont néanmoins sauvé le gros œuvre de la ruine[49]. Les premiers prisonniers arrivent dès 1812. La prison est officiellement ouverte le 3 août 1814, employant alors une vingtaine de personnes[50]. En 1817, Fontevraud devient une maison de force et de correction pour dix-neuf départements. De nouveaux aménagements sont nécessaires. En 1821, l'architecte Durand est nommé à l'ancienne abbaye. Afin de gagner un maximum de place, il supprime un grand nombre de cloisons et cherche à multiplier les étages, notamment dans la nef de l'abbatiale. Les coupoles de celle-ci sont alors rasées pour aménager les combles en 1825. L'aile nord du cloître se voit adjoindre un étage supplémentaire et le réfectoire se voit ajouter un plancher[51].

Des ateliers et des manufactures sont mis en place utilisant la main d’œuvre des détenus, les populations locales trouvant ainsi un substitut à la communauté religieuse qui leur avait procuré jusque-là une certaine aisance économique[52]. Ils fabriquaient notamment des boutons en nacre, des gants, des filets, des couvertures pour l'armée et assuraient également la transformation du chanvre et du lin. Les femmes détenues quittent Fontevraud en 1850, année où elles sont transférées à Rennes[53].

Fontevraud fut considérée comme la centrale pénitentiaire la plus dure de France[49], avec celle de Clairvaux. La plupart des détenus sont évacués à la fermeture de la prison, sauf une quarantaine, employés à l'entretien des espaces verts et à la démolition des installations pénitentiaires. Ils quittent définitivement la prison résiduelle, le quartier de La Madeleine, en 1985, date à laquelle les lieux sont rendus à la « vie civile ».[réf. nécessaire]

Évolution du nombre de détenus dans la prison centrale de Fontevraud
1814 1838 1842 1845 1851 1853 1854
469[48] 1 709[54] 1 617[55] 1 754[54] 1 674[56] 1 826[54] 1 673[55]
1881 1886 1887 1896 1901 1911 1921
960 T[56] 1 289 T[56] 894[54] 1 395 T[56] 951 T[56] 922 T[56] 1 021 T[56]
1926 1931 1936 1946 1950 1954 1962
562 T[56] 430 T[56] 545 T[56] 949 T[56] 600[54] 650 T[56] 818 T[56]

T Population comptée à part lors des recensements de la commune de Fontevraud-L'Abbaye. Ces chiffres incluent tous les détenus, mais également les militaires et internes sur l'ensemble du territoire communal (environ 1/20 du chiffre total).

Restauration et ouverture au public[modifier | modifier le code]

Vue du chevet de l'abbatiale à gauche et des bâtiments de la cour Saint-Benoît à droite.

Dès 1840, grâce à l'action de Prosper Mérimée, inspecteur général des monuments historiques, l'ancienne abbaye de Fontevraud figure sur la première liste nationale de classement des monuments historiques. Progressivement, plusieurs bâtiments sont libérés de leur affectation : le cloître en 1860, le réfectoire en 1882, la tour d'Évrau et l'église abbatiale, longue de 90 mètres, au début du XXe siècle et sont progressivement restaurés. De la fermeture en 1963 à la fin du XXe siècle, les chantiers de restauration presque ininterrompus lui ont donné l'aspect que le visiteur découvre désormais.[réf. nécessaire]

Aucune communauté religieuse n'étant susceptible de faire revivre l'abbaye, le Centre culturel de l'Ouest est fondé en 1975. Son but est « la défense, le développement, l'animation et la promotion de l'abbaye de Fontevraud ». Cette association organise des classes du patrimoine, des manifestations artistiques, des stages d'initiation aux métiers d'art, au chant, et accueille des congrès, principalement axés sur l'Angleterre, l'architecture et le chant choral.[réf. nécessaire]

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

L'abbaye royale de Fontevraud, centre culturel de l'Ouest est membre du réseau européen des centres culturels de rencontre (40 membres au début du XXIe siècle en Europe).

Vie régulière[modifier | modifier le code]

Organisation hiérarchique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Liste des abbesses de Fontevraud.

L'abbaye est dirigée par une abbesse élue à vie. Celle-ci désigne la grande prieure pour la seconder, ainsi que le prieur des prêtres. Pour gérer l'abbaye, plusieurs moniales, appelées officières claustrales, sont attachées à des rôles administratifs : la cellérière qui guide les étrangers dans l'abbaye, la dépositaire qui tient les comptes des biens de l'abbaye ou la sacristaine, responsable des objets liturgiques[57].

L'abbesse est le personnage le plus important de l'abbaye et de l'ordre de Fontevraud. Elle possède sur l'ordre une puissance et une autorité pleine et entière. En plus de son rôle religieux, elle se doit de superviser l'administration des biens de l'ordre, d'en résoudre les problèmes internes et d'en défendre les privilèges. Elle réside à l'abbaye de Fontevraud[58].

Dans la hiérarchie religieuse, l'abbaye relève directement de Rome, et non de l'évêque de Poitiers, bien que située sur le territoire de son diocèse[59].

Vie quotidienne[modifier | modifier le code]

La vie quotidienne à l'intérieur de l'abbaye est codifiée par la Règle de l'ordre de Fontevraud, cette dernière reprenant en grande partie la règle de saint Benoît.

Religieuses célèbres[modifier | modifier le code]

Architecture[modifier | modifier le code]

Le Grand-Moûtier[modifier | modifier le code]

L'église abbatiale[modifier | modifier le code]

Plan de l'église abbatiale tiré du Dictionnaire raisonné de l'architecture française d'Eugène Viollet-le-Duc.

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La construction de l'église débute peu après la fondation de l'ordre en 1101. Une première église est ébauchée et la construction de l'abside débute. Mais le projet avorte vite : sous l'affluence des fidèles, on transforme les plans et on débute la construction de l'église actuelle[61],[62]. Les parties inférieures du chœur et du transept sont déjà fortement avancées vers 1115 puis consacrées en 31 août 1119 par le pape Calixte II. Les parties hautes suivent rapidement. Il était prévu à l'origine de couvrir la nef d'une charpente, mais après 1119, l'idée est abandonnée au profit d'une voûte à file de coupoles[12],[63].

L'église abbatiale de Fontevraud se trouve au nord du monastère du Grand-Moûtier. Elle est constituée d'une nef couverte par quatre coupoles, d'un transept saillant avec deux chapelles orientées et d'un chœur avec déambulatoire et trois absidioles. L'édifice a une longueur totale de 90 mètres[63]. Elle est construite en tuffeau, une pierre calcaire tendre, très présente dans le Saumurois, ce qui a permis l'extraction à proximité de l'abbaye, dans des carrières souterraines[62].

L'abside du chœur à déambulatoire de l'église tranche avec le reste de l'édifice par son parti-pris architectural : il s'élance en hauteur grâce à une dizaine de colonnes surmontées d'arcs légèrement brisés. Suivent une frise d'arcatures aveugles, puis des fenêtres hautes, tour à tour ajourées et aveugles. L'abside se termine en hauteur avec un étage de fenêtres supérieures. Le déambulatoire, délimité autour du chœur par les colonnes, s'ouvre sur trois chapelles, deux rayonnantes et une axiale. Chacune des chapelles possède une baie, complétant l'abondante luminosité de cette partie de l'édifice[63].

Le transept de l'abbatial, couvert d'une voûte en berceau brisé, est très saillant. La croisée du transept est surmontée d'une coupole, bien moins imposante que celle de la nef, dont les pendentifs retombent sur des colonnes engagées. La hauteur sous la croisée atteint 23 mètres. Les deux bras du transept s'ouvrent chacun sur une chapelle orientée. On compte jusqu'à huit ouvertures sur le bras nord, tandis que les aménagements plus tardifs du Grand-Moûtier ont obstrué les ouvertures du bras sud[63].

La nef est constituée de quatre coupoles d'un diamètre de 10 mètres chacune, délimitant les quatre travées de la nef. C'est un emprunt architectural à l'Aquitaine, qui se retrouve par exemple dans la cathédrale de Périgueux[12].

Le cloître[modifier | modifier le code]

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Le cloître forme le centre du monastère du Grand-Moûtier. Long de 59 mètres de côté, il dessert tous les lieux névralgiques de la vie monastique : l'abbatiale, la salle capitulaire, le réfectoire, les cuisines ainsi que les dortoirs.

Le premier cloître est construit au début du XIIe siècle. Il est reconstruit au XVIe siècle, d'abord par la galerie sud en 1519 qui se voit couverte d'une voûte d'ogives, de faible hauteur. Les nervures des voûtes retombent toutes sur des culs-de-lampe historiés. L'extérieure de la galerie sud montre une évolution de style : entre les épais contreforts, s'ouvrent des arcs géminées en plein cintre, séparés de pilastres et ornés d'un décor plus classique[32]. Les autres galeries sont reconstruites dès 1548. Elles sont également voûtées en ogives, dont les nervures retombent sur des colonnes semi-engagées ou des cul-de-lampe de style classique. Ces trois galeries se composent d'ouvertures en arc en plein cintre dont les piliers sont ornés de pilastres classiques. Entre deux arcs, vers l'intérieur de la cour, ont été érigées des colonnes jumelés d'ordre ionique surmontées d'un entablement soutenant soit une couverture en ardoises soit les étages supérieurs[64]. Le mur séparant le cloître de l'abbatiale est orné d'une suite d'arcades à caissons non décorés[65].

La salle capitulaire[modifier | modifier le code]

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La salle capitulaire, ou salle du chapitre, est la salle où la communauté religieuse se réunit quotidiennement. Au matin, on y discute de l'actualité de l'abbaye : admission au noviciat, élection, réception de personnalité, lecture des annonces ou proclamations de l'évêque ou du pape. En soirée, on y lit un chapitre de la règle ainsi que des textes édifiants. C'est le lieu le plus important concernant l'organisation de la vie monastique[66].

La salle capitulaire actuelle de Fontevraud a été érigée sous l'abbatiat de Louise de Bourbon, entre 1534 et 1575à partir de 1541. Elle est constituée d'une voûte d'ogives à six travées retombant sur des culots ainsi que sur deux colonnes, courtes et fines. Elle s'ouvre par un portail richement orné ainsi que par deux baies géminées de part et d'autre de celui-ci[67].

Les peintures de la salle ont été réalisées par Thomas Pot vers 1565. Elles représentent la Passion du Christ jusqu'à l'Assomption de la Vierge. À l'origine, Thomas Pot représente Renée (à la gauche de Jésus) et Louise de Bourbon (à la droite de Jésus Christ) au milieu des scènes du nouveau testamentla crucifixion. Par la suite, d'autres abbesses de Fontevraud sont rajoutées aux différentes scènes[68]. Les peintures sont fortement dégradées ou partiellement détruites lors de la transformation de la salle en magasin à vivres au XIXe siècle. L'aménagement d'une cuisine dans la salle de la communauté participe à faire naître des conditions d'humidité dommageables[69]. Une première campagne de restauration des peintures est entamée en 1952 à l'initiative de l'inspecteur des Monuments historiques, Pierre-Marie Auzas. Le restaurateur Gaston Chauffrey décrit en octobre 1952 les peintures comme « très malades », mais leur donne selon lui un « aspect satisfaisant » et une lisibilité à la fin de son travail en juin 1953[70]. En 1969, Pierre-Marie Auzas s'alarme une nouvelle fois des dégradations causées par la fuite d'une citerne, notant que par endroit, « la pierre est pulvérisée et la peinture s'épluche ». Plusieurs bilans sanitaires et examens sont mis en place pour étudier les dégradations et proposer les mesures de restauration adéquates. Les premiers travaux de restauration débutent en juin 1978 par la scène de la Crucifixion, et se terminent en 1984[71]. Mais en 1986, on constate des décollements dus au mauvais vieillissement du vernis de protection. Une nouvelle campagne de restauration est lancée en 1990. Les peintures sont désormais mieux documentées. Les restaurateurs peuvent notamment s'appuyer sur les reproductions des portraits des abbesses réalisées à l'initiative de François Roger de Gaignières au XVIIe siècle. Les restaurations sont terminées en 1991[72].

La cuisine[modifier | modifier le code]

Vue extérieure du bâtiment.

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Le bâtiment est construit entre 1160 et 1170[12], à l'angle sud-ouest du cloître, dans la continuation du réfectoire.

La cuisine contient huit absidioles, dont cinq sont encore conservées. Elle se fonde sur un carré s'élevant de chaque coté en arc légèrement brisé, complété par un octogone dont chaque angle est constitué d'une colonne engagée. Chaque coté de l'octogone accueille une absidiole, chacune ouverte de trois petites baies et hébergeant une hotte. Grâce à un système de trompes, le carré d'arc brisé soutient la cheminée centrale[73].

La destination exacte de la cuisine fait débat. Eugène Viollet-le-Duc propose, dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française, une théorie sur l'évacuation de la fumée par les différentes cheminées, partant du principe que chaque absidiole était utilisée comme foyer[74]. L'historien de l'art Michel Melot propose comme hypothèse l'utilisation du bâtiment comme fumoir[75].

Saint-Benoît[modifier | modifier le code]

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La chapelle[modifier | modifier le code]

La chapelle Saint-Benoît date du XIIe siècle et fait alors office de chapelle à l'infirmerie. Elle est de style roman. Le chœur est par la suite allongé dans un style gothique. Sous l'abbatiat de Louise de Bourbon, la nef est séparée dans sa partie supérieure pour aménager l'appartement de la grande prieure. Sous l'administration pénitentiaire, l'édifice est transformé en brasserie[33].

Les infirmeries[modifier | modifier le code]

Prieuré Saint-Lazare[modifier | modifier le code]

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Proche du Grand-Moûtier, le prieuré Saint-Lazare renfermait une communauté de religieuses chargée de l'encadrement des malades lépreux. Il ne reste rien de ces premiers édifices et son organisation reste inconnue. Le prieuré est rebâti grâce aux dons d'Henri II Plantagenêt, et le début des travaux date de l'abbatiat de Mathilde d'Anjou (1149-1155), tante du roi. L'église du prieuré constitue un exemple architecturale des premiers temps du gothique angevin. [réf. nécessaire]

Sous l'abbatiat de Louise de Boubon (1534-1575), diverses interventions sont entreprises[Lesquelles ?]. Le XVIIIe siècle lui donne sa physionomie actuelle. À la fin de l'Ancien régime, le prieuré ne sert plus que pour les sœurs malades ou convalescentes. Cette petite communauté jouit d'une certaine indépendance : « Une religieuse présidait à l'administration, ayant sous ses ordres quelques unes de ses compagnes, de ses converses, des domestiques, sa cuisine, sa table, en un mot, tenant maison », comme en témoigne François-Yves Bernard, un contemporain. Le prieuré est transformé en infirmerie lors de la transformation de l'abbaye en centrale de détention. Le prieuré est aujourd'hui un hôtel-restaurant. [réf. nécessaire]

Couvent Saint-Jean-de-l'Habit[modifier | modifier le code]

Les bâtiments du couvent Saint-Jean-de-l'Habit ont aujourd'hui disparu. Suite à la Révolution et à l'expulsion des derniers religieux, le couvent est totalement abandonné et devient une carrière de pierre. Les ruines de l'église sont encore visibles au milieu du XIXe siècle, avant d'être définitivement démantelées. [réf. nécessaire]

Couvent de la Madeleine[modifier | modifier le code]

Tourisme[modifier | modifier le code]

Administration[modifier | modifier le code]

Le centre culturel de l'Ouest (CCO) assure depuis 1975 l'animation du site. L'abbaye était gérée par le Centre des monuments nationaux jusqu'en 2010, avec la création par le conseil régional des Pays de la Loire de la société publique régionale de l'Abbaye Royale de Fontevraud (SOPRAF) pour assurer la gestion et l'exploitation touristique de l'abbaye, ainsi que la rénovation des bâtiments[76]. Xavier Kawa-Topor est actuellement le directeur de l'abbaye[77].

L'administration du site est gérée par une quarantaine d'employés remplissant les missions du CCO et de la SOPRAF. Plus d'un quart des employés sont liés à des missions en lien avec la culture et le patrimoine, et près d'un autre quart s'occupe de l'administration du site. L'accueil du public emploie 16 % des effectifs[76].

Fréquentation[modifier | modifier le code]

Évolution du nombre de visiteurs de l'abbaye de Fontevraud
1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004
168 253[78] 167 325[78] 162 060[78] 159 080[78] 203 765[78] 174 089[78] 169 331[79] 173 854[80]
2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012
163 339[81] 160 184[82] 170 356[83] 166 001[84] 169 984[85] 193 164[86] 185 000[86] 168 000[87]

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

Dans son ouvrage Miracle de la rose paru en 1946, l'écrivain Jean Genet décrit la prison centrale de Fontevraud, bien qu'il n'y ait jamais été interné:

« De toutes les centrales de France, Fontevrault est la plus troublante. C’est elle qui m’a donné la plus forte impression de détresse et de désolation, et je sais que les détenus qui ont connu d’autres prisons ont éprouvé, à l’entendre nommer même, une émotion, une souffrance, comparables aux miennes. »

Dans le cinéma et l'audiovisuel[modifier | modifier le code]

La prison de Fontevraud a servi de décor au film La Cage aux rossignols.

En 2011, le clip de F.U.Y.A. du groupe C2C (album Tetr4) a été réalisé en stop motion par Francis Cutter à l’Abbaye[88].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. L'idée de cité sur www.abbayedefontevraud.com
  2. « Notice no PA00109109 », base Mérimée, ministère français de la Culture.
  3. Orthodromie calculée à l'aide de « Orthodromie », sur Lion1906 (consulté le 24 février 2012)
  4. Fontevraud-L'Abbaye sur Géoportail. Consulté le 22 mai 2012.
  5. Revue 303, p. 9
  6. Favier 2004, p. 151
  7. Jacques Dalarun, Robert d'Abrissel ou l'impossible sainteté, Albin-Michel,‎ 1986
  8. a et b Favier 2004, p. 152
  9. Port 1978, p. 160
  10. Revue 303, p. 151
  11. Port 1978, p. 113
  12. a, b, c, d et e Favier 2004, p. 188
  13. Revue 303, p. 10
  14. a, b et c Port 1978, p. 161
  15. Prigent 2005, p. 3
  16. Revue 303, p. 16
  17. Notre Histoire, p. 18
  18. Favier 2004, p. 545
  19. Favier 2004, p. 641
  20. Jean-Luc Déjean, Les Comtes de Toulouse (1050-1250), p. 259
  21. Favier 2004, p. 676
  22. Notre Histoire, p. 19
  23. Notre Histoire, p. 25
  24. Prigent 2005, p. 38
  25. Notre Histoire, p. 26
  26. a et b Notre Histoire, p. 27
  27. Prigent 2005, p. 39
  28. [réf. incomplète]
  29. [réf. incomplète]
  30. Prigent 2005, p. 41
  31. Prigent 2005, p. 42
  32. a et b Prigent 2005, p. 44
  33. a et b Prigent 2005, p. 32
  34. Prigent 2005, p. 46-48
  35. Prigent 2005, p. 54
  36. Notre Histoire, p. 30
  37. Notre Histoire, p. 31-32
  38. Prigent 2005, p. 58
  39. Prigent 2005, p. 58-59
  40. Notre Histoire, p. 32-33
  41. Notre Histoire, p. 38
  42. Prigent 2005, p. 64
  43. Prigent 2005, p. 67
  44. Revue 303, p. 30
  45. Revue 303, p. 31
  46. Revue 303, p. 33
  47. Revue 303, p. 34
  48. a et b Prigent 2005, p. 71
  49. a et b Melot 1986, p. 4
  50. Notre Histoire, p. 43
  51. Revue 303, p. 62
  52. Jacques-Guy Petit, Ces peines obscures. La prison pénale en France, 1780- 1875, Fayard,‎ 1990, p. 157
  53. Notre Histoire, p. 44
  54. a, b, c, d et e Prigent 2005, p. 72
  55. a et b Jacques-Guy Petit, « Les débuts de la manufacture carcérale de Fontevraud (1753-1845) », sur Persee
  56. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l et m Port 1978, p. 158
  57. Prigent 2005, p. 9
  58. Lusseau 1986, p. 21
  59. Lusseau 1986, p. 14
  60. Histoire de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles Lettres..., Paris, Imprimerie royale, 1736, t.IX, p.196.
  61. Melot 1986, p. 8
  62. a et b Notre Histoire, p. 50
  63. a, b, c et d Prigent 2005, p. 10
  64. Port 1978, p. 164
  65. Prigent 2005, p. 50
  66. Déceneux 2005, p. 108
  67. Prigent 2005, p. 47
  68. Prigent 2005, p. 48
  69. Revue 303, p. 39
  70. Revue 303, p. 40
  71. Revue 303, p. 42 et 47
  72. Revue 303, p. 48
  73. Prigent 2005, p. 30
  74. Eugène Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, t.4, Librairies - Imprimeries réunies, Paris, 1860
  75. Revue 303, p. 72-81
  76. a et b Conseil économique, social, environnemental des Pays de la Loire : Abbaye de Fontevraud
  77. Loire-net.tv: L’Abbaye de Fontevraud aura ses quartiers d’affaires et d’hôtellerie en 2013
  78. a, b, c, d, e et f Centre des monuments nationaux - Rapport d'activité 2002
  79. Centre des monuments nationaux - Rapport d'activité 2003
  80. Centre des monuments nationaux - Rapport d'activité 2004
  81. Centre des monuments nationaux - Rapport d'activité 2005
  82. Centre des monuments nationaux - Rapport d'activité 2006
  83. Centre des monuments nationaux - Rapport d'activité 2007
  84. Centre des monuments nationaux - Rapport d'activité 2008
  85. Centre des monuments nationaux - Rapport d'activité 2009
  86. a et b anjou-tourisme.com: Chiffres clés 2012
  87. anjou-tourisme.com: Dossier de presse 2014
  88. On en parle : le clip de C2C à Fontevraud - Nantes, vendredi 16 décembre 2011.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Cependant, voyant augmenter la foule de ceux qui le suivaient, il décida, pour éviter tout acte inconsidéré, et puisqu'il importait que les femmes habitassent avec les hommes, de rechercher un lieu où ils pussent vivre sans scandale et de trouver un désert, s'il en rencontrait. Or, il y avait un lieu, inculte et aride, planté de buissons épineux, appelé Fontevraud depuis les temps anciens… »

    — Baudri de Bourgueil, évêque de Dol, Vie du bienheureux Robert d'Arbrissel

Annexes[modifier | modifier le code]

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Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Célestin Port, Dictionnaire historique, géographique et biographique de Maine-et-Loire et de l'ancienne province d'Anjou : D-M, t. 2, Angers, H. Siraudeau et Cie,‎ 1978, 2e éd. (notice BnF no FRBNF34649310)
  • Patricia Lusseau, L'Abbaye royale de Fontevraud aux XVIIe et XVIIIe siècles, Maulévrier, Hérault Éditions,‎ 1986, 257 p. (ISBN 2-84080-133-7)
  • Collectif, Fontevraud, Paris, Revue Notre Histoire,‎ 1991, 59 p.
  • Gérard Rondeau, L'Abbaye de Fontevraud, Paris, Robert Laffont,‎ 2001, 127 p. (ISBN 2-221-09600-2)
  • Collectif, Abbaye royale de Fontevraud, Nantes, Revue 303,‎ 2001, 233 p. (notice BnF no FRBNF38779909)
  • Daniel Prigent, L'Abbaye de Fontevraud, Moisenay, éd. Gaud,‎ 2005, 80 p. (ISBN 2-84080-133-7)
  • Marc Déceneux, Les abbayes médiévales en France, Rennes, Éditions Ouest-France,‎ 2005, 127 p. (ISBN 2-7373-3483-7)
  • Annalena Müller, From Charismatic Congregation to Institutional Monasticism. The Case of Fontevraud, dans: The American Benedictine Review (4:64) 2013, pp. 427-444.
  • Michel Melot, L'Abbaye de Fontevraud, Paris, Henri-Laurens,‎ 1986
  • Jean Favier, Les Plantagenêts : Origine et destin d'un empire, Poitiers, Fayard,‎ 2004, 960 p. (ISBN 2-213-62136-5)
  • Xavier Kawa-Topor, " Fontevraud - A la recherche de la cité idéale", Val de Loire-Patrimoine mondial, Revue 303, n°121, 2012, pp.224-227.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]