Jean Paulhan

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Jean Paulhan

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Jean Paulhan en 1938.

Autres noms Jean Guérin
Activités Écrivain, critique et éditeur
Naissance 2 décembre 1884
Nîmes (France)
Décès 9 octobre 1968 (à 83 ans)
Neuilly sur Seine (France)
Langue d'écriture Français

Œuvres principales

  • Les Fleurs de Tarbes ou la Terreur dans les lettres (1936)

Compléments

Jean Paulhan, né à Nîmes[1] (Gard) le 2 décembre 1884 et mort à Neuilly sur Seine le 9 octobre 1968, est un écrivain, critique et éditeur français, animateur de La Nouvelle Revue française (NRF) de 1925 à 1940 puis, aux côtés de sa compagne secrète Dominique Aury, de 1953 à 1968.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils du philosophe Frédéric Paulhan, Jean Paulhan étudie la psychologie française dans le sillage de Pierre Janet et de Georges Dumas. Il écrit dans des revues de philosophie, comme La Revue philosophique de la France et de l'étranger, ou de sciences sociales, comme Le Spectateur. Il fréquente assidûment les milieux anarchistes, et s'intéresse déjà aux lieux communs et aux proverbes, thèmes auxquels il pense consacrer sa thèse. À la fin de 1907, il part pour Madagascar, où il enseigne le français et le latin — parfois aussi la gymnastique — au lycée de Tananarive (Madagascar), colonie française à l'époque. C'est là qu'il recueille des textes populaires malgaches, les hain-teny, qui prolongent sa réflexion sur la logique de l'échange.

De retour en France à la fin de 1910, il donne des cours de langue malgache à l'École des langues orientales. Il fait paraître en 1913, chez l'éditeur Paul Geuthner, le recueil de poésies populaires malgaches qui le fait connaître auprès des écrivains, notamment de Guillaume Apollinaire.

À la déclaration de la guerre, il est affecté au 9e régiment de zouaves, où il obtient le grade de sergent. Il est blessé pendant la nuit de Noël 1914. Cette expérience, au cours de laquelle il découvre en lui un patriotisme qu'il ne se connaissait pas, l'incite à prendre les notes qui deviendront son premier récit publié, Le Guerrier appliqué, modèle de tenue stylistique et mentale devant la catastrophe, et sur lequel Alain et Paul Valéry se montrent très élogieux.

Après la guerre, il se lie avec Paul Éluard et André Breton, mais devient en 1919 le secrétaire de Jacques Rivière, à la NRF. Il contribue à organiser le Congrès de Paris sur les directions de l'esprit moderne, participe à la revue présurréaliste Littérature et fait à la NRF, le plein apprentissage de la direction de revues. Le pluriel s'impose, car Paulhan aura veillé à conserver plusieurs revues à sa main : Commerce, Mesures et les Cahiers de la Pléiade. Gestion des abonnés, alimentation des rubriques, contact avec les écrivains, ses activités à la NRF forment le creuset d'une activité littéraire et éditoriale exceptionnelle. Après la mort de Jacques Rivière, emporté par une fièvre typhoïde en février 1925, il incarne naturellement, aux yeux de Gaston Gallimard, le point d'équilibre entre expérience et modernisme.

Plaque commémorative apposée sur la façade de la maison natale de Jean Paulhan, au no 20 de la rue Jean Reboul à Nîmes

De 1925 à juin 1940, Jean Paulhan dirige donc la principale revue littéraire d'Europe[réf. nécessaire] signant un certain nombre d'articles sous le pseudonyme de Jean Guérin[2]. Les années qui suivent sont écrasantes, mais d'une grande richesse intellectuelle et humaine. Paulhan y pratique l'amitié[3], et observe l'attitude, faite de haine et d'amour, des écrivains devant le langage. Il appelle « Rhétoriqueurs » ceux qui ont confiance dans la capacité du langage à exprimer ce qu'ils ont à dire, et à l'inverse « Terroristes » ceux qui voient d'abord dans le langage un obstacle à l'expression. Cette célèbre division a été étudiée par Laurent Nunez[4].

Jean Paulhan et Jean Blanzat dans la clandestinité (1944).

Dès juin 1940, il pose les fondations spirituelles d'une résistance française[réf. nécessaire]. Il emménage au 5 rue des Arènes, Paris Ve arrondissement où il restera jusqu'à son décès. Une plaque commémorative est apposée sur la villa. En juillet de la même année, il tente de persuader ses amis de l'échec inévitable de toute collaboration. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il entre dans une clandestinité partielle et fonde la revue Résistance, puis, avec Jacques Decour, les Lettres françaises. Il soutient les Éditions de Minuit fondées par Vercors et Pierre de Lescure, qui publient clandestinement Le Silence de la mer de Vercors. Ses activités sont connues des Allemands et lui valent une première arrestation, dont il ne réchappe que par la protection de l'écrivain collaborateur Pierre Drieu La Rochelle, puis la tentative d'une seconde, qui l'oblige à se sauver par les toits, et à se cacher jusqu'à la Libération.

Après la Libération, il accepte de participer à la revue dirigée par Jean-Paul Sartre, Les Temps modernes, mais sous le pseudonyme de Maast. L'évolution du Comité national des écrivains, initialement organe de résistance des écrivains et des intellectuels français, qui s'assigne pour tâche, sous la férule de Louis Aragon, une épuration de la littérature française, oblige Jean Paulhan à remettre en cause le principe d'une épuration et à prendre la défense d'écrivains « collaborateurs », non pour les justifier, mais pour leur permettre d'être à nouveau publiés[5]. Il dénonce alors les « vertueux » résistants littéraires de l'après-guerre devenus censeurs, notamment dans sa Lettre aux directeurs de la Résistance, et ose publier à nouveau Louis-Ferdinand Céline.

En janvier 1955, Jean Paulhan fait l'expérience de la mescaline avec la poétesse Edith Boissonnas et l'écrivain Henri Michaux. Cette prise de drogue hallucinogène fera l'objet, chez chacun d'eux, de publications : Rapport sur une expérience, de Jean Paulhan (publié dans ses œuvres complètes), Mescaline, d'Edith Boissonnas (La NRF, mai 1955), Misérable miracle, de Henri Michaux (Éditions du Rocher, 1956)[6].

Il reprend la direction de la NRF après que celle-ci a été autorisée à reparaître, d'abord en janvier 1953, sous le titre Nouvelle Nouvelle Revue française, puis sous son titre initial, à partir de janvier 1959. Mais sa collaboration avec Marcel Arland devient de plus en plus tendue. Sans abandonner le terrain de la littérature contemporaine, il travaille à ses œuvres complètes, qui seront publiées, dans leur première édition, chez l'éditeur Claude Tchou, de 1966 à 1970. Il est élu membre de l'Académie française le 24 janvier 1963 par dix-sept voix contre dix pour le duc de Castries.

Jean Paulhan en 1967.

Son œuvre comporte des récits et des écrits sur l'art (le cubisme et l'art informel), mais c'est surtout pour ses essais sur le langage et sur la littérature qu'il a acquis sa célébrité : Les Fleurs de Tarbes ou la Terreur dans les lettres, À demain la poésie, Petite préface à toute critique. Si une grande partie de son immense correspondance reste inédite, un intéressant choix de lettres, ainsi que son dialogue avec Paul Éluard, André Lhote, François Mauriac, Jean Grenier, Georges Perros, Francis Ponge, André Suarès, Marcel Arland, André Gide, Michel Leiris, Jacques Chardonne, Armand Petitjean, André Pieyre de Mandiargues, est déjà accessible, comme ses lettres écrites de Madagascar (1907-1910). Ce sera aussi prochainement le cas, par exemple, de ses correspondances avec Gaston Gallimard, Franz Hellens, Marcel Jouhandeau ou Jacques Rivière. Les archives de Jean Paulhan sont déposées à l'Institut mémoires de l'édition contemporaine. Les trois premiers volumes de ses œuvres complètes ont paru en 2006, 2009 et 2011 chez Gallimard, dans une édition établie par Bernard Baillaud ; quatre autres volumes suivront.

Jean Paulhan était grand officier de la Légion d'honneur, Croix de guerre 1914-1918 ainsi que médaillé de la résistance.

Citation[modifier | modifier le code]

  • « Tu peux serrer une abeille dans ta main jusqu'à ce qu'elle étouffe, elle n'étouffera pas sans t'avoir piqué, c'est peu de chose, mais si elle ne te piquait pas, il y a longtemps qu'il n'y aurait plus d'abeilles[7]. »

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Les Hain-Tenys Merinas (Geuthner, 1913 puis 2007)
  • Le Guerrier appliqué (Sansot, 1917 ; Gallimard 1930 puis 2006)
  • Jacob Cow le Pirate ou Si les mots sont des signes (1921)
  • Le Pont traversé (1921 puis 2006)
  • Expérience du proverbe (1925 puis 2009)
  • La Guérison sévère (1925 puis 2006)
  • Sur un défaut de la pensée critique (1929)
  • Les Hain-Tenys, poésie obscure (1930)
  • Entretien sur des faits divers (1930, 1945 puis 2009)
  • L'Aveuglette (1952)
  • Les Fleurs de Tarbes ou la Terreur dans les lettres (1936, 1941)
  • Jacques Decour (1943)
  • Aytre qui perd l'habitude (1920, 1943, puis 2006)
  • Clef de la poésie, qui permet de distinguer le vrai du faux en toute observation ou Doctrine touchant la rime, le rythme, le vers, le poète et la poésie (1945 puis 2009)
  • F.F. ou le Critique (Gallimard, 1945, puis éditions Claire Paulhan, 1998)
  • Sept causes célèbres (1946)
  • La Métromanie ou les Dessous de la capitale (1946 puis 2006)
  • Braque le patron (Fernand Mourlot, 1945)
  • Lettre aux membres du C.N.E. (1940)
  • Sept nouvelles causes célèbres (1947 puis 2006)
  • Guide d'un petit voyage en Suisse (1947 puis 2006)
  • Dernière lettre (1947)
  • Le Berger d’Écosse (1948 puis 2006)
  • Fautrier l'Enragé (1949)
  • Petit-livre-à-déchirer (1949)
  • Trois causes célèbres (1950)
  • Les Causes célèbres (1950 puis 2006)
  • Lettre au médecin (1950 puis 2006)
  • Les Gardiens (1951 puis 2006)
  • Le Marquis de Sade et sa complice ou les Revanches de la pudeur (1951)
  • Petite préface à toute critique (Éditions de Minuit, 1951, puis Gallimard, 2009)
  • Lettre aux directeurs de la Résistance (1952)
  • La Preuve par l'étymologie (Éditions de Minuit, 1953, puis Gallimard, 2009)
  • Les Paroles transparentes, avec des lithographies de Georges Braque (1955)
  • Le Clair et l'Obscur (1958)
  • G. Braque (1958)
  • De mauvais sujets, gravures de Marc Chagall (1958 puis 2006 ; texte seul également édité par les élèves de l'école Estienne en 1962, tirage à 200 ex. numérotés hors-commerce)
  • Karskaya (1959)
  • Lettres (1961)
  • L'Art informel (1962)
  • Fautrier l'enragé (1962)
  • Progrès en amour assez lents (1966 puis 2006)
  • 226 lettres de Jean Paulhan, Contribution à l'étude du mouvement littéraire en France 1963-1967[8], Klincksieck, 1975.
  • Choix de lettres I, 1917-1936, La littérature est une fête (1986)
  • Choix de lettres II, 1937-1945, Traité des jours sombres (1992)
  • Choix de lettres III, 1946-1968, Le Don des langues (1996)
  • La Vie est pleine de choses redoutables (Seghers puis Claire Paulhan, 1990)
  • Lettres de Madagascar, 1907-1910, éditions Claire Paulhan (2007)
  • Chroniques de Jean Guérin, 1927-1940, Éditions des Cendres (1991)
  • Correspondance Jean Paulhan-Roger Caillois, annotée par Odile Felgine et Claude Pérez, Gallimard, Paris, 1991
  • Correspondance avec André Pieyre de Mandiargues, Gallimard (2009)
  • Correspondance avec Paul Éluard, 1919-1944, édition établie par Odile Felgine et Claude Pérez, édit. Claire Paulhan, Paris, 2003
  • Correspondance avec Valery Larbaud. 1920-1957, édition établie et annotée par Jean-Philippe Segonds, Paris, Gallimard, (2010).
  • Correspondance avec Armand M Petitjean. 1934-1968, Gallimard (2011)
  • Correspondance avec Georges Perros, 1951-1957, Calligrammes (1987)
  • Jean Paulhan, Armand Petitjean, Correspondance 1934-1968, Gallimard, 2011.
  • Œuvres complètes, édition établie par Bernard Baillaud, en cours de publication chez Gallimard (7 volumes prévus) :
    • I. Récits (2006)
    • II. L'art de la contradiction (2009)
    • III. Les Fleurs de Tarbes (2011)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Au 20, rue Jean-Reboul.
  2. La Pléiade sous l'œil de la NRF dans La Lettre de la Pléiade n⁰ 36, avril-mai 2009, p.4
  3. Il participe avec Arthur Adamov et Marthe Robert à l'extraction d'Antonin Artaud de l'hôpital psychiatrique de Rodez, le 25 mai 1946.
  4. Laurent Nunez, Les écrivains contre l'écriture, José Corti,‎ 2006
  5. « Paulhan (…) avait mené la réflexion la plus subtile autour de ces notions de compromission, de nécessité(…) essayait de faire admettre qu'un écrivain est toujours responsable de ses écrits, mais d'eux seulement et non pas de ce qui paraît dans la colonne voisine ni sous la même couverture… » (François Nourrissier, Un siècle NRF : album de la Pléiade, Gallimard,‎ 2000, 374 p. (ISBN 2-07-011658-1), p. 169)
  6. Edith Boissonnas, Henri Michaux, Jean Paulhan, Mescaline 55, éd. Muriel Pic avec la participation de Simon Miaz, Paris, Éditions Claire Paulhan, 2014. Cette édition rassemble les témoignages des trois protagonistes de l'expérience mescalinienne de janvier 1955, ainsi qu'une correspondance choisie.
  7. Lettre aux directeurs de la Résistance, citée dans le documentaire de Frédéric Rossif De Nuremberg à Nuremberg à propos des résistants.
  8. Il s'agit de lettres envoyées par Paulhan à René Etiemble ; elles ont été assemblées et commentées par Jeannine Kohn-Etiemble.

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