Fabrique de jardin

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Une fabrique de jardin est une construction à vocation ornementale (arts décoratifs) prenant part à une composition paysagère au sein d'un parc ou d'un jardin. Elles servent généralement à ponctuer le parcours du promeneur ou à marquer un point de vue pittoresque[1]. Prenant les formes les plus diverses, voire extravagantes, elles évoquent en général des éléments architecturaux inspirés de l'Antiquité, de l'histoire, de contrées exotiques ou de la nature. Les premières fabriques apparaissent dans les jardins anglais au début du XVIIIe siècle et se répandent avec la mode des jardins paysagers. De véritables parcs à fabriques voient le jour au cours des XVIIIe et XIXe siècles.

Temple de la philosophie dans le parc Jean-Jacques-Rousseau, XVIIIe siècle, délibérément construit inachevé.
Tour gothique dans le jardin public de Cognac.

Historique[modifier | modifier le code]

Vue des tentes turques du parc Monceau.
Gravure de Jean-Baptiste Delafosse d'après Carmontelle (1779).

Selon Michel Baridon, l'une des premières fabriques de jardin serait les ruines d'un ancien manoir, le manoir de Woodstock, présent dans le parc du château de Blenheim. Alors que la duchesse de Marlborough demande à l'architecte John Vanbrugh de détruire ces vestiges, celui-ci parvient à la convaincre de les intégrer dans la composition paysagère du parc irrégulier[2]. Ces constructions sont alors désignées sous le terme anglais de Folly. Dès le XVIIIe siècle, le terme « fabrique » est utilisé pour désigner ce type de construction : « tous les bâtiments d'effet et toutes les constructions que l'industrie humaine ajoute à la nature, pour l'embellissement des jardins »[3]. C'est sans doute Claude-Henri Watelet qui utilise le terme de fabrique pour la première fois pour les jardins dans son Essai sur les jardins (1774). Il rédige d'ailleurs l'article fabrique dans l'Encyclopédie : terme utilisé alors dans le domaine de la peinture, Watelet incite les architectes à utiliser ces compositions[4].

Par leur disposition et leur succession, elles assuraient l'articulation des points de vue et ponctuaient les circuits de promenade. L'implantation des fabriques dans le jardin pouvait répondre à une simple recherche du pittoresque, mais le romantisme de la fin du XVIIIe siècle enrichit leur disposition d'une dimension philosophique. La succession des fabriques sur le parcours du promeneur devenait alors un support à la réflexion: cénotaphe, temple de la philosophie[5], ermitage, grotte.

Au-delà de leur aspect décoratif, l’aspect utilitaire de ces édifices fut souvent oublié par le temps. Pour cette raison, les fabriques de jardin furent parfois qualifiées de « bâtiments incompris »[6].

Typologies des fabriques de jardin[modifier | modifier le code]

Moulin à eau du hameau de la Reine, Petit Trianon, « fabrique champêtre ».

On regroupe couramment les fabriques de jardin en quatre typologies pittoresques principales :

  • Les fabriques classiques : inspirées de l’antique, elles comportent les temples, rotondes ou colonnades à motifs antiquisants.
  • Les fabriques exotiques, qui s’inspirent des pays lointains. Ce sont les pagodes, portes chinoises, pyramides.
  • Les fabriques naturelles, qui reproduisent des dolmens, des grottes ou des rochers artificiels.
  • Les fabriques champêtres : chaumières, huttes, et reproductions d’architectures vernaculaires.

Selon l’importance des parcs, les quatre typologies cohabitent ou se succèdent dans le déroulement d’une promenade et la découverte du jardin.

Dans le jardin anglais du Petit Trianon de Versailles, le promeneur traverse les rochers et les grottes, s’arrête au temple de l’amour ou au Belvédère avant d’atteindre le Hameau de la Reine et son ensemble de chaumières.

La restauration des fabriques[modifier | modifier le code]

Si les fabriques qui ont subsisté furent construites en dur, parfois pour sembler partiellement en ruine, la plupart d'entre elles ont disparu avec la réduction des parcs sous la pression urbaine[7].

Pour cette raison, et la légèreté de leur construction aidant, de nombreuses fabriques ont été déplacées. Ces changements de site ont malheureusement rompu la lecture du cheminement philosophique qui avait présidé à leur implantation.

Les restaurations des fabriques mettent en général l'accent sur la reconstitution de la construction, oubliant l'aspect essentiel de leur environnement naturel. Les fabriques font partie intégrante des constructions végétales d'un jardin, avec lesquelles elles ont été conçues. La restauration des édifices doit donc aller de pair avec la restitution des arrangements végétaux (écrans de buissons, coloris des feuillages, trouées ou points de vue ménagés dans la végétation. Sur ce plan, la récente restauration du jardin anglais du Petit Trianon de Versailles est en tout point exemplaire.

Exemples[modifier | modifier le code]

Potsdam : maison du Dragon.

Allemagne[modifier | modifier le code]

Le pavillon d'Amalienburg à Nymphenburg.

Australie[modifier | modifier le code]

  • Nambour, Queensland : The Big Pineapple

Autriche[modifier | modifier le code]

La gloriette de Schönbrunn en hiver.

Belgique[modifier | modifier le code]

  • Attre : rocher artificiel dans le parc du château

États-Unis[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

Le Dolmen, fabrique du parc Jean-Jacques-Rousseau à Ermenonville.
Le Belvédère, fabrique des jardins du Petit Trianon à Versailles.

Hongrie[modifier | modifier le code]

Inde[modifier | modifier le code]

Irlande[modifier | modifier le code]

Casino de Marino, Dublin.

L'Irlande se caractérise également par ce que l'on appelle les « fabriques de la famine ». Lors de la grande famine de 1845-1849, due à la maladie de la pomme de terre, un million de personnes trouvèrent la mort. Dans la mesure du possible, il fallut aider les familles les plus pauvres. Toutefois, la mentalité de l'époque excluait l'idée de dédommager sans contrepartie les agriculteurs ruinés. Or, parallèlement, il eût été impossible de leur fournir du travail, car cela eût privé les ouvriers de leurs revenus. On recourut alors à une solution originale qui consista à leur proposer un travail inutile pour lequel ils recevraient une rétribution. Ainsi naquirent les « fabriques de la famine », constructions absurdes et aménagements sans objet : routes pavées qui ne menaient nulle part, murs extérieurs d'édifices inexistants, appontements au milieu des tourbières[8].

Une cinquantaine d'années plus tard, la McCaig's Tower, en Écosse, dut sa création à des impératifs du même ordre.

Italie[modifier | modifier le code]

Monstre de Bomarzo.

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Pologne[modifier | modifier le code]

Portugal[modifier | modifier le code]

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Angleterre[modifier | modifier le code]

Londres : la pagode de Kew Gardens.

Écosse[modifier | modifier le code]

McCaig's Tower, Écosse.
Portmeirion, Galles.

Galles[modifier | modifier le code]

Gatchina, Pavillon à ciel ouvert.

Russie[modifier | modifier le code]

Suède[modifier | modifier le code]

La Tente tartare de Drottningholm.

Mythologie[modifier | modifier le code]

En dehors de la série culte Le Prisonnier, tournée à Portmeirion, les fabriques ont inspiré plusieurs romanciers : Agatha Christie en 1956 avec Dead Man's Folly (Poirot joue le jeu), où une fabrique de jardin offre la solution du mystère, ou encore Marcel Brion en 1963 avec La Folie Céladon, roman situé dans un pavillon rococo quelque part en Autriche, sur une île fluviale.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Thesaurus de la Base Mérimée du ministère de la Culture
  2. Michel Baridon, Les Jardins, coll « Bouquins », éd. Robert Laffont, p. 801
  3. Jean-Marie Morel, Théorie des jardins, éd. Pissot, Paris, 1776, p. 192
  4. Marie-Hélène Bénetière, Jardin, vocabulaire typologique et technique, éditions du patrimoine, Article « Fabrique de jardin », p. 170
  5. Parc Jean-Jacques-Rousseau à Ermenonville.
  6. Headley & Meulenkamp dans Follies Grottoes & Garden Buildings
  7. Quelques fabriques du château disparu du Raincy subsistent ainsi, disséminées dans la banlieue de Pavillons-sous-Bois et du Raincy.
  8. Cf. James Howley, The Follies and Garden Buildings of Ireland, Yale University Press, London & New Haven, 1993.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Arthaud, Les Palais du rêve, Arthaud, 1970
  • Marie-Hélène Bénetière, Jardin, vocabulaire typologique et technique, éditions du patrimoine - Monum, 2000, article « Fabrique de jardin », p. 170
  • Monique Mosser, « Les architectures paradoxales ou petit traité des fabriques », in Monique Mosser et Georges Teyssot, Histoire des jardins de la Renaissance à nos jours, Flammarion,‎ 2002, 542 p. (ISBN 2-08-010836-0), p. 259-276
  • Évelyne Malnic-Dybman, Folies de jardin : art et architecture des fabriques de jardin du XVIIIe siècle à nos jours, Chêne,‎ 1996, 143 p. (ISBN 2-85108-958-7)
  • (en) Gwyn Headley & Wim Meulenkamp, Follies Grottoes & Garden Buildings, Aurum Press, Londres, 1999
  • (fr) Caroline Holmes, Folies et fantaisies architecturales d'Europe (photographies de Nic Barlow, introduction de Tim Knox), Citadelles & Mazenod, Paris, 2008, p. 22-27 (ISBN 978-2-85088-261-6)
  • (en) Barbara Jones, Follies and Grottoes, Constable, Londres, 1974

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]