Arts libéraux

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Les sept arts libéraux dans l'Hortus deliciarum d'Herrade de Landsberg, 1180.

Les sept arts libéraux désignent toute la matière de l'enseignement des écoles de l'Antiquité, mais également du Moyen Âge. Ils ont notamment été transmis par Alcuin, précepteur de Charlemagne et sont à l'origine de la réforme scolaire de celui-ci, durant la période dite de la Renaissance carolingienne.

Les arts libéraux se divisent en deux degrés : le Trivium et le Quadrivium. Le Trivium (mot qui signifie les trois chemins en latin) concerne le « pouvoir de la langue » et se divise en grammaire, dialectique et rhétorique. Le Quadrivium (les quatre chemins du second degré) se rapporte au « pouvoir des nombres » et se compose de l'arithmétique, de la musique, de la géométrie et de l’astronomie.

Ils sont définis l'un et l'autre dans ces deux vers mnémoniques :

« Gramm loquitur, Dia verba docet, Rhet verba colorat,
Mus canit, Ar numerat, Geo ponderat, Ast colit astra. »

« La Grammaire parle, La dialectique enseigne, la Rhétorique colore les mots,
La Musique chante, l'Arithmétique compte, la Géométrie pèse, l'Astronomie s'occupe des astres[1]. »

Les arts du trivium sont considérés comme la base nécessaire pour maîtriser les arts du quadrivium. Le trivium est bien plus qu'apprendre à bien parler et d'utiliser la bonne syntaxe comme pourrait l'indiquer la signification moderne des termes.

Distinction[modifier | modifier le code]

Les arts libéraux se distinguent des arts serviles et des beaux-arts.

La menuiserie, la poterie et les disciplines qui ont en commun la transformation d'une matière tangible sont à ranger parmi les arts serviles. Par opposition, la matière sur laquelle portent les arts libéraux est intellectuelle et intangible.

Alors que les arts libéraux visent la connaissance du vrai, les beaux-arts visent la contemplation du beau. Ce qui implique la peinture, la danse et d'autres beaux-arts.

Genèse[modifier | modifier le code]

Les arts libéraux trouvent leur origine dans les ouvrages de Martianus Capella (Ve siècle).

C'est Cassiodore au VIe siècle qui leur a donné leur structure. Cassiodore a développé le trivium, qui regroupait les disciplines littéraires :

Son contemporain Boèce définit le contenu du quadrivium, ou quadruple voie, qui regroupait les disciplines scientifiques :

Au VIIIe siècle, le moine anglais Bède le vénérable développa les arts libéraux dans ses traités, et créa le comput. C'est Bède le Vénérable, avec Isidore de Séville, qui transmit les arts libéraux à l'Occident chrétien.

Le moine anglais Alcuin reprit cette base pour établir son programme d'enseignement dans les écoles de l'empire carolingien.

Vers l'an mil, le comput regroupait deux disciplines du trivium (grammaire, dialectique) et deux disciplines du quadrivium (arithmétique et astronomie).

Le chanoine Leflon, dans sa biographie de Gerbert d'Aurillac (futur pape Sylvestre II), note que le quadrivium n'était presque plus enseigné vers les années 960 dans les monastères. C'est la raison pour laquelle le comte Borel II de Barcelone emmena Gerbert en Catalogne pour qu'il y apprenne les disciplines scientifiques développées par les Arabes, qui étaient connues dans le royaume tout proche de Cordoue.

Article détaillé : Sciences et techniques islamiques.

Par la suite, Gerbert sera appelé par Adalbéron à Reims pour y enseigner ces disciplines.

Parallèlement se développent les arts mécaniques, regroupant les disciplines techniques et pratiques.

Au XIIe siècle, les traductions des œuvres d'Aristote amenèrent un enrichissement du savoir, qui fut introduit par Albert le Grand dans les universités nouvellement créées au XIIIe siècle. Les arts libéraux restèrent néanmoins la base de l'enseignement.

La disparition du statut « Arts libéraux »[modifier | modifier le code]

Les représentations figurées des arts libéraux[modifier | modifier le code]

La Rose des arts libéraux, vitrail du transept nord de la cathédrale de Laon. Autour de la Philosophie, au centre, les médaillons représentent les sept arts libéraux, auxquels a été ajoutée la Médecine.
Rose des Arts libéraux de la cathédrale de Laon. Médaillon de la Géométrie (début XIIIe siècle).

La représentation des allégories des sept arts libéraux est un thème fréquent de l'art du Moyen Âge et de la Renaissance, qu'il s'agisse de la peinture, de la sculpture, du vitrail ou des enluminures des manuscrits. C'est Martianus Capella, complété par ses commentateurs, qui ouvre la voie à ces représentations en donnant une description allégorique détaillée des disciplines du trivium et du quadrivium comme des jeunes femmes, dotées d'attributs comme le fouet de la Grammaire et le compas de la Géométrie[2]. Les sept jeunes femmes sont souvent accompagnées de la Sagesse ou de la Philosophie, considérée comme leur mère[3].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ilsetraut Hadot, Arts libéraux et philosophie dans la pensée antique. Contribution à l’histoire de l’éducation et de la culture dans l’Antiquité, Vrin, 2005 (deuxième édition revue; première édition 1984)
  • Pierre Riché, Écoles et enseignement dans le haut Moyen Âge, Picard, 2000.
  • Pierre Riché, Les grandeurs de l'An Mille, éditions Bartillat, 1999.
  • Chanoine Leflon, Gerbert d'Aurillac Éditions de Fontenelle, Abbaye Saint Wandrille, 1945.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Scholastique : Dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson », Hachette,‎ 1911
  2. William Harris Stahl, Richard Johnson, E. L. Burge, Martianus Capella and the Seven Liberal Arts, vol. I, New York, Columbia University Press, 1971 (Appendix A : « Bibliographical Survey of the Seven Liberal Arts in Medieval and Renaissance Iconography », pp. 245-249) ; Paolo d'Ancona, « Le rappresentazioni allegoriche dell'arti liberali », L'Arte, 5, 1902, pp. 137-155, 211-228, 269-289, 370-385 ; Émile Mâle, L'art religieux du XIIIe siècle en France : étude sur l'iconographie du moyen âge et sur ses sources d'inspiration, Paris, Leroux, 1898 (nombreuses rééd.) ; Raimond van Marle, Iconographie de l'art profane au Moyen-âge et à la Renaissance, et la décoration des demeures, t. II, La Haye, Nijhoff, 1932, pp. 203-279.
  3. Mare-Thérèse d'Alverny, « La Sagesse et ses sept filles : recherches sur les allégories de la Philosophie et des Arts libéraux du IXe au XIIe siècle », in Mélanges dédiés à la mémoire de Félix Grat, I, pp. 253-264.