Grâce (christianisme)

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La grâce est une disposition de faveur divine. Elle peut aussi correspondre au pardon, à l'affection, à l'amour et à la bienveillance divins. Les rapports de la grâce, qu'elle soit efficace ou suffisante, et du libre arbitre, ont été au cœur de controverses théologiques importantes. Le concept de grâce est aussi étroitement lié à l'idée de prédestination.

Définition[modifier | modifier le code]

Dans le catholicisme, « la grâce désigne la bienveillance absolument gratuite que, de toute éternité, Dieu témoigne à l'homme en l'appelant à partager sa propre vie. C'est l'intimité avec le Dieu de Jésus-Christ donnée par le baptême et renouvelée par les sacrements. C'est par grâce que Dieu nous sauve[1]. »

Dans le protestantisme, la grâce désigne plus spécifiquement le don, immérité, du salut en Jésus-Christ. Elle entraîne la foi.

On parle de grâce lorsque Dieu accorde une faveur imméritée à l'homme (par exemple, le salut par grâce), à l'inverse de la miséricorde qui se produit lorsque Dieu ne donne pas à l'homme le châtiment qu'il mérite.

La grâce de Jésus-Christ, et de son Père, transparait dans leurs miracles.

Typologie de la grâce[modifier | modifier le code]

On distingue d'abord la grâce incréée de la grâce créée. La première est la bonne disposition dont Dieu témoigne à l'égard de l'homme en habitant en lui ; la seconde consiste en une transformation de l'homme.

La grâce créée se subdivise en grâce gratis data, pouvoir qu'ont certains hommes — appartenant au clergé — de contribuer au salut des autres, et en grâce gratum faciens, qui consiste simplement en la sanctification d'un homme.

La grâce gratum faciens peut à son tour être habituelle, c'est-à-dire constituer une disposition stable (habitus), ou bien actuelle, c'est-à-dire relever d'une intervention ponctuelle.

On distingue encore la grâce coopérante, dans laquelle la volonté de l'homme a l'initiative sur la grâce, de la grâce opérante, dans laquelle c'est la grâce qui initie la modification de la volonté. Dans ce dernier cas, la grâce opérante peut prendre la forme du salut de l'âme après sa mort, allant chez certains théologiens jusqu'au concept dit sola gratia, par lequel Dieu donne le salut par sa seule volonté, indépendamment des mérites.

Enfin, on parle de grâce efficace quand elle produit un acte bon, par opposition à la grâce suffisante qui nous y rend simplement aptes.

Ces différentes formes de grâce ont été utilisées de façon différenciée par les théologiens chrétiens, et peuvent avoir été à la base de violentes controverses théologiques, comme dans le cas du salut par la foi seule.

Histoire du concept[modifier | modifier le code]

Les textes fondamentaux sur la grâce divine sont liés aux débuts du Christianisme, religion qui enseigne la damnation ou le salut individuel. Ainsi saint Paul dans ses épîtres aux Galates et aux Romains traite abondamment du salut par les œuvres ou par la grâce. Ces textes justifient les débats ultérieurs sur ce sujet, débats qui se réfèrent tous à l'œuvre paulinienne.

Le concept de grâce fut au cœur de débats théologiques principalement à deux époques : à la fin du IVe siècle dans le conflit entre les thèses de Pélage et d'Augustin, puis aux XVIe et XVIIe siècles. Ce débat fut l'une des principales sources de la Réforme.

Le pélagianisme minimisait le rôle de la grâce : Pélage prétendait que l'homme pouvait, par son seul libre arbitre, s'abstenir du péché, et niait en particulier la nécessité de la grâce. Contre lui, Augustin défendait la primauté du salut par la grâce. « L'homme livré à lui-même est réduit à l'impuissance par la grâce ; c'est elle qui, avec la concours de la volonté, lui permet d'accéder au bien et au salut[2]. »

La doctrine catholique fut définie au second concile d'Orange en 529, sous la forme d'un « augustinisme modéré », ménageant une place à la liberté humaine et rejetant l'affirmation, présente dans les derniers écrits d'Augustin, « selon laquelle la grâce du salut ne serait pas offerte à tous[3] ».

Luther et surtout Calvin contestèrent la doctrine catholique sur ce sujet, qui laisse une place au libre arbitre de chacun, pour insister sur la prédestination, produit du salut par la seule grâce divine.

Reprenant les thèses ultimes de saint Augustin et critiquant par exemple le molinisme, les jansénistes entendirent rétablir les notions de grâce efficace et de prédestination.

Emploi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Augustin, De la nature et de la grâce
  • Augustin, De la grâce du Christ et du péché originel
  • Augustin, L'esprit et la lettre
  • Augustin, La Cité de Dieu, XVI, 12
  • Calvin, Institution chrétienne
  • Jansénius, Augustinus
  • Kant, La Religion dans les limites de la simple raison
  • Leibniz, Principes de la nature et de la grâce
  • Leibniz, Monadologie
  • Leibniz, Discours de métaphysique, §31
  • Malebranche, Traité de la nature et de la grâce
  • Pascal, Écrits sur la grâce
  • Pascal, Provinciales, I-IV
  • Pélage, De la nature
  • Pélage, Du libre arbitre
  • Voltaire, Dictionnaire philosophique, « Grâce »
  • Bernard Quilliet, L'acharnement théologique - Histoire de la grâce en occident - IIIè XXIè siècles, Fayard 2007

Références[modifier | modifier le code]

  1. Définition sur le site de l'Église catholique en France.
  2. Théo , Droguet-Ardant/Fayard, 1789, p.326.
  3. idem