Femme de lettres

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Emily Brontë alias Ellis Bell, auteur des Hauts de Hurlevent .

Une femme de lettres est une écrivaine ; c’est la forme féminisée de l’expression française « homme de lettres ». Ce terme se popularise au cours du XVIIe et du XVIIIe siècle, de par le rôle joué par certaines femmes cultivées et d’influence, dans les salons littéraires qu’elles organisent et qui servent de lieu de rencontre et de débats dans le milieu intellectuel parisien, et jouent ainsi un rôle prédominant à l’époque des Lumières. Ces femmes jouèrent également un rôle de pionnières dans la conceptualisation de la pensée féministe, qui conduisit plus tard à la création des premiers mouvements féministes.

Dans son ouvrage Une chambre à soi, Virginia Woolf analyse l’influence de la condition féminine sur le travail artistique des écrivaines. Découragé, bridé[1], le talent de certaines femmes de lettres ne put être que le pâle reflet de ce qu’il aurait pu être en des circonstances sociales et financières plus propices à l’exercice de leur art.

Histoire[modifier | modifier le code]

Littérature de la fin de l’époque moderne[modifier | modifier le code]

Jane Austen, Raison et sentiments, publié anonymement (by a lady) en 1811.

L’activité littéraire des femmes fut souvent bridée par les conceptions sexistes et la structure sociale des sociétés occidentales des époques moderne et contemporaine. Leurs travaux sont souvent critiqués, minimisés, par leurs contemporains masculins et féminins[réf. nécessaire]. L’activité littéraire des femmes emprunte donc souvent à cette époque et plus tard des voies détournées, comme la publication anonyme (Jane Austen) ou l’usage de pseudonymes masculins : les sœurs Brontë, George Sand, George Eliot, y ont par exemple eu recours.

À partir du XVIe siècle, des femmes de la noblesse, influentes et cultivées, organisent des salons littéraires, qui deviennent au cours des deux siècles suivants des hauts lieux de la vie culturelle. Leurs contributions à l’élaboration et la transmission des idées des Lumières et la vie intellectuelle parisienne et européenne est donc majeure. Des écrivaines comme Madeleine de Scudéry, mieux connue sous son pseudonyme de « Sappho », s’y illustrent, et ont une carrière littéraire très dense, même si dans le cas de Sappho, une partie de ses œuvres est publiée sous le nom de son frère.

L’échange de correspondance est également une activité littéraire qu’elles exercent, certaines devenant des témoignages célèbres d’une époque, et évoluent vers un véritable genre littéraire caractérisant les romans épistolaires. Le cas des correspondances de l’épistolière Marie de Sévigné est à ce titre exemplaire : rédigées au XVIIe siècle, ses lettres sont publiées de façon clandestine en 1725, puis publiées officiellement par sa petite-fille en 1734-1737 et en 1754, et rencontrent une grande popularité.

« La femme a le droit de monter à l’échafaud ; elle devrait aussi avoir le droit de monter à la tribune. » - Olympe de Gouges.
Proche des Girondins, elle fut guillotinée.

Les écrits de ces femmes apportent souvent à la littérature une vision féminine particulière, allant de simples badinages, à des critiques piquantes de personnalités ou des structures sociales de leur époque. Avec ces écrits émergent également les premières conceptualisations de l’ère contemporaine qui donneront naissance au féminisme. La femme de lettres Olympe de Gouges emprunte ainsi une carrière politique et de polémiste, dont les écrits portent en faveur des droits civils et politiques des femmes et de l’abolition de l’esclavage des Noirs : elle est notamment l’auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Les idées révolutionnaires françaises se répandant en Europe, l’institutrice anglaise Mary Wollstonecraft publie en 1792 son pamphlet révolutionnaire et féministe, Défense des droits de la femme.

Ces femmes et leurs écrits sont parfois vivement critiqués, par les deux sexes, à cause de leur statut de femme : le critique littéraire Samuel Johnson compare ainsi les femmes prédicateurs à « un chien en train de danser : vous êtes étonné de le voir réaliser un tour, mais sa danse demeure boiteuse et mal exécutée. » Toutefois, cette critique-ci s’inscrit dans le contexte particulier de la société anglaise du XVIIIe siècle. D’autres sont mieux accueillies et font l’objet d’une véritable reconnaissance sociale et littéraire. Malgré l’aspect parfois subversif de ses écrits vis-à-vis de la société patriarcale et machiste de son époque, Madeleine de Scudéry a été la première femme à recevoir le prix de l’éloquence de l’Académie française.

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

À la fin du XIIIe siècle, les bas-bleu désignent ces femmes de lettres qui fréquentent les salons littéraires. L'expression existe également en Angleterre, sous la forme bluestockings. Il finit par identifier un courant littéraire et intellectuel féminin, le bas-bleuisme. Au XIXe siècle, le terme devient très péjoratif, et se voit utilisé par les opposants à la présence des femmes dans la carrière littéraire, et en particulier des écrivaines comme Sophie Gay, George Sand, et Delphine de Girardin, par exemple. Des personnalités majeures de la littérature stigmatisent les femmes de lettres, comme Gustave Flaubert, tandis que d'autres dénoncent cette forme de misogynie, comme Honoré de Balzac.

« Il ne s’agit pas de condamner la femme de lettres pour incapacité littéraire puisqu’elle a fait ses preuves. Mais on peut la condamner pour des raisons d’ordre social (…). A certains égards le bas-bleuisme est un terrible phénomène social. Il est désorganisateur de maints foyers uniquement par le fait que la profession des gens de lettres entraîne aux fréquentations dangereuses que les intéressées (des intellectuelles !) masquent sous l’appellation d’études de mœurs ou d’enquêtes préparatoires. »

— Cécile Vanderpelen, La Femme et la littérature catholique d’expression française, 1918-1930

Dans son journal publié en 1905, Jules Renard utilise le terme très péjorativement : « Les femmes cherchent un féminin à “auteur” : il y a “bas-bleu”. C’est joli, et ça dit tout. À moins qu’elles n’aiment mieux “plagiaire” ou “écrivaine”. »

XXe et XXIe siècles[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Études[modifier | modifier le code]

  • Laure Adler et Stefan Bollmann, Les Femmes qui écrivent vivent dangereusement, Paris, Flammarion, 2007. (ISBN 978-2-08-011641-3)
  • Camille Aubaude, Lire les femmes de lettres, Paris, Dunod, 1993 (ISBN 978-2-1000-0128-6).
  • Martine Biard, Les Trobaïritz. Femmes poètes du Sud au XXIe siècle, recueil de témoignages et de poèmes, Narbonne, Editions Mille Poètes en Méditerranée, 2013 (ISBN 978-2-918-38167-9)
  • Geneviève Brisac, La Marche du cavalier, Paris, éditions de l’Olivier, 2002 (ISBN 978-2-8792-9334-9).
  • Angela Carter, The Sadeian Woman : An Exercise in Cultural History, Londres, Virago, 1979.
  • Hélène Cixous, Entre l’écriture, Paris, éditions des Femmes, 1986.
  • Hélène Cixous, « Le Rire de la méduse », L’Arc, « Simone de Beauvoir et la lutte des femmes », 61, 1975.
  • Colette Cosnier, Le Silence des filles : de l’aiguille à la plume, Fayard, 2001 (ISBN 978-2-2136-0823-5).
  • Béatrice Didier, L’Écriture-femme, Paris, PUF, 1981.
  • Xavière Gauthier, Surréalisme et sexualité, Paris, Gallimard « idées », 1971.
  • Sandra M. Gilbert et Susan Gubar, The Madwoman in the Attic : The Woman Writer and the Nineteenth Century Imagination, New Haven, Yale University Press, 1979.
  • Sandra M. Gilbert et Susan Gubar, No Man’s Land. The Place of the Woman Writer in the Twentieth Century, vol. 2, Sexchanges, New Haven et Londres, Yale University Press, 1989.
  • Claudine Hermann, Les Voleuses de langue, Paris, éditions des Femmes, 1976.
  • bell hooks, Talking Back, Boston, South End Press, 1989.
  • bell hooks, Yearning : Race, Gender and Cultural Politics, Londres, Turnabout, 1991.
  • Annie Le Brun, À distance, Paris, Pauvert/Carrère, 1984.
  • François Le Guennec, Le Livre des femmes de lettres oubliées, Mon petit éditeur, 2013.
  • François Le Guennec, Vagit-prop, Lâchez tout et autres textes, Paris, Ramsay/Pauvert, 1990.
  • Nancy K. Miller, The Heroine’s Text: Readings in the French and English Novel, 1722-1782, New York, Columbia University Press, 1980.
  • Nancy K. Miller, The Poetics of Gender, New York, Columbia University Press, 1986 ; 1987.
  • Christine Planté, La Petite Sœur de Balzac, essais sur la femme auteur, Paris, Seuil, 1989.
  • Joanna Russ, How to Suppress Women’s Writing, Austin, University of Texas Press, 1983.
  • Liesel Schiffer, Femmes remarquables du XIXe siècle, Paris, Vuibert, 2008. (ISBN 978-2-7117-4442-8)
  • Elaine Showalter (dir.), The New Feminist Criticism : Essays on Women, Literature, and Theory, New York, Pantheon, 1985.
  • Gayatri Chakravorty Spivak, In Other Worlds : Essays in Cultural Politics, Londres, Methuen, 1987 ; Routledge, 2014 (ISBN 978-1-1388-3503-0).
  • Robyn R. Warhol & Diane Price Herndl (éd.), Feminisms, an Anthology of Literary Theory and Criticism, Houndmills, Macmillan Press, 1997 (ISBN 978-0-3336-9099-4).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Claire Lesage, Femmes de lettres à Venise aux XVIe et XVIIe siècles : Moderata Fonte, Lucrezia Marinella, Arcangela Tarabotti, Clio no 13/2001, Intellectuelles, mis en ligne le 19 juin 2006. Consulté le 21 octobre 2007.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]