Eunuque

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Eunuque en 1749

Un eunuque est un homme castré. La castration se limite généralement à l'ablation des testicules mais il arrive qu'elle concerne également le pénis, connue alors sous le nom de pénectomie (souvent avec un tube inséré pour garder l'urètre ouvert).

Dès le commencement de l'histoire, il y a des références aux eunuques.

Le mot vient du grec ancien : εὐνή eunê (« lit ») et ἔχω ekhô (« garder »), soit « gardien du lit » (en latin cubicularius) — ce qui atteste le rôle traditionnel de l'eunuque comme gardien du harem.

Histoire[modifier | modifier le code]

Chine et Extrême-Orient[modifier | modifier le code]

Dans la Chine ancienne, la castration était à la fois une punition traditionnelle (jusqu'à la dynastie Sui) et un moyen d'obtenir un emploi dans le service impérial. À la fin de la dynastie Ming, il y avait 70 000 eunuques (宦官 huàn'guān, ou 太監 tàijiān) dans la Cité interdite[1]. La valeur d'un tel poste était importante car elle pouvait permettre d'obtenir un pouvoir immense qui dépassait celui du premier ministre. Cependant, la castration par elle-même fut finalement interdite[2]. Le nombre d'eunuques n'était plus estimé qu'à 470 en 1912, lorsque la fonction fut abolie. La justification de cette obligation pour les fonctionnaires de haut rang était la suivante : puisqu'ils ne pouvaient procréer, ils ne seraient pas tentés de prendre le pouvoir pour fonder une dynastie.

À certaines périodes, un système similaire a existé au Viêt Nam[1], en Inde[1], en Corée et dans d'autres contrées du monde.

Europe et moyen-orient[modifier | modifier le code]

Eunuque gardien de harem

La pratique de la castration était également installée en Europe dès l'antiquité chez les Grecs et les Romains. Aux périodes les plus anciennes, elle a surtout concerné le domaine religieux. Ceux qui vénéraient la déesse Cybèle par exemple pratiquaient des rituels d'auto castration, sanguinaria.

Concernant l'Empire byzantin, les eunuques sont attestés à l'époque proto-byzantine, mais jouent un rôle politique majeur à partir du développement du cubiculum impérial. On les retrouve essentiellement à Constantinople, notamment au palais impérial mais on en retrouve en province dans des cubicula de hauts personnages imitant l'empereur. Le recrutement est longtemps venu des pays étrangers puis s'est modifié à partir du VIIe siècle avec un recrutement axé en Asie Mineure et en Paphlagonie. Les eunuques étaient issus de toutes les couches sociales, sans distinction et aucune charge n'était fermée aux eunuques mise à part celle d'empereur. Certains devinrent patriarches, commandant d'armées ou directeur des services fiscaux.

Article détaillé : Eunuques dans l'Empire byzantin.

Dans l'Empire ottoman et autres terres musulmanes, des eunuques (appelés hadım en turc) étaient affectés à la garde et à l'administration des harems ou sérails, c'est-à-dire de l'habitation privée dans lesquelles les épouses et concubines d'un homme important étaient logées et tenues à l'écart du monde. Un homme non châtré autre que le maître de maison n'aurait pas pu être admis dans une telle enceinte, de peur qu'il n'entretienne une liaison avec une des épouses. On pensait que la castration ôtait les désirs sexuels et la possibilité de coït. Si l'on en croit Voltaire, c'était loin d'être toujours le cas, puisqu'il nous dit dans le Dictionnaire philosophique à l'article « Joseph » : « le kisler-aga, eunuque parfait, à qui on a tout coupé, a aujourd’hui un sérail à Constantinople : on lui a laissé ses yeux et ses mains, et la nature n'a point perdu ses droits dans son cœur. Les autres eunuques, à qui on n'a coupé que les deux accompagnements de l'organe de la génération, emploient encore souvent cet organe. » On trouve des descriptions similaires dans les Lettres persanes de Montesquieu[3].

Perpétuation[modifier | modifier le code]

À l'époque chrétienne, la pratique se perpétua en Occident ; comme les femmes n'étaient pas autorisées à chanter dans les églises, leur place était prise par les castrats. La pratique demeura populaire jusqu'au XVIIIe siècle et en partie au XIXe siècle. Le castrat italien Alessandro Moreschi, duquel il existe un enregistrement, ne mourut qu'au début du XXe siècle.

La secte russe du XVIIIe siècle, Skoptzy (скопцы), est un exemple de culte de la castration. Ses membres voyaient cela comme une voie pour renoncer aux péchés de la chair. Au XXe siècle, plusieurs membres du culte de la Porte du Paradis ont également été trouvés castrés - apparemment volontairement - pour les mêmes raisons.

Les eunuques dès le ventre de leur mère ?[modifier | modifier le code]

Dans le Digeste (ou Pandectes) créée par Justinien, qui correspond à une modernisation de toute la législation antique ainsi qu’à une synthèse de la jurisprudence antique au VIe siècle, les eunuques sont décrits comme « non pas malades ou défectifs » et comme capables physiquement de la procréation[4] - c'est-à-dire, à moins qu'une « partie nécessaire » de leur anatomie ne leur manque[5]. Cela implique que quelques eunuques ont un corps complet. On lit que le mot « eunuque » est une désignation générale qui inclut les eunuques « naturels » tant que ceux qui avaient souffert quelque blessure physique[6].

Les eunuques se distinguent des castrati dans la loi de Rome : les eunuques, si non castrés, pouvaient se marier[7], instituer des héritiers[8], et adopter les enfants[9], droits dont les castrati étaient exclus. Certains chercheurs montrent que les sociétés eunuques byzantines n'incluaient pas seulement les hommes castrés mais aussi les homosexuels, les transgenres, les ascètes, les célibataires, et une partie importante des hommes qui étaient impuissants ou désintéressés des femmes pour des raisons diverses[10].

En Inde, une étude récente[réf. nécessaire] des « eunuques » relève que seulement 8 % étaient vraiment castrés, et moins d'1 % étaient intersexés (hermaphrodites). La plupart des eunuques indiens étudiés étaient des homosexuels efféminés ou des travestis transgenres, ce qui pousse plusieurs historiens à se demander si une telle réalité n'existait pas aussi dans d'autres cultures « eunuques ».

Pathologie[modifier | modifier le code]

La relation pathologique au corps caractérisée par le désir d’être un eunuque est appelée le syndrome skoptique, nom formé d'après la secte Skoptzy et codée dans le DSM-IV à la section 302.6.

Les actes d'autocastration restent extrêmement rares et surviennent la plupart du temps sur un terrain psychotique ou secondairement suite à un abus de drogue ou d'alcool. Ils sont potentiellement graves de par les complications sexuelles et urinaires qu'ils peuvent entraîner. La première description scientifique d'une autocastration a été faite en 1901[11], mais depuis les cas publiés sont rares[12].

Légendes[modifier | modifier le code]

Suivant le dictionnaire de la mauvaise information[13] de Tom Burnham, les eunuques ne pouvaient pas avoir de coït avec les femmes du harem qu’ils surveillaient. Cependant si la castration intervient après la puberté, ce qui était le plus fréquent pour les serviteurs, il peut y avoir érection et donc coït, mais sans pouvoir féconder. Toujours selon Burnham, beaucoup de femmes préfèrent avoir ces eunuques comme amants car ils n’éjaculent pas et peuvent tenir l’érection plus longtemps.
Ne pouvant procréer, leur présence est acceptée par les empereurs : ce n'est pas le plaisir des femmes qui n'est pas admis, c'est l'éventualité d'un bâtard.[réf. souhaitée]

Eunuques chinois célèbres[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en) « Eunuchs »
  2. (en) « The Eunuchs of China »
  3. Lettres persanes sur le site alyon.org ; lire en particulier la lettre IX.
  4. Digeste 21.1.6.2
  5. D 21.1.7
  6. D 50.16.128
  7. D 23.3.39.1
  8. D 28.2.6
  9. Codex Iustinianus, 1.11.9
  10. Kathryn Ringrose, Living in the Shadows: Eunuchs and Gender in Byzantium, chapitre I in Gilbert Herdt, Third Sex, Third Gender: Beyond Sexual Dimorphism in Culture and History, New York, éd. Zone Books, 1996, pp. 85-109
  11. Stroch D. : Self-castration. Letter to the Editor. JAMA, 1901 ; 36 : 270.
  12. L'automutilation génitale : à propos de 3 cas. Progrès en Urologie (2004), 14, 540-544.
  13. Tom Burnham, The Dictionary of Misinformation, Thomas Y. Crowell, 1975.

Voir aussi[modifier | modifier le code]