Abbaye de Savigny

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Abbaye de Savigny
Image illustrative de l'article Abbaye de Savigny
Les ruines de l'abbatiale

Diocèse Avranches
Numéro d'ordre (selon Janauschek) CCXXXVIII (238)[1]
Fondation 1112
Cistercien depuis 17 septembre 1147
Dissolution 1791
Abbaye-mère Clairvaux
Lignée de Clairvaux
Abbayes-filles 239 - Beaubec (1148-1790)
240 - Les Vaux-de-Cernay (1147-1790)
241 - Furness (1147-1537)
242 - Chaloché (1147-1790)
243 - Foucarmont (1147-1791)
244 - Neath (de) (1147-1539)
245 - Gouffern (1147-1790)
246 - La Boissière (1147-1790)
247 - Aunay (1147-1791)
248 - Quarr (1131-1536)
249 - Basingwerk (de) (1147-1536)
250 - Combermere (de) (1147-1539)
251 - Fontaine-les-Blanches (1147-1791)
255 - Longvillers (1147-1791)
256 - Stratford Langthorne (de) (1147-1538)
257 - Buildwas (1147-1536)
259 - Buckfast (1147-1539)
262 - Sainte-Marie de Dublin (de) (1147-1539)
263 - Coggeshall (1140-1538)
264 - La Vieuville (1137-1790)
420 - Bon-Repos (1172-1790)
444 - Barbery (1176-1790)
484 - Champagne (1188-XVIIIe siècle)
Congrégation Savigniens (1112-1147)
Cisterciens (1147-1791)
Période ou style
Protection Logo monument historique Classé MH (1924)[2]

Coordonnées 48° 30′ 16″ N 1° 01′ 46″ O / 48.504347255662, -1.0294133112045 ()48° 30′ 16″ Nord 1° 01′ 46″ Ouest / 48.504347255662, -1.0294133112045 ()  [3]
Pays Drapeau de la France France
Province Duché de Normandie
Région Basse-Normandie
Département Manche
Commune Savigny-le-Vieux

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Abbaye de Savigny

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Abbaye de Savigny

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Abbaye de Savigny
plan de l'abbaye

L'abbaye de Savigny est une abbaye fondée en 1112-1113 par Raoul de Fougères et sa femme Amicia pour l'ermite Vital de Mortain dans la commune de Savigny-le-Vieux. Spirituellement proche des cisterciens, l'abbaye de Savigny (avec tout l'ordre savignacien) se donne à l'ordre de Cîteaux en 1147.

L'abbaye (porte Saint-Louis et vestiges) fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 4 juin 1924[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Vital de Mortain, né vers 1050, à Tierceville, près de Bayeux, fut chapelain de Robert de Mortain et chanoine de la collégiale de Mortain.

Ses nombreux talents et qualité lui valurent une réputation méritée. L'ermitage qu'il avait créé à Dompierre en Mantilly (conformément à ses goûts de retraite) était devenu trop insuffisant pour les nombreux solitaires qui se joignaient à lui.

Vital fonda l'abbaye de Savigny, au milieu d'une forêt sauvage obtenue auprès de Raoul de Fougères (1112)[4] (Raoul refuse au départ, mais tombe malade. Les prières de Vital le sauvent). La communauté réunie autour de Vital s' établit de façon assez sommaire près du ruisseau du Moulin du Pré "sur les ruines de l'ancien château des seigneurs de Fougères" écrit Dom Auvry ; peu à peu, les dépendances s'élèvent et la première église en bois, commencée par saint Vital, achevée par son successeur saint Geoffroy, est dédicacée en 1124 et dédiée à la Sainte Trinité. À cette fête assistent les évêques d'Avranches et des diocèses voisins, les seigneurs des environs venus reconnaître la nouvelle abbaye et offrir leurs libéralités ; le fils de Raoul Ier, Henri, baron Fougères, qui d'ailleurs se fera moine à Savigny, se distingue par sa générosité, suivant en cela l'exemple de son père.

Il s'agit d'un monastère double : un monastère d'hommes, auquel est associé un monastère de femmes, 500 pas plus loin, à « la Prise aux Nonnes », à l'entrée de la forêt[5].

En 1120, les moniales sont déplacées au prieuré de la Blanche (ou abbaye Blanche), près de Mortain[5].

L'abbaye se développe rapidement et saint Vital meurt en 1122 après avoir fondé trois nouvelles maisons. Geoffroy, abbé de 1122 à 1139, organise la vie claustrale et institue le premier chapitre. La communauté compte alors plus de cent moines et elle essaime surtout en Normandie et en Angleterre :

À ce stade de son évolution, l'abbaye de Savigny compte treize monastères en Angleterre et un à Dublin : leur nombre croît régulièrement . Cette extension considérable commence à poser problème : certaines abbayes anglaises souhaitent s'affranchir de la tutelle de l'abbaye-mère de Savigny, principalement celle de Furness qui a déjà essaimé sur plusieurs sites. Pour éviter toute sécession, après avoir pris conseil près de saint Bernard, Serlon, quatrième abbé de la Congrégation, choisit de réunir la famille de Savigny à celle de Cîteaux dont elle se sent très proche ; la fusion se fait en 1147 avec l'accord du Pape Eugène III. Savigny devient la cinquième filiale de l'ordre de Cîteaux dont elle adopta l'habit et les règles monastiques.

Article détaillé : Congrégation de Savigny.

En l'année 1200, est achevée la somptueuse église abbatiale, qui subsistait en 1789. L'archevêque de Rouen la consacre en 1220[4].

Cinq religieux de cette abbaye ont eu les honneurs de la canonisation :

  • saint Vital ;
  • saint Geoffroy ;
  • saint Pierre d'Avranches ;
  • saint Guillaume ;
  • saint Hamon ;

auxquels il faut ajouter sainte Adeline, sœur de saint vital, et qui fonda l'abbaye blanche de Mortain.

La translation définitive de leurs reliques a eu lieu solennellement devant 100 000 personnes en l'an 1248.

En 1172, le roi d'Angleterre y rencontre les émissaires du pape concernant l'assassinat de Thomas Becket[4]. En 1256, Saint Louis vient visiter l'abbaye. Pierre-Daniel Huet, évêque d'Avranches s'y rend en 1696.

En mars 1465, par ses lettres patentes, le roi Louis XI (1423-1483) confirma sa protection royale octroyée par ses prédécesseurs[6].

Le sac de l'abbaye de Savigny par les calvinistes, en 1562, avait porté un rude coup à ce monastère, qui depuis lors périclita. Elle sera pillée et brûlée par les protestants compagnons de Gabriel de Montgomery[4].

La Révolution de 1789 expulsa les moines et, depuis, un vandalisme cupide acheva de détruire l'important chef-d'œuvre. Le mobilier est vendu, les bâtiments sont détruits pour servir de carrière de pierre[4].

Architecture[modifier | modifier le code]

Plan de l'église abbatiale de Savigny dessiné par l'abbé Lemesle vers 1859

Son architecture était majestueuse : flèche de 70 m, superficie de l'église abbatiale de 3 256 m2, 15 autels, 76 vitraux et 3 rosaces de 6 m.

Ruines de l’abbaye.[modifier | modifier le code]

Après sa vente à la Révolution, comme bien national, l’abbaye est devenue une carrière de pierre, les démolisseurs s’employant à arracher, y compris à la dynamite, tous matériaux de construction et en particulier les pierres de taille qui constituaient les parements des murs, ne laissant souvent que quelques moignons de la grosse maçonnerie interne, moellons hourdés au mortier de chaux.

Il ne resterait sans doute rien aujourd’hui de cette très importante abbaye cistercienne, ancien chef d’Ordre, si, au milieu du XIX°, Arcisse de Caumont n’était intervenu en achetant de ses deniers le vestige le plus connu dit «  la Porte Saint-Louis » qui donnait accès du cloître au grand réfectoire : c'est cette partie qui est classée "Monuments Historiques". Divers dégagements ont été fait alors mais depuis cette période la végétation et le lierre avaient recouvert les parties hautes des ruines, enserrant les maçonneries et les pénétrant profondément.

Les vestiges aujourd’hui conservés sont les restes d'une épaisse muraille très irrégulière en hauteur, de 0 à 7 mètres et en épaisseur de 0, 80 à 2 mètres qui constituait la séparation entre le cloître et le réfectoire aujourd’hui disparu, le cloître et différents corps de bâtiments comme cellier ou cuisines, aujourd’hui disparus. L’église abbatiale, encore plus ruinée, présentait les mêmes symptômes : pans de murs très diminués ou noyaux de grosses maçonneries laissés par les démolisseurs du XIXe après l’arrachage de quasi toutes pierres de taille.

Des travaux de dégagement et cristallisation des ruines subsistant hors sol ont été entrepris en deux phases entre 2003 et 2009 par le propriétaire des lieux, la Communauté de Communes de Saint-Hilaire du Harcouët. Ces travaux visaient à sauver durablement ces ruines qui sont le témoignage remarquable d’un ensemble fameux mais réduit, sans leur faire perdre leur caractère de ruines. Ces travaux ont été conduits par François Pougheol, architecte du patrimoine. Cet architecte avait tenté une restitution du plan complet de l'abbaye dans son projet de diplôme d'architecte (1983), en se fondant notamment sur les notes et dessins de l'abbé Lemesle, curé de Savigny au milieu du XIXème.

plan partiel restitué de l'abbaye de Savigny, par F. Pougheol, 1983, projet de diplôme d'architecte

Images des ruines[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (la) Leopold Janauschek, Originum Cisterciensium : in quo, praemissis congregationum domiciliis adjectisque tabulis chronologico-genealogicis, veterum abbatiarum a monachis habitatarum fundationes ad fidem antiquissimorum fontium primus descripsit, t. I, Vienne,‎ 1877, 491 p. (lire en ligne), p. 188 & 189.
  2. a et b « Notice no PA00110611 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  3. « Savigny », sur http://www.cistercensi.info, Ordre cistercien (consulté le 2 avril 2014).
  4. a, b, c, d et e Michel Hébert et André Gervaise, Les 15 abbayes de la Manche... et le début du christianisme, éd. Charles Corlet, 2002
  5. a et b La clôture des moniales au XIIe siècle en France sur le blog de l'ancienne abbaye cistercienne de la Séauve-Bénite.
  6. http://books.google.fr/books?id=FZfHoyI8BKwC&pg=314 Lettres patentes de Louis XI, Poitiers, mars 1465 (1464, avant Pâques)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Publications

  • Auvry, Claude : Histoire de la congrégation de Savigny . 3 vol. / Claude Auvry ; éditeur scientifique Auguste Laveille ; éditeur scientifique Société de l'histoire de Normandie. - Rouen : Lestringant (libr.), 1896 à 1898
  • Sauvage, Hippolyte : Saint Vital et l'abbaye de Savigny dans l'ancien diocèse d'Avranches / Hippolyte Sauvage. - Mortain : Leroy (impr.), 1895. - 77 p.
  • Sauvage, Hippolyte  : Savigny et la Réforme : émeutes et Révolution dans u monastère / Hippolite Sauvage. - Avranches : Durand (impr.), 1897. - 18 p.
  • Sauvage, Hippolyte : Le Dernier abbé de Savigny : François-Odet d'Aydie / Hippolyte Sauvage. - Mortain : Mathieu (impr.), 1881. Vitae B. Petri Abrincensis et B. Hamonis, monachorum coenobii Saviniacensis in Normannia / E. P. Sauvage. - Polleunis, 1883
  • Cartulaire, Liber cartarum Domus Savigneii : transcrit sur l'exemplaire copié par Mr de Gerville, appartenant à Mr Paul de Farcy, 1891-1892. vol.1 & 2
  • Durand de Saint-Front, Jean : L'Abbaye de Savigny : ce qu'elle fut, ce qu'elle devint / Jean Durand de Saint-Front. - Fougères : Chronique de Fougères (impr.), 1959. - 21 p.
  • Fournée, Jean  : Notes sur quelques famille des environs de Flers au XIIème siècle d'après les chartes de l'Abbaye de Savigny / Jean Fournée. - p.80-94. In: Le Pays Bas-Normand . 4, 01/10/1968.
  • Blin, abbé J-B.  : Notice sur saint Guillaume de Niobé, novice de l'abbaye de Savigny / J-B. Blin. - Séez : Montauzé (impr.), 18?. - 14 p.
  • Van Moolenbroek, Jaap  : Vital, l'ermite, prédicateur itinérant, fondateur de l'abbaye de Savigny / Jaap Van Moolenbroek ; trad. Anne-Marie Nambot. - [s.n.], 1991. - pp. 395. In: Revue de l'Avranchin et du Pays de Granville . 346, 01/03/1991.
  • Le cabinet des manuscrits de la bibliothèque nationale, Léopold Delisle - 1868, lire sur Google Livres
  • revue "ART DE BASSE NORMANDIE" n°77 "Abbayes Normandes"- carte de l'abbaye et de ses filles page 71
  • revue "ART DE BASSE NORMANDIE" n°125 - 1er trimestre 2001 : concernant l'abbaye et ses filles, diverses illustrations pages 45 à 48 et 90 à 95

Autres sources

  • Joseph Mastrolorenzo, Abbaye de Savigny-le-Vieux, Rapport de fouilles archéologiques, Transept sud, SRA et CRMH de Basse-Normandie, 2009-2010.
  • François Pougheol, architecte du patrimoine et maître d'œuvre des travaux de cristallisation