Les Rois maudits

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Les Rois maudits (homonymie).

Les Rois maudits sont une suite romanesque historique supervisée par Maurice Druon, entre 1955 et 1977, basée sur la malédiction qu'aurait prononcée sur le bûcher le grand-maître du Temple Jacques de Molay, à l'encontre du roi de France Philippe IV le Bel, du pape Clément V, de Guillaume de Nogaret, et de leurs héritiers et successeurs pendant treize générations.

Objet de la suite romanesque[modifier | modifier le code]

Le contexte historique[modifier | modifier le code]

Les romans racontent, en partant de la conclusion de l'affaire du Temple, l'histoire de la succession de Philippe le Bel au trône de France : les tribulations de ses successeurs Louis X le Hutin, Philippe V le Long, Charles IV le Bel et les premiers Valois, avec leur entourage de vassaux, de conseillers et de financiers.

Au début du XIVe siècle, le roi Philippe le Bel, réputé glacial et majestueux, règne d’une main de fer sur la France. Sous son règne, « la France est grande et les Français malheureux ». Philippe le Bel a trois fils et une fille :

Ainsi tout semble aller pour le mieux, puisque la descendance est apparemment largement assurée, et que de plus un rapprochement entre la France et l’Angleterre est assuré grâce au mariage d’Isabelle.

Cependant, de la découverte de l'adultère des belles-filles du roi jusqu'à la revendication du trône de France par Edouard III d'Angleterre, en passant par les intrigues des membres de la famille royale , bien des péripéties vont finir par aboutir à déclencher la guerre de Cent Ans.

Philippe III de France Jeanne Ire de Navarre Philippe IV de France Charles de Valois Louis de France (1276-1319) Louis X de France Philippe V de France Isabelle de France (1292-1358) Édouard II d'Angleterre Charles IV de France Philippe VI de France Jean {{Ier}} de France Jeanne II de Navarre Philippe III de Navarre Édouard III d'Angleterre Jean II de France Charles V de FranceGénéalogie de la guerre de Cent Ans
À propos de cette image


Parallèlement à cela, un conflit agite l’Artois. En effet, un fait inhabituel est survenu dans la famille du comte : Philippe d’Artois est mort du vivant de son père, le comte Robert II. Quand ce dernier meurt à son tour en 1298, la question de la succession se pose : est-ce le fils de Philippe, Robert III, ou la tante de ce dernier Mahaut, fille cadette de Robert II, qui doit lui succéder ? L’affaire est portée devant la justice royale et le roi Philippe le Bel donne raison à Mahaut. Néanmoins Robert ne lâche pas prise.

Druon bâtit sa trame sur l'histoire réelle, sur les légendes promues réalités historiques et sur les personnalités de l'époque, de 1314 jusqu'aux débuts de la guerre de Cent Ans. Il raconte en filigrane l'épopée de Robert d'Artois qui cherche à récupérer son comté, et la romance de Marie de Cressay avec Guccio Baglioni.

L'œuvre littéraire et cinématographique[modifier | modifier le code]

Maurice Druon n'a jamais caché que sa série « Les Rois maudits » avait été le résultat d'un travail d'atelier. Au nombre des collaborateurs qu'il remercie dans sa préface, on relève les noms de Gilbert Sigaux, Matthieu Galey, Pierre de Lacretelle, José-André Lacour et Edmonde Charles-Roux parmi quelques nègres de moindre envergure[1].

Les six premiers volumes sont publiés entre 1955 et 1960 par Del Duca. Ils font l'objet d'une nouvelle édition, corrigée sur la forme, entre 1965 et 1966.

C’est avec le tome 6 que s’arrête l’histoire proprement dite des Rois maudits. Dans le dernier tome de son récit, Quand un roi perd la France (1977), Druon raconte, à travers le personnage du cardinal Hélie de Périgord, les débuts catastrophiques de la guerre de Cent Ans avec son cortège de batailles perdues pour la France, les règnes désastreux de Philippe VI de Valois et de Jean II le Bon, les tribulations du roi de Navarre, le règne de Gaston Phoebus. Ce tome est complètement distinct des autres, en particulier par son style, narré à la première personne par le personnage du cardinal, sous forme d’entretiens qu’il a au cours d’un voyage de Périgueux à Metz qui le mène à la cour de l’empereur Charles IV.

Les sept volumes des Rois maudits ont été traduits en – au moins – dix langues[Note 1].

Après son succès de librairie, Maurice Druon, devenu académicien en 1966, participe à une première adaptation télévisée, réalisée avant la parution du septième volume et diffusée en 1972 dans une réalisation signée Marcel Jullian et Claude Barma.

Une nouvelle adaptation, réalisée par Josée Dayan et scénarisée par Anne-Marie Catois, est diffusée en France sur France 2 en 2005 et au Canada sur Radio-Canada en 2006.

Une version audio, lue par François Berland et Eric Herson-Macarel, est réalisée en 2003[Note 2].

La trame de l'œuvre de Maurice Druon[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Le Roi de fer (1955).
Article détaillé : La Reine étranglée (1955).
Article détaillé : Les Poisons de la Couronne (1956).
Article détaillé : La Loi des mâles (1957).
Article détaillé : La Louve de France (1959).
Article détaillé : Le Lis et le Lion (1960).
Article détaillé : Quand un roi perd la France (1977).

Perspectives historiques des Rois maudits[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources. Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou les modèles {{Référence nécessaire}} ou {{Référence souhaitée}} sur les passages nécessitant une source.

De l'ordre féodal à l'État royal[modifier | modifier le code]

La psychologie et le comportement des puissants[modifier | modifier le code]

Les puissants seigneurs qui détiennent le pouvoir, qu'ils soient rois, ducs, comtes, barons, papes ou encore évêques, sont souvent décrits comme égocentriques, avides d'honneurs et d'argent, voire cruels. Ils causent des conflits de préséance, pour l'obtention de titres prestigieux (pair de France) et de fiefs (Artois, Navarre). Charles de Valois frère de Philippe Le Bel est un grand seigneur ambitieux. Selon l’expression qui lui reste attachée, il a été « fils, frère et père de roi (Philippe VI), jamais roi », malgré ses titres de roi titulaire d’Aragon et d’empereur titulaire de Constantinople. Il est présenté dans le roman comme étant sans talents politiques, très dépensier et donc toujours à la recherche d’argent frais. Son neveu Philippe V le double puis l’achète pour obtenir son soutien lors de son couronnement, mais c’est à Mahaut sa belle-mère qu’il accorde l’honneur de poser la couronne sur sa tête (cf. La Loi des mâles).

L'auteur montre l'absence d'intérêt et même le mépris des puissants pour un peuple affligé par les impôts, la guerre, les pillages et les viols. Robert d’Artois n’hésite pas à ravager les terres d’Artois, fief de son grand-père dont il revendique la possession. Les meurtres et les viols qu’il commet ne suscitent en lui que l’amusement de repeupler la contrée par des roturiers issus de son sang.

Les seigneurs de l’époque sont la plupart du temps indifférents aux questions économiques. Ils mènent grand train de vie, dépensent leurs revenus et s’endettent sans compter auprès d’hommes d’affaires, tel le banquier lombard Toloméi. Ces derniers en profitent pour leur vendre des marchandises coûteuses et utiliser leurs confidences pour se livrer à des spéculations rémunératrices.

Lorsque certains seigneurs ont le sens de l'intérêt public et font preuve d’honnêteté, l'auteur les met en valeur. Avant de mourir, Philippe Le Bel rencontre un paysan qui lui est reconnaissant d'avoir pris les mesures qui ont permis son affranchissement (cf. Le roi de fer). L'auteur met de même en évidence Philippe V le Long ou Édouard III ainsi que certains fonctionnaires royaux particulièrement honnêtes et compétents, tels Gaucher de Châtillon, connétable de France, Alain de Pareilles, chef des arbalétriers, ou Miles de Noyers, chancelier.

Du Comté d'Artois à l’État bourguignon[modifier | modifier le code]

Les maisons nobles finissent par s’éteindre pour cause d’extinction des lignées masculines, ce qui aboutit à la concentration des seigneuries entre quelques mains. L’histoire qui débute par la succession d’Artois va aboutir à l’émergence d’une vaste principauté qui prendra la forme d’un État. Mahaut d'Artois a épousé Othon IV, comte de Bourgogne, c’est-à-dire la Franche-Comté, adossée au Jura, avec Besançon et Dole. Elle capte le comté d’Artois en 1302, grâce à la mort précoce de son frère Philippe et au détriment du fils de celui-ci Robert.

Comme la comtesse perd elle-même son fils, Artois et Comté se trouvent transmis par les femmes à l’héritier du duc de Bourgogne. En effet, Philippe V le Long, qui a épousé la fille aînée de Mahaut, marie sa première fille à Eudes IV (cf. La Loi des mâles). On comprend ainsi l'intérêt de la sœur d’Eudes IV, Jeanne de Bourgogne, à intervenir auprès de son mari le roi Philippe VI pour neutraliser les prétentions de Robert d’Artois (cf. Le Lis et le Lion). C'est d'ailleurs leur fils Jean Le Bon qui héritera de la Bourgogne ducale.

En effet, la mort prématurée en 1361 de l’héritier du duché de Bourgogne, Philippe de Rouvres provoquera un partage des possessions de celui-ci. Artois et Comté reviendront alors à Marguerite, deuxième fille de Philippe V, qui les apportera à son fils Louis de Mâle, comte de Flandre. Celui-ci, déjà héritier par les femmes du comté de Nevers, sur la Loire, et du comté de Rethel, dans les Ardennes, transmettra un superbe héritage à sa fille unique, Marguerite.

Pour éviter que cette dernière n’épouse un prince anglais en pleine guerre de Cent Ans, le roi Charles V lui donnera pour époux son frère Philippe Le Hardi, préalablement doté du duché de Bourgogne, héritage de leur grand-mère Jeanne de Bourgogne.

Le nouveau duc de Bourgogne entreprendra une politique ambitieuse qui, poursuivie par ses successeurs, aboutira à la réunion des provinces qui forment aujourd’hui les États de Belgique et des Pays-Bas. Son fils, Jean Sans Peur, dressera en plein Paris, pour affirmer sa puissance, un donjon qui est toujours debout aujourd’hui, à l’emplacement de l’hôtel de Mahaut. Il assassinera le son cousin Louis d’Orléans, déclanchant la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.

Les rois légistes[modifier | modifier le code]

Au cours du XIIIe siècle, le territoire soumis à l’autorité des rois de France s’est agrandi de plusieurs provinces : Champagne, Languedoc, Normandie, Poitou…

Philippe IV le Bel s’entoure de juristes, les légistes, qui réalisent un important travail de mise en forme des prérogatives de la Couronne. Par exemple, le roi a acquis en 1258 les terres résiduelles du comté de Gévaudan autour de Grèzes (Lozère), ce qui le met en position de vassal de son propre vassal, l'évêque de Mende. En effet, celui-ci s'était fait confirmer en 1161 par Bulle d'Or la suzeraineté sur le Gévaudan. Il s’ensuit des différends entre les agents du roi et ceux de l’évêque pour délimiter les droits de chacun. Philippe le Bel se rapproche de l’évêque Guillaume VI Durand pour conclure l’acte de paréage qui fixera jusqu’à la Révolution le statut du Gévaudan. Le titre de comte est reconnu à l'évêque de Mende, mais les droits attachés au titre sont en fait partagés à parts égales entre le roi et l’évêque [2].

Par ailleurs, le conseil qui assiste le roi pour gouverner donne naissance à des organes plus spécialisés. Sous Philippe V le Long, sont définitivement mis en place le Parlement (1316), la cour souveraine de justice, et la Cour des Comptes (1320), qui est destinée à préserver le domaine royal et à vérifier les opérations des agents du roi [3].

C’est contre cette évolution que réagit Charles de Valois, le frère de Philippe le Bel (cf. La Reine étranglée). Il reste attaché à une forme plus traditionnelle et médiévale de gouvernement, dans laquelle le roi est assisté par ses pairs, les grands seigneurs. Ceux-ci sont imbus de grandes idées chevaleresques et en fait peu préparés à gérer un domaine qui est en train de devenir un État.

La dynastie capétienne[modifier | modifier le code]

Les trois lignées de la dynastie capétienne[modifier | modifier le code]

La première lignée par les mâles se termine par les trois fils de Philippe IV le Bel, qui règnent de 1314 à 1328 : Louis X le Hutin, Philippe V le Long et Charles IV le Bel. Le fils de Louis X, Jean Ier, a certes le privilège de naître roi mais connaît le plus court règne de l’histoire de France : quelques jours (cf. Les Poisons de la Couronne).

La deuxième lignée est issue du second fils de Philippe III le Hardi et frère de Philippe le Bel : Charles de Valois.

  • Les rois de la branche aînée des Valois, en particulier Charles V et Charles VII, se consacrent à affirmer leur autorité et leur légitimité, vivement contestée par les rois d’Angleterre durant la guerre de Cent Ans.
  • Les rois de la branche cadette, issue de Louis d’Orléans, second fils de Charles V, connaissent un destin plus contrasté. Certes, Louis XII et François Ier, sûrs de leur assise en France, entreprennent des projets en Italie, vains et coûteux. Mais la lignée des Valois se termine elle aussi par trois frères, François II, Charles IX et Henri III, qui subissent les affres des guerres de Religion de 1559 à 1589, en compagnie de leur mère Catherine de Médicis.

Comme pour la seconde lignée, il faut remonter d’une génération pour la troisième, c’est-à-dire à Saint Louis, père de Philippe III le Hardi et de Robert de Clermont (cf. La Loi des mâles). Le fils de ce dernier, Louis, est fait duc de Bourbon et pair de France(cf. La Louve de France). Louis Ier a pour fils cadet Jacques Ier de la Marche, dont le lointain descendant, Henri de Navarre, futur Henri IV, fonde la maison royale des Bourbon, à l’issue d’une guerre civile de 1584 à 1594.

  • Deux rois de la branche aînée des Bourbons, Louis XIII et Louis XIV, fondent un modèle de monarchie absolue qui est pendant un temps une référence en Europe. Encore une fois, cette branche se termine par trois frères : Louis XVI (1774-1792), Louis XVIII (1814-1824) et Charles X (1824-1830).
  • La branche cadette, issue de Philippe d’Orléans frère de Louis XIV, comprend Philippe II, Régent pendant la minorité de Louis XV, et le dernier roi des Français, Louis Philippe (1830-1848).

La lutte des papes contre les empereurs : des rois capétiens à Naples[modifier | modifier le code]

Le roi de France Louis X le Hutin épouse en secondes noces Clémence de Hongrie, issue de la maison capétienne de Naples et qui lui donne un fils (cf. Les Poisons de la Couronne).

Le frère de Saint Louis, Charles d’Anjou, a connu un destin européen. Né en 1226, doté de l’Anjou en 1246, il a épousé la même année Béatrice, l’héritière de la Provence. C’est alors que le pape Urbain IV l'a mandaté pour conquérir le royaume de Sicile, en comptant sur les moyens que peuvent lui apporter la Provence, aux portes de l’Italie, et derrière lui le puissant roi de France.

Les papes sont en effet à cette époque suzerains du royaume de Sicile. Ils ont favorisé l’émergence de cet État, fondé par les Normands, pour contrebalancer en Italie l’autorité des empereurs germaniques. Le royaume de Sicile comprend l’île proprement dite, avec Palerme, ainsi que, sur le continent, la Calabre, les Pouilles et la Campanie, avec Naples. Les empereurs ont cependant contourné l’obstacle. Frédéric Barberousse a marié son fils avec l’héritière de Sicile, Constance, et son petit-fils Frédéric II est devenu à la fois empereur et roi de Sicile.

Charles d’Anjou a battu le fils de Frédéric II, Manfred, et est devenu roi de Sicile en 1266. Cette victoire de la papauté a eu de lourdes conséquences puisque l’institution impériale est sortie considérablement affaiblie du conflit. Le Saint-Empire romain germanique n’a pas eu de souverain de 1254 à 1273. L’émiettement politique des territoires qui en dépendent, essentiellement l’Allemagne et l’Italie du Nord, durera jusqu’au XIXe siècle. Le succès de la maison d’Anjou ne s’arrête pas là : Charles II est parvenu à faire élire et reconnaître roi de Hongrie son petit-fils Charles Robert, le frère de Clémence de Hongrie.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ils sont traduits en anglais, en espagnol, en slovaque, en portugais, en allemand, en russe, en hongrois, en roumain, en bulgare et en polonais.
  2. Diffusée par Livraphone.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Étienne de Montety, « Maurice Druon, un seigneur des lettres est mort », Le Figaro, 15 avril 2009
  2. La Lozère de la préhistoire à nos jours, sous la direction de Jean-Paul Chabrol, Éditions Bordessoules, 2002[réf. incomplète].
  3. Jean Favier, Le temps des principautés, Éditions Fayard, 1992[réf. incomplète].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Livres audio[modifier | modifier le code]

Les sept romans ont fait l'objet d'éditions successives sous forme de livres audio, chez Livraphone, en 2003 (plusieurs disques compacts audio par roman) puis en 2004 (un disque compact audio MP3 par roman), dans des narrations de François Berland pour les six premiers volumes, et de Éric Herson-Macarel pour le dernier :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Anecdote[modifier | modifier le code]

C'est dans cet ouvrage que l'on trouve une des premières mentions de la malédiction des années 14.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]