Croix (christianisme)

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Le Christ, identifié à la croix elle-même

La croix est aujourd'hui le symbole principal du christianisme. Considérée comme l'image de la crucifixion du Christ, elle appartient à une symbolique à la fois plus ancienne et universelle.

Le signe de croix, qui consiste à tracer une croix sur son front avec un ou plusieurs doigts, ne semble pas attesté avant l'époque de Tertullien.

Les représentations chrétiennes de la croix n'apparaissent qu'à partir du IVe siècle, après l'avènement du christianisme dans l'Empire romain, sous le règne de Constantin le Grand.

Histoire[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Croix, Ichthus, Chrisme et Édit de Milan.

La forme de la croix[modifier | modifier le code]

Par tradition, l'iconographie chrétienne représente la croix de la Crucifixion comme un "+" allongé, dont la barre verticale est plus longue que la transversale : la croix latine. Cependant, les Franciscains figurent cette croix sous la forme d'un "T" majuscule, le Tau grec. Les historiens ne peuvent affirmer avec certitude laquelle de ces deux formes correspond le mieux à la croix où Jésus de Nazareth fut mis à mort.

Un symbole universel[modifier | modifier le code]

L’image de la croix est antérieure de plusieurs siècles à Jésus de Nazareth[1]. Mircea Eliade rappelle son caractère universel ; on la retrouve entre autres dans les civilisations mésopotamiennes, élamites, amérindiennes[2]... Elle n'a pas obligatoirement une fonction religieuse : Eliade ajoute que, aujourd'hui encore, la croix peut aussi servir de signature à des illettrés.

La croix comme symbole chrétien[modifier | modifier le code]

La croix, image d'une mort humiliante, n'appartient pas aux premiers symboles du christianisme. Ceux-ci se limitent à quelques dessins ayant valeur de symbole, tels que le poisson (IXΘYΣ, ichthus[3]), l'ancre (qui évoque la croix mais sans oser la figurer explicitement) ou encore des symboles issus de l'iconographie romaine, comme la palme ou le laurier[4].

Sir Wallis Budge écrit : “La croix ne devint pas le principal emblème et symbole de la chrétienté avant le IVe siècle[5]", ce que confirme Michael Gough : "La croix, qui symbolisait la honte de l'exécution publique ('un scandale pour les incroyants'), n'apparaît dans l'art religieux qu'au IVe siècle[6]."

Le triomphe de la croix[modifier | modifier le code]

Une des premières représentations du Christ en croix, dans les évangiles de Rabula

C'est au IVe siècle que la croix perd son caractère infamant pour devenir le symbole du christianisme triomphant.

La veille de la bataille du pont Milvius, Constantin le Grand, selon la légende, voit dans le ciel une lumière éblouissante en forme de croix ainsi que les mots : « Tu vaincras par ce signe. » L’ayant adoptée comme emblème pour son armée, il gagne une série de victoires décisives qui font de lui le seul maître de l’Empire romain. Lorsque Constantin reconnaît le christianisme, la croix devient le symbole de l’Église. Progressivement, elle orne les monuments religieux, est érigée au sommet des collines et des montagnes, aux carrefours et sur les places publiques.

J. Hall écrit : “Après la reconnaissance de la chrétienté par Constantin le Grand, les chrétiens ne craignent plus les persécutions et, encore plus à partir du Ve siècle, la croix commence à être représentée sur des sarcophages [cercueils de pierre], des lampes, des coffrets et d’autres objets[7].”

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En sens inverse, la croix est utilisée dès le début par les adversaires des chrétiens pour les tourner en dérision : exposé au musée du Palatin, un graffiti du IVe siècle représente un âne crucifié surplombant la mention "Alexamenos adore Dieu". Il s'agit à ce jour de la plus ancienne représentation de la Crucifixion[8].

Sens symbolique[modifier | modifier le code]

Signe de croix[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Signe de croix.

Dès l'époque de Tertullien, le fait de tracer une croix sur le front, en guise de protection et en signe d'appartenance à la communauté chrétienne, a une valeur rituelle[9].

Initialement tracé sur le front avec le pouce, ce geste a évolué au fil du temps et des schismes qui ont séparé les Églises chrétiennes.

Il reste le signe d'affirmation des chrétiens orthodoxes et catholiques lorsqu'ils l'esquissent sur leur corps. Pour les catholiques, ce geste, répété au cours de chaque messe, équivaut à une profession de foi qui symbolise leur appartenance au "corps du Christ" qu'est l'Église. Les liturgies orthodoxes sont ponctuées de nombreux signes de croix qui s'effectuent de droite à gauche et non de gauche à droite comme chez les latins.

En ce qui concerne les Églises protestantes, les courants issus de la Réforme l'utilisent avec parcimonie. Son usage est plus répandu dans les courants luthériens et anglicans High Church.

Croix monumentale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Croix monumentale.

Il existe de nombreuses sortes de croix : grecque, latine, celtique, potencée, gemmée…

La plus fréquente dans l'Église catholique est la croix latine, qui forme la base du crucifix. La messe ne peut avoir lieu que si un crucifix est présent sur ou à côté de l'autel. La croix est portée lors des pèlerinages, des rassemblements et des cérémonies religieuses.

Dans l'Église orthodoxe c'est la croix grecque qui est la plus représentée. En particulier chez les Serbes et les Russes, on ajoute une barre horizontale en bas de la barre verticale. Cette barre symbolise le lien entre les pécheurs et le Christ sauveur. Elle est penchée vers la gauche (côté du mauvais larron qui n'est pas sauvé), son côté droit étant plus haut (côté du bon larron sauvé par le Christ) . La croix arménienne représentée dans les monuments a une forme fleurée, et est nommée khatchkar.

Crucifix[modifier | modifier le code]

Crucifix d'église

Le crucifix est une croix portant le corps du Christ après sa mort, montrant les plaies aux mains, aux pieds et au flanc. Chez les protestants, la croix huguenote est représentée sans le corps du Christ, car elle symbolise la résurrection, et non la mort du Christ.



Plan d'église[modifier | modifier le code]

Jusqu'au IVe siècle, l'architecture des églises chrétiennes reste rudimentaire et ne suit pas de schéma défini. Avec l'avènement officiel du christianisme, les constructions adoptent le plan basilical rectangulaire des édifices civils de l'Empire, puis évolue de plus en plus vers la forme de la croix[10].

La forme de croix latine est fréquente dans l'architecture des églises et chapelles catholiques. L’empreinte de l’édifice au sol reprend le schéma rectangulaire du plan basilical tout en l'adaptant au tracé de la croix : la nef correspond à la poutre verticale, le transept à la traverse, le chœur à l'intersection.

L'église à croix inscrite est la forme architecturale a dominé dans l'Empire byzantin. Les premières églises à croix inscrite furent probablement construites au VIIIe siècle et la forme est toujours en utilisation dans l'Église orthodoxe.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archæology of the Cross and Crucifix article de la Catholic encyclopedia
  2. "The cross is everywhere : in pre-vedic civilization ; in the Elamite world and Mesopotamian iconography, in the vast area of Aryan migrations and the cultures to which they gave birth, in China, in pre-Colombian and American Indian civilizations, among nonliterate people who are our contemporaries." Mircea Eliade dir., The Encyclopedia of Religion, Cross (J. Ries), t. 4, 1987, col.155-65.
  3. Le livre Records of Christianity indique : “La croix n’était pas franchement employée dans la décoration des églises. […] Le premier symbole du Christ a été le poisson (IIe siècle) car en grec « poisson » s'écrit : IXΘYΣ, ou ichthus, acronyme dont les lettres constituent les premières lettres de Iêsous Christos Theou Uios Sôtêr, c’est-à-dire Jésus Christ, Fils de Dieu et Sauveur.”
  4. Michael Gough, directeur de l'Institut britannique d'archéologie d'Ankara, in La Grèce et Rome, Marcel Brion dir., Imprimerie des arts et manufactures, 1974, p. 371.
  5. In Amulets and Talismans.
  6. Michael Gough, in La Grèce et Rome, op. cit., p. 364.
  7. J. Hall, Dictionary of Subjects & Symbols in Art.
  8. Michael Gough, in La Grèce et Rome, op. cit., p. 364. Michael Gough indique que "Alexamenos était sans doute un esclave, que ses compagnons raillaient parce qu'il était chrétien".
  9. Tertullien écrit : “A chaque pas, à chaque mouvement, en rentrant et en sortant, en revêtant nos vêtements ou en mettant nos chaussures, au bain, à table, quand on allume les lampes, en nous couchant, en nous asseyant, à toute occupation, nous marquons nos fronts du signe de la croix." De corona mil., c. III.
  10. Michael Gough, in La Grèce et Rome, op. cit., p. 359 sq.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marcel Brion dir., La Grèce et Rome, Imprimerie des arts et manufactures, 1974
  • (en) David W. Chapman, Ancient Jewish and Christian perceptions of crucifixion, éd. Mohr Siebeck, 2008, extraits en ligne
  • Jérôme Cottin, Jésus-Christ en écriture d'images: premières représentations chrétiennes, Labor et Fides, 1990
  • Jean-Marc Prieur, La Croix : représentations théologiques et symboliques, Labor et Fides, 2004

Articles connexes[modifier | modifier le code]