Abbaye de Clairvaux
L'ancienne abbaye de Clairvaux située à Ville-sous-la-Ferté, dans le département de l'Aube, région Champagne-Ardenne, à 15 km de Bar-sur-Aube, était un monastère cistercien fondé en 1115 par Bernard de Clairvaux et quelques compagnons, envoyés par Étienne Harding, abbé de Cîteaux. La personnalité de saint Bernard lui donna un rayonnement considérable. Avec La Ferté, Pontigny, et Morimond elle forme le groupe des quatre filles « majeures » (premières fondations) de Cîteaux, toute première abbaye de l'ordre cistercien.
Elle est supprimée lors de la Révolution française (1789). En 1804, ses bâtiments sont transformés en une institution pénitentiaire française, la maison centrale de Clairvaux.
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Histoire[modifier]
Au moment de la fondation de Morimond, des pourparlers semblent être en cours pour une nouvelle fondation qui serait située sur les terres de Hugues de Troyes, comte de Champagne, dans le diocèse de Langres.
C'est ainsi que l'abbaye de Clairvaux (clara vallis) a été fondée en juin 1115 par le moine cistercien Bernard de Clairvaux qui a été canonisé quelques années après son décès. Le terrain réservé à l'implantation de l'abbaye fut choisi avec précaution dans une clairière isolée, le Val d'Absinthe : il fallait de l'eau et du bois. Ce terrain offert par un proche parent de Bernard comprenait ces éléments essentiels à l'organisation d'une abbaye cistercienne. En effet, les cisterciens se doivent de respecter la règle de saint Benoît qui stipule la vie en autarcie et le respect du vœu de stabilité (enfermement).
De fait, l'architecture cistercienne, tant à Clairvaux qu'à Fontenay par exemple, répond à ces nécessités. Il y a des bâtiments de vie (bâtiments des moines et des convers), des communs (moulins, cuisines, etc.) et l'abbatiale réservée à la prière. Les bâtiments se regroupaient autour du cloître. L'abbaye de Clairvaux était ainsi organisée d'après les sources écrites et autres vues cavalières et cela jusqu'au XVIIIe siècle.
Au XVIIIe siècle, la communauté monastique de Clairvaux est restée prospère avec ses 20 000 hectares de forêts, de vignes et de terres labourables. Désirant plus de confort, elle décide en 1708 de démolir une grande partie des bâtiments médiévaux et reconstruire une abbaye monumentale de style classique[3]. Le bâtiment des convers est cependant conservé, car il était devenu, entre-temps, une grange. Ce bâtiment des convers date du XIIe siècle et il est caractéristique de l'architecture cistercienne : le premier niveau comprenait un cellier et un réfectoire parfaitement identifiable de nos jours ; le deuxième niveau était occupé par le dortoir. L'ensemble respecte parfaitement la notion de l'art cistercien définie par saint Bernard : la sobriété par opposition à ce qui se pratiquait alors à Cluny. Ce bâtiment des convers fait aujourd'hui environ 70 mètres de long sur 15 de large et comprend trois nefs de douze travées. Il fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 26 octobre 1981 (d'autres parties de l'abbaye bénéficient de protections supplémentaires aux monuments historiques : inscription en 1994 et 1997, classement en 1999)[4] et appartient au ministère de la culture depuis 2003. Des restaurations sont en cours.
Pour les autres bâtiments visibles au grand public, nous pouvons mentionner : le grand cloître d'architecture classique, bâtiment réservé aux moines du XVIIIe siècle. Il appartient également au ministère de la culture.
En 1789, l’abbaye devient bien national à la suite du décret du 2 novembre 1789 qui met les biens de l’Église à la disposition de la Nation. Elle est mise en vente [Pourquoi ?] et, en 1792, des industriels achetèrent le site pour y installer leurs ateliers (une verrerie fut ainsi installée dans l'abbatiale). Ces industriels firent banqueroute et le site racheté par l'État pour en faire une prison en 1808.
Prison centrale de Clairvaux[modifier]
Le centre pénitentiaire de Clairvaux est un établissement pour peine établi sur le site de l'abbaye de Clairvaux depuis 1804[5].
La transformation d'abbayes en prisons au XIXe siècle est courante (le Mont-Saint-Michel, Fontevraud etc.) et est liée à la réforme du système pénal qui instituait une nouvelle peine, la privation de liberté instituée par Napoléon Ier en 1808. Les abbayes, avec leurs murs d'enceinte et leurs cellules, semblaient alors idéales. De plus, les populations locales trouvaient ainsi un substitut à la communauté religieuse qui leur avait procuré jusque-là une certaine aisance économique[6].
L'ensemble de l'abbaye fut ainsi occupé par la prison : le bâtiment des convers devint prison de femmes puis manufactures (notamment de textile), les entrepreneurs locaux utilisant la main-d'œuvre carcérale ; le grand cloître fut voué à la grande détention masculine, notamment les insoumis de la Grande Armée dès 1812, année au cours de laquelle l'abbatiale fut vendue comme carrière à pierres pour honorer des dettes. Le directeur de la prison fut révoqué suite à cela, car il n'y avait plus de lieu de culte pour les détenus. En 1847, la prison manufacture connaît un grand scandale qui révèle que sept cents détenus ont trouvé la mort en trente mois en raison de mauvaises conditions d'incarcération (nourris au pain dont la mie est blanchie à la chaux [réf. souhaitée] [Pourquoi ?], typhus, etc.) et de travail[7].
La prison accueille 2700 condamnés pendant le XIXe siècle, dont Claude Gueux dont s'inspira Victor Hugo. Une loi de 1875 rendant obligatoire la cellule individuelle, l’administration pénitentiaire installe par manque de moyens des « cages à poules » (grillages entourant des lits le long d'un couloir) utilisées jusqu’en 1970[8].
Le centre de détention est hébergé dans des bâtiments du XVIIIe siècle mais la maison centrale proprement dite bénéficie d'immeubles modernes bâtis en 1971 à l’emplacement de l’ancienne abbatiale alors que dans les bâtiments historiques se sont installés des services du ministère de la justice et surtout du ministère de la culture dont les bâtiments sont ouverts toute l'année aux visites[3].
Références[modifier]
- (la) Leopold Janauschek, Originum Cisterciensium : in quo, praemissis congregationum domiciliis adjectisque tabulis chronologico-genealogicis, veterum abbatiarum a monachis habitatarum fundationes ad fidem antiquissimorum fontium primus descripsit, t. I, Vienne, Puthod, 1877, 491 p. [lire en ligne (page consultée le 15 mai 2013)], p. 97.
- Relevé sur Google Maps
- Jean-François Leroux-Dhuys, « Clairvaux : de l'abbaye à la prison », émission La Marche de l'Histoire sur France Inter, 12 juin 2012
- Notice no PA00078313, base Mérimée, ministère français de la Culture
- Source : ministère français de la justice
- Jacques-Guy Petit, Ces peines obscures — La prison pénale en France, 1780- 1875, Fayard, 1990, p. 157
- Jean-François Leroux, « Abbaye de Clairvaux », L'Est-Éclair, 18 mai 2011
- Clairvaux : parcours de visite - Le grand cloître des détenus
Voir aussi[modifier]
Bibliographie[modifier]
: ouvrage ou article utilisé comme source pour la rédaction de cet article
- Jacques Berlioz, Saint Bernard en Bourgogne, Lieux et mémoire, Les Éditions du Bien Public, 1990 (ISBN 2-905 441-26-7)
- Gilles Vilain, Jean-François Leroux, L'abbaye de Clairvaux, Éditions Dominique Guéniot ("Itinéraires du patrimoine" n°268), Langres, 2003 (ISBN 978-2-87825-251-4)
- Virginie Bianchi, Jean-François Leroux-Dhuys, Pascal Stritt (photos), Clairvaux, état des lieux, Éditions Dominique Guéniot, Langres, 2011 (ISBN 978-2-87825-500-3)