Les Femmes savantes

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Les Femmes savantes
TRISSOTIN : Faites-la sortir, quoi qu'on die,De votre riche appartement,Où cette ingrate insolemmentAttaque votre belle vie.BÉLISE : Ah ! tout doux, laissez-moi, de grâce, respirer.Les Femmes savantes(gravure de Moreau le jeune)
TRISSOTIN : Faites-la sortir, quoi qu'on die,
De votre riche appartement,
Où cette ingrate insolemment
Attaque votre belle vie
.
BÉLISE : Ah ! tout doux, laissez-moi, de grâce, respirer.
Les Femmes savantes
(gravure de Moreau le jeune)

Auteur Molière
Genre Comédie de mœurs
Nb. d'actes 5 actes en vers
Date de la 1re représentation en français
Lieu de la 1re représentation en français Théâtre du Palais-Royal

Les Femmes savantes est une pièce de théâtre en cinq actes et en alexandrins de Molière, comédie de mœurs notamment sur l'éducation des filles, créée au théâtre du Palais-Royal le .

Résumé[modifier | modifier le code]

La pièce raconte l'histoire d'une famille, où la mère (Philaminte), la belle-sœur de cette dernière (Bélise) et une de ses deux filles (Armande) sont sous l'emprise d'un faux savant aux dents longues (Trissotin). Ce dernier, beau parleur, les subjugue de ses poèmes et savoirs pédants mais, en vérité, s'intéresse plus à l'argent de la famille qu'à l'érudition des trois femmes. Cette situation désole le reste de la famille, à savoir le mari de Philaminte (Chrysale), le frère de ce dernier (Ariste) et la cadette des filles (Henriette) ; mais ces derniers ne s'opposent pas frontalement aux « chimères » des autres femmes de la famille.

Pendant longtemps, Clitandre a courtisé Armande, sœur d'Henriette, mais cette dernière s'est toujours refusée à lui, lui préférant « les beaux feux de la philosophie ». Clitandre est alors devenu amoureux de Henriette, et tous deux veulent se marier.

Dans ce but, ils vont devoir obtenir le soutien de la famille. Chrysale et Ariste sont favorables au mariage. Mais le reste de la famille, c'est-à-dire les trois « femmes savantes », s'y opposent. Philaminte veut qu'Henriette épouse Trissotin, pour asseoir son alliance avec la science et la philosophie. Cette volonté est appuyée par Bélise et Armande. Cette dernière exprime une certaine jalousie que sa sœur convole avec son ancien soupirant.

Chrysale ne veut pas s'opposer fermement aux volontés de son épouse, et il semble que le mariage d'Henriette et Clitandre soit compromis, à l'avantage de Trissotin. Les deux amants tentent alors de s'opposer au philosophe mais aucun ne réussit, jusqu'à ce qu'Ariste parvienne à déjouer la duplicité de Trissotin ; Henriette peut alors se marier avec Clitandre.

Les personnages[modifier | modifier le code]

  • Philaminte, la mère. C'est elle qui dirige la petite « académie » et qui a découvert Trissotin. Parce que celui-ci flatte son orgueil, elle le considère comme un grand savant au point qu'elle pense réellement qu'il peut faire un bon parti pour sa fille. Elle milite également pour la « libération » des femmes et s'attache à diriger la maisonnée, même si c'est en dépit du bon sens.
  • Bélise, la tante. Sœur de Chrysale, c'est une vieille fille qui ne s'est jamais mariée, et l'on devine que c'est en partie par dépit qu'elle a rejoint les « femmes savantes ». Elle se croit cependant irrésistible et s'invente des soupirants ; elle s'imagine en particulier que Clitandre est amoureux d'elle et qu'Henriette n'est qu'un prétexte.
  • Armande, la fille aînée. Autrefois courtisée par Clitandre, elle l'a rejeté et celui-ci est alors tombé amoureux de sa sœur Henriette. Elle prétend que cela la laisse indifférente, mais en fait, elle est jalouse de sa sœur et n'a qu'un but : empêcher les deux amoureux de se marier.
  • Trissotin, un pédant. Bien qu'il se vante d'être un grand connaisseur en lettres et en sciences, il est tout juste bon à faire des vers que seules Philaminte, Bélise et Armande apprécient. Il semble ne s'intéresser aux femmes savantes plus pour leur argent que pour l'érudition de ces dernières. Ce personnage est inspiré de l'abbé Charles Cotin. Les poèmes qu'il lit à la scène 2 de l'acte III sont inspirés de textes présents dans les Œuvres mêlées (1659) et les Œuvres diverses (1663, 1665) dudit abbé.
  • Vadius, un pédant comme Trissotin. Il est tour à tour son camarade et son rival. Sa querelle avec Trissotin sur leurs poèmes respectifs met en relief la petitesse d'esprit de ce dernier. Ce personnage est inspiré du grammairien Gilles Ménage. Une telle dispute est d'ailleurs réellement arrivée entre Charles Cotin et Gilles Ménage à l'époque de l'écriture de la pièce.
  • Chrysale, le père. Il se prétend le maître de la maison et affirme que les femmes ne doivent s'occuper de rien d'autre que des tâches ménagères ; cependant, il a du mal à contredire sa femme quand celle-ci prend ses décisions, notamment sur le renvoi de Martine.
  • Henriette, la fille cadette. C'est la seule femme de la famille qui ne fasse pas partie des « femmes savantes » : à leur galimatias pédant, elle préfère les sentiments qui la lient à Clitandre.
  • Clitandre, le soupirant d'Henriette. Autrefois amoureux d'Armande, il fut éconduit par celle-ci.
  • Ariste, l'oncle. Frère de Chrysale, il n'accepte pas de voir celui-ci se laisser mener par le bout du nez par sa femme, et apporte son soutien à Clitandre et Henriette.
  • Martine, la servante. Au début de la pièce, elle est renvoyée par Philaminte pour avoir parlé en dépit des règles de la grammaire. Elle revient à la fin pour défendre les arguments de Clitandre et d'Henriette.
  • Julien, le valet de Vadius.
  • Lépine, le valet de Trissotin.
  • Le notaire, chargé du mariage.
Acteurs et actrices ayant créé les rôles[1]
Personnage Acteur ou actrice
Chrysale, bourgeois Molière
Philaminte, femme de Chrysale André Hubert[2]
Armande, fille de Chrysale Madame Molière
Henriette, fille de Chrysale Mademoiselle De Brie
Ariste, frère de Chrysale Du Croisy
Bélise, sœur de Chrysale Mlle Hervé
Clitandre, amant d'Henriette La Grange
Trissotin, bel esprit De Brie
Vadius, savant Beauval
Martine, servante Mlle Beauval

Thèmes et interprétation[modifier | modifier le code]

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Bien que la pièce ne traite qu'en partie de l'éducation des femmes, son interprétation a longtemps été réduite à ce seul sujet. Elle a souvent été citée en exemple, notamment au XIXe siècle, pour démontrer qu'il est inutile, voire dangereux, de trop éduquer les filles.

Cette opinion est effectivement émise dans la pièce, mais elle ne résume pas toute sa thématique. Molière la place d'ailleurs dans la bouche de Chrysale, qui, tout en affirmant que les femmes doivent faire la couture et la cuisine et se taire, se montre au début incapable de résister à sa femme lorsqu'elle renvoie Martine et annonce son intention de marier Henriette à Trissotin.

Quant aux « femmes savantes », elles ne sont pas grotesques parce qu'elles veulent s'instruire, mais parce qu'elles croient s'instruire et ne font que fréquenter des pédants sans talent. Chrysale dit ainsi à Bélise dans la scène 7 de l'acte II (v.549-550) : « Si vous songez à nourrir votre esprit, / C'est de viande bien creuse, à ce que chacun dit. ». De son côté, Henriette, qui se vante à plusieurs reprises d'être bête ou sans instruction, connaît depuis longtemps la vraie valeur de Trissotin que ses « savantes » consœurs idolâtrent.

Structure de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Acte I[modifier | modifier le code]

Scène 1
Henriette annonce à Armande son intention d'épouser Clitandre. Armande, après avoir fait part du dégoût que lui inspire le mariage, la met en garde : Clitandre a été son soupirant et il est possible qu'il l'aime encore.
Scène 2
Clitandre intervient : la froideur d'Armande a éteint son amour pour elle et il n'aspire plus qu'à épouser Henriette. Cette dernière répond à son amour et lui enjoint de demander sa main.
Scène 3
Armande s'est retirée de dépit et Henriette conseille à Clitandre de gagner sa mère à leur cause, vu que c'est elle qui dirige la maisonnée. Clitandre sait qu'il devrait la flatter, mais il trouve leurs « études » futiles et ne peut le cacher.
Scène 4
Clitandre rencontre Bélise et tente de lui parler, mais elle s'imagine qu'il lui fait une déclaration d'amour indirecte et ne l'écoute presque pas.

Acte II[modifier | modifier le code]

Scène 1
Ariste fait un court monologue, en s'adressant à lui même, pour dire qu'il soutient Clitandre.
Scène 2
Arrivée de Chrysale sur scène. Ariste tente de lui dire les projets de Clitandre et Henriette mais Chrysale ne l'écoute pas et raconte leur jeunesse.
Scène 3
Ariste en vient à la demande en mariage de Clitandre pour Henriette, mais Bélise intervient pour leur dire qu'ils se trompent et que c'est elle que Clitandre aime ; Ariste n'est pas dupe et Chrysale rappelle qu'elle s'est déjà inventé des soupirants.
Scène 4
Après le départ de Bélise, ils reviennent à la demande en mariage, que Chrysale approuve ; quand Ariste lui conseille d'en parler à sa femme, il réplique qu'elle n'a rien à dire là-dessus et qu'il est le maître de la maison.
Scène 5
La vraie situation du ménage se dévoile quand Martine annonce à Chrysale que Philaminte la chasse.
Scène 6
Accompagnée de Bélise, Philaminte pourchasse Martine, et motive le renvoi de la servante par son mauvais vocabulaire et sa grammaire incorrecte, ce qui est pire à ses yeux que de casser ou de dérober quelque chose.
Scène 7
Au cours d'une discussion, Chrysale éclate de colère et reproche à Philaminte de négliger le bon sens au profit de ses études et de son admiration pour Trissotin.
Scène 8
Le débat se prolonge jusqu'à ce qu'en entendant parler du mariage d'Henriette, Philaminte annonce qu'elle lui a choisi Trissotin pour époux, ce à quoi Chrysale ne sait que répondre.
Scène 9
Quand Ariste reparaît, Chrysale lui avoue sa faiblesse mais prend la résolution de ne plus se laisser dominer par son épouse.

Acte III[modifier | modifier le code]

Scène 1
Apparition de Trissotin et de sa « cour » de femmes savantes.
Scène 2
Henriette apparaît au début de la scène et veut s'écarter, mais Philaminte la retient tandis que Trissotin entame la lecture de ses poèmes ; les femmes savantes font ensuite la description de leur future « académie ».
Scène 3
On voit apparaître Vadius ; après un temps de compliments mutuels, Vadius critique le sonnet de Trissotin, ce qui provoque une querelle entre eux. Finalement, Vadius jure de se venger.
Scène 4
Philaminte annonce à Henriette son intention de la marier à Trissotin.
Scène 5
Armande complimente Henriette, tout en lui rappelant qu'elle doit obéir à sa mère.
Scène 6
Chrysale reparaît et ordonne à Henriette d'accepter Clitandre pour époux, ce qu'elle fait immédiatement. Seule Armande ne se réjouit pas de cette situation.

Acte IV[modifier | modifier le code]

Scène 1
Armande rapporte à Philaminte la scène précédente. Elle en profite pour critiquer Clitandre.
Scène 2
Clitandre apparaît et demande à Armande pourquoi elle le déteste tant. Elle lui reproche de s'être intéressé à Henriette alors qu'elle aurait voulu qu'il continue de l'aimer platoniquement. Clitandre affirme que ce n'est pas tant lui qui est allé s'intéresser à Henriette qu'Armande qui l'a repoussé de sa froideur. Philaminte conclut en rappelant que de toute façon, Henriette est promise à Trissotin.
Scène 3
Au bout d'un moment, Clitandre et Trissotin se livrent à une joute verbale sur les mérites de la science.
Scène 4
Julien, valet de Vadius, apporte à Philaminte une lettre de son maître dans laquelle ce dernier lui affirme que Trissotin n'en veut qu'à ses richesses, et les œuvres d'Horace, Virgile, Térence et Catulle, dans lesquelles Vadius a noté en marge tous les endroits pillés par son rival. Mais elle décide de faire venir le notaire pour conclure immédiatement le mariage d'Henriette et de Trissotin.
Scène 5
Averti des projets de Philaminte, Chrysale décide de contrecarrer les plans de son épouse.

Acte V[modifier | modifier le code]

Scène 1
Henriette rencontre Trissotin en privé et lui demande de renoncer au mariage ; mais Trissotin s'entête, prétextant qu'il est fou amoureux d'elle.
Scène 2
Chrysale arrive accompagné de Martine, et réaffirme sa volonté d'être le maître de la maison tout en demandant à être soutenu.
Scène 3
Philaminte et les femmes savantes font venir le notaire ; Chrysale et Philaminte nomment chacun un époux différent pour Henriette, et Martine défend le choix de Chrysale.
Scène 4
Le coup de théâtre final est donné par Ariste : il annonce à Philaminte qu'elle a perdu son procès et que Chrysale est ruiné. Apprenant cela, Trissotin tente de renoncer au mariage, car son seul objectif était l'argent des parents d'Henriette ; il tombe en disgrâce auprès de Philaminte, qui finit par comprendre son véritable but. Ariste révèle alors qu'il a menti pour amener Trissotin à se trahir. Le mariage de Clitandre et Henriette est conclu.

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Je consens qu'une femme ait des clartés de tout,
Mais je ne lui veux point la passion choquante
De se rendre savante afin d'être savante;
Et j'aime que souvent aux questions qu'on fait,
Elle sache ignorer les choses qu'elle sait;
De son étude enfin je veux qu'elle se cache,
Et qu'elle ait du savoir sans vouloir qu'on le sache,
Sans citer les auteurs, sans dire de grands mots,
Et clouer de l'esprit à ses moindres propos. » (Clitandre, acte Ier, scène 3)
  • « Un amant fait sa cour où s'attache son cœur,
Il veut de tout le monde y gagner la faveur;
Et, pour n'avoir personne à sa flamme contraire,
Jusqu'au chien du logis il s'efforce de plaire. » (Henriette, acte Ier, scène 3)
  • « Qui veut noyer son chien, l'accuse de la rage,
Et service d'autrui n'est pas un héritage. » (Martine, acte II, scène 5)
  • « Quand on se fait entendre, on parle toujours bien. » (Martine, acte II, scène 6)
  • « Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire ?
— Qui parle d'offenser grand'mère ni grand'père ? » (dialogue entre Martine et Bélise, acte II, scène 6)
  • « Je vis de bonne soupe, et non de beau langage.
Vaugelas n'apprend point à bien faire un potage,
Et Malherbe et Balzac, si savants en beaux mots,
En cuisine peut-être auraient été des sots. » (Chrysale, acte II, scène 7)
  • « Nous serons par nos lois les juges des ouvrages.
Par nos lois, prose et vers, tout nous sera soumis.
Nul n'aura de l'esprit, hors nous et nos amis.
Nous chercherons partout à trouver à redire,
Et ne verrons que nous qui sache bien écrire. » (Armande, acte III, scène 2)
  • « Il nous faut obéir, ma sœur, à nos parents,
Un père a sur nos vœux une entière puissance. » (Henriette, acte III, scène 5)
  • « J'ai cru jusques ici que c'était l'ignorance
Qui faisait les grands sots, et non pas la science.
— Vous avez cru fort mal, et je vous suis garant,
Qu'un sot savant est sot plus qu'un sot ignorant. » (dialogue entre Clitandre et Trissotin, acte IV, scène 3)
  • « Cette amoureuse ardeur qui dans les cœurs s'excite,
N'est point, comme l'on sait, un effet du mérite :
Le caprice y prend part, et quand quelqu'un nous plaît,
Souvent nous avons peine à dire pourquoi c'est. » (Henriette, acte V, scène 1)
  • « Voici l'homme qui meurt du désir de vous voir.
En vous le produisant, je ne crains point le blâme
D'avoir admis chez vous un profane, Madame :
Il peut tenir son coin parmi de beaux esprits. » (Trissotin, acte III, scène 3)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Œuvres complètes de Molière, Paris, Baudouin, 1827, VI, p. 112.
  2. Hubert joua ce rôle travesti le 11 mars 1672 et puis, après 1673, les rôles de Bélise et d'Ariste (Henri Augustin Soleirol, Molière et sa troupe, Paris, Chez l'auteur, 1858, ad nomen, p. 95).