Foi chrétienne

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La foi du chrétien (catholique, orthodoxe et d'une partie des protestants) est contenue de manière synthétique et dogmatique dans les différentes versions du credo (« je crois » en latin). Le credo (deux versions principales symbole de Nicée-Constantinople et symbole des apôtres) est un texte de plusieurs dizaines de phrases qui exprime successivement la foi :

  • En l'Esprit saint (divergences de définitions entre catholiques et orthodoxes), l'Église (entendue comme spirituelle chez les protestants et incarnée par l'Église chez les catholiques et orthodoxes), la communion des saints (idem), à la vie éternelle... (Bonne Nouvelle ou pertinence actuelle du message du Christ)

Mais « je crois en Dieu » ne se réduit pas à « Dieu existe » ou « je crois à l'existence de Dieu ». En effet, « je crois en Dieu » implique successivement :

  • Je crois en l'existence de Dieu.
  • Je crois et j'acquiesce au plan de Dieu dans ma vie (en latin la phrase est construite par credo in + acc. qui suppose une mise en mouvement, donc une interaction réciproque). La foi du chrétien affirme être une rencontre personnelle avec Jésus-Christ et une expérimentation de sa parole et de l'Église comme édifiante, salvatrice et source de paix.

La foi dans la Bible[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Bible, Ancien Testament et Nouveau Testament.

On traitera ici de la foi dans l'Ancien Testament et dans le Nouveau Testament (livres propres aux chrétiens).

Le mot « foi », dans la Bible, est l'un des mots utilisés pour décrire l'attitude de l'homme devant Dieu. Il est traduit par le latin fides et le grec pistis qui ont le sens premier de « confiance », et ne sont donc pas des mots du vocabulaire religieux, ni du vocabulaire de la croyance. Ces mots sont eux-mêmes la traduction de termes hébreux qui dérivent de la même racine aman, un radical qui évoque la solidité, la fermeté. La foi biblique est donc d'abord affaire de confiance en Dieu, avant de concerner une croyance ou un contenu dogmatique : voir par exemple 1 Samuel 3,20.

Dans les Évangiles, Jésus compare le croyant à un homme qui construit sa maison sur le roc et qui lui confère ainsi un caractère vraiment indestructible. Il donne à Simon, le premier disciple à reconnaître en lui le Messie et fils de Dieu, le surnom de « Pierre », allusion à la foi qui fait de lui un roc.

Pour caractériser la relation du croyant à son Dieu, la Bible n'utilise pas, dans ses traductions grecques et latines, le mot de religio qui est habituellement employé dans le monde antique (et qui insiste sur l'observance des rites, l'obéissance aux commandements et le respect scrupuleux des coutumes). Elle marque de cette manière le caractère profondément original de l'attitude croyante en Israël : le croyant n'est pas celui qui croit que Dieu existe, mais qui croit EN Dieu, formulation reprise à dessein dans les symboles de foi chrétiens et sur laquelle reviendra Saint Augustin. Cette foi se vérifie dans la vie quotidienne, par l'observation des commandements. Elle donne la certitude de la réalité de Dieu et de sa vérité.

Pour parler de la foi, plutôt que des énoncés théoriques, on trouvera dans la Bible des récits : le modèle du croyant est ainsi Abraham, que la foi-confiance en Dieu poussera à quitter son pays et à sacrifier son fils. Un autre modèle est Job, qui conserve la foi malgré la souffrance injuste dont il est victime.

Le Nouveau Testament propose, lui aussi, un modèle de croyant : Jésus, dont Paul nous dit dans la Lettre aux Galates que, par sa foi, il est l'auteur de notre salut. Le geste dans lequel Jésus manifeste ce qu'est la foi est l'offrande qu'il fait de sa propre vie, dans un acte de confiance totale en Dieu. La foi est ainsi, pour les Écritures chrétiennes, le lieu du salut de l'humanité. La foi n'est pas innée selon Paul, « elle vient de ce que l'on entend et on entend par une parole du Christ » (Romains 10:17) [1]

Une définition, sous forme de parallélisme, est proposée dans la lettre de Paul aux Hébreux (Ch11, v1) comme suit : La foi est la garantie de ce qu'on espère (la solide confiance en ce qu'on espère), la preuve de réalités qu'on ne voit pas[1]. Paul montre ensuite, en citant de nombreux exemples du passé d'Israël, qu'une foi vivante pousse à l'action, quelles que soient les difficultés, l'opposition, les menaces, les tortures, voire la mort.

L'apôtre Jacques (Ch4 v26)[1]précise quant à lui que « la foi sans œuvres est morte ».

Un autre modèle de croyante est Marie, mère de Jésus, qui a cru, la première, en la réalisation de la promesse qui lui était faite par l'ange Gabriel.

La foi biblique, si elle concerne d'abord la confiance en Dieu, n'exclut nullement la dimension de connaissance des réalités divines. Cette connaissance se situe simplement dans le contexte plus fondamental d'une relation inter-personnelle à Dieu.

Fondements de la foi chrétienne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Credo (religion).

Il est très difficile de définir la foi chrétienne de manière unique tant les courants du christianisme sont divers. Le point commun des différents mouvements chrétiens est la reconnaissance que Jésus est le fils de Dieu.

Outre le credo, le catholicisme définit la foi par la tradition qui englobe les Écritures et les traditions pratiques, tandis que le protestantisme se contente des Écritures (sola scriptura).

Les premiers textes canoniques que possèdent les chrétiens concernant la nécessité de la foi en Jésus-Christ ressuscité, sont les épîtres de saint Paul notamment celles aux Galates et aux Romains (Rm 10. 9 notamment). Il est possible de dater, en effet, leur écriture entre l'an 49 et 58 de notre ère, soit moins de trente ans après la passion du Christ. Parmi les textes de Paul, il nous faut citer également la première Épître aux Corinthiens (I Co 13) qui place la foi parmi les trois vertus théologales, soit celles qui, étymologiquement, nous "parlent" de Dieu et donc nous conduisent vers Lui.

Ensuite, les évangiles, écrits entre l'an 70 et 100 de notre ère environ, sont le témoignage de la vie de Jésus-Christ, de sa mort et de sa résurrection. On y trouve la nécessité de croire en Dieu le Père (Mc 12. 29-30) [2].

Les fondements de la foi chrétienne ont été formalisés vers les IIe et IIIe siècles, par les Pères de l'Église. On peut citer, pour les principaux : Irénée de Lyon (le canon de la Bible incluant l'Ancien Testament et les quatre évangiles canoniques, ainsi que les épîtres), et Origène (interprétation des textes selon les quatre sens des Écritures, et prière Lectio divina).

Le pape Jean-Paul II a publié le 14 septembre 1998 une encyclique sur les rapports entre la foi et la raison : Fides et Ratio. Elle met l'accent sur l'importance des philosophies présentant une ouverture métaphysique pour assurer une fonction de médiation dans l'intelligence de la Révélation, selon la théologie de saint Thomas d'Aquin.

Rapports entre la foi et la grâce[modifier | modifier le code]

Les relations entre foi et grâce ont été beaucoup discutées dans les débats théologiques. En elle-même, la foi est comprise comme étant une grâce, c'est-à-dire une faveur divine.

On dit que Marie avait une si grande foi qu'elle fut « comblée de grâce ». Les religieux et les fidèles en général recherchent la grâce divine comme instrument de leur salut, grâce qu'il ne faut pas confondre avec l'expérience mystique.

Parmi les théologiens qui ont débattu de la grâce et ses rapports avec la foi, il y a Augustin d'Hippone, Jean Cassien et Jean Calvin. L'Église catholique retient la doctrine augustinienne de la grâce.

Dans l'Épître aux Éphésiens, l'apôtre Paul de Tarse considère la foi comme « le moyen » permettant d'obtenir la grâce divine : « Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu ».

Foi et communion[modifier | modifier le code]

Article détaillé : communion.

La foi chrétienne est ensuite avant tout communautaire[3]. Elle n'est pas un acquis mais l'objet d'une éducation permanente dont la catéchèse est l'élément central (cf. Directoire général de la catéchèse). Elle naît de la prédication (Saint Paul) et meurt si elle n'est pas transmise.

  • Elle peut être enseignée dès l'enfance (éducation chrétienne familiale) et mûrit alors depuis la réception du baptême puis tout au long de la vie.
  • Elle peut naître adulte et être alors éduquée dans le cadre du catéchuménat. L'approfondissement de la foi chrétienne est alors validé dans le scrutin du catéchuménat appelé « redditio symboli » ce qui se veut dire en français « proclamation du symbole des apôtres (ou credo) ».

La foi dans l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours[modifier | modifier le code]

« Or, la foi, c'est l'assurance des choses qu'on espère, la démonstration de celles qu'on ne voit pas » (Hébreux 11:1).

Le pivot de la foi du point de vue du mormonisme est Jésus-Christ.

Les principes de base concernant la foi sont énoncés dans les articles de foi.

Rapports entre la foi et la raison[modifier | modifier le code]

Article détaillé : foi et raison.

Frédéric Morren, Professeur émérite de la Faculté des Sciences Appliquées de l'Université catholique de Louvain, rappelant la distinction faite par Emmanuel Kant entre raison pure et raison pratique, estime qu'elle permet de faire la distinction entre ce qu'il nomme le rationnel et le raisonnable et cite à ce sujet le philosophe wallon Jean Ladrière, pour qui «le rationnel, c'est ce qui est pensable selon les catégories de la pensée scientifique. Le raisonnable, c'est ce qui est assignable comme finalité conformément aux impératifs de la raison pratique, c'est-à-dire de l'ordre moral (en tant qu'il constitue la finalité de la volonté libre) [4] .» et pour qui « Il est essentiel de rappeler cette distinction entre le rationnel et le raisonnable car la culture moderne est marquée par la tentation permanente de rabattre le raisonnable sur le rationnel » [5].» Frédéric Morren poursuit : « Cette distinction est aussi une exigence pour le chrétien. En effet, tout chrétien sait (ou devrait savoir !) que l'adhésion de foi repose sur trois piliers, la grâce, la volonté libre et la raison. » [6].» Il cite ensuite Joseph Malègue qui, pour lui, a excellemment réuni ces trois composantes en une élégante formule: « Si la foi est par grâce vertu aidée, elle est de par la volonté vertu libre et elle est de par la raison vertu fondée[7].» Dans sa monumentale histoire des théologies de l'Acte de foi, rééditée plusieurs fois de 1945 à 1970, le théologien Roger Aubert, après avoir regretté la formation insuffisante de Jacques Rivière sur cette question, écrit « Il en va tout autrement de l'œuvre de Malègue [qui] (...) apparaît comme bien peu théologique, puisqu'elle comporte en majeure partie... un gros roman. Mais ce roman Augustin ou Le Maître est là retrace la vie d'un jeune intellectuel catholique qui perd la foi (...) : toute une conception de la nature de la foi et de ses éléments constitutifs se dégage de cette histoire vivante [8]...» Roger Aubert cite ensuite le passage suivant de l'ouvrage de Joseph Malègue Pénombres : « Les dépassements intellectuels que ce mot Foi implique devront être eux-mêmes pesés, critiqués, repensés, acceptés par l'intelligence. C'est une main de souveraine qu'elle passe, quand elle juge bon de passer la main. Comment en serait-il autrement? S'imagine-t-on pouvoir connaître Dieu d'une connaissance tricheuse et à bon marché. Et comment l'esprit serait-il dispensé d'appliquer à cette recherche difficile la probité de regard, les forces de pénétration et de sincérité qu'en d'autres champs intellectuels il utilise jusqu'à leur extrême tension? Et de quelle autre manière la Foi pourrait-elle « rendre raison de son espérance»? D'inexorables textes classiques nous en avertissent : « Le plus grand dérèglement de l'esprit c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient [9].» Il ne faut pas se lasser de citer ces lignes illustres où Bossuet ne fait que répéter des affirmations non moins célèbres de saint Augustin et de saint Thomas[10]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Référence[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Modèle:La Bible Osty
  2. Catéchisme de l'Église catholique, § 202
  3. Joseph Ratzinger les principes de la théologie catholique § 1 Structure et contenu dans la foi chrétienne
  4. Le Développement intégré, Ciaco, Louvain-la-Neuve,, 1987, p.21.
  5. Le Développement intégré, p.22.
  6. Frédéric Morren, De la diversité des modes d'exercice de la raison in Connaître, Cahiers de l'Association Foi et culture scientifique, juillet 2002, pp. 6-13, p. 7.
  7. Joseph Malègue, Vertu de foi et péché d'incroyance, in Pénombres, Spes, Paris 1939, pp. 77-155, p. 79.
  8. Roger Aubert, Le problème de l'acte de foi, Walry, Louvain, 1945, p.631
  9. œuvres complètes de Bossuet F. Lachat Paris, Librairie de Louis Vivès Éditeur rue Delambre 5, 1862 Volume XXIII De la Connaissance de Dieu et de soi-même Chapitre I De l'âme Paragraphe XVI : Ce que c'est que bien juger; quels en sont les moyens, et quels les empêchements, p. 79.
  10. J. Malègue, Vertu de foi et péché d'incroyance.

Sources[modifier | modifier le code]