Union libre

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L'union libre est une union amoureuse librement engagée entre deux personnes, en l'absence de régulation par la loi et sans aucune reconnaissance civile ou religieuse.

Concept[modifier | modifier le code]

Le terme est utilisé depuis la fin du XIXe siècle pour décrire une relation librement contractée qui rejette le mariage, perçu comme une forme d'esclavage social, surtout pour les femmes.

L'union libre n'est pas que le rejet du mariage, même si la critique du mariage (et la notion d'esclavage) est au centre de cette démarche. Selon ce concept, l'union libre d'adultes est une relation légitime qui devrait être respectée.

Une grande partie de la tradition de l'union libre est un produit de l'anarchisme civique, qui recherche la non-ingérence de l'État ou de l'Église dans les relations humaines.

Distinction entre concubinage et union libre[modifier | modifier le code]

L'union libre n'est pas une notion présente dans le droit français : elle ne fait l'objet d'aucun texte, ni pour l'autoriser expressément, ni pour la définir, ni pour l'interdire, ni même pour lui attacher un quelconque droit particulier.

En France, toute personne majeure non engagée par le mariage ou par un contrat de PaCS est donc libre de vivre avec toute autre personne majeure, ou même avec plusieurs personnes, engagée(s) ou non, et d'entretenir avec ces personnes toutes formes de relations, y compris sexuelles, dès lors que celles-ci font l'objet d'un consentement mutuel. Cet état de fait peut être qualifié d'« union libre » mais personne ne peut s'en prévaloir ou exiger un quelconque avantage sur ce fondement.

Le concubinage, au contraire, fait l'objet d'une définition plus restrictive et bénéficie d'un régime juridique, social et fiscal (toutefois fort limité).

Opposition de l'Église catholique[modifier | modifier le code]

Contrairement à une opinion commune, un catholique divorcé vivant en union libre n'est pas excommunié. En revanche, l'Église considère que « son état et sa condition de vie contredisent objectivement l'union d'amour entre le Christ et l'Église, qui est signifiée et mise en œuvre dans l'Eucharistie »[1], et donc qu'il ne peut communier ; de même, le divorcé vivant en union libre ne peut être absous par le sacrement de pénitence, car l'absolution requiert un repentir sincère et une ferme intention de s'amender, condition qui ne peut être remplie tant que l'union libre existe.

Historique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Liberté sexuelle et anarchisme.

Contrat de mariage par devant nature[modifier | modifier le code]

En septembre 1787, « Contrat de mariage par devant nature » est le titre d'un conte adressé par Sylvain Maréchal à Lucile Duplessis (la future femme de Camille Desmoulins), alors âgée de dix-sept ans et dont il est amoureux : « Là, sans prêtres et sans notaire, / Sur un autel de gazon frais. / Au milieu d'un bois solitaire, / Ils s'unirent à peu de frais. »[2],[3],[4] Lucile le recopiera dans son Cahier rouge[5]

Le socialiste utopique gallois Robert Owen (1771-1858) qui pourfend le mariage, car lié au principe de propriété, propose une anticipation de l’union libre et utilise également cette expression de « contrat de mariage par devant nature ».

Pour la philosophe et féministe anglaise, Mary Wollstonecraft (1759-1797) : « Le mariage est une affirmation de la suprématie de l'homme sur la femme [...] si j'aime un homme, je veux l'aimer en gardant toute ma liberté »[6].

Le mouvement pour l'amour libre[modifier | modifier le code]

Union libre

« Je crois que votre frère E. s'est trompé lorsqu'il vous répondit que «chez nos camarades, la question de l'union libre a peu d'importance». Au contraire, l'opinion est désormais fixée et l'importance capitale de la liberté complète, absolue de la femme en face du masculin est reconnue chez tous les anarchistes [...] Je puis dire qu'à mon avis la révolution est accomplie, le mariage officiel a virtuellement vécu. Il ne reste qu'à déblayer la voie. »[7]

À la fin du 19e siècle siècle, en Europe et en Amérique du Nord, le mouvement en faveur de l'amour libre combine des idées issues du socialisme utopique avec l'anarchisme et le féminisme, de façon à attaquer la morale sexuelle hypocrite de l'ère victorienne ainsi que les institutions du mariage et de la famille, qui sont vues comme des moyens d'asservir les femmes.

Les défenseurs de l'amour libre promeuvent des unions sexuelles volontaires sans intervention de l'État[8], et affirment le droit au plaisir sexuel pour les femmes aussi bien que pour les hommes. Ils soutiennent parfois explicitement les droits des homosexuels et des prostituées.

Élisée Reclus[modifier | modifier le code]

Fervent partisan de l'union libre, le géographe libertaire Élisée Reclus[9] s’unit, en mai 1870, avec sa seconde compagne, Fanny, en un « mariage sous le soleil ».

Après le décès de Fanny, le 10 octobre 1875 à Zurich, il s'unit librement sans aucune formalité civile ou religieuse avec sa dernière compagne, Ermance Gonini avec qui il passe les trente dernières années de sa vie. Après lecture, un texte est signé par les deux « époux » et leurs seize témoins[10].

Le 14 octobre 1882, « sans permettre à la loi religieuse et civile de s'en occuper »[10], « dans des conditions de vérité où les fiancés n'eurent point à faire de cérémonies civile ou religieuse en l'honneur d'une loi qui leur paraît injuste ou d'un culte qu'ils ne pratiquent point »[11], il assiste à l'union libre de ses deux filles avec des amis de son neveu Paul : Magali avec Paul Régnier et Jeannie avec Léon Cuisinier[12]. À cette occasion, il prononce une allocution dans laquelle sont détaillées ses principales idées sur le mariage et l’éducation des enfants[13] : « Ce n’est point au nom de l’autorité paternelle que je m’adresse à vous, mes filles, et à vous, jeunes hommes qui me permettez de vous donner le nom de fils. Notre titre de parents ne nous fait en rien vos supérieurs et nous n’avons sur vous d’autres droits que ceux de notre profonde affection »[14].

Oppositions conservatrices[modifier | modifier le code]

En 1905, alors qu'Alfred Naquet publie Vers l'union libre[15], les tenants d'une opinion conservatrice réfractaire à toute possibilité de s'unir en dehors des liens du mariage font valoir leurs arguments, de manière parfois particulièrement virulente, comme sous la plume du philosophe George Fonsegrive : « Réduire le mariage au caprice des sens et proclamer la légitimité de l'union libre, c'est détruire la famille, c'est autoriser les plus graves désordres moraux, c'est ramener l'humanité à la promiscuité barbare [...], c'est rétrograder vers l'animalité »[16],[17].

En 1907, Léon Blum publie un essai intitulé Du mariage, dans lequel il fait l’éloge d'une sorte d'union libre des jeunes gens avant le mariage. Il observe que « le mariage n'était pas une institution mauvaise, mais une institution mal réglée et dont on tire un mauvais parti, une institution [...] généralisée à l’excès, convenable à certains cas, à certains moments de la vie, mais non pas à tous »[17].

Citations[modifier | modifier le code]

  • « [...] Anzoleto lui convenait parfaitement ; comme, depuis six ans, il ne s’était pas écoulé un seul jour sans qu’on les vît ensemble, ne cherchant point le mystère, et ne se querellant jamais, on avait fini par s’habituer à leur union libre et indissoluble. » - George Sand, Consuelo (1843).
  • « Le souverain, c’est-à-dire le clergé, ne tolère pas ces unions libres qui abondent malheureusement chez nous. Lorsqu’une fille et un garçon vivent en communauté, la police les guette, les surprend, amène un prêtre et leur inflige la bénédiction nuptiale. » - Edmond About, Rome contemporaine (1861).
  • « Singulière prétention de la part d’un homme [ Goethe ] qui avait craint si longtemps d’enchaîner sa liberté, qui ne se décidait qu’au bout de dix-huit ans à consacrer par le mariage son union libre avec Christiane Vulpius ! » - Alfred Mézières, Une page de la vie de Goethe (1872).
  • « Bien que cette dernière ait vécu en union libre avec un homme respectable, mais de caractère indépendant, c’est une forteresse imprenable pour tous, car elle est vertueuse, oui, mes Révérends, elle est vertueuse ! » - Fiodor Dostoïevski, Les Frères Karamazov (1880).
  • « N'ayant plus de lois, le mariage serait détruit. On s'unirait par penchant, par inclinaison et la famille se trouverait constituée par l'amour du père et de la mère pour leurs enfants. Si par exemple, une femme n'aimait plus celui qu'elle avait choisi pour compagnon, elle pourrait se séparer et faire une nouvelle association. En un mot, liberté complète de vivre avec ceux que l'on aime. Si, dans le cas que je viens de citer, il y avait des enfants, la société les élèverait c'est-à-dire que ceux qui aimeraient les enfants, les prendraient à leur charge. Avec cette union libre, plus de prostitution. » - Ravachol, Les mémoires de Ravachol (dictées à ses gardiens dans la soirée du 30 mars 1892).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Élisée Reclus, Unions libres. Allocution du père à ses filles et à ses gendres du 14 octobre 1882, Paris, Chamerot, 1882, imprimé pour la famille à l'occasion du mariage de ses filles Magali et Jeannie, texte intégral.
  • Armand Charpentier, L'Évangile du bonheur, mariage, union libre, amour libre, P. Ollendorff, 1898.
  • Paul et Victor Margueritte, Mariage, divorce, union libre, Lyon, Société d'éducation et d'action féministes, 1906, texte intégral.
  • André Breton, L'Union libre, 1931.
  • Danièle Huet-Weiller, L'union libre (La cohabitation sans mariage), The American Journal of Comparative Law, voll. 29, n° 2, Cohabitation without Marriage, été 1981, pp. 247-277, texte intégral.
  • Céline Beaudet, D'une théorie de l'amour libre à la mise en pratique de l'union libre. Les « milieux libres » anarchistes (France, 1900-1914), communication au colloque Les socialistes et le mariage, Laboratoire de Démographie historique de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), 5 octobre 2006, texte intégral.
  • Amandine Duvillet, Du péché à l'ordre civil, les unions hors mariage au regard du droit (XVIe-XXe siècle), Sciences Humaines Combinées, n°10, Actes du colloque interdoctoral 2012, 31 août 2012, texte intégral.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Benoît XVI dans Sacramentum Caritatis &29
  2. Jean Bruhat, Gracchus Babeuf et les égaux ou le premier parti communiste agissant, Librairie acadëmique Perrin, 1978, lire en ligne
  3. Edmond Biré, Journal d'un bourgeois de Paris pendant la Terreur, vol. 1, Didier, 1895, page 369.
  4. (it) Erica Joy Mannucci, Finalmente il popolo pensa. Sylvain Maréchal nell'immagine della Rivoluzione francese, Guida Editori, 2013, page 57.
  5. Lucile Desmoulins, Le cahier rouge de Lucile Desmoulins, Georges Lecoq, R. Simon éditeur, 1880, texte intégral.
  6. Bernard Vassor, « 8 mars 2011, 101e anniversaire de la journée internationale des femmes : le droit des femmes et le renouveau du féminisme à la fin du XIX° siècle », sur Autour du Père Tanguy,‎ 7 mars 2010.
  7. Lettre à Mme Clara Mesnil, Bruxelles, 5 janvier 1904, texte intégral..
  8. See, for example, Heywood, Ezra, 1876. Cupid's Yokes: or, The Binding Forces of Conjugal Life: An Essay to Consider Some Moral and Physiological Phases of Love and Marriage, Wherein Is Asserted the Natural Rights and Necessity of Sexual Self Government. Princeton, MA: Co-operative Publishing.
  9. Jean-Didier Vincent, Élisée Reclus, géographe, anarchiste, écologiste, Robert Laffont, 2010, Prix Fémina de l'essai 2010, lire en ligne.
  10. a et b Jacqueline Lalouette, La Libre-pensée en France, 1848-1940, Albin Michel, 2001, texte intégral.
  11. Léo Campion, Le Drapeau noir, l'Équerre et le Compas : les Maillons libertaires de la Chaîne d'Union, Éditions Alternative Libertaire, 2002, texte intégral.
  12. Dictionnaire des anarchistes : Élisée Reclus.
  13. « [...] il maria ses filles, simplement en donnant à leur union son approbation de chef de famille (1882), fait qui dans la presse européenne donna naissance à des polémiques retentissantes », H. Bourgin, Élisée Reclus, La Grande Encyclopédie, 1886-1902, Vol. 28, page 227, texte intégral.
  14. Unions libres. Allocution du père à ses filles et à ses gendres du 14 octobre 1882, Paris, Chamerot, 1882, imprimé pour la famille à l'occasion du mariage de ses filles Magali et Jeannie, texte intégral.
  15. Alfred Naquet, Vers l'union libre, Paris, F. Juven, 1905.
  16. George Fonsegrive, Mariage et union libre, Paris, Plon-Nourrit, 1904, pp. 390-392.
  17. a et b Amandine Duvillet, Du péché à l'ordre civil, les unions hors mariage au regard du droit (XVIe-XXe siècle), Sciences Humaines Combinées, n°10, Actes du colloque interdoctoral 2012, 31 août 2012, texte intégral.