Blasphème

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Le Blasphémateur lapidé, Gérard Hoet et Abraham de Blois, Figures de la Bible, P. de Hondt éditeur, La Haye, 1728.

Étymologiquement le terme blasphème, vient du latin blasphemia, traduction du grec βλασφημία - mot constitué de ἡ βλάπτειν (injurier) et φήμη/φάμα (réputation) - ainsi la signification littérale de blasphemia était "faire injure à la réputation", soit : diffamer.

La notion évolue au cours des siècles pour aboutir au concept que le blasphème ne devra plus concerner que l'injure appliquée au fait religieux ; ainsi au XVIe siècle le théologien espagnol Francisco Suárez définit le blasphème comme étant « toute parole de malédiction, reproche ou irrespect prononcé contre Dieu ». En 1913, l’Encyclopédie catholique, soutient à nouveau que le blasphème ne doit s'intéresser qu'au domaine de la religion ; « tandis que le blasphème, étymologiquement, peut diffamer aussi bien une créature que ce qui appartient à Dieu, dans sa stricte acception il n'est utilisé que dans ce dernier sens[1] ».

Le blasphème est enfin défini par le Larousse comme étant « une parole ou discours qui outrage la divinité, la religion ou ce qui est considéré comme respectable ou sacré[2] ».

Utilisé dans un cadre plus général, le blasphème est une irrévérence à ce qui est considéré comme sacré ou inviolable.

La notion de blasphème[modifier | modifier le code]

La notion de blasphème n'a de sens que du point de vue des religions. Ce sont les religions qui interdisent le blasphème, soit certaines paroles d'irrespect envers dieu et les croyances d'une religion donnée. Ce sont les religions et elles seules qui considèrent comme des injures ou des diffamations envers le religieux, ce que les non religieux considèrent comme des critiques ou des moqueries qui relèvent seulement de la liberté d'expression quand ils s'autorisent à faire preuve d'irrespect[réf. souhaitée].

Les articles 10 et 11 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 ont aboli la notion de blasphème comme tel, offrant ainsi la liberté de religion. Il ne peut y avoir de sanction que lorsqu'il y a abus ou trouble à l'ordre public : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi » (article X) ; « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté, dans les cas déterminés par la loi » (article XI)[3].

De sorte que les critiques, même si elles sont irrespectueuses, y compris les caricatures, ne sont pas un délit du point de vue du droit commun. Seuls les croyants sont attachés à cette notion de blasphème, comme à d'autres notions et valeurs qui appartiennent à leur religion.

En France depuis la Révolution française la notion de blasphème n'existe plus en Droit, à l'exception de l'Alsace-Moselle où l'article 166 du Code pénal, qui prévoit l'emprisonnement pour « celui qui aura causé un scandale en blasphémant publiquement Dieu par des propos outrageants ou aura publiquement outragé un des cultes chrétiens ou une communauté religieuse établie », n'est plus appliqué depuis 1918[4]. Dans ce droit local, qui ne reconnaît que les cultes catholique, protestants et israélite[5], la notion de blasphème ne concerne pas l'Islam[6] . À part la France, dans sept autres pays d'Europe (Allemagne, Irlande, Grèce, Italie, Pologne, Malte) subsistent des lois contre le blasphème, mais qui ne sont guère utilisées. C'est la notion de trouble à l'ordre public qui est généralement retenue par le droit[3].

Faits blasphématoires[modifier | modifier le code]

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Le blasphème défini par les théologiens et hommes d'Église peut être de trois sortes[n 1]

  1. il est hérétique lorsque l'insulte contient une déclaration contre la foi, telle que dans l'affirmation « Dieu est cruel et injuste », ou encore « Dieu est la plus merveilleuse création de l'Homme ».
  2. il est une imprécation quand il s'agit d'exprimer une malédiction envers l'Être suprême tel que l'affirmation « débarrassons-nous de Dieu ».
  3. il est un simple irrespect lorsqu'il est entièrement fait de mépris ou d'indignation à l'égard de Dieu.

Peuvent être, par exemple, considérés comme des blasphèmes[réf. nécessaire] :

  • nier un attribut divin, voire l'existence du dieu,
  • s'approprier un attribut ou un objet consacré,
  • pénétrer dans certains lieux,
  • injurier ou abîmer une représentation du dieu,
  • mentir, se parjurer,
  • représenter une icône, quand la religion d'où elle est issue l'interdit, et a fortiori sous forme de caricature. (Voir Aniconisme)

Le mot a été utilisé dans un sens métaphorique par Francis Bacon, fondateur de la science expérimentale, lorsqu'il se réfère à Caton l'Ancien : « And as to the judgment of Cato the Censor, he was well punished for his blasphemy against Learning, in the same kind wherein he offended » [7], citation qui pourrait se traduire (librement) par « et quant au jugement de Caton l'Ancien, il fut bien puni pour son blasphème contre les sciences, et puni par ce en quoi il avait pêché »[8].

Les blasphèmes dérivés[modifier | modifier le code]

Les religions ont parfois toléré — à la différence des pouvoirs — des blasphèmes dérivés (appelés aussi euphémies) qui avaient été neutralisés par substitutions de syllabes ou de mots : Jarnibleu ! pour J'renie Dieu! (le confesseur d'Henri IV, le jésuite Pierre Coton, avait tout de même obtenu qu'il dise Jarnicoton !), Palsambleu ! pour Par le sang de Dieu!; nom d'une pipe, sapristi ou bon sang où le vocable Dieu n'apparaît plus. Certaines provocations ont un sens plus ambigu : une croix la tête en bas est-elle un blasphème ou un rappel du supplice de l'apôtre Pierre ? Trois croix côte à côte constituent-elles un détournement à la manière d'Andy Warhol, ou une représentation symbolique du Golgotha, etc. En revanche le jurement, expression dans lequel Dieu est pris à témoin (comme dans par Dieu) n'est plus jugé comme blasphématoire[9].

Le blasphème de cœur[modifier | modifier le code]

Saint Thomas d'Aquin définit un « blasphème de cœur », action silencieuse qui ne concerne que le Dieu et le pécheur[10].

Blasphème et contexte social[modifier | modifier le code]

Une parole (ou un acte) n'est pas blasphématoire dans l'absolu. Le jugement de ce qui constitue un blasphème est en grande partie historique et politique.

Dans l'histoire, ce qui constitue un blasphème ?[modifier | modifier le code]

Son caractère blasphématoire et la gravité de ce qui est considéré comme un blasphème ne peuvent être évalués que par rapport à ce que défend une religion dans son dogme, mais aussi par rapport aux critères d'une époque, en considération de l'évolution de la religion et de son importance dans la société, selon les changements intervenus dans l'histoire. La religion n'occupe pas la même place à une époque ou une autre, et les modes de s'exprimer évoluent, selon les perceptions socio-religieuses du moment et selon le contexte politique et social. Selon la place laissée à la religion dans une société, elle impose ou non ses valeurs au droit qui les traduit. Là où il existe des punitions pour blasphème, c'est le pouvoir politique qui en décide. C'est le cas en Iran aujourd'hui, et en Europe jusqu'au XVIIIe siècle, c'était le roi qui punissait le blasphème, depuis Louis IX (St Louis) au XIIIe siècle et cela jusqu'au XVIIIe siècle[11].

En Europe la tradition des Lumières depuis le XVIIIe siècle a sorti la religion de la sphère politique et juridique et a laissé à la seule religion l'idée de blasphème. Dès le XVIIe siècle les philosophes dénient à la religion le droit d'imposer ses croyances à toute la société et donc des éventuelles sanctions en cas d'atteinte à ces croyances considérées comme des blasphèmes ou des critiques. Pierre Bayle, au XVIIe siècle, affirme que « le blasphème n'est scandaleux qu'aux yeux de celui qui vénère la réalité blasphémée ». Celui qui ne partage pas ces croyances n'en est nullement choqué et n'admettra pas que cela soit considéré par le droit comme un crime ou un délit. Tout au plus considère-t-il cela comme une atteinte à une convivialité harmonieuse avec les croyants. En République le blasphème n'existe pas[12].

Un exemple de modification historique, qui constitue un tournant pour les sociétés modernes et la liberté d'opinion, faisant suite à l'Habeas corpus en Grande-Bretagne (droit d'être présenté devant un juge, pas d'arrestation arbitraire par exemple pour ses croyances religieuses): avec la Déclaration des droits de l'homme, la notion disparaît.

L’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme garantit la liberté de croyance[13], et la notion de blasphème comme faute ou délit disparaît peu à peu du droit moderne. Récemment encore, la notion disparaît des références à l'ONU[14]. De même que la chrétienté a dû abandonner avec le temps et la politique moderne, et le droit civil, ses prétentions à punir civilement le blasphème, de même le monde musulman se trouve plus ou moins traversé de divergences de conceptions quant à la fermeté avec laquelle il faudrait poursuivre la condamnation du blasphème et punir les blasphémateurs (qui sont en fait les intellectuels et les artistes, dont la figure emblématique est Salman Rushdie, objet d'une fatwa de l'imam Khomeyni).

Par exemple en Arabie saoudite aujourd'hui les intellectuels de renom qui prônent une évolution de l'islam et une réforme dans un sens propice aux libertés modernes, et qui dénoncent les interprétations extrémistes de l'islam tenants d'un islamisme radical, sont dénoncés comme blasphémateurs et accusés, menacés des peines les plus graves[15]. De manière générale les intellectuels musulmans défendent les individus accusés de blasphème et qui risqueraient pour cela la peine de mort[n 2].

Cette notion de blasphème et les punitions qu'il entraîne, fait l'objet de points de vue divergents au sein du monde musulman. Le fait d'observer et de prendre en compte l'histoire et les transformations subies par différents pays selon qu'ils sont gouvernés par un pouvoir laïc ou un pouvoir religieux islamiste, lui-même selon divers degrés de sévérité et de référence à la charia, est à ce titre éclairant. L'histoire de l'Iran depuis les dernières décennies par exemple, ou le devenir des pays du dit "printemps arabe" en cours, montrent que ces notions ne sont pas figées, non plus que les décisions de répression prises par différents pouvoirs. De même à l'échelle internationale, l'actuelle tendance du monde islamique à vouloir faire du blasphème un délit, montre la mobilisation de forces suivant une stratégie politique[16].

Même si une tradition veut que l’Islam enseigne la tolérance et la paix et respecte en principe la liberté de religion, car le Coran affirme que : «Il ne doit pas y avoir la contrainte dans la religion ». (Ch.2 :257) et « L’homme est libre d’accepter ou rejeter » (Ch.18 :30), selon les périodes et selon les pays, selon les orientations des responsables religieux et selon leur poids dans la société, ces principes coraniques sont mis de côté et la liberté est sujette à restriction. Voire des persécutions ou des poursuites peuvent être engagées contre les intellectuels qui s'expriment librement.

Pourtant on trouve dans le Coran des préconisations de sagesse pour ne pas opposer la violence au blasphème. Les manifestations violentes contre les mécréants jugés blasphémateurs ne sont pas autorisées. Le Coran préconise uniquement une réaction pacifique « Et quand tu verras ceux qui plaisantent avec nos signes, alors détourne-toi d’eux jusqu’à ce qu’ils changent de conversation. Et si Satan te fait oublier ce précepte, alors après t’en être souvenu, ne reste pas assis en compagnie des injustes ». (Ch. 6 : 69).

Selon les orientations politiques plus ou moins radicales, ces préceptes ne sont pas respectés par certains courants, certains groupes ou tendances plus ou moins extrêmes[réf. souhaitée].

Le blasphème ne prend son sens qu'à travers ce qu'il reflète à la fois du point de vue des religieux et social : une hérésie, une apostasie, ou une provocation. De même, l'intervention pour préserver l'ordre public procède de logiques différentes.

Problématique sociale[modifier | modifier le code]

Une religion conduit toujours à délimiter un domaine sacré exclusif du domaine profane. La protection de ce domaine sacré se caractérise par un système d'interdits [17]. Par rapport à ces interdits, la société, lorsqu'il s'agit d'une société théocratique, peut intervenir pour "protéger Dieu" ou pour "protéger les pratiquants". Dans les États à religion officielle, lorsque le fait religieux est au centre fondateur de la société, la loi protège la religion. Dans ce contexte, le blasphème peut être un délit, parce qu'il s'attaque au fondement même de l'ordre social. Lorsque l'État ne se fonde pas ou plus sur la religion mais sur un droit non divin, le blasphème peut constituer un préjudice pour les fidèles en tant que citoyens protégés par la loi qui les autorise à posséder leurs propres croyances. Le blasphème peut engager la responsabilité civile de celui qui le profère, lequel peut se trouver condamné s'il contrevient au droit de libre croyance.

Un blasphème n'est tel que de la part d'un membre de la communauté religieuse concernée qui ne se soumet pas aux règles et croyances d'une religion qu'il ne respecte pas. Venant de l'extérieur, les propos irrespectueux ne peuvent atteindre les croyants ni leur foi s'ils émanent de quelqu'un qui ne partage pas cette même foi. C'est pourquoi il est impossible pour le droit de définir le blasphème. Ce dernier ne se comprend que de l'intérieur, au sein d'une religion et d'une croyance, et d'une communauté religieuse. En dehors d'elles, l'idée même de blasphème est difficilement perceptible par les non-croyants.

Un blasphème conscient trahirait, aux yeux des institutions religieuses, une volonté d'agression délibérée, un rejet de l'"autre" et de ses valeurs. À ce titre, un État théocratique peut être conduit à lutter contre le blasphème, tandis qu'un État laïc peut le sanctionner, mais indépendamment de toute considération religieuse, afin de préserver la paix sociale si nécessaire.

La prévention du blasphème tend à la mise en place d'une censure dans les États théocratiques. Selon ses défenseurs, « La liberté de conscience implique la liberté d’expression. Chacun est donc libre de s’exprimer, y compris sur des sujets religieux (…) » Ce principe conduit les laïcs à considérer que la liberté de penser est absolue ou elle n’est pas.

La réponse politique à apporter face au blasphème doit apporter un arbitrage entre liberté d'expression et droit au respect de la religion.

En Occident, les hommes blasphèment plus que les femmes, ces dernières choisissant plutôt de maudire[18].

Laïcité et législation française sur le blasphème[modifier | modifier le code]

La critique de la législation sur le blasphème a une longue histoire, qui remonte au siècle des Lumières. À cette époque, Voltaire prend le cas du Chevalier de La Barre, dernier cas de torture et d'exécution pour blasphème en France, comme une démonstration de l'obscurantisme des lois religieuses et de la nécessité de la liberté de pensée. L'affirmation des libertés d'expression et de pensée par la Révolution française s'inscrit - de fait - contre ce qu'avait été la position de l'Église dans ce domaine ; elle met fin à son rôle historique de fondement de l'ordre social. La loi sur la liberté de la presse de 1881 intervient dans un contexte de laïcité ; elle n'interdit pas des campagnes de presse extrêmement violentes (de part et d'autre), qui achèvent de briser l'idée d'un lien naturel entre État et religion, et conduisent finalement à la Séparation des Églises et de l'État de la loi de 1905.

En France les lois sanctionnent l'injure et la diffamation des personnes et des groupes, et précisément les attaques contre des groupes religieux lorsqu'ils sont dénigrés en tant que tels. Ce qui est interdit c'est "l'injure, l'attaque personnelle et directe dirigée contre un groupe de personnes en raison de leur appartenance religieuse" ou l'incitation à la haine raciale ou religieuse. Les tribunaux ont à juger souvent des affaires de diffamation des individus. Mais la justice civile qui n'a pas pour fonction de faire respecter les dogmes religieux déboute quasi systématiquement les groupes religieux qui voudraient limiter la liberté d'expression pour protéger leurs croyances et leurs opinions religieuses. La loi du 29 juillet 1881 modifiée concerne l'injure et la diffamation et limite la liberté d'expression à ce qui pourrait créer des troubles à l'ordre public. Comme depuis 1791 il n'existe plus de délit spécifique de blasphème, c'est bien l'ordre social et la tranquillité publique qui sont protégés.

Selon un article écrit par le russe Kirill Privalov dans "Itogu", et publié dans "Courrier International" (no 1142 du 20-26 septembre 2012, page 22), "l'article 166 du Code Pénal d'Alsace-Moselle stipule [encore aujourd'hui] que celui qui aura causé un scandale en blasphémant contre Dieu par des propos outrageants etc.. sera puni d'un emprisonnement de trois ans au plus". La loi de 1905 de séparation des Églises et de l'État, ne s'applique pas en Alsace-Moselle, alors allemandes quand la loi fut votée, C’est l’un des héritages de l’annexion de ces régions par l’Empire d’Allemagne entre 1871 et 1918. Les associations laïques locales et aussi nationales demandent la suppression négociée et progressive des ingérences du religieux dans la vie publique de ces départements, et l'alignement sur l'ensemble du pays pour ce qui est de la loi de séparation de l’Église et de l’État de 1905.

Protection des communautés[modifier | modifier le code]

Quand elle existe, la législation contre le blasphème remonte au Moyen Âge. Aujourd'hui lorsqu'elle est invoquée, elle aurait plutôt pour but de protéger des communautés, du point de vue de ceux qui en réfèrent à la justice. Il est possible d'outrager le dieu Aton, le disque solaire, Brahmā, le Dieu de l’Inde, né de lui-même, Vishnou, Shiva ou Krishna, Apollon, Vénus, Zarathoustra, Mithra, etc., sans danger d’être poursuivi. Tous ces dieux appartiennent à la mythologie, non à la pratique effective de tout ou partie de la société. Ce sont des dieux dont le législateur et le juge ne se préoccupent pas, pas plus que d'autres croyances religieuses que les lois civiles n'ont pas pour but de protéger. Les lois protègent les individus lorsqu'ils sont victimes de diffamation ou d'injures.

La notion de blasphème peut intervenir quand une communauté religieuse tente de se défendre contre ce qu'elle interprète comme une agression. Ainsi, en 1988 et 1989, l'épiscopat catholique tente de convaincre les tribunaux d'Allemagne d'utiliser la législation antiblasphème contre des athées qui soutenaient que « l'Église était le plus grand criminel de l'histoire de l'humanité »[19]. L’archevêque de Paris Lustiger déclare dans le Figaro du 31 octobre 1991 : « D'autres [publications] ont peut-être une intention plus idéologique lorsqu'elles caricaturent — par ignorance ? — ce que croit l'Église et ce qu'elle enseigne. Elles tournent en ridicule, parfois jusqu'à la calomnie, des hommes et des femmes qui y ont engagé leur vie. Ou encore elles prennent pour objet de dérision le récit de la vie du Christ et ses épisodes que l'iconographie a le plus popularisés. Cet irrespect d'autrui est une atteinte plus grave qu'il n'y paraît au pacte social de toute démocratie. De telles pratiques pourraient être passibles de tribunaux. »

La variabilité de l'importance du blasphème en droit tient surtout au contexte social. Quelle que soit la religion concernée, le recours à cette notion (pour justifier une action quelconque) n'est possible que si le sentiment religieux qui a été blessé est suffisamment fort. Quand ce sentiment est majoritaire, et dans les sociétés caractérisées par un fort degré d'autoritarisme et d'extrémisme religieux, des autorités qui décrètent qu'il y a blasphème lancent l'accusation et peuvent ainsi justifier aux yeux des croyants les exécutions ou les persécutions qui s'ensuivent. Dans ces cas, le problème de « protection des communautés » s'inverse, et devient celui de la protection des minorités persécutées.

Athéisme militant[modifier | modifier le code]

Le militantisme antireligieux reste actif. Au-delà de la distinction juridique, politique et culturelle moderne qui renvoie la notion de blasphème à la seule sphère du religieux et à celle des croyances particulières qui caractérise la laïcité, l'athéisme critique les religions pour leur inutilité voire leur nocivité. Avec la liberté de pensée qui est un pilier des sociétés démocratiques, l'idée que les États puissent poursuivre comme blasphémateurs les incroyants et les athées n'est plus de mise. Pourtant, c'est un thème récurrent dans le discours militant. Des groupes existent en Angleterre qui s'occupent spécifiquement de lutte contre la répression du blasphème. Il n'existait rien de pareil sur le continent européen. C'est pourquoi, prenant en considération l'affaire Rushdie mais aussi et d'abord, chronologiquement parlant, les poursuites contre les athées allemands, un groupe s'est constitué en Belgique en 1989, la Ligue pour l'Abolition des lois réprimant le Blasphème et le droit de s'Exprimer Librement (LABEL)[19].

Dans ce contexte, le refus de la suppression de l'interdiction du blasphème dans l'Europe occidentale contemporaine, voire le désir de la rétablir, n'est pas interprété comme le souci de protéger une communauté, mais comme un point de vue partisan et prosélyte, en faveur d'une minorité. Pour ces associations, il provient sans doute pour une part de milieux qui s'inscrivent dans des courants qui relèvent de la "nouvelle évangélisation"[19].

Blasphème par religion[modifier | modifier le code]

Judaïsme[modifier | modifier le code]

Dans le judaïsme, une religion qui interdit à la fois de représenter Dieu et de prononcer son nom, la notion de blasphème reste limitée : le judaïsme condamne et exclut plus facilement "celui qui porte atteinte à la communauté" que celui qui maudit Dieu[20].

Christianisme[modifier | modifier le code]

Le deuxième commandement (« Tu ne prononceras pas le nom du Seigneur ton Dieu à faux. ») prescrit de respecter le nom du Seigneur. Le nom du Seigneur est saint. Le second commandement interdit tout usage inconvenant du Nom de Dieu. Le blasphème consiste à user du Nom de Dieu, de Jésus Christ d'une façon injurieuse, interdiction étendue par le Vatican à la Vierge Marie et les saints[21].

« Il a été dit aux anciens « Tu ne parjureras pas »… Eh bien ! moi je vous dis de ne pas jurer du tout. (Matthieu 5.33-34) » « Si c'est oui, dites oui, si c'est non, dites non, tout simplement ; ce que l'on dit en plus vient du Mauvais. (Matthieu 5.37)[22] ». Le faux serment appelle Dieu à témoigner d'un mensonge. Le parjure est un manquement grave envers le Seigneur, toujours fidèle à ses promesses. « Ne jurer ni par le Créateur, ni par la créature, si ce n’est avec vérité, nécessité et révérence (Saint Ignace, ex. spir. 38) »[21].

Certains cas de blasphèmes peuvent ne pas être pardonnés par Dieu. C'est le cas du blasphème contre l'Esprit Saint (Lc 12, 8-12). L'universalité du pardon trouve ici ses limites.

Islam[modifier | modifier le code]

Tareq Oubrou, le grand imam de Bordeaux explique : « Le terme [blasphème] n’a pas d’équivalent en arabe. L’islam parle, lui, d’apostasie, ce qui veut dire renier sa religion »[23].

Le Cheikh Sayyid Sâbiq, précise la notion d'apostasie (riddah ou Ar-riddah, le retour en arrière) qui ne concerne que le croyant musulman : « L'Apostasie signifie le détournement délibéré, sans contrainte aucune, du Musulman, mature et conscient, de l’Islam vers la dénégation. Cette définition est aussi bien valable pour l’homme que pour la femme ». Cependant : « Trois catégories de personnes ne sont pas responsables de leurs actes : le dormeur jusqu’à ce qu’il se réveille, l’enfant jusqu’à ce qu’il atteigne la puberté et le malade mental jusqu’à ce qu’il reprenne conscience ». Par ailleurs : « un Musulman qui renie l’Islam sous la contrainte n’est pas un apostat ».

Tout cela ne s’applique pas aux Musulmans récemment convertis qui ne connaissent pas encore les directives de l’Islam ni les limites qu’ils doivent observer. Si l’un d’eux nie par ignorance un élément de la religion, il n’est pas considéré comme un apostat jusqu’à ce qu’il soit instruit en Islam[24].

Blasphème et droit dans le monde[modifier | modifier le code]

La séparation de facto entre droit positif et religion est garantie par les lois ou la pratique de nombreuses nations modernes et est entrée dans leurs mœurs, avec les droits de l'homme en général. La notion de tolérance, - soit l'acceptation et le respect d'une pluralité d'idées et de croyances au sein d'une même société -, la garantie et la protection de la liberté d'expression, et la reconnaissance du pluralisme dans tous les domaines (politique et religieux mais aussi dans les divers secteurs de la société) rendent impossible l'imbrication des institutions ecclésiastiques dans les institutions civiles ou publiques de nombreux pays. Néanmoins dans bien des législations européennes (cf. ci-dessous) il demeure une législation ancienne sur le blasphème mais inappliquée depuis des décennies.

Le droit pénal musulman, est fondé sur la Charia. Stéphanie Le Bars, journaliste au Monde, note : « Depuis 1999, tous les ans, les 57 pays de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) s'efforcent de promouvoir, devant la commission des droits de l'homme de l'ONU, le concept de diffamation des religions un faux nez pour imposer au monde un controversé délit de blasphème, surtout en vigueur dans les pays musulmans. Et chaque année les pays occidentaux, rejoints par l'Amérique latine et l'Afrique, s'y opposent fermement au nom de la liberté d'expression et du droit international »[25]. Le 19 décembre 2011, l’Assemblée générale de l’ONU décide finalement d'abandonner le concept de "diffamation des religions" et adopte par consensus un texte, présenté par l'OCI[14] et destiné à soutenir la « lutte contre l’intolérance, les stéréotypes négatifs, la stigmatisation, la discrimination, l’incitation à la violence et la violence fondés sur la religion ou la conviction »[26].

Une étude du Pew Research Center[27] estime qu'en 2012, 22% des pays et territoires ont des lois anti-blasphème, et 11% disposent de textes pénalisant l'apostasie. Les sanctions juridiques pour ces transgressions varient de l'amende à la mort (voir, par exemple, le cas du code pénal de la Mauritanie, ci-dessous).

Région Lois pénalisant le blasphème Lois condamnant l'apostasie
Afrique du Nord, Moyen-Orient 70 % (14 des 20 pays) 60 % (12 des 20 pays)
Organisation des États américains 31 % (11 des 35 pays)
Asie-Pacifique 18 % (9 des 50 pays) 10 % (5 des 50 pays)
Afrique subsaharienne 6.25 % (3 des 48 pays) 12 % (4 des 48 pays)
Europe 16 % (7 des 45 pays)[n 4]
États-Unis plusieurs États ont des lois visant les publications

En 2011, le même institut notait[n 5] : « Près d’un pays sur deux (47 %) disposent de lois ou de politiques qui pénalisent le blasphème (insulte à la religion), l’apostasie (abandon de la foi) ou la diffamation (dénigrement ou critique de certaines religions ou de la religion, en général) »[28].

Afrique du Nord, Moyen-Orient[modifier | modifier le code]

Arabie saoudite[modifier | modifier le code]

La loi prévoit l'emprisonnement.

Le bloggeur saoudien Raif Badawi a été condamné en 2015 à 10 ans de prison, 1 000 coups de fouet et une amende d'1 million de rials saoudiens (environ 226 000 euros pour avoir créé un forum en ligne destiné au débat public et « insulté l'islam ». Le 9 janvier 2015, il reçoit cinquante premiers coups de fouet (sur les mille prévus) sur une place publique, à Jeddah après les prières du vendredi[28],[29].

Égypte[modifier | modifier le code]

L'Égypte, république à majorité musulmane (95%)[30], est signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques[31], qui, conformément à la Charte des Nations Unis et à la Déclaration universelle des droits de l'homme doit garantir la liberté d’expression et de conscience.

L'article 98 du code pénal égyptien, modifié par la loi 147/2006, dispose que quiconque propage, dans le but d'inciter à la haine, des propos diffamatoires à l'égard d'une religion est passible d'une peine de 6 mois à cinq ans de prison et/ou d'une amende[32].

En 2013, Amnesty international s'inquiète des « charges pénales de "diffamation religieuse" retenues dans plusieurs affaires à travers l’Égypte (…) débouchant sur de lourdes amendes et, dans la plupart des cas, des peines d’emprisonnement »[33].

Iran[modifier | modifier le code]

La loi prévoit la peine de mort[28].

Jordanie[modifier | modifier le code]

D'après Le Monde, «En Jordanie, une personne qui est accusée de blasphème contre l’Islam ou d’avoir insulté le prophète Mahomet peut se voir condamner à faire de la prison. La peine maximum est de trois ans d’emprisonnement»[28].

Soudan[modifier | modifier le code]

En juin 2014, une femme soudanaise est condamnée à cent coups de fouet et à la pendaison pour s’être convertie au christianisme[28].

Asie-Pacifique[modifier | modifier le code]

Pakistan[modifier | modifier le code]

République islamique. Le chapitre XV du code pénal[34] traite des infractions relatives à la religion, les peines prévues s'étendent de la simple amende à la peine capitale. L'article 295-B punit la souillure du Coran par une peine d'emprisonnement perpétuelle. L’article 295-C est le plus sévère :

« sur l’emploi de remarque désobligeante, etc. vis-à-vis du prophète Mahomet : Quiconque par ses paroles ou ses écrits de façon formelle ou rapportée, par des insinuations directes ou indirectes, défie le nom sacré du prophète Mahomet sera puni par la mort ou condamné à la prison à vie. Il pourra également être condamné à payer une amende. »

En mars 2015, Anne-Isabelle Tollet publie La mort n’est pas une solution (éd. du Rocher). L'auteure explique que 300 personnes sont emprisonnées chaque année pour délit de blasphème et que le gouvernement « ne semble pas prêt à réformer ou abroger la loi, par crainte des fondamentalistes »[35]. La journaliste française, spécialiste de la région, espère relancer la mobilisation autour du cas de Asia Bibi, chrétienne condamnée à mort en 2010, « un an après une dispute avec des femmes musulmanes de son village concernant le prophète Mahomet »[36].

La loi a été amendée en 2004 pour imposer une enquête plus complète de la part des autorités de police avant toute inculpation. Mais la mise en œuvre de ce léger changement n’a pas eu l’impact escompté dans la pratique[réf. nécessaire].

Ces lois peuvent être utilisées contre des adversaires politiques ou des ennemis personnels[réf. nécessaire].

Indonésie[modifier | modifier le code]

La loi prévoit l'emprisonnement.

En décembre 2014, le rédacteur en chef du Jakarta Post, journal indonésien anglophone est accusé de blasphème par la police pour avoir publié une caricature de l’État islamique quelques mois auparavant[28].

Afrique subsaharienne[modifier | modifier le code]

Mauritanie[modifier | modifier le code]

République islamique. Le crime d’apostasie est régi par l’article 306 du code pénal (intitulé Attentat aux mœurs de l’islam) du titre II, section IV de l’ordonnance du 9 juillet 1983[37]portant institution du code pénal :

« Toute personne qui aura commis un outrage public à la pudeur et aux mœurs islamiques ou a violé les lieux sacrés ou aidé à les violer, si cette action ne figure pas dans les crimes emportant la Ghissass ou la Diya, sera punie d'une peine correctionnelle de trois mois à deux ans d'emprisonnement et d'une amende de 5.000 à 60.000 UM.
Tout musulman coupable du crime d'apostasie, soit par parole, soit par action de façon apparente ou évidente, sera invité à se repentir dans un délai de trois jours.
S'il ne se repent pas dans ce délai, il est condamné à mort en tant qu'apostat, et ses biens seront confisqués au profit du Trésor.
S'il se repent avant l'exécution de cette sentence, le parquet saisira la Cour suprême, à l'effet de sa réhabilitation dans tous ses droits, sans préjudice d'une peine correctionnelle prévue au 1er paragraphe du présent article.
Toute personne coupable du crime d'apostasie (Zendagha) sera, à moins qu'elle ne se repente au préalable, punie de la peine de mort. »

En janvier 2014, Mohamed M'Kheitir est arrêté et accusé d'apostasie pour un texte publié sur internet. Il est condamné à mort en décembre de la même année[38]. Une lettre ouverte de « jeunes mauritaniens et africains défenseurs des libertés et de la dignité humaine » demande aussitôt sa libération[39].

Europe[modifier | modifier le code]

La liberté d'expression est garantie par les déclarations universelles des droits de l'homme à laquelle se réfère la Convention européenne des droits de l'homme. En Europe seules l’Allemagne, le Danemark, l’Italie, l’Irlande et la Grèce, ont conservé des anciennes lois contre le blasphème qui ne sont cependant pas appliquées, hormis dans la Grèce orthodoxe. Le blasphème n'est réprimé que lorsqu'il trouble l'ordre public ou incite à la haine[40].

L'Assemblée parlementaire européenne considère que :

« Le blasphème, en tant qu’insulte à une religion, ne devrait pas être érigé en infraction pénale. Il convient, en effet, de distinguer les questions relevant de la conscience morale et celles relevant de la légalité[41]. »

Allemagne[modifier | modifier le code]

L'article 166 du code pénal[42], intitulé « Diffamation des religions, associations religieuses ou idéologiques », connu aussi sous le nom de Gotteslästerungsparagraph, punit le blasphème jusqu'à trois ans d'emprisonnement, s'il y a trouble de la paix civile.

(1) Quiconque publiquement ou par le biais de la diffusion de documents écrits (article 11 (3)) diffame la religion ou l'idéologie d'autrui d'une manière susceptible de troubler la paix publique, est passible d'un emprisonnement de trois ans maximum ou d'une amende.
(2) Quiconque publiquement ou par le biais de la diffusion de documents écrits (article 11 (3)) diffame une église ou autre association religieuse ou idéologique au sein de l'Allemagne, ainsi que leurs institutions ou associations, d'une manière susceptible de troubler la paix publique, doivent subir la même peine.

On en trouve une traduction dans le code pénal d'Alsace et Moselle :

« Blasphème public contre Dieu » :
Celui qui aura causé un scandale en blasphémant publiquement contre Dieu par des propos outrageants, ou aura publiquement outragé un des cultes chrétiens ou une communauté religieuse établie sur le territoire de la Confédération et reconnue comme corporation, ou les institutions ou cérémonies de ces cultes ou qui, dans une église ou un autre lieu consacré à des assemblées religieuses, aura commis des actes injurieux et scandaleux, sera puni d’un emprisonnement de trois ans au plus.

Cet article a servi dans le cas de Manfred van H et l'interdiction en 1994 d'une comédie musicale ridiculisant l'Église catholique utilisant dans sa mise en scène des porcs crucifiés[réf. nécessaire].

Autriche[modifier | modifier le code]

Articles 188, 189 du code pénal[réf. nécessaire].

Danemark[modifier | modifier le code]

Sections 140 et 266b du code criminel danois. L'article 14 o stipule :

Celui qui publiquement raille, ou fait outrage aux doctrines de foi ou aux cultes d’une communauté religieuse légalement établie dans ce pays, est passible de prise de corps.

Le Danemark punit ainsi toute moquerie publique d’une religion, et il en est de même en Finlande[réf. nécessaire].

Aucune jurisprudence n'est citée.

Espagne[modifier | modifier le code]

Article 525 du code pénal, qui interdit « les attaques portées au dogme religieux, croyances ou cérémonies ». Cet article du code pénal a été invoqué par le Cristo del Gran Poder pour poursuivre l'auteur d'un jeu vidéo mettant en scène des personnages portant des vêtements religieux et portant des croix chrétiennes sur lesquels il faut tirer[43] .

Finlande[modifier | modifier le code]

Section 10, chapitre 17 du code pénal[réf. nécessaire].

France[modifier | modifier le code]

La définition du « blasphème » entre dans le droit français au XIIIe siècle avec la définition donnée par Thomas d'Aquin après de multiples débats avec les moralistes : un péché de langue, une « défaillance dans la profession de foi », donc une atteinte dans sa pureté ce qui justifie sa répression qui devient féroce avec le roi Louis IX, préoccupé par sa lutte contre les hérétiques, les juifs et l'islam, et passe par la mutilation de la langue et des lèvres[44].

Les articles 10 et 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 suppriment la notion de blasphème du droit français, tant qu'il n'y a ni abus ni trouble à l'ordre public. Celle-ci est réinstaurée sous la Restauration avec la loi sur le sacrilège ; elle est rapidement abrogée sous la monarchie de Juillet, puis définitivement supprimée par la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Néanmoins, la « provocation aux crimes et délits » reste sanctionnée (art. 23), de même que l'apologie de crimes contre l’humanité ou l'incitation à la haine ou à la violence en raison de la religion (art. 24), ou la diffamation contre un groupe religieux (art. 32). La jurisprudence établit aussi diverses limites, encadrées selon le contexte (cf. par exemple, dans les grands arrêts du Conseil d'État, Société « Les films Lutétia », 18 décembre 1959 [n 6]).

Une proposition de loi réprimant le blasphème est déposée en 2006 par le député de Seine-Saint-Denis Éric Raoult[45], proposition qui ne sera pas débattue[46].

Cas de l'Alsace-Moselle[modifier | modifier le code]

Cependant, la fin de l'annexion de l'Alsace et de la Moselle par l'Allemagne en 1918 réintroduit la notion de blasphème dans le droit français, via l'incorporation de l'article 166 du code pénal allemand. En Alsace-Moselle, il n’y a pas de séparation entre l’Église et l’État, le Concordat y restant applicable. Les articles 166 (relatif aux blasphèmes, injures ou outrages) et 167 (relatif aux entraves au libre exercice du culte) du code pénal local d'Alsace-Moselle punissent le blasphème et l'entrave aux cultes de trois ans d'emprisonnement au maximum.

Ces dispositions font débat lorsque l'article 167 est utilisé à l'encontre de militants d'Act Up-Paris suite à leur action le dans la cathédrale Notre-Dame de Strasbourg, pour laquelle cinq militants sont condamnés le à quarante jours-amende de 100 francs, jugement confirmé par l’arrêt du 30 novembre 1999 de la chambre criminelle de la Cour de cassation[47]. En réponse à la question écrite du sénateur de Moselle Jean-Louis Masson, le ministère de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire confirme le que ces articles étaient maintenus et toujours applicables en Alsace et en Moselle[48]. Spécialiste du droit local, le juriste Bernard Zahra juge cependant ces textes inopérants en raison de confusions entre les articles 166 et 167 du code pénal local, issu du code pénal allemand : « Ces textes, qui n'ont pas d'équivalent dans la France de l'intérieur, font l'objet de peu de jurisprudence et sont souvent confondus. Ces infractions sont des délits, punis d'une peine d'emprisonnement maximum de 3 ans. En fait, le délit de blasphème est issu d'un texte en langue allemande n'ayant pas fait l'objet d'une publication officielle en français dans l'arrêté du , ce qui lui enlève son caractère opposable[49] ».

Le , les représentants des cultes catholique, protestants, juif et musulman d'Alsace-Moselle ont proposé lors d'une audition commune à Paris devant l’Observatoire de la laïcité d'abroger la législation locale relative au blasphème[50].

Cas de la France d'Outremer[modifier | modifier le code]

La loi française de séparation des Églises et de l'État ne s'applique pas en Guyane française, à Saint-Pierre-et-Miquelon, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie, à Mayotte[51]. La loi de 1905 prévoyait que des décrets particuliers seraient pris pour traduire son application dans les territoires d'outremer. Cela n'a été le cas que dans les Antilles. La Guyane (alors colonie) a été exclue du champ de cette loi en raison de l'opposition d'une partie des hommes politiques locaux[réf. nécessaire]. Elle n'est pas non plus sous le régime du Concordat, mais sous celui de l'ordonnance royale de Charles X du , qui organise les institutions politiques de la Guyane[réf. souhaitée]. Cette ordonnance ne reconnaît que le culte catholique. La Guyane et les autres DOM-TOM cités plus haut sont également régis par les décrets Mandel de 1939 concernant l'organisation des cultes.

Toutefois, aucun de ces territoires ne disposant d'un droit pénal local, le délit de blasphème n'y existe pas davantage que dans le reste de la République.

Irlande[modifier | modifier le code]

Le blasphème est interdit par la constitution. Depuis le , par le Defamation Act 2009, le blasphème en Irlande devient un délit. Le blasphémateur risque une amende allant jusqu'à 25 000 euros. Le texte de la loi est rédigé ainsi :

« publishing or uttering matter that is grossly abusive or insulting in relation to matters sacred by any religion, thereby intentionally causing outrage among a substantial number of adherents of that religion, with some defences permitted. »

Toutes les religions sont prises sous l'ombrelle de cette loi, c'est d'ailleurs pour cette raison qu'elle a été promulguée. Selon le commentaire de Dermot Ahern, la constitution ne protégeait jusqu'alors que la religion chrétienne et l'immigration du pays étant en hausse, une loi était nécessaire[52].

Des citoyens irlandais protestent et demandent l'abrogation de cette loi qu'ils jugent ayant un « caractère moyenâgeux »[53].

Norvège[modifier | modifier le code]

Loi de 1930.

Le film satirique Monty Python : La Vie de Brian y a été interdit pendant un an[54]. Les journaux suédois ont pu titrer : « Ce film est tellement drôle qu'il a été interdit en Norvège. » Les auteurs n'ont pas été poursuivis[réf. nécessaire].

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Aux Pays-Bas, la loi contre le blasphème a été abrogée le 3 décembre 2013 par une majorité parlementaire[55]

Jusqu'à présent les articles 147 et 429 bis du code interdisaient et sanctionnaient le blasphème. Entré au code pénal en 1932 après un projet du parti communiste de l’époque d’interdire les célébrations de Noël, le délit de blasphème peut être puni de 1 à 3 mois d’emprisonnement et d’une amende de 100 à 150 florins (45 à 67 euros). L'article 147 du code pénal a été utilisé sans succès pour la dernière fois en 1966 à l'encontre de l'écrivain Gerard Reve.

Pologne[modifier | modifier le code]

En 2003, l'artiste Dorota Nieznalska est poursuivie pour avoir réalisée une sculpture représentant des organes génitaux suspendus à un crucifix chrétien[56].

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Blasphème au Royaume-Uni.

Le , la chambre des Lords vote pour l'abolition du crime de blasphème[57] à l'instigation du député démocrate-libéral Evan Harris, tandis que la Commission des lois avait recommandé cette abolition vingt-et-un ans auparavant[58].

Russie[modifier | modifier le code]

Selon l’article 14 de la Constitution russe, la Fédération de Russie est un État laïque.

En juin 2013, la Douma adopte une loi prévoyant des peines pouvant atteindre 500 000 roubles d'amende et trois années de prison pour des « actes publics exprimant un irrespect vis-à-vis de la société ayant pour objectif d’offenser les sentiments religieux des croyants ».

Une partie importante de la société russe s'oppose alors au projet en affirmant qu'il contredit les principes de base d'un État libre et laïque. Sergueï Mitrokhine, chef de l'un des plus anciens partis politiques russe (Iabloko), manifeste avec une affiche comparant le projet avec l'Inquisition espagnole. Les partisans de la loi, comme le parlementaire Mikhaïl Markelov, soutiennent qu'il s'agit d'une réponse aux évolutions sociales dangereuses : « Les gens qui pratiquent des formes traditionnelles de religion sont en permanence confrontés à des menaces de toutes sortes »[59]. Des critiques (par exemple Amnesty International[60]) y voient un rétablissement du délit de blasphème.

Suisse[modifier | modifier le code]

Art. 261 du code pénal[61] :

« Atteinte à la liberté de croyance et des cultes
Celui qui, publiquement et de façon vile, aura offensé ou bafoué les convictions d’autrui en matière de croyance, en particulier de croyance en Dieu, ou aura profané les objets de la vénération religieuse,
celui qui aura méchamment empêché de célébrer ou troublé ou publiquement bafoué un acte cultuel garanti par la Constitution,
celui qui, méchamment, aura profané un lieu ou un objet destiné à un culte ou à un acte cultuel garantis par la Constitution,
sera puni d’une peine pécuniaire de 180 jours-amende au plus. »

Grèce[modifier | modifier le code]

L’article 198 du code pénal grec punit celui qui, en public et avec malveillance, offense Dieu de quelque manière que ce soit, et celui qui manifeste en public, en blasphémant, un manque de respect envers le sentiment religieux.

Le correspondant du quotidien "Le Monde" à Athènes écrit en 2012 : « Le code pénal grec consacre deux articles au blasphème. L'article 198 vise le blasphème contre Dieu, passible de deux ans de prison. L'article 199 prévoit la même peine en cas de blasphème contre la religion orthodoxe et les autres religions reconnues (…) En Grèce, l'Eglise n'est pas séparée de l'Etat, qui paye les salaires des popes. Et les partis politiques sont peu désireux de se mettre à dos la très influente Eglise orthodoxe[62]. ».

Cette loi a été utilisée pour faire condamner à 6 mois de prison in abtentia en janvier 2005 l'illustrateur autrichien Gerhard Haderer pour une bande dessinée jugée blasphématoire après en avoir interdit la parution en 2003[63]. La cour d'appel a levé l'interdiction « car l'ouvrage n'est pas blasphématoire » et sous la pression de la communauté européenne[64].

Amérique du Nord[modifier | modifier le code]

États-Unis[modifier | modifier le code]

Il n'existe aucune loi fédérale anti-blasphème. Plusieurs états américains - dont le Massachussets et le Michigan - disposent encore de lois permettant d'attaquer éventuellement une publication. Cependant le 1er amendement qui garantit la liberté d'expression devrait permettre d'éviter leur application.

Notons qu'en 1952, un jugement important, dit "Joseph Burstyn, Inc contre Wilson"[65] a déclaré anticonstitutionnelle l'interdiction du court-métrage The Miracle de Roberto Rossellini, un film jugé "vil, blessant et blasphématoire" [66]

Le premier musulman élu au congrès américain, Keith Ellison, a prêté serment à la Constitution des États-Unis sur le Coran. Traditionnellement, les élus prêtent serment en tenant la main sur la Bible. Ce serment sur le Coran a fait dire à la droite religieuse et conservatrice qu'il s'agit d'un « blasphème à la Constitution »[67].

Canada[modifier | modifier le code]

Dans le code criminel du Canada, la « diffamation blasphématoire » est une infraction passible d'un maximum de deux ans de prison[68].

Après l'attentat contre Charlie Hebdo du 7 janvier 2015, des militants laïques veulent abroger la loi anti-blasphème au Canada[69]. « Les chefs de deux organisations de défense de la laïcité – Humanist Canada(en) et le Center for inquiry(en) – ont rencontré des officiels du gouvernement : « Ces meurtres nous attristent profondément et nous convainquent encore davantage qu'il faut éliminer les vestiges de ces attitudes anciennes », a expliqué Eric Adriaans, le directeur du Center for Inquiry », qui pense que « l'interdiction du blasphème est en contradiction avec les idéaux de liberté d'expression que le gouvernement canadien défend à l'international »[70].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Traduit (librement) à partir de :
    1. It is heretical when the insult to God involves a declaration that is against faith, as in the assertion: "God is cruel and unjust" or "The noblest work of man is God".
    2. It is imprecatory when it would cry a malediction upon the Supreme Being as when one would say: "Away with God".
    3. It is simply contumacious when it is wholly made up of contempt of, or indignation towards".)
  2. Par exemple, le journal (en ligne) "Jeune Afrique" donne des informations sur les cas les plus graves.
  3. Certaines directives islamiques font lieu d’article de foi, contre lequel nul doute ou équivoque ne saurait être soulevé. Ce sont ces directives que les savants musulmans désignent comme étant « ce qui est nécessairement connu. La preuve de leur caractère formel ne nécessite pas d’étude ou d’argumentation particulières.
  4. En 2015, le Conseil de l'Europe compte 47 pays.
  5. Aux deux critères "blasphème" et "apostasie", l'étude avait ajouté la "diffamation".
  6. " Considérant que le caractère immoral du film susmentionné n'est pas contesté ; qu'il résulte de l'instruction que les circonstances locales invoquées par le maire de Nice étaient de nature à justifier légalement l'interdiction de la projection dudit film sur le territoire de la commune", Conseil d'État, 18 décembre 1959

Références[modifier | modifier le code]

  1. Catholic Encyclopedia (1913), Volume 2 : (en) « Blasphemy »
  2. Larousse en ligne : « Blasphème »
  3. a et b Jean Philippe Schreiber, « Le blasphème : péché et droit pénal », sur l'Observatoire des Religions et de la Laïcité, Université de Bruxelles.
  4. « Charlie Hebdo », 22 ans de procès en tous genres, sur lemonde.fr,‎
  5. « Le régime des cultes », sur le site de l'Institut du droit local Alsacien-Mosellan.
  6. « Caricatures de "Charlie Hebdo" : le droit local alsacien ne concerne pas l'islam », sur "fait religieux.com"
  7. (en) Francis Bacon, The Advancement of Learning (De l'avancement des sciences)(1605)
  8. cité par l'encyclopédie catholique en ligne (en) Article « blasphème » de l'encyclopédie catholique en ligne
  9. Alain Cabantous, Histoire du blasphème en Occident : fin XVIe-milieu XIXe siècle, Ed. Albin Michel, 1998
  10. Thomas d'Aquin, La clef de St Thomas sur toute sa somme par le Sr de Marandé, F. Lambert,‎ 1669 (lire en ligne), p. 100
  11. Jean Lebrun, « Le blasphème en Occident », sur franceinter.fr (La marche de l'histoire).
  12. Jean-Luc Mélenchon, « En République, le blasphème n’existe pas », sur son Blog.
  13. « Le temps de l'invention (1789-1799) », sur le site de l'Assemblée Nationale
  14. a et b « Diffamation des religions: l'ONU abandonne le concept », sur humanrights.ch
  15. « Mobilisation après l'arrestation d'un écrivain saoudien pour tweets blasphématoires », sur Le monde.fr,‎ du 2 janvier 2013.
  16. « L'Indonésie en faveur d'un protocole international contre le blasphème », sur Le Point.fr,‎ du 25 janvier 2012.
  17. Mon Dieu, pourquoi tous ces interdits ouvrage collectif, Charles Conte 'Éditions panoramiques, 1994 lien externe
  18. Alain Cabantous, « Le blasphème en Occident », émission La Marche de l'Histoire sur France Inter, 26 septembre 2012
  19. a, b et c Blasphèmes et liberté de conscience
  20. Stéphanie Le Bars, « Blasphème, l'éternel retour », sur Le Monde,‎ (consulté le 21 janvier 2015)
  21. a et b Catéchisme de l'Église catholique, site internet du Vatican : Deuxième commandement « En bref ».
  22. Bible en ligne, français courant.
  23. Bernadette Sauvaget, « Mahomet, une image très sensible », sur liberation.fr,‎ (consulté le 24 janvier 2015)
  24. Sayyid Sâbiq, « Renier de la religion ce qui en est connu par nécessité », sur islamophile.org,‎ (consulté le 25 janvier 2015)
  25. « L'offensive "anti-blasphème" des pays musulmans », sur le site du Monde.fr.,‎
  26. Texte complet : « Résolution adoptée par l’Assemblée générale le 19 décembre 2011 », sur le site des archives de l'ONU.
  27. (en) « Quels sont les pays à proscrire encore l'apostasie et le blasphème ? »
  28. a, b, c, d, e et f « Les lois anti-blasphème, un outil de répression qui menace l’ensemble de la planète », sur Le Monde#fr,‎
  29. « Flagellé en Arabie saoudite pour s’être exprimé », sur amnesty#fr,‎
  30. Statistique 2012 de Pew Research : (en) « Religious Composition by Country, in Percentages », sur pewforum.org.
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  32. (en) « Laws Criminalizing Apostasy », sur The Library of Congress.
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  35. « Pakistan: «Cette loi anti-blasphème sème la terreur dans tout le pays» », sur 20minutes.fr
  36. « Pakistan: Asia Bibi, la chrétienne condamnée à mort pour blasphème, «perd espoir» », sur 20minutes.fr
  37. « Ordonnance portant institution d’un Code Pénal »(pdf)
  38. « Mauritanie : condamné à mort pour apostasie », sur Le Monde.fr,‎
  39. « TALSOUH: Libérez Mohamed Cheikh condamné à mort en Mauritanie »
  40. Quatrième de couverture du livre Blasphèmes et libertés ISBN 2-204-04713-9
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  43. (en)[PDF] jeux vidéo accusé d'enfreindre la loi anti-blasphème no 525 du code pénal espagnol
  44. Olivier Bobineau, « Retour de l'ordre religieux ou signe de bonne santé de notre pluralisme laïc ? », Le Monde.fr,‎ (consulté le 15 janvier 2015)
  45. « Proposition de loi visant à interdire la banalisation du blasphème religieux par voie de caricature », Assemblée nationale (consulté le 15 janvier 2015)
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  52. Irish atheists challenge new blasphemy laws
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  54. 8 ans en Irlande, 11 ans en Italie, et 22 ans à Jersey.
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  68. « Libelle blasphématoire », sur laws-lois.justice.gc.ca
  69. Rédaction, « Des militants laïques veulent abroger la loi anti-blasphème au Canada », sur mediapart.fr,‎ (consulté le 14 janvier 2015)
  70. (en) Shanifa Nasser, « In wake of Charlie Hebdo attacks, secularist groups to seek end of Canada’s blasphemy law », sur news.nationalpost.com,‎ (consulté le 14 janvier 2015)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Patrice Dartevelle, Philippe Denis et Johannes Robijn (dir.), Blasphèmes et libertés, éditions du Cerf/Espace de Liberté, coll. "Laïcité", 1993, 240 pages, (ISBN 2-930001-07-0)
  • Corinne Leveleux-Teixeira, La Parole interdite. Le blasphème dans la France médiévale (XIIIe-XVIe siècle). Du péché au crime, Paris, de Boccard, 2001, 559 pages.
  • Jean Delumeau, Injures et blasphèmes, Imago, 1989, 159 p.
  • Caroline Fourest, Éloge du blasphème, éditions Grasset, 2015, 198 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Art taxé de blasphème 

Liens externes[modifier | modifier le code]