Auguste Blanqui

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Auguste Blanqui
Louis Auguste Blanqui.JPG

Auguste Blanqui.

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Député à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés
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Louis-Auguste Blanqui, dit Auguste Blanqui, surnommé « l’Enfermé », né le à Puget-Théniers (Alpes-Maritimes) et mort le à Paris, est un révolutionnaire socialiste français, souvent associé à tort aux socialistes utopiques. Il défend pour l'essentiel les mêmes idées que le mouvement socialiste du XIXe siècle. Il fait partie des socialistes non-marxistes. L'historien Michel Winock le classe comme un des fondateurs de l'ultragauche française qui s'oppose aux élections démocratiques, vues comme « bourgeoises », et qui aspire à l'« égalité sociale réelle[1]. »

Après 1830, encore étudiant, Blanqui fait le constat que la révolution ne pourra traduire la volonté du peuple que par la violence[2],[3] : « l'interdiction politique » qui place le peuple sans garantie, sans défense, devant « l'odieuse domination des privilégiés »[4], conduit fatalement à la lutte. Il fut, en conséquence de ses tentatives insurrectionnelles, emprisonné une grande partie de son existence, ce qui lui a donné le surnom de « l’Enfermé »[5]. Il est à l'origine du blanquisme.

Biographie[modifier | modifier le code]

L’insurgé permanent[modifier | modifier le code]

« Oui, Messieurs, c’est la guerre entre les riches et les pauvres : les riches l’ont voulu ainsi ; ils sont en effet les agresseurs. Seulement ils considèrent comme une action néfaste le fait que les pauvres opposent une résistance. Ils diraient volontiers, en parlant du peuple : cet animal est si féroce qu’il se défend quand il est attaqué. »

— Extrait de la défense d’Auguste Blanqui en Cour d’Assises, 1832

Louis Auguste Blanqui naît à Puget-Théniers (Alpes-Maritimes) le 8 février 1805. D’origine italienne, sa famille avait été naturalisée française par l’annexion du comté de Nice en 1792. Son père Jean Dominique Blanqui, conventionnel, avait lui-même subi la prison en 1793 (expérience relatée dans son ouvrage L'Agonie de dix mois), avant de se voir nommé sous-préfet sous le Premier Empire (à Puget-Théniers) jusqu'en 1814. Auguste Blanqui a un frère, Adolphe Blanqui, théoricien et économiste libéral, favorable au libre-échange et au désengagement de l'État de l'économie. Les relations familiales sont très conflictuelles. Son père, Jean-Dominique, a épousé sa mère, Sophie, alors que celle-ci était très jeune : elle avait seize ans, lui trente-huit. Il est marqué par une grande jalousie et les relations conjugales se détériorent. De plus, les ressources financières sont très faibles. La chute de Napoléon et la Restauration engendrent des difficultés supplémentaires. Jean-Dominique réussit à obtenir le soutien de son fils aîné, Adolphe, qui hait alors sa mère, disant dans ses souvenirs qu'elle était dépensière et violente, tandis que celle-ci et Auguste conservent une affection mutuelle. Adolphe prétend alors que Sophie instille de la discorde entre ses enfants[6]. Un rude conflit éclate entre Sophie d'un côté et Jean-Dominique et Adolphe : comme Sophie a hérité du domaine d'une tante, du château de Grandmont, elle se considère seule gestionnaire de son bien. Son mari et son fils aîné lui reprochent de mal gérer son argent ; son mari la pense désormais "méprisable"[6].

Si Adolphe se montre parfois réticent à accepter l'autorité que son frère prétend avoir sur lui et s'il n'a pas la même relation avec ses parents, il faut reconnaître que leurs relations n'étaient pas fondamentalement mauvaises dans leurs jeunesses. Adolphe voulait qu'Auguste, ainsi que le reste de sa fratrie, puisse disposer d'une éducation suffisante. Devenant enseignant et commençant alors à subvenir à ses besoins, il réclame de payer la moitié des frais d'éducation d'Auguste. Il est même contraint de payer tout de sa poche, sa tante et son père ne voulant pas contribuer aux frais. Il dit même qu'il considérait Auguste comme son enfant, qu'il lui a même "prodigué plus de soins [qu'il n'en a] donné à tous [ses] enfants ensemble"[7].

À l’âge de treize ans, Auguste monte à Paris. Pensionnaire à l'institution Massin où enseignait son frère Adolphe (futur économiste libéral), de sept ans son aîné, il suit les cours du lycée Charlemagne. Il étudie ensuite le droit et la médecine. Mais il se lance très tôt dans la politique, se faisant le champion du républicanisme révolutionnaire sous le règne de Charles X, de Louis-Philippe Ier puis de Napoléon III. Ses opinions de jeunesse sont marquées par l'hostilité à la Restauration, et par conséquent par le bonapartisme, le courant républicain étant alors vraiment minoritaire. Il devient athée. Il fréquente Jean-Baptiste Say, dont il connaît le fils par le lycée et dont Adolphe deviendra le disciple[8]. Tout juste âgé de dix-sept ans, il milite activement contre le procès des quatre sergents de la Rochelle, condamnés à mort pour avoir adhéré à la société secrète de la Charbonnerie et fomenté des troubles dans leur régiment. Decaux explique que "sa doctrine politique, selon laquelle un groupe restreint, mais résolu, de révolutionnaires, peut s'emparer du pouvoir, est assurément née de là [de son engagement dans le carbonarisme]"[9].

Contre Charles X et Louis-Philippe[modifier | modifier le code]

Blanqui dans les années 1840[10].

Carbonaro depuis 1824, au sein de cette organisation secrète en lutte contre la restauration monarchique, Auguste Blanqui est mêlé à toutes les conspirations républicaines de son époque. Dès lors, se succèdent pour lui complots, coups de force manqués et emprisonnements.

En 1827, il est blessé par trois fois lors des manifestations d'étudiants au Quartier latin dont une blessure au cou.

En 1828, il projette une expédition en Morée pour aller aider la Grèce insurgée. Il part avec son ami et camarade d'études Alexandre Plocque. Le voyage s'achève à Puget-Théniers, faute de passeport[11].

Il entre au journal d’opposition libérale de Pierre Leroux Le Globe fin 1829. En 1830, on le compte dans les rangs de l'association républicaine la plus séditieuse, connue sous le nom de Conspiration La Fayette, qui joue un grand rôle dans la préparation de la Révolution de 1830, à laquelle il participe activement. Après la révolution, il adhère à la Société des amis du peuple ; il se lie avec d’autres opposants au régime orléaniste : Buonarrotti (1761-1837), Raspail (1794-1878) et Barbès (1809-1870), entre autres.

En janvier 1831, au nom du « Comité des Écoles », il rédige une proclamation menaçante. À la suite de manifestations, il est emprisonné à la Grande Force pendant trois semaines. Mais, récidiviste et prêchant toujours la violence, il est de nouveau arrêté et inculpé de complot contre la sûreté de l'État. Fin 1831, a lieu un procès durant lequel lui et quatorze camarades sont accusés de délits de presse. Blanqui témoigne alors de son caractère révolutionnaire, réclamant le suffrage universel, accusant des bourgeois d'être des "privilégiés", se déclarant, lui, prolétaire. Il utilise une formule qui témoigne de son idéal socialiste : "Frapper d'impôts le nécessaire, c'est voler ; frapper d'impôts le superflu, c'est restituer." Et il dit alors : "Toute révolution est un progrès". Aggravant alors son cas devant les juges, il est alors condamné à un an de prison[12].

Après un nouveau séjour en prison, il reprend ses activités révolutionnaires à la « Société des familles », que continue en 1837 la « Société des saisons ».

Le 6 mars 1836, il est arrêté, fait huit mois de prison, puis est placé en liberté surveillée à Pontoise.

Le 12 mai 1839, de retour à Paris, avec Armand Barbès et Martin Bernard, il participe à l'insurrection qui s’empare du Palais de justice, échoue à prendre la Préfecture de police, et occupe un instant l'Hôtel de ville. On comptera 50 tués et 190 blessés. Après l’échec de l'émeute, il reste caché cinq mois, mais il est arrêté le 14 octobre.

Le 14 janvier 1840, il est condamné à mort. Sa peine étant commuée en prison perpétuelle, il est enfermé au Mont-Saint-Michel. Sa femme, Amélie-Suzanne Serra, meurt alors qu'il est emprisonné en 1841 ; ils s'étaient mariés en 1833[13]. Il a été le professeur d'Amélie, alors qu'elle avait onze ans. Les parents d'Amélie, M. et Mme Serre, avaient au départ eu beaucoup de sympathie pour Blanqui qui se montrait hostile au légitimisme. Mais ils ont ensuite été fort réticents à accepter le mariage de leur fille avec Auguste. Ce dernier leur paraissait miséreux. De plus, il était emprisonné, s'étant montré à maintes reprises complètement défavorable au régime de Louis-Philippe. Eux avaient plutôt une bonne opinion de la monarchie de Juillet. Pour ces raisons, le mariage d'Amélie avec Auguste leur déplaisait, et ils ne l'acceptèrent que de mauvaise grâce, du fait de l'insistance d'Amélie[14]. En 1844, son état de santé lui vaut d’être transféré à la prison-hôpital de Tours, où il reste jusqu’en avril 1847. Suite à un appel à la libération de Blanqui par le journal La Réforme (auxquels participaient des républicains et des socialistes tels Louis Blanc, Arago, Cavaignac, Pierre Leroux, etc.), Louis-Philippe gracie Blanqui. Blanqui refuse sa libération : il demande à ce qu'on dise qu'il "revendique toute solidarité avec [ses] complices"; la lettre de son refus est publiée dans La Réforme[15]. Le garçon né de son union avec Amélie, Estève (né en 1834), est éduqué par les parents Serre (les parents d'Amélie) et d'Auguste Jacquemart, le tuteur. Il pressent alors que son fils va être éduqué de façon non conforme à ce qu'il souhaiterait (Blanqui réprouve le fait que son fils soit baptisé par exemple), sans doute même "contre [lui]". Amélie craignait que ses parents fassent qu'Estève honnisse son père[16].

Deuxième République[modifier | modifier le code]

Une fois libéré, il s'associe à toutes les manifestations parisiennes de mars à mai pendant la Révolution de 1848, qui donne naissance à la Deuxième République. Il a vite une désillusion quant au régime mis en place. Il souhaitait un gouvernement révolutionnaire et, même si certaines mesures telles la reconnaissance du droit au travail lui plaisent, il se rend compte du caractère conservateur des gouvernants. Il réprouve les idées de Lamartine, trouvant absurde de conserver le drapeau tricolore qui représente la République et l'Empire, mais a été décrédibilisé par son utilisation comme symbole de la monarchie de Juillet. Lui plaide pour l'adoption du drapeau rouge, symbole du "sang généreux versé par le peuple et la garde nationale". Il demande à Raspail et à Caussidière notamment de tout mettre en œuvre pour empêcher que soit conduite une politique réactionnaire[17]. Il demande aussi que la date des élections prévues soit décalée vers plus tard -il interpelle pour cela le gouvernement de Lamartine le 7 mars 1848. Il veut qu'il y ait une campagne de persuasion du peuple pendant quelques mois, avant les élections, pour que le peuple français soit acquis aux idées révolutionnaires. Mais Lamartine ne veut pas prolonger longtemps l'exercice de son pouvoir détenu sans suffrage populaire, et laisse la date telle quelle. Blanqui cherche à former un groupe de pression avec Louis Blanc et Cabet. Mais ceux-ci, avec les manifestants du 17 mars, sont trop timorés au goût de Blanqui: les élections prévues au départ le 9 avril ne sont décalées qu'au 23 avril[18]. Le recours à la violence de la Société républicaine centrale, qu'il a fondée pour exiger une modification du gouvernement, le met en conflit avec les républicains modérés. Arrêté après le 26 mai, suite à son intervention au Corps législatif avec des manifestants envahissant la salle pour défendre la cause polonaise, il est enfermé à Vincennes. Le procès s'ouvre devant la Haute Cour de justice de Bourges le 7 mars 1849. Le procureur est Baroche, futur ministre du Second Empire. Il est jugé avec ses congénères socialistes et révolutionnaires, notamment Raspail, Barbès, Louis Blanc, ... Il dit avoir tenté de pacifier le mouvement populaire, d'éviter la violence. Un incident conduit à une dispute devant les juges entre Barbès et Blanqui sur la véracité du document Tascherau. Les accusations portées par Barbès contre Blanqui indignent ce dernier ainsi que Flotte, un de ses amis. Blanqui est condamné à dix ans de prison, et envoyé à Doullens[19]. La mère de Blanqui est très dévouée pour son fils durant sa détention, de même que durant ses incarcérations précédentes. Elle se soucie pour sa santé et elle intervient avec succès auprès de l'administration pour que son transfert à Belle-Île soit rapide, sa détention provisoire à Mazas impactant négativement la santé d'Auguste[20]. En octobre 1850, il est incarcéré à Belle-Île-en-Mer ; en décembre 1857, à Corte ; puis, en 1859, « transporté » à Mascara, en Algérie, jusqu’au 16 août 1859, date de sa libération.

Le document Taschereau[modifier | modifier le code]

Le 31 mars 1848 paraît une publication nommée Revue Rétrospective (Archives secrètes du dernier gouvernement). Y figure une « Déclaration faite par xxx devant le ministre de l’intérieur »[21] dans laquelle un dénonciateur donne à la police les noms des meneurs des sociétés secrètes complotant contre le Gouvernement en 1839. L'indicateur, qui n'est pas nommé, mais qui a reçu le ministre de l'intérieur Duchâtel dans sa cellule de prison ne peut être que Blanqui, qui dément ces accusations dès le 1er avril 1848, et riposte plus longuement le 14 avril 1848 dans un tract intitulé Réponse du citoyen Auguste Blanqui. Le document Taschereau, du nom de son rédacteur, Jules Taschereau, ancien avocat devenu secrétaire général de la Préfecture de la Seine sous Louis Philippe, puis député à l'Assemblée constituante[22], fut repris tout au long de la vie de Blanqui par ses adversaires, et notamment le plus virulent d'entre eux, Armand Barbès. Barbès disait que seuls lui, Blanqui et Lamieussens avaient connaissance de telles données sur la société des saisons. Blanqui, lui, disait qu'il y avait calomnie et qu'il dénicherait les concepteurs d'un tel mensonge. Il écrit qu'il n'y a aucune preuve de l'authenticité du document (pas de signature) et que Taschereau est un "dynastique", que cette invention, cette "pièce" provient du "cabinet de Guizot". C'est donc selon lui une façon d'instiller le soupçon contre lui de la part de ses ennemis conservateurs. Blanqui souligne aussi l'incohérence qu'il y aurait eu à dénoncer ses camarades et à faire preuve de panache devant les juges et remarque qu'il n'a pas eu droit à un traitement de faveur durant sa détention. Cela eut un fort impact sur la perception qu'ont eue de lui par l'avenir ses anciens proches et partisans, même si certains lui demeurèrent fidèles. Barbès et Lamieussens sont de constants détracteurs, disant croire à sa culpabilité. Raspail, lui, se montre convaincu par la défense de Blanqui. Alain Decaux soulève l'hypothèse du faux conçu en préfecture de police, trouvant des incohérences dans le texte et dans le fait qu'il y ait dénonciation des membres de la société secrète dont tous les chefs avaient été arrêtés. Un témoignage dénonce plutôt Lamieussens comme étant le mouchard (Geffroy, cherchant à enquêter sur l'affaire avait trouvé un témoignage, par une lettre de Victor Bouton, allant dans ce sens). Ce document aurait eu pour but de lui nuire, et a été jugé peu crédible par une bonne partie des anciens membres de la Société des saisons, même si quelques membres se sont montrés âprement convaincus de sa vérité, notamment Barbès. Alain Decaux évoque l'hypothèse émise par Maurice Dommanget ; ce dernier, admirateur de Blanqui, pense en 1924 que celui-ci a pu avoir un moment de faiblesse du fait de "son état maladif", mais ne remet pas en cause le caractère de "grand révolutionnaire de Blanqui, disant que Bakounine aussi a pu connaître une telle faiblesse. Mais Dommanget se rétracte bien plus tard, et écrit dans Un drame politique en 1848 qu'il croit à l'innocence de Blanqui, disant que le style du document n'est pas conforme au style littéraire de Blanqui. Il pense que les républicains n'auraient pas cru à sa culpabilité sans l'insistance haineuse de Barbès et que tous les membres de la société secrète connaissaient les données transmises dans le document. Il est convaincu de la présence de faux témoignages. La réalité de la « trahison » de Blanqui continue à être discutée par les historiens[23].

Cette affaire causant un grand mal à sa popularité encore quelques mois plus tard, Blanqui demande, alors que lui et Barbès sont emprisonnés à Belle-Île, qu'il y ait une sorte de procès afin que leurs congénères prisonniers les départagent, en décembre 1850. Il soupçonne Barbès de corruption. Et Barbès est réticent à l'idée que le débat se déroule seulement entre lui et Blanqui. Sans doute est-ce parce qu'il a de plus nombreux partisans que Blanqui qu'il souhaite que les spectateurs puissent participer, ce qui nuirait probablement à Blanqui. Barbès refusant le débat avec les modalités que voudrait Blanqui, il n'a finalement pas lieu[24].

Second Empire[modifier | modifier le code]

Révolutionnaire toujours, dès sa libération il reprend sa lutte contre l'Empire. Le 14 juin 1861, il est arrêté, condamné à quatre ans de prison, et enfermé à Sainte-Pélagie. Il s'évade en août 1865, et continue sa campagne de propagande contre le gouvernement depuis son exil, jusqu'à ce que l'amnistie générale de 1869 lui permette de revenir en France. C'est au cours de ces années qu'un parti blanquiste naît et s'organise en sections. Le penchant de Blanqui pour l'action violente s'illustre en 1870 avec deux tentatives d'insurrection avortées : la première le 12 janvier lors des funérailles de Victor Noir (journaliste tué par le prince Pierre Bonaparte, celui-ci n'est rien de moins que le fils de Lucien Bonaparte, donc neveu de Napoléon Ier et cousin de Napoléon III) ; la seconde le 14 août, lorsqu'il tente de s'emparer d'un dépôt d'armes. Son action se poursuit jusqu'à la chute de l'Empire et au-delà de la proclamation de la Troisième République, le 4 septembre 1870.

Blanqui crée alors un club et un journal, La patrie en danger, qui soutient la résistance de Gambetta mais cesse de paraître le 8 décembre faute de crédits.

La Commune (18 mars-28 mai 1871)[modifier | modifier le code]

Masque mortuaire d'Auguste Blanqui, eau-forte de Félix Bracquemond.

Il fait partie du groupe insurrectionnel qui occupe l'Hôtel de ville quelques heures le 31 octobre 1870. Le 9 mars, il est condamné à mort par contumace. Adolphe Thiers, chef du gouvernement, conscient de l'influence de Blanqui sur le mouvement social parisien, le fait arrêter le 17 mars 1871 alors que, malade, il se repose chez un ami médecin à Bretenoux, dans le Lot. Il est conduit à l'hôpital de Figeac, et de là à Cahors. Emmené à Morlaix le 24 mai, il est emprisonné au château du Taureau. Le 18 mars, Thiers tente de s'emparer des canons sur la butte Montmartre, mais la population s'y oppose : ce sont ces événements qui aboutissent à la proclamation de la Commune de Paris, dont Blanqui est élu comme tête de liste dans de nombreux quartiers alors qu'il demeure détenu hors de Paris. Conscient de l’importance de ce prisonnier, Thiers refuse de le libérer en échange de 74 otages de la Commune, dont l’archevêque Mgr Darboy. Une majorité de « Communards » se reconnaissaient en Blanqui. Celui-ci aurait-il modifié le cours de l'histoire s'il avait été à Paris ? Karl Marx est convaincu que Blanqui était le chef qui a fait défaut à la Commune[25].

Ramené à Paris, il est jugé le 15 février 1872, et condamné avec d'autres communards, à la déportation, peine commuée en détention perpétuelle, eu égard à son état de santé. Il est interné à Clairvaux.

Le 20 avril 1879, il est élu député de Bordeaux, mais son élection est invalidée le 1er juin. Bénéficiant d’une amnistie générale, Blanqui est libéré le 11 et gracié.

Il parcourt alors la France et diffuse ses idées dans son journal « Ni Dieu ni maître ». Après avoir prononcé un discours au cours d'un meeting révolutionnaire à Paris fin 1880, il meurt d’une crise d'apoplexie le 1er janvier 1881. Ses obsèques sont suivies par cent mille personnes. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, à Paris.

Idéologie[modifier | modifier le code]

Suivant le courant socialiste de l'époque, Blanqui est favorable à la redistribution des capitaux[Lesquels ?] et la collectivisation des moyens de production, comme il l'indique dans son texte Qui fait la soupe doit la boire. Mais le blanquisme se singularise à plusieurs égards des autres courants socialistes de son temps. D'une part, contrairement à Karl Marx, Blanqui ne croit pas au rôle prépondérant de la classe ouvrière, ni aux mouvements des masses : il pense, au contraire, que la révolution doit être le fait d'un petit nombre de personnes, établissant par la force une dictature temporaire. Cette période de tyrannie transitoire doit permettre de jeter les bases d'un nouvel ordre, puis remettre le pouvoir au peuple. D'autre part, Blanqui se soucie davantage de la révolution que du devenir de la société après elle : si sa pensée se base sur des principes socialistes précis, elle ne va que rarement jusqu'à imaginer une société purement et réellement socialiste. Il diffère en cela des utopiques. Pour les blanquistes, le renversement d'un ordre vu comme « bourgeois » et la révolution sont des fins qui se suffisent à elles-mêmes, du moins dans un premier temps. Il fut l'un des socialistes non marxistes de son temps. Il se montre, déjà jeune, favorable à l'avènement de la République, parce qu'il croit qu'elle sera prompte à voir l'avènement du socialisme.

Dans son journal, Le Libérateur, fondé en 1834, dont la devise est "Unité, égalité, fraternité, il écrit dans le 1er n° (2 février 1834): "Si, en effet, nous nous disons républicains, c'est que nous espérons de la république une refonte sociale que la France réclame impérieusement et qui est dans ses destinées. Si la république devait tromper cette espérance, nous cesserions d'être républicains, car à nos yeux une forme de gouvernement n'est point un but, mais un moyen et nous ne désirons une réforme politique que comme acheminement à une réforme sociale". Il faut signaler que, plus tard, il montrera l'idée d'une sorte de dictature du prolétariat ; dans la société des saisons dont il est le fondateur, il est dit durant le serment d'intronisation: "L'état social étant gangrené, pour passer à un état sain, il faut des remèdes héroïques ; le peuple aura besoin pendant quelque temps d'un pouvoir révolutionnaire"[26].

Il faut préciser que Blanqui s'inscrit dans la filiation de la pensée de Hébert ; il rejette les idées de Robespierre, sans doute trop imprégnées de religion selon lui (d'ailleurs Blanqui a été le fondateur du journal Ni Dieu ni maître)[27]. Alain Decaux considère que le comportement de Blanqui est comparable à celui de Robespierre : il y oppose le comportement de Barbès, plus similaire à celui d'un Danton. Blanqui est marqué par l' "austérité" et la "rigidité". Blanqui et Barbès se sont opposés l'un à l'autre du fait de l'affaire Taschereau, après avoir été alliés. Ils ont notamment cherché à prendre l'Hôtel de ville de Paris ensemble en 1839. Barbès et Blanqui sont des révolutionnaires "antinomiques" : "Blanqui veut une république sociale, la république de Barbès est plus tiède"[28]. Alain Decaux trouve que l'accusation de violence extrême faite à Blanqui est exagérée ; il trouve Hugo sévère et injuste quand celui-ci compare Blanqui à Marat. Selon lui, Blanqui accepte les débats, n'est pas un guillotineur, ne demande par exemple pas -ainsi que Hugo l'en accuse- que l'on fasse tomber la tête de Lamartine. Il est bien plus pacifique que ce que l'on a pu prétendre[29].

Il se montre intransigeant. Il ne veut pas de réformes progressives marquées par les concessions. Il a une formule: "on doit épouser sans dot". Il ne veut alors pas rallier la gauche plus modérée de Ledru-Rollin ou du socialiste Louis Blanc. Il est fermement révolutionnaire, écrivant à certains de ses partisans alors qu'il est emprisonné en 1851 : "Qui a du fer a du pain... La France hérissée de travailleurs en armes, voilà l'avènement du socialisme. En présence des prolétaires armés, obstacles, résistances, impossibilités, tout disparaîtra. Mais pour les prolétaires qui se laissent amuser par des promenades ridicules dans les rues, par des plantations d'arbres de la liberté, par des phrases sonores d'avocats, il y aura de l'eau bénite d'abord, des injures ensuite, enfin de la mitraille, enfin de la mitraille, de la misère toujours. Que le peuple choisisse !"[30]

Œuvre[modifier | modifier le code]

Jules Dalou, Gisant d'Auguste Blanqui sur sa tombe (1885), cimetière du Père-Lachaise (91e division), à Paris.

Blanqui s'apparente au socialisme dit « métaphysique ». Dans son ouvrage L'Éternité par les astres (1872), élaboré, il est vrai, sur la fin de sa vie, alors qu’il subit une fois de plus la prison, il expose que la combinaison d'atomes dont nous résultons se reproduit un nombre infini de fois (dans l'infinité de l'espace et du temps), de sorte que chacun de nous a une infinité de sosies. Toutefois, les derniers écrits de Blanqui sont minimes en comparaison de ce qu'il fut avant tout : un stratège de l’insurrection n’hésitant pas à payer de sa personne.

Dans son recueil de textes intitulé La critique sociale, paru en 1886, Blanqui expose trois thèses :

  1. la société civile dépend entièrement du mécanisme des échanges ;
  2. l'histoire se développe tout entière autour du combat économique destiné à accroître la richesse ;
  3. la société humaine évolue vers le communisme et sa marche est accélérée par les abus du capitalisme.

Principales publications[modifier | modifier le code]

  • Défense du citoyen Louis-Auguste Blanqui devant la cour d’assises, 1832.
  • Instruction pour une prise d'arme, 1866.
  • La Patrie en danger, 1871.
  • L'Éternité par les astres, 1872.
  • La Critique sociale, 1885[31].

Anthologies[modifier | modifier le code]

  • Écrits sur la Révolution, Œuvres complètes I, textes politiques et lettres de prison, présenté et annoté par A. Münster, éd. Galilée, 1977 (il n'y a pas de tome II publié ; dans le tome I, les textes publiés s'arrêtent à l'année 1853).
  • Œuvres I. Des origines à la Révolution de 1848, textes rassemblés et présentés par Dominique Le Nuz, Presses Universitaires de Nancy, 763 p., 1993.
  • Maintenant, il faut des armes, textes choisis et présentés par Dominique Le Nuz, Éditions La Fabrique, 432 p., 2007 texte en ligne.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gustave Geffroy, L'Enfermé, biographie, 1897, L'Amourier éditions, 2015, http://www.amourier.com/622-l-enferme.php
  • Dictionnaire de biographie française, Librairie Letouzey et Ané, 1954
  • Alan B. Spitzer, The revolutionary theories of Louis-Auguste Blanqui, New York, Columbia U.P., 1957, 208 p.
  • V.P. Volguine, Blanqui, textes choisis, Éditions sociales, 1957
  • Maurice Dommanget : Les idées politiques et sociales d’Auguste Blanqui, 1957
  • Maurice Dommanget, Auguste Blanqui. Des origines à la Révolution de 1848 (Premiers combats et premières prisons), Mouton, Paris, 1969
  • Alain Decaux, Blanqui, l'Insurgé, Perrin, 1976
  • Maurice Paz, Un révolutionnaire professionnel, Auguste Blanqui, Paris, Fayard, 1984
  • Victor Hugo, Choses vues 1847-1848.
  • Jean-Noël Tardy, L'Age des Ombres. Complots, conspirations et sociétés secrètes au XIXe siècle, Paris, Les Belles Lettres, 2015, 672 p.

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

  • Maximilien Le Roy, Loïc Locatelli Kournwsky, Ni Dieu ni maître. Auguste Blanqui, l’enfermé, Casterman, 2014, notice éditeur.

Notices[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Winock, La gauche en France, p. 26.
  2. (en) David Parker, Revolutions and the Revolutionary Tradition : In the West 1560-1991, New York, Routledge, 2002, (ISBN 978-1-13469-059-6), 256 p.
  3. Biographie d'Auguste Blanqui sur le site de l'Assemblée Nationale
  4. Maurice Dommanget, Auguste Blanqui. Des origines à la Révolution de 1848.
  5. Samuel Bernstein, Blanqui, Paris, François Maspero, 1970, p. 30
  6. a et b Alain Decaux, Blanqui ou la passion de la Révolution, librairie académique Perrin (ISBN 2-7242-0529-4), p. 22-42
  7. Alain Decaux, Blanqui ou la passion de la Révolution, librairie académique Perrin,‎ (ISBN 2-7242-0529-4), p. 43-47
  8. Alain Decaux, Blanqui ou la passion de la Révolution,‎ librairie académique perrin, p. 48-54
  9. Alain Decaux, Blanqui ou la passion de la Révolution, librairie académique Perrin, p. 62
  10. Archive des Marxistes français
  11. J.-C. Caron, Générations romantiques. Les étudiants de Paris et le Quartier latin (1814-1851)., A. Colin, 1991, p. 278. (ISBN 2-200-37241-8)
  12. Alain Decaux, Blanqui l'insurgé (Blanqui ou la passion de la Révolution), librairie académique Perrin, p. 123-128
  13. Jacques Julliard, Les gauches françaises, Flammarion,‎ , 943 p., pages 294-305
  14. Alain Decaux, Blanqui l'insurgé (Blanqui ou la passion de la Révolution), librairie académique Perrin, p. 64, p. 137-138
  15. Alain Decaux, Blanqui ou l'insurgé, librairie académique Perrin, p. 252-261
  16. Alain Decaux, Blanqui ou l'insurgé, librairie académique Perrin, p. 269-271
  17. Alain Decaux, Blanqui ou l'insurgé, librairie académique Perrin, p. 276-301
  18. Alain Decaux, Blanqui ou l'insurgé, librairie académique Perrin, p. 303-313
  19. Alain Decaux, Blanqui l'insurgé, librairie académique Perrin, p. 361-405
  20. Alain Decaux, Blanqui l'insurgé, librairie académique Perrin, p. 409-415
  21. voir sur Gallica
  22. Voir sa biographie sur la Base historique des anciens parlementaires
  23. Alain Decaux, Blanqui, l'Insurgé, 1976, voir p. 315 à 348.
  24. Alain Decaux, Blanqui l'insurgé, librairie académique Perrin, p. 420-428
  25. « Le véritable meurtrier de l'archevêque Darboy, c'est Thiers. La Commune, à maintes reprises, avait offert d'échanger l'archevêque et tout un tas de prêtres par dessus le marché, contre le seul Blanqui, alors aux mains de Thiers. Thiers refusa obstinément. Il savait qu'avec Blanqui, il donnerait une tête à la Commune », Karl Marx, La guerre civile en France (la commune de Paris), 1871, éd. Fayard/Mille et une nuits (2007) ; p. 70.
  26. Alain Decaux, Blanqui l'insurgé (Blanqui ou la passion de la révolution), librairie académique Perrin,‎ , p. 158-162, p. 190-193
  27. Alain Decaux, Les gauches françaises, Flammarion,‎ , p. 294-305
  28. Alain Decaux, Blanqui ou l'insurgé, librairie académique Perrin, p. 172-174, p. 232-234
  29. Alain Decaux, Blanqui ou l'insurgé, librairie académique Perrin, p. 293-298
  30. Alain Decaux, Blanqui l'insurgé, librairie académique Perrin, p. 430-431
  31. Auguste (1805-1881) Auteur du texte Blanqui, Critique sociale. Capital et travail / par Auguste Blanqui,...,‎ (lire en ligne)

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