Manifeste des 363

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Le manifeste des 363 est une déclaration adressée par les députés républicains au président de la République Patrice de Mac Mahon, qui lui exprime leur opposition à la politique qu'il mène et à l'instauration du monarchiste Duc de Broglie à la présidence du conseil, alors même que la majorité de la chambre est républicaine.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Crise du 16 mai 1877.

Les élections législatives de 1876 donnent les républicains vainqueurs avec 363 députés face à l'opposition monarchiste.

Malgré cela, le 16 mai 1877, Mac-Mahon décide de renvoyer Jules Simon, un gambettiste. Les républicains s'opposent catégoriquement à ce renvoi sans raisons réelles de Mac-Mahon. Le soir même, plus de 300 députés républicains se réunissent au Grand Hôtel de Paris afin de condamner la politique de Mac-Mahon et appellent à voter une motion proclamant « la prépondérance du pouvoir parlementaire s'exerçant par la responsabilité ministérielle ». Le lendemain, Gambetta prononce un réquisitoire contre un Mac-Mahon ce qui l'agace au point que le 18 mai, il réplique à cette tirade en nommant une seconde fois le duc de Broglie, un fervent monarchiste qui avait appliqué sans concessions la politique de l'ordre moral. Face à cet ultime affront, les républicains rédigent et signent ensemble ce qu'on l'on appellera plus tard le manifeste des 363[1].

Le manifeste des 363[modifier | modifier le code]

Le camp républicain, pour contrer le pouvoir présidentiel, choisit de rédiger un manifeste, le 18 mai, contre le président Mac-Mahon, un peu comme les parlementaires libéraux avait écrit leur Adresse des 221 pour dénoncer les abus de pouvoirs de Charles X. Les républicains prônent un gouvernement responsable devant les chambres ce qui va à l'encontre de la politique de Mac-Mahon, ce dernier se définissant lui-même « au-dessus des partis » c'est-à-dire, que le président nomme ses ministres comme bon lui entend[3]. Le manifeste invite les électeurs à ne pas approuver cette "politique de réaction et d'aventure " que semble prendre le gouvernement de Broglie, il s'agit en fait, d'une véritable motion de défiance de la part des républicains envers le gouvernement en place. Le manifeste est rédigé de la main d'Eugène Spuller, proche de Léon Gambetta[4].

Les suites du manifeste[modifier | modifier le code]

Gravure en noire et blanc de Mac Mahon debout, la main gauche posée sur un bureau, le visage vers la droite. Il arbore les insignes de grand maître de l'ordre de la légion d'honneur.
Portrait officiel du président Mac Mahon, initiateur de la crise du 16 mai.

Mac-Mahon décide alors, avec l'accord du Sénat, de dissoudre la chambre des députés. Une intense campagne s'ouvre mais alors que les monarchistes, favorables au maréchal, font une mauvaise campagne, les républicains apparaissent indissolubles et unis à l'image de Thiers et de Gambetta qui déjeunent ensemble le 3 juillet. La mort de Thiers début septembre est une grande manifestation de joie républicaine[1]. Gambetta, pendant ce temps, joue pour la deuxième fois son rôle de commis voyageur de la république et parcourt la France pour convaincre les Français ; il s'illustrera par sa verve notamment dans un discours à Lille resté célèbre « Il faudra se soumettre ou se démettre ». Les élections législatives ont lieu et elles déçoivent les espoirs monarchistes car les républicains ont, malgré leur perte de 39 sièges, toujours la majorité. Mac-Mahon, après quelques réticences, finit par appeler Jules Dufaure à former un gouvernement le 13 décembre 1877. Mac-Mahon, après la perte du sénat par les monarchistes un an plus tard, sera finalement mis en minorité et contraint à la démission en janvier 1879 pour faire place à un républicain Jules Grévy. Les derniers espoirs de restauration monarchique sont anéantis et la république est établie pour de bon.

Ce manifeste consacre également le principe d'union des républicains des diverses tendances quand un danger menace la République comme entité politique. La coalition contre Mac-Mahon concrétise une véritable union des gauches parlementaires, soudées par un fort anticléricalisme[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Jean-Marie Mayeur, La vie politique sous la troisième République, 1870-1940, Paris, Seuil, 1984
  • Nathalie Bayon, Eugène Spuller (1835-1896) : itinéraire d'un républicain entre Gambetta et le ralliement, Septentrion,
  • Jacques Julliard et Grégoire Franconie, La gauche par les textes: 1762-2012, Flammarion, , 461 p. (ISBN 2081291800, présentation en ligne)
  • Jean Garrigues, Histoire du Parlement: De 1789 à nos jours, Armand Colin, , 520 p. (ISBN 220025685X, présentation en ligne)