Camp de Conlie
| Camp de Conlie | ||
Monument des Bretons signalant le lieu du Camp des Bretons, entre octobre 1870 et janvier 1871, sur la colline de la Jaunelière à Conlie. | ||
| Lieu | Conlie, France | |
|---|---|---|
| Construction | 1870 | |
| Utilisation | Armée de Bretagne | |
| Guerres et batailles | Guerre de 1870 : Bataille du Mans | |
| Coordonnées | 48° 09′ 16″ nord, 0° 02′ 40″ ouest | |
| Géolocalisation sur la carte : France
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Le Camp de Conlie, situé dans la région du Mans, est un des onze camps établis par le gouvernement républicain de Gambetta lors de la guerre de 1870 afin de préparer une contre-offensive contre les Prussiens.
Historique
[modifier | modifier le code]Contexte
[modifier | modifier le code]En 1870, la France déclare la guerre à la Prusse, déclenchant la Guerre franco-prussienne[1].
Après la défaite de Sedan, Napoléon III est fait prisonnier. Un nouveau gouvernement républicain se met en place. Léon Gambetta, ministre de la Guerre de ce nouveau gouvernement, décide de former de nouvelles armées et de poursuivre la « guerre à outrance »[2].
Léon Gambetta décide d'organiser la résistance en Province, notamment en créant l'Armée de Bretagne[2].
Création du camp
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Le général de Kératry, choisit d'établir un camp à Conlie, regroupant 80 000 hommes volontaires.
Le camps de Conlie fait partie d'un ensemble de onze camps créés pour accueillir les volontaires[3].
Ce camp peut accueillir 50 000 hommes et il y rassemble une armée de 25 000 hommes dès le 10 novembre. Près de 60 000 hommes y passent au total et il est prévu de les armer avec les surplus de la guerre de Sécession, mais ces armes promises par Gambetta n'arrivent pas[4].
Vie au camp
[modifier | modifier le code]Selon : A. Touchard :
20 novembre : Les fusils demandés à Tours n'arrivent pas : la pluie tombe abondamment et détrempe le sol. C'est bientôt une véritable mer de boue. On manque de paille, d'eau potable et il est impossible de trouver sous les tentes mal jointes un abri acceptable... Le découragement gagne tous ces braves gens, qu'on occupe tant bien que mal, à des corvées plus ou moins utiles. Ils se demandent avec anxiété où ils vont et ce qu'on veut faire... Ils ne savent pas ce qui se passe et les événements se traduisent pour eux par l'incohérence qui les afflige[5].

Les mauvaises conditions climatiques n'arrangent rien, des pluies torrentielles inondent le camp que les soldats surnomment « Kerfank », la ville de boue, de fanges en breton[6].
Avec les premières neiges, les maladies se développent : fièvre typhoïde, variole, etc. La description qu'en fait Gaston Tissandier, de passage le 15 décembre 1870, est éloquente :
« Est-ce bien un camp ? C'est plutôt un vaste marécage, une plaine liquéfiée, un lac de boue. Tout ce qu'on a pu dire sur ce camp trop célèbre est au-dessous de la vérité. On y enfonce jusqu'aux genoux dans une pâte molle et humide. Les malheureux mobiles se sont pourvus de sabots et pataugent dans la boue où ils pourraient certainement faire des parties de canots. Ils sont là quarante mille nous dit-on et, tous les jours, on enlève 500 ou 600 malades. Quand il pleut trop fort, on retrouve dans les bas-fonds des baraquements submergés. Il y a eu ces jours derniers quelques soldats engloutis, noyés dans leur lit pendant un orage[7]. »
La polémique commence à faire rage dans les journaux et le général de Kératry démissionne, remplacé dans le 20 novembre par le général Le Bouédec[5] et enfin par le général de Marivault le 19 décembre[5].
Opérations de l’« armée de Bretagne »
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La veille de la bataille du Mans, la Commission en charge de l'armement se procure, suivant la volonté de Gambetta d' « Accaparer tous les fusils disponibles sur le marché du globe », environ 424 651 fusils, dont une partie est livrés aux troupes du camp de Conlie. Malheureusement, ces fusils sont rouillés et ont des cartouches avariées[8].
Par la suite, le général de Lalande[9] déclare devant une commission d'enquête parlementaire[10] :
« Je crois que nous avons été sacrifiés. Pourquoi? Je n'en sais rien. Mais j'affirme qu'on n'aurait pas dû nous envoyer là, parce que l'on devait savoir que nous n'étions pas armés pour faire face à des troupes régulières. »
L'armistice est signé le 28 janvier[11] et l'armée de Bretagne est dissoute le [12].
Bilan
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De novembre 1870 à janvier 1871 il y eut 173 morts[4], mais ce chiffre fait encore débat[13].
Les chiffres concernant le nombre de soldats présents dans ce camp varient aussi[14].
Postérité
[modifier | modifier le code]Enquête
[modifier | modifier le code]Arthur de La Borderie (1827-1901) sera le rapporteur d'une commission d’enquête parlementaire dont les conclusions, rédigées en 1872, sont publiées en 1874 dans les actes du Gouvernement de la Défense nationale. Selon le rapport, Léon Gambetta partage la responsabilité du choix de l'emplacement du camp avec Kératry[15].
D'après Pierre Bertin, ce dernier envisageant de « marcher sur Tours » voire de se replier en Bretagne avec ses contingents pour y amorcer une sécession[16].
Yann Lagadec fait remarquer qu'Arthur de La Bordrerie « est député de février 1871 à février 1876. À ce titre, il est bien évidemment idéologiquement engagé dans le combat politique du moment, en l’occurrence pour la paix contre la guerre, pour la restauration monarchique aussi et donc contre la République qui a œuvré à la Défense nationale à compter du 4 septembre 1870. »[3].
Monument
[modifier | modifier le code]Une “Croix des Bretons” est érigée au cimetière de Conlie où reposent 131 mobilisés[17]. Un monument est inauguré en 1913 sur la colline de la Jaunelière, sur la route de Sillé-le-Guillaume[18].
Aujourd'hui à la sortie de Conlie, existe le monument de la Jaunelière, à l'endroit dénommé la Butte du Camp, où est inscrit « 1871 D'ar Vretoned trubardet Kerfank-Conlie, dalc'homp soñj 1971 » (Aux Bretons trahis au village de boue de Conlie. Souvenons-nous)[19].
Dans la culture populaire
[modifier | modifier le code]La prétendue première carte postale au monde
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Un article publié dans le Petit Journal du 30 août 1902, repris dans le New York Times du 21 septembre 1904, fait de Léon Besnardeau (1829-1914), simple libraire à Sillé-le-Guillaume, un village situé à une quinzaine de kilomètres du camp de Conlie, l'inventeur de ce qui est présenté comme la première carte postale illustrée, expédiable par la poste ordinaire, au monde[20].
En fait, l'inscription même « Souvenir de la Défense Nationale » indique qu'il s'agit d'un document édité après les événements, de toute évidence destiné aux soldats revenus en pèlerinage sur le site de leurs souffrances, et non d'un moyen de communiquer avec leurs proches durant leur séjour forcé. Aucun emplacement n'est prévu pour un timbre et il n'existe pas de trace qu'une de ces cartes ait été acheminée sans avoir été placée préalablement dans une enveloppe[21].
Littérature
[modifier | modifier le code]- Tristan Corbière, La pastorale de Conlie, poème paru dans La vie parisienne[22].
- Léon Bloy, Joseph Royer et Cécile Noguès, Sueur de sang, l'Arbre vengeur, (ISBN 978-2-916141-50-3)
- Yann Brekilien, L'holocauste breton, Ed. du Rocher, (ISBN 978-2-268-01709-9)
Gravure
[modifier | modifier le code]- "Le camp de Conlie" par Jeanne Malivel, 1922.
- "La Pastorale de Conlie" illustrant le poème de Tristan Corbière, par Jean Moulin en poste en Bretagne à cette époque, 1933. "Il le fait avec un sens du pathétique absolument terrible, parce que de ces cadavres, de ces corps amoncelés, on a l'impression qu'il voit une sorte de préfiguration de la Seconde Guerre mondiale : Buchenvald, Auschwitz, et peut-être aussi de son propre destin."[23]
Discographie
[modifier | modifier le code]- Le groupe de musique celtique Tri Yann sort une chanson du nom de Kerfank 1870.
- Red Cardell, Conlie, album Rouge, 1993.
- François Budet, Le Camp de Conlie, album Résurgences, septembre 1992.
Per-Mari Mevel écrivit aussi une chanson sur le sujet enregistré par la suite par An Triskell :
| Paroles | Sens des paroles en français |
|---|---|
Didostait, mignoned, a barrez Plodiern |
Approchez, amis, de la paroisse de Plodiern |
Association
[modifier | modifier le code]L'association Kerfang 1870 cherche à perpétuer la mémoire du camp[24].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ « 19 juillet 1870 : la France déclare la guerre à la Prusse », sur www.lhistoire.fr (consulté le )
- https://www.ouest-france.fr/culture/histoire/recit-pourquoi-des-milliers-de-bretons-sont-ils-restes-pourrir-a-conlie-pendant-la-guerre-de-1870-7922b704-e7eb-11ec-b33d-b9e7e03cd588
- Yann Lagadec, « Arthur de La Borderie, Conlie et la Bretagne (1870-2021) », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest. Anjou. Maine. Poitou-Charente. Touraine, no 128, , p. 139–158 (ISSN 0399-0826, DOI 10.4000/abpo.7267, lire en ligne, consulté le )
- Site sur le camp de Conlie
- A. Touchard Harvard University, Autour du camp de Conlie (notes et souvenirs)., R. Pellechat, (lire en ligne)
- ↑ « Camp de Conlie. Des soldats «sacrifiés» », sur Le Télégramme, (consulté le )
- ↑ Gaston Tissandier,En ballon ! : pendant le siège de Paris, souvenirs d'un aéronaute, éd. Dentu, Paris, 1871 p. 122-123 Lien Gallica
- ↑ Henri Robarts - University of Toronto, Gambetta et la défense nationale, 1870-1871, Paris, Nouvelle Lib. Nat., (lire en ligne)
- ↑ Charles Aimé Marie de Lalande, né à Poitiers le 26 novembre 1815, polytechnicien et commandant en retraite titulaire de la légion d'honneur Base Leonore no L1448056, avait été nommé général de brigade au titre auxiliaire le 5 novembre 1870.
- ↑ Camille Le Mercier d'Erm, L'Étrange aventure de l'Armée de Bretagne 1870-1871, Presses universitaires de Bretagne, 1970 p. 253.
- ↑ « L'Assemblée nationale ratifie le Traité préliminaire de paix », sur www.assemblee-nationale.fr (consulté le )
- ↑ « Armée de Bretagne | Service historique de la Défense », sur www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr (consulté le )
- ↑ Le Rennais, no 382, mars 2007.
- ↑ « Il y a 150 ans, l’affaire du camp des Bretons à Conlie (72) », sur Le Télégramme, (consulté le )
- ↑ Arthur Le Moyne de (1827-1901) Auteur du texte La Borderie, Rapport fait au nom de la commission d'enquête sur les actes du gouvernement de la défense nationale : le camp de Conlie et l'armée de Bretagne / par M. A. de La Borderie,..., (lire en ligne)
- ↑ Pierre Bertin, « Camille Lemercier d’Erm : L’étrange aventure de l’armée de Bretagne - Le drame de Conlie et du Mans 1870-1871. Presses universitaires de Bretagne, Saint-Brieuc, 1970 », Revue historique des Armées, vol. 27, no 1, , p. 214–215 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ https://www.ouest-france.fr/bretagne/magazine-bretons/conlie-ce-village-de-boue-ou-les-soldats-bretons-ont-connu-lenfer-en-1870-d7f57c8e-a680-11ef-9190-7abd4499cf18
- ↑ « Histoire », sur Mairie de Conlie (consulté le )
- ↑ « Kerfank 1870 : La chanson pour l'histoire », Bretons, n°80, octobre-novembre 2012
- ↑ Eveillard James, l'Histoire de la carte postale et la Bretagne, éditions Ouest- France, 1999.
- ↑ Histoire de la carte postale, sur le site Cartolis
- ↑ Jean Marmier, « La pastorale de Conlie (Tristan Corbière et la guerre de 1870) », Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, vol. 77, no 2, , p. 481–493 (DOI 10.3406/abpo.1970.2545, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Daniel Kay in "Un artiste nommé Jean Moulin", de Marie Halopeau, Arte, janvier 2019.
- ↑ https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/conlie-72240/kerfank-1870-une-association-pour-faire-vivre-la-memoire-de-larmee-de-bretagne-c12536f8-5793-11ee-a390-be4049371535
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Auguste Gougeard, Deuxième armée de la Loire, division de l'armée de Bretagne, Dentu,
- Charles Mengin, La bataille du Mans : les mobilisés de la Loire-Inférieure à Champagné, avec une carte et un plan, , 96 p.
- Émile de Kératry, Armée de Bretagne, 1870-1871 : dépositions devant les commissions d'enquête de l'Assemblée nationale, avec carte à l'appui, rapport de la commission d'enquête, , 371 p.
- Aimé Jaÿ et Louis Joseph Watel, L'armée de Bretagne (22 octobre - 27 novembre 1870), Plon,
- Louis Foucqueron, L'armée de Bretagne par un volontaire, Paris, Le Chevalier,
- Arthur de La Borderie, Le camp de Conlie et l'Armée de Bretagne - Rapport fait à l'assemblée nationale, Paris, Plon & Cie - Nantes, Forest et Grimaud, 1874. https://archive.org/ À voir ici
- Le camp de Conlie et l'armée de Bretagne. Rapport fait au nom de la Commission d'enquête sur les actes du Gouvernement de la Défense nationale, Paris, aux bureaux de Paris-Journal, 1874.
- Henri Monnié, Armée de Bretagne, Les mobilisés de la Loire-Inférieure, Nantes, Imprimerie Bourgeois, 1876.
- Ulysse Chabrol, Rudes étapes 1870-71, armée de Bretagne, Paris, Victor Havard, 1893.
- A. Touchard, Autour du Camp de Conlie (Notes et Souvenirs), Le Mans, Librairie R. Pellechat, 1894.
- G. M. Suzor, Souvenirs d'un mobilisé nantais, Nantes, Imprimerie moderne Joubin & Beuchet frères, 1905.
- Robert Gestin, Souvenirs de l'Armée de Bretagne (1870-1871), Éditions Le Borgne, 1909.
- Paul Tailliez, L'histoire du camp de Conlie, 24 octobre 1870 - 25 janvier 1871, Le Mans, Monnoyer, 1913.
- Le camp de Conlie, in "L'Action Française" No 161, Paris, 10 juin 1913.
- Chant du Camp de Conlie, in "Almanach Illustré de l'Union agricole et Maritime Annuaire du Finistère pour l'Année 1918", 1917.
- L'Armée de Bretagne au Camp de Conlie, in "Bretagne" No 135, Saint-Brieuc, avril 1936.
- Camille Le Mercier d'Erm, L'étrange aventure de l'armée de Bretagne: le drame de Conlie et du Mans, 1870-1871, Celtics chadenn, coll. « Collection Brittia », (ISBN 978-2-84722-024-7, présentation en ligne)
- Camille Le Mercier d'Erm, Une "Armée de chouans": le drame politique de l'Armée de Bretagne, 1870-1871, Perrin, (lire en ligne)
- L'affaire du camp de Conlie, in "Historia" No 392, juillet 1979.
- Philippe Le Moing-Kerrand, Les Bretons dans la guerre de 1870, le camp de Conlie et la bataille du Mans, (lire en ligne)
- Hervé Martin et Louis Martin, Le Finistère face à la modernité entre 1850 et 1900, Rennes, Apogée, , 204 p. (ISBN 978-2-843-98163-0)
- Jean Sibenaler, Conlie : les soldats oubliés de l'armée de Bretagne, Le Coudray-Macouard, Cheminements, coll. « Sur les traces de l'histoire », , 251 p. (ISBN 978-2-844-78543-5)
- Frédéric Beauchef, 1871, Le Mans, une bataille oubliée, Le Mans, Éd. Libra diffusio, , 152 p. (ISBN 978-2-844-92473-5)
- Henri Ortholan, L'Armée de la Loire : 1870-1871, Paris, Bernard Giovanangeli Editeur, , 999 p. (ISBN 978-2909034683)
- Société d'études de Brest et du Léon Auteur du texte, « Les Cahiers de l'Iroise / Société d'études de Brest et du Léon », sur Gallica, (consulté le )