Paul de Cassagnac (1842-1904)

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Paul Granier de Cassagnac
Cassagnac par Chartran, 1879

Paul Adolphe Marie Prosper Granier de Cassagnac, dit Paul de Cassagnac, (Paris[1], 1842 - Saint-Viâtre, 1904) est un journaliste politique, un député bonapartiste d'extrême droite[2] [3] [4] [5] et un duelliste français.

Ennemi implacable de la République, il est l'inventeur du surnom péjoratif La Gueuse désignant la République, surnom repris plus tard par les royalistes de l'Action française[6].

Il a deux fils, Paul et Guy.

Généalogie[modifier | modifier le code]

Liens familiaux entre les cousins ennemis Paul Granier de Cassagnac (1842-1904) et Prosper-Olivier Lissagaray (1838-1901). Paul Granier de Cassagnac est :

  • L’arrière-petit-fils de Prosper Lissagaray, médecin à Aignan (1750-?).
  • Le petit-fils de Pierre-Paul Granier de Cassagnac (1771- ?), gentilhomme verrier, et d’Ursule Lissaragay (1775-1850), tante de Prosper-Olivier Lissagaray.
  • Le fils de Bernard-Adolphe Granier de Cassagnac (1803- 1880) et de Rosa de Beaupin de Beauvalin. Bernard-Adolphe, cousin de "Lissa", est envoyé en pension à Toulouse pour son éducation chez son oncle Laurent-Prosper Lissagaray, futur père de Prosper-Olivier, entre 1818 et 1828. Après un voyage en 1841, il épouse Rosa, une créole et fille d'un riche planteur, ancien officier du Premier Empire. De cette union naît Paul en 1842.

Voir aussi : Famille de Grenier

Biographie[modifier | modifier le code]

Durant sa jeunesse, Paul de Cassagnac fait ses études à Foix et à Perpignan avant de passer le baccalauréat à Toulouse et d'entamer des études de droit. Attiré par le journalisme, il fonde en 1862 L'Indépendance parisienne et est chroniqueur en 1863 de La Nation. Devenu ensuite rédacteur en chef du Diogène, ses outrances verbales lui valent un duel avec Aurélien Scholl, rédacteur du Nain jaune, grièvement blessé[7].

En 1866, il entre au Pays, dirigé par son père, et en devient le rédacteur en chef en 1867. Ses polémiques lui valent de nouveaux duels, au pistolet avec Henri Rochefort (blessé) et à l'épée avec Prosper-Olivier Lissagaray, rédacteur de l'Avenir (septembre 1868). Au cours de ce dernier combat, Lissagaray reçut plusieurs blessures, la première est entre le pouce et l'index puisqu'il avait refusé le gant ; la seconde est en pleine poitrine, qui le mit au lit pour un mois. À peine rétabli, il renvoya ses témoins chez Cassagnac pour reprendre l'affaire. Celui-ci répondit : "Non monsieur ! j'ai pu consentir à être votre adversaire, il me répugne de devenir votre charcutier..." Pour ce duel, Cassagnac fut condamné à 6 jours de prison et les 4 témoins à 50 francs d’amende. En juillet 1869, il affronte Gustave Flourens, blessé au ventre à l'issue du duel.

Engagé dans la guerre de 1870, il est fait prisonnier après la bataille de Sedan, et est interné dans la forteresse de Cosel (frontière de la Pologne). Rentré en France, il reprend la direction du Pays et fait campagne pour le rétablissement de l'Empire, attaquant violemment le parti républicain, ce qui lui vaut plusieurs procès pour diffamation ou excitation à la haine du gouvernement. Ses polémiques l'amènent à se battre en duel avec Édouard Lockroy en 1872 et Arthur Ranc en 1873, tous deux blessés.

Candidat impérialiste dans l'arrondissement de Condom (Gers) en 1876, il est élu contre un républicain et un légitimiste. Les articles du Pays lui valent, en avril 1877, une condamnation à deux mois de prison[8]. Candidat officiel du gouvernement aux élections de 1877 suite au 16 mai, il soutient le gouvernement du maréchal de Mac-Mahon et est réélu à Condom. Ses polémiques à la Chambre entraînent deux duels dont il sort vainqueur, avec Gaston Thomson et Louis Andrieux. Invalidé par la Chambre en novembre 1878, il est à nouveau réélu en février 1879, ce qui lui permet de poursuivre ses attaques contre la République à la fois à la Chambre et dans les colonnes du Pays. Il se fait à cette époque une spécialité de dénoncer les contradictions des républicains sur les questions de la liberté (liberté de la presse, la liberté de réunion), qui ne sont pas, dit-il, accordées aux opposants au régime républicain[9].

Après la mort du prince impérial en 1879, il soutient énergiquement le prince Victor comme prétendant bonapartiste alors que l'ordre de succession désignait son père, le prince Napoléon. Après le décès de son père, en 1880, il abandonne l'arrondissement de Condom pour celui de Mirande, dans lequel il est élu en 1881. Il s'oppose aux lois scolaires et à la politique coloniale du gouvernement, et est exclu en 1883 de la Chambre pour avoir traité Jules Ferry, lors d'une altercation à propos du Tonkin, de « dernier des misérables et dernier des lâches »[10].

Réélu en 1885, il soutient le ministère Rouvier face aux radicaux, puis, après sa chute, se rallie au boulangisme dans le but de renverser la République[11]. En 1886, il fonde le quotidien L'Autorité dont la devise est "Pour Dieu, pour la France !". Se rapprochant du comte de Paris tout en restant impérialiste, il invente la doctrine du solutionnisme, appelée par dérision nimportequisme, parce que n'importe qui ou n'importe quoi est jugé préférable à la République. Cette doctrine inspire la ligne éditoriale de L'Autorité[12]. Après sa réélection facile (sans opposant) en 1889, il combat, en tant qu'impérialiste et catholique ardent, la politique du Ralliement prônée par le pape Léon XIII. En 1893, il est battu aux élections par le républicain Olivier Bascou[13].

Il se consacre après sa défaite à son journal, dénonçant ce qu'il nomme la République obligatoire ou la République de droit divin[14]. Durant l'affaire Dreyfus, bien que clérical et devenu antisémite, soutenant l'armée, il garde un certain esprit critique, faisant part publiquement à plusieurs reprises de ses doutes sur la culpabilité du reclus de l'île du Diable et se prononçant favorablement pour la révision de son procès[15].

Il retrouve en 1898 son siège de député de Mirande, manifestant toujours à la Chambre son hostilité à l'égard de la République. Battu en 1902 par Joseph Noulens, il retourne à ses occupations journalistiques avant d'être frappé mortellement d'une crise d'appendicite deux ans plus tard. Il est enterré au cimetière de Montmartre. Son journal lui survit jusqu'en 1914 grâce à ses deux fils Paul et Guy.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Karen M. Offen, Paul de Cassagnac and the Authoritarian Tradition in Nineteeth-Century France, New York, Library of Congress, 1991, p. 14. De nombreuses notices biographiques le font naître par erreur en Guadeloupe.
  2. Claude Liauzu, Histoire de l'anticolonialisme en France, Armand Colin, 2007 : « L’extrême-droite tempère son opposition, tel le bonapartiste Paul de Cassagnac ».
  3. René Rémond, Histoire et sociologie de l'Église, volume 4, Sircy, 1964, page 81 : « A l'extrême-droite les deux feuilles réfractaires aux directives de Léon XIII, la monarchiste Gazette de France et l'Autorité de Paul de Cassagnac, de tradition bonapartiste, ne dissimulent pas leur irritation »
  4. Comité historique du centre-est, Cahiers d'histoire, 1971, page 84 : « Les "Coblençards" étaient ceux des bonapartistes qui voulaient une alliance complète avec l'extrême droite légitimiste... Mais le plus pittoresque de tous les "Coblençards" était le député du Gers Paul Granier de Cassagnac ».
  5. Jacques Chastenet, Histoire de la Troisième Reṕublique: Triomphes et malaises, Hachette, 1974, page 185 : « le fougueux polémiste d'extrême droite Paul de Cassagnac ».
  6. Rémond René, Les Droites en France, Paris, Aubier, 1954, p. 172.
  7. Georges Courtès, Le Gers, dictionnaire biographique de l'antiquité à nos jours, Auch, Société archéologique et historique du Gers, pp. 185-186.
  8. Le Gaulois, 27 avril 1877.
  9. Par exemple : Journal officiel, Chambre des députés, séance du 16 mars 1877, p. 2026 ; Le Pays, 10 mai 1879.
  10. Georges Courtès, op. cit., p. 186.
  11. Karen M. Offen, Paul de Cassagnac..., op. cit., pp 169-175.
  12. Ibid., pp. 150-151.
  13. Georges Courtès, op. cit., p. 186.
  14. L'Autorité, 20 juillet 1899.
  15. Voir Philippe Oriol, L'Histoire de l'affaire Dreyfus de 1894 à nos jours, Paris, Les Belles Lettres, 2014.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Karen M. Offen, Paul de Cassagnac and the Authoritarian Tradition in Nineteeth-Century France, New York, Library of Congress, 1991.
  • Albert Croquez, Paul de Cassagnac, Paris, Emile-Paul éditeur, 1911.
  • « Allez, Messieurs ! ». Essai sur le duel, Paris, éditions Baudinière, 1935 [ouvrage écrit par son fils aîné et homonyme, Paul Julien Granier de Cassagnac (1880-1966).
  • « Paul de Cassagnac (1842-1904) », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français,‎ [détail de l’édition]

Liens externes[modifier | modifier le code]