Théodore Rousseau

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Théodore Rousseau
Theodore Rousseau.jpg
Théodore Rousseau par Nadar (vers 1855)
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
Étienne Pierre Théodore Rousseau
Nationalité
Activité
Maître
Pierre Alexandre Pau de Saint Martin, Jean-Charles-Joseph Rémond, Guillaume Guillon Lethière
Élève
Mouvement
Distinctions

Étienne Pierre Théodore Rousseau, dit Théodore Rousseau, né le à Paris, mort le à Barbizon, est un artiste-peintre paysagiste français.

Il est considéré comme étant le cofondateur de l'école de Barbizon. Il fut un observateur attentif de la nature à toutes les époques de l'année.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Étienne Pierre Théodore Rousseau est né le à Paris, 4 rue Neuve-Saint-Eustache. Il est le fils unique d'Adélaïde-Louise Colombet et Pierre-Claude-Catherine Rousseau, marchand-tailleur, originaire de Salins-les-Bains (Jura)[1]. Du côté maternel s'exprime la pratique des arts, principalement dans le souvenir de l'oncle Gabriel Colombet, élève de Charles Suisse et de David, expatrié en Inde et mort à Chandernagor, mais aussi avec Pierre-Alexandre Pau de Saint Martin, cousin de sa mère, peintre de paysages, et lui-même fils du peintre Alexandre Pau de Saint Martin (1751-1820)[2].

En 1821, Théodore Rousseau, qui est en pension du côté d'Auteuil, est placé en classe de dessin chez le cousin Pau de Saint Martin. Trois ans plus tard, Théodore accompagne son père à Besançon, en visite chez son ami Jean-Baptiste Maire (1787-1859), un sculpteur, qui possédait une scierie. Le garçon découvre les forêts de Franche-Comté au cours de séjours de plus en plus longs chez Maire, et qui le marquent profondément[3]. En 1826, Pau de Saint Martin emmène Théodore en forêt de Compiègne exécuter quelques études de paysages ; au retour, la famille décide d'aider le jeune homme à accomplir sa destinée de peintre et le place chez Jean-Charles-Joseph Rémond. Chez ce paysagiste, Théodore s'ennuie fermement, et chaque fois qu'il peut, chevalet et pinceaux sous le bras, il s'échappe seul dans les forêts environnants Paris, entre 1827 et 1829, poussant jusqu'à Chailly-en-Brie et Moret-sur-Loing, à une époque où le train n'existait pas. Le conflit avec Rémond éclate. D'autres fois, il va copier des figures au Louvre, surtout de Claude Lorrain, qu'il admire. Passant sur la rive gauche, il fait quelques incursions dans l'atelier de Guillaume Guillon Lethière[4], professeur aux Beaux-Arts de Paris[5].

L'école de la Nature[modifier | modifier le code]

En , Rousseau entame son premier long périple, il part en direction de l'Auvergne, produisant de nombreuses études, entre autres de villages du Cantal. Son retour à Paris consomme sa rupture avec Rémond, tandis que la Révolution de Juillet s'accomplissait. Critique d'art à ses heures, non encore reconnu comme peintre, Ary Scheffer entend alors parler des études paysagières du jeune Rousseau. Frappé par l'originalité des tons et du traitement, Scheffer les montre à ses camarades vétérans révolutionnaires. L'époque est à la contestation, à la remise en cause de l'ancienne école de peinture au profit d'une nouvelle, incarnée par Eugène Delacroix. Le soir, Rousseau fréquente les cabarets où il retrouve Díaz et Jules Dupré, après avoir renoué avec Guillon-Lethière, esprit républicain, et qui s'entiche du jeune homme[6].

Rousseau traverse ses premières années louisphilipardes en bohème, et les cercles d'amis se forment. On se réunit chez Alcide-Joseph Lorentz, ami d'enfance de Rousseau, qui vit rue Notre-Dame-des-Victoires, où se croisent Gérard de Nerval, Théodose Burette, Bouchardy, La Bédollière, Brot, Perrin, un mélange de dessinateurs, graveurs, poètes et futurs dramaturges. Rousseau peint souvent en forêt de Saint-Cloud, en compagnie de Auguste Charles La Berge, et se tient à distance du groupe Jeunes-France[7].

, Rousseau est reçu au Salon de Paris, il y présente Paysage, site d'Auvergne, une grande toile inspirée du Cantal[8]. Il s'y retrouve avec toute la génération de l'école romantique. Dupré, retiré à Boulogne-sur-Mer, y présente quatre toiles. Sans doute inspiré par son ami, Rousseau choisit ensuite d'aller peintre en Normandie, jusqu'à l'embouchure de la Seine. Il renouvelle l'expérience normande en 1832, rejoint par La Berge. Au Salon suivant, en 1833, Rousseau peut présenter Vue pris des côtes, à Granville, ainsi qu'une étude[9] ; le tableau est acquis par Henry Scheffer[10]. Au Salon de 1834, il présente Lisière d'un bois coupé, forêt de Compiègne[11]. À cette époque, son voisin de palier est Théophile Thoré-Burger, critique d'art occasionnel et grand adepte de Simon Ganneau, un mystique, prêchant une nouvelle religion, l'évadaïsme. Thoré va devenir le premier défenseur de Rousseau. Et soudain, sa peinture, la Lisière d'un bois coupé, forêt de Compiègne est achetée par le fils du roi, Ferdinand-Philippe d'Orléans, par le biais d'Ary Scheffer[12].

Durant l'été 1834, Lorentz rejoint Rousseau qui s'était retiré dans le Jura, au col de la Faucille, pour peindre, protégé par un certain comte de La Fortelle. Lorentz laissa un portrait de son ami en souvenir de ce périple qui les mena jusqu'en Suisse, vers la mi-octobre ; ils rentrèrent à Paris en décembre[13].

Résidant à cette époque rue Taitbout, il est de nouveau admis au Salon de Paris en 1835, y montrant des esquises[14].

Le premier constat que l'on peut faire en regardant ses « études » des années 1829-1834 est le suivant : cadrage du motif serré et aucune référence ni présence humaine, mais déjà l'écrasante omniprésence de la Nature, figurée dans des matières presque brutes. Cet effet est à mettre en perspective avec ce qui se passe chez les paysagistes anglais depuis une trentaine d'années. Rousseau n'est pas le seul à partir en quête de ce type de représentations ; Jules Dupré, qu'il fréquente, cherche à peindre « d'après nature » et fuit aussi Paris. Cependant, le jeune Rousseau a déjà trouvé son langage qui, en dépit d'un premier succès et d'une présence au salon, va susciter le rejet de la plupart des critiques installés[15].

L'ermite[modifier | modifier le code]

Rousseau essuie un refus au salon de 1836, ce qui le conduit à partir s'installer à la lisière de la forêt de Fontainebleau, à Barbizon, une région où l'avait précédés dès le début des années 1820, Jules Coignet et Corot. Dans un premier temps, Rousseau est rejoint par Corot et Díaz, et plus tard, par Daubigny, Millet, Dupré, Daumier, Charles Le Roux, Troyon, Courbet... Tous ces artistes ne forment ni une colonie, ni une communauté soudée, et encore moins ne se rassemblent-ils ici autour de Rousseau ; ils s'y rencontrent, discutent, peignent, mangent et boivent ensemble parfois. Leur point commun est de rechercher, idéalement, une sorte de nature intacte ou du moins préservée, un coin tranquille où poser son chevalet et trouver l'inspiration. Fontainebleau est un atelier en plein air, permettant de capter avec précision de nombreux détails. Bien plus tard, cet élan fut appelé école de Barbizon, bien qu'aucun de ces peintres n'ait cherché à fonder un mouvement[16].

Rousseau choisit de s'installer à l'auberge Ganne. En 1847, il loue une maisonnette de deux chambres et installe son atelier dans la grange attenante, au no 55 Grande Rue. Deux ans plus tard, le train dessert la région.

George Sand, qu'il va rencontrer à Nohant en 1846-1847, l'estime et prend la défense de son travail ; elle propose au « célibataire des bois » d'épouser sa « fille adoptive », Augustine Brault, que bien entendu elle dotera. Alors que la publication des bans est prête, une lettre anonyme accusant Sand de promesses malhonnêtes et Augustine de légèreté fait capoter le projet et l'écrivaine rompt toute relation avec le peintre[17]. C'est peu de temps après que Rousseau rencontre Jean-François Millet.

Une certaine reconnaissance[modifier | modifier le code]

La reconnaissance officielle de Rousseau vient le , lorsque Philippe-Auguste Jeanron et Charles Blanc se rendent, en un geste symbolique, dans l'atelier que Jules Dupré et Rousseau partageaient rue Pigalle pour leur commander une œuvre à chacun. Théodore Rousseau exécute Lisière en forêt de Fontainebleau, soleil couchant (musée du Louvre), une œuvre à la composition faussement classique.

Dès 1849, il renoue avec le Salon, où toutes ses toiles sont admises puisqu'il n'a plus de jury[18].

Le salon de 1852 est celui de la consécration du peintre : il y expose Groupe de chênes à Apremont ; il est nommé dans la foulée, le , chevalier de la Légion d'honneur[19].

Il s'investit dans la lutte contre l'abattage des arbres qu'il qualifie de « carnage » ou de « condamnation à mort ». Rousseau avait déjà dénoncé ce phénomène dans Le Massacre des innocents, une toile composée en 1847 (musée Mesdag, La Haye).

Théodore Rousseau participe à l’exposition universelle de 1855, où il obtient la médaille d’or[18], puis, à celle de 1867, dont il préside le jury et obtient la médaille d’honneur[20]. Le , il est nommé officier de la Légion d'honneur et meurt d'un arrêt cardiaque le , à Barbizon, âgé de 55 ans.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Collections publiques[modifier | modifier le code]

Sortie de forêt à Fontainebleau, soleil couchant (1850-1851).

Les œuvres indiquées sont des huiles sur toile, sauf mention contraire :

Espagne
États-Unis
France
Russie

Gravures[modifier | modifier le code]

Rousseau a produit des eaux-fortes et des clichés-verre originaux. Il s'essaye dès 1831 à l'aquatinte, sur les conseils de Célestin Nanteuil, suivie de trois tentatives entre 1836 et 1842. Encouragée par Hédouin, une nouvelle tentative donne lieu en 1861 à l'édition d'une estampe, Le Chêne de roche (refusée au salon), mordue à l'acide par Félix Bracquemond et sans doute destinée à la Gazette des beaux-arts. En 1862, il grave des clichés-verre, à la demande du gendre du patron de l'auberge Ganne[26].

Élèves[modifier | modifier le code]

Évolution de son travail[modifier | modifier le code]

Iconographie et postérité[modifier | modifier le code]

 Chapu : bas-relief en bronze, 1884, Fontainebleau.

Aujourd'hui annexe du musée départemental de l'École de Barbizon (plaque), la grange transformée en chapelle dont le clocher fut dessiné par Charles Millet, le fils du célèbre peintre, et le jardin transformé en place publique avec le monument aux morts Gaulois du sculpteur Ernest Révillon (1854-1937).

Expositions récentes[modifier | modifier le code]

  • Du au  : Théodore Rousseau, le renouveau de la peinture de paysage, Musée d’Art et d’Histoire, Meudon.
  • Du au  : Regards sur la nature, une collection privée, galerie Art Fine, Mary de Cambiaire, place Vendôme, Paris.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sensier 1872, p. 8
  2. Sensier 1872, p. 12
  3. Sensier 1872, p. 15-16
  4. Musée des peintres de Barbizon : Théodore Rousseau et la critique
  5. Sensier 1872, p. 18-19
  6. Sensier 1872, p. 26-27
  7. Sensier 1872, p. 28-29, 45
  8. « Rousseau : 4, rue Neuve-Saint-Eustache », Fiches exposant Salon 1831, base salons du musée d'Orsay.
  9. « Rousseau : 7 rue Chaptal », Fiches exposant Salon 1833, base salons du musée d'Orsay.
  10. Sensier 1872, p. 37
  11. « Rousseau, T », Fiche exposant Salon 1834, base salons du musée d'Orsay.
  12. Sensier 1872, p. 49,53
  13. Sensier 1872, p. 55-76
  14. Fiche exposant du Salon de 1835, base salons du musée d'Orsay.
  15. Thomas Schlesser, L'Univers sans l'homme, Paris, Hazan, 2016, pp. 54-55.
  16. [catalogue], Courbet et l'impressionnisme, Milan, Musée d'Ornans / Silvana Editoriale, 2016, p. 110.
  17. « Rousseau, un gendre manqué », In: Michelle Perrot, Georges Sand à Nohant. Une maison d'artiste, Paris, Le Seuil, 2018.
  18. a et b Émile Michel, « Théodore Rousseau et les peintres de Barbison », Revue des Deux Mondes,‎ , p. 152–184 (lire en ligne, consulté le 2 février 2020)
  19. Son dossier a disparu de la Grande Chancellerie, sans doute détruit en 1871 — cf. « Cote LH/2402/2 », base Léonore, ministère français de la Culture.
  20. « Théodore Rousseau », sur www.registre-des-arts.com (consulté le 2 février 2020)
  21. « collections du musée des beaux-arts de dijon - Affichage d'une notice », sur mba-collections.dijon.fr (consulté le 8 novembre 2016)
  22. « collections du musée des beaux-arts de dijon - Affichage d'une notice », sur mba-collections.dijon.fr (consulté le 8 novembre 2016)
  23. « collections du musée des beaux-arts de dijon - Affichage d'une notice », sur mba-collections.dijon.fr (consulté le 8 novembre 2016)
  24. « collections du musée des beaux-arts de dijon - Affichage d'une notice », sur mba-collections.dijon.fr (consulté le 8 novembre 2016)
  25. Collection en ligne - Musée de Grenoble, « Collection en ligne - Musée de Grenoble », sur www.navigart.fr (consulté le 14 avril 2017)
  26. « Rousseau, Théodore », In: Janine Bailly-Herzberg, Dictionnaire de l'estampe en France 1830-1950, Paris, AMG-Flammarion, 1985, p. 292.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charles Baudelaire, Salon de 1846, Paris, Michel Lévy Frères, 1846, p. 111.
  • Émile Bellier de La Chavignerie, Dictionnaire général des artistes de l'École française depuis l'origine des arts du dessin jusqu'à nos jours : architectes, peintres, sculpteurs, graveurs et lithographes, tome 2, p. 431, Librairie Renouard, Paris, 1885 (lire en ligne)
  • Théodore Duret, Les peintres français en 1867, Paris, E. Dentu, .
  • Julie Marboeuf, Théodore Rousseau, le solitaire flamboyant, d'après des textes de Baudelaire, Théophile Gautier, Théophile Thoré, George Sand. Paris, TriArtis éditions, 2012.
  • Laurie Marty de Cambiaire, avec Angélique Franck-Niclot, Regards sur la nature, une collection privée, trad. de Jane MacAvock, catalogue de l'exposition 2013, p. 40.
  • Émile Michel, « Théodore Rousseau et les peintres de Barbizon », in: Revue des Deux Mondes, , pp. 152-184.
  • Pierre Miquel, Le Paysage français au XIXe. L'école de la Nature, tome I à III, Éditions de la Martinelle, 1975.
  • Pierre Miquel, Art et Argent, Éditions de la Martinelle, 1987.
  • Pierre et Rolande Miquel, Théodore Rousseau 1812-1867, Éditions Somogy, 2010.
  • Vincent Pomarède, L'école de Barbizon : peindre en plein-air avant l'impressionnisme, Lyon, musée des beaux-arts, 2002, p. 183.
  • Michel Schulman, Théodore Rousseau 1812-1867, catalogue raisonné de l'œuvre graphique, Paris, les Éditions de l'Amateur, 1998.
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Alfred Sensier, Souvenirs sur Théodore Rousseau, Paris, Techener, en ligne.
  • Antoine Terrasse, L'Univers de Théodore Rousseau, Henri Scrépel, 1976.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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