Jean-Roger Caussimon

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Jean-Roger Caussimon
Naissance
Paris (France)
Nationalité Drapeau : France Française
Décès (à 67 ans)
Paris (France)
Profession Auteur-compositeur-interprète, Acteur

Jean-Roger Caussimon est un auteur-compositeur-interprète français, né le dans le 14e arrondissement de Paris et mort le dans le 13e arrondissement. Il est notamment l'auteur de la chanson Monsieur William, mise en musique et popularisée par son ami Léo Ferré.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse (1918-1936)[modifier | modifier le code]

Jean-Roger Caussimon naît à Paris, le (c'est un môme de la permission - son père étant engagé du côté de Verdun à ce moment-là). Son père, Jean Caussimon, médecin, et sa mère Yvonne, s'installent à Bordeaux.

Il grandit et fait ses études à Bordeaux, au lycée Montaigne. Il découvre de grands poètes pendant son adolescence (Albert Samain, Edmond Rostand, Jean Richepin, puis au lycée François Villon, Clément Marot, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine, La Fontaine, Dante, Heine, Jacques Audiberti), et c'est dès cette époque que la qualité de poète lui paraîtra à tout jamais inaccessible. Il prend des leçons de diction pendant quatre ans (1930-34)[1] auprès de Francis Grangier (ancien comédien de l'Odéon), afin de pouvoir dire ces poètes qu'il aime tant, sans son accent bordelais. Il obtient son baccalauréat, ainsi qu'un premier prix au Conservatoire d'art dramatique. Sa mère Yvonne se suicide en 1936, à l'âge de 43 ans, ce qui le marquera à jamais.

Les années d'apprentissage (1937-1942)[modifier | modifier le code]

En 1937, il débute comme comédien professionnel et régisseur au petit théâtre Trianon à Bordeaux. Il joue une pièce par semaine. Le comédien Henri Bosc lui conseille de ne pas rester à Bordeaux, car il n'est de consécration qu'à Paris, et le présente aux professeurs du Conservatoire de Paris en 1938 : il est admis comme auditeur dans la classe de Louis Jouvet, qui lui témoigne un intérêt amusé et paternel[2].

Puis vient le service militaire et la Seconde Guerre mondiale : Caussimon est incorporé à St-Cloud pour le service militaire en octobre 1938[1], puis est enrôlé en campagne dans les Ardennes en 1939 en tant que soldat. Il est fait prisonnier dans les Vosges en 1940, et part alors au Stalag IV-A en Silésie. Durant sa captivité, il écrit des poèmes, ainsi qu'une pièce en trois actes avec son ami Georges Fagot qui connait un franc succès[3], Parodie de Faust. En 1942, il est rapatrié sanitaire et revient à Paris en décembre.

Une carrière prolifique (1942-1970)[modifier | modifier le code]

Dès son retour en décembre 1942, il passe au cabaret du Lapin Agile (ainsi que dans plusieurs autres cabarets parisiens comme Les Trois Baudets) pour des récitals au cours desquels il récitera des poèmes et chantera beaucoup. Jean-Roger faisait régulièrement deux tours par soir au Lapin Agile. C'est là qu'il a connu et apprécié la chanson.

Parallèlement, en 1944 il est engagé par Charles Dullin au théâtre de l'Atelier et au théâtre de la Cité à Paris, et participe en outre aux premières émissions expérimentales de télévision. Jean-Roger Caussimon débute au cinéma en 1945 dans le film François Villon d'André Zwobada (aux côtés de Serge Reggiani, Michel Vitold et Jean Carmet). Dès lors, Caussimon mènera une vaste carrière d'acteur au théâtre (une centaine de pièces à Paris et en tournée), au cinéma, à la télévision, ainsi qu'à la radio (il enregistrera près de 250 émissions dramatiques, principalement pour France Culture et France Inter).

C'est au Lapin Agile que Jean-Roger Caussimon rencontre Léo Ferré en 1947, qui met aussitôt en musique le poème À la Seine, puis Monsieur William en 1950. Caussimon devient le parolier contemporain privilégié de Ferré et les deux hommes resteront amis toute leur vie.

En 1948, il débute une longue collaboration théâtrale avec Jean Mercure. La même année, il produit et présente avec François Billetdoux des émissions littéraires pour la Radiodiffusion française (Le Livre d'or du Lapin Agile). En 1949, Jean-Roger Caussimon se produit avec Léo Ferré Aux Trois Mailletz.

Entre 1950 et 1956, le théâtre et le cinéma sont ses activités dominantes. C'est toujours au Lapin Agile que Marcel Carné le repère et décide de lui confier le rôle du châtelain dans son film Juliette ou la Clé des songes (1951), avec Gérard Philipe. Mais Caussimon continue d'écrire pour Léo Ferré, et ses interprètes se multiplient : Catherine Sauvage, Maurice Chevalier, Les Frères Jacques, Philippe Clay, Serge Gainsbourg. Suivront plus tard Julien Clerc, Silvain Vanot, Arno, Bernard Lavilliers et Catherine Ringer (cf. liste des interprètes de Léo Ferré).

Jean-Roger Caussimon aura hanté le Lapin Agile pendant neuf ans, de 1943 à 1952 (avec des arrêts bien sûr), aux côtés de son ami François Billetdoux qui y disait des monologues.

Il rencontre Paulette Clément à Lyon en décembre 1953, qui devient sa femme en 1956. En 1957 naît son fils Raphaël, puis en 1960 sa fille Céline (qui est également comédienne et auteur-compositeur-interprète).

À partir de 1957, en plus du théâtre et du cinéma, vont désormais s'ajouter de nombreux rôles pour la télévision. En 1961, Caussimon part en tournée internationale pour le théâtre. et il enchaîne les rôles au théâtre, au cinéma, à la radio et à la télévision entre 1962 et 1966.

En 1967, Pierre Seghers lui consacre un volume dans la collection Poètes d'aujourd'hui. Ce recueil préfacé par Léo Ferré rassemble quarante-cinq de ses textes.

Un chanteur reconnu (1970-1985)[modifier | modifier le code]

En 1967, Pierre Barouh, alors jeune créateur du label indépendant Saravah et admirateur de l'œuvre de Jean-Roger Caussimon, apprend par José Artur que le comédien et parolier a chanté durant sa jeunesse au Lapin agile. Sur les conseils de José Artur, Barouh rencontre Caussimon en 1967 pour tenter de le convaincre d'enregistrer un disque de ses chansons chez Saravah. Caussimon se montre tout d'abord très réservé (« tu vas perdre de l'argent... », « je ne sais pas chanter... ») mais finit par accepter la proposition, par vaincre son appréhension et prendre goût au métier de chanteur.

Son premier album, enregistré en six jours[1] et publié en 1970, obtient le Grand Prix de l'Académie Charles-Cros et marque le début de sa collaboration avec le compositeur et arrangeur Éric Robrecht, qui durera une quinzaine d'années. Ensemble, ils créeront une quarantaine de chansons parmi lesquelles Ma mère, Il fait soleil, Le Vieux Cheval, Mes amis, Les Milices, Enfants, vous n'avez plus de rose, Orly Bar, Le Gauchisme à la mode, Où irez-vous danser ?, Les Copains de mai, Les Cœurs purs, Batelier mon ami, Cueille la fleur, Ubu[4].

S'il est arrivé à Jean-Roger Caussimon de mettre ponctuellement en musique certains de ses propres textes, il s'en remet la plupart du temps à des compositeurs plus chevronnés que lui : Éric Robrecht ou Francis Livon et Roger Pouly, mais également Jacques Datin, Jacques Debronckart, Philippe-Gérard, Maurice Jarre, Francis Lai, Pierre Philippe, André Popp, Philippe Sarde, Jean-Marie Sénia, Claude Vence et Gaby Verlor.

La collaboration avec Léo Ferré est différente dans la mesure où Caussimon ne lui demande pas de composer pour lui, mais écrit au départ pour alimenter le répertoire de Ferré. Ce corpus, étalé entre 1946 à 1985, comporte une vingtaine de chansons :

  • À la Seine
  • Avant de te connaître
  • Bleu... Blanc... Rouge[5]
  • Comme à Ostende[6]
  • Comment ça marche ?
  • Les Drapeaux merveilleux
  • Les Indifférentes
  • J'entends passer le temps
  • Les Loubards
  • Metaphysic Song
  • Mon camarade
  • Mon Sébasto
  • Monsieur William
  • Ne chantez pas la mort
  • Nous deux
  • Nuits d'absence
  • Les Spécialistes
  • Le Temps du tango
  • Les Vieux Chagrins

En 1971, Jean-Roger Caussimon enregistre son deuxième album. Jean-Christophe Averty lui consacre alors une émission télévisée entière et Caussimon donne son premier récital au théâtre du Vieux-Colombier pendant une semaine. C'est une vie nouvelle qui commence pour lui. Il chantera dès lors sur scène en tête d'affiche tous les ans, pendant les quinze dernières années de sa vie, sillonnant les routes de France avec sa femme Paulette dans leur caravane[1].

En 1972, il chante en récital à la Gaîté-Montparnasse. Cette même année, Léo Ferré enregistre la chanson Ne chantez pas la mort[7].

En 1973, Jean-Roger Caussimon chante à Bobino, aux côtés de Nicole Croisille et des Frères ennemis. Jean-Christophe Averty réalise un second show télévisé sur Caussimon. Celui-ci part pour sa première tournée en province (Lille, Nantes, Saint-Étienne, Évreux, etc.). Il donne des récitals à la Villa d'Este pendant trois mois, (Jean-Louis Foulquier est au même programme), puis au théâtre Mouffetard avant de repartir en tournée (17 villes).

En 1974, il enregistre son troisième album. En mai de la même année, il chante à l'Olympia pour l'émission Musicorama d'Europe 1, ce qui donnera lieu à un album publié de manière posthume en 1992. Caussimon part en tournée en province (24 villes) et Jean-Christophe Averty réalise un troisième show télévisé, où Caussimon partage cette fois la vedette avec Philippe Clay.

En 1975, il enregistre son quatrième album. La SACEM lui décerne le prix André-Mauprey pour l'ensemble de son œuvre. La même année, il joue dans le film Le Juge et l'Assassin de Bertrand Tavernier, avec Michel Galabru et Philippe Noiret, et écrit trois chansons pour le film (La Commune est en lutte, Complainte de Bouvier l'éventreur et Sigismond le Strasbourgeois). Il commence à rédiger ses mémoires, qui s'intituleront La Double Vie.

En 1976, il écrit la chanson Le voyage est bien long, générique radiophonique pour l'Histoire d'un paysan sur une musique de Jean-Marie Sénia. Il part en tournée (22 villes) et fait du théâtre et de la radio.

En 1977, sort son cinquième album. Il écrit la chanson du générique du film Des enfants gâtés de Bertrand Tavernier, interprétée par Jean-Pierre Marielle et Jean Rochefort. Il part en tournée (44 villes, dont dix jours à Lyon) et passe 25 jours au théâtre de la Renaissance à Paris.

En 1978, il quitte Paris avec sa femme pour s'installer à la campagne dans les Yvelines, puis part en tournée (78 villes). À l'initiative de Jean Mercure, il chante dix jours en novembre au théâtre de la Ville à Paris. Une captation du spectacle est publié en album la même année. Ce sera le seul album en public publié du vivant de Caussimon.

En 1979, il part en tournée (26 villes) et sort son sixième et dernier album studio. Son père meurt en mai 1979 à Bordeaux, à l'âge de 84 ans. Il chante seize jours à la Gaîté-Montparnasse.

En 1980, Jean-Roger Caussimon passe une semaine chez Léo Ferré en Italie pour travailler de nouveau ensemble à un projet d'album Ferré chante Caussimon. Puis il part à nouveau en tournée dans plus d'une trentaine de villes. Il chante durant douze jours au théâtre du Petit Champlain à Québec, où Félix Leclerc et Raymond Lévesque (son ami depuis les années 1950) viennent assister à son spectacle.

En 1981 sort le recueil de ses textes Mes chansons des quatre saisons. Il part en tournée (36 villes, dont 12 jours à Lyon). Il enregistre en juillet un 45 tours deux titres (Un soir de mai et Les Dom-Tom de l'Amérique). Caussimon est hospitalisé en octobre 1981, puis repart en tournée (6 villes).

Il est à nouveau hospitalisé en janvier 1982, mais repart en tournée (39 villes, dont 3 jours à Genève). Le 28 juin 1982, il rencontre Federico Fellini, qui prépare son film Et vogue le navire..., mais il refuse à regret le rôle, à cause des nombreux engagements de récitals déjà signés.

En 1983, il part en tournée (37 villes), chante 11 jours à Nanterre, et donne des récitals en Suisse et en Belgique, et retourne chanter 15 jours au Petit-Champlain à Québec.

En 1984, il part à nouveau en tournée (25 villes), puis passe quelques jours chez Léo Ferré pour finaliser les neufs chansons inédites de leur disque Ferré-Caussimon, intitulé Les Loubards. Léo Ferré enregistre cet album en mars 1985. Jean-Roger Caussimon est fait officier des Arts et Lettres par Jack Lang en avril. Il repart ensuite en tournée dans 10 villes, avant d'être à nouveau hospitalisé le 6 juin.

Jean-Roger Caussimon meurt le à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris d'un cancer du poumon. Il est incinéré au columbarium du Père-Lachaise et ses cendres sont répandues dans l'océan à la Pointe des Poulains, à Belle-Île-en-Mer le 2 novembre.

Théâtre[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Discographie[modifier | modifier le code]

Albums studio[modifier | modifier le code]

Album posthume
  • 1994 : La Double Vie (enregistrements inédits de Caussimon et de ses interprètes, 1946-1981)

Albums live[modifier | modifier le code]

Albums posthumes

Vidéographie[modifier | modifier le code]

2008 : Chansons en images (2 DVD)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Publications
  • À la Seine : Caussimon-Ferré, frères du hasard, Cahiers d'études Léo-Ferré no 10, éditions du Petit Véhicule, Nantes, 2007
  • Chorus, les cahiers de la chanson no 9, automne 1994 : dossier de 22 pages consacré à Caussimon.
  • Paroles et Musique, avril 1982 : numéro consacré à Caussimon.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Dossier consacré à Jean-Roger Caussimon dans Chorus, les cahiers de la chanson no 9, automne 1994.
  2. Cf. lettre de Jean-Roger Caussimon à Léo Ferré en 1967[réf. nécessaire].
  3. En 1967, Jean-Roger Caussimon raconte : « Au hasard de la vie, je rencontre des hommes mûrs, qui m'en chantent des passages, avec émotion... »
  4. Courrier de Raphaël Caussimon, à l'occasion du décès de Éric Robrecht dans Chorus, les cahiers de la chanson no 55, printemps 2006.
  5. Musique de J.-R. Caussimon, harmonisation de Léo Ferré.
  6. Dans laquelle l'auteur parle de « chevaux de la mer », image employée par le poète Homère pour désigner les bateaux.
  7. Le soir même où il reçut ce texte, Léo Ferré en écrivit la musique et la chanta dès le lendemain. L'histoire de cette chanson est racontée dans La Double Vie.