Germaine Tillion

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Germaine Tillion

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Germaine Tillion en 1957.

Naissance
Allègre (Haute-Loire)
Décès (à 100 ans)
Saint-Mandé (Val-de-Marne)
Nationalité Drapeau : France Française
Profession Ethnologue, directrice d'études à l'EHESS

Germaine Tillion, née le à Allègre et morte le à Saint-Mandé[1], est une ethnologue et une résistante française. Ses cendres seront prochainement transférées au Panthéon. Elle reçut le Prix Pulitzer en 1947, pour ses actes héroïques durant la Seconde Guerre mondiale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Germaine Tillion, photographié ici en 1935 durant ses recherches ethnographiques au sein de la population Chaouis dans les Aurès en Algérie

Son père Lucien Tillion est magistrat, et sa mère est l'écrivain Émilie Cussac, connue sous le nom d'Émilie Tillion.

L'ethnologie des Chaouias[modifier | modifier le code]

Germaine Tillion suit une formation d'ethnologue auprès de Marcel Mauss et Louis Massignon. Licenciée en lettres, elle est diplômée de l'École pratique des hautes études, de l'École du Louvre, et de l'Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO). Entre 1934 et 1940, dans le cadre de sa thèse, elle effectue quatre séjours en Algérie pour étudier l'ethnie berbère des Chaouis présente dans l'Aurès.


La Résistance intérieure[modifier | modifier le code]

De retour en France au moment de l’armistice de 1940, son premier acte de résistance est de donner les papiers de sa famille à une famille juive qui sera ainsi protégée jusqu'à la fin de la guerre[2]. Après les arrestations et les exécutions de Boris Vildé, Anatole Lewitsky, l'arrestation de Paul Hauet (dont elle est l'adjointe dès 1940), Germaine devient, de 1941 à 1942, chef de la filière d'évasion de prisonniers de guerre fondée par le colonel Hauet. Après la guerre, son rang sera validé par le grade de commandant. L'ensemble, d'abord connu à la Libération sous le nom de « groupe Hauet-Vildé », sera en 1945 homologué sous celui de groupe du musée de l'Homme. Amie des Lecompte-Boinet, elle est en contact avec Combat Zone Nord. Presque tous ses camarades ayant été arrêtés, elle se tourne vers un groupe en relation avec les services britanniques, le réseau Gloria.

Elle analyse que la Résistance s'est réalisée dans l'urgence : ce ne sont pas les réseaux qui cherchaient des volontaires mais des volontaires qui cherchaient des organisations. La Résistance devait organiser des évasions, informer la population soumise à la propagande nazie et soutenir les Anglais[2].

Le Verfügbar aux Enfers[modifier | modifier le code]

Le réseau Gloria est infiltré par l'abbé Robert Alesch, un prêtre de Saint-Maur-des-Fossés payé par l'Abwehr, qui dénonce de nombreux résistants ; il sera exécuté en 1949 [3],[4],[5],[6].

Arrêtée le , Germaine Tillion est déportée le à Ravensbrück. Elle perd sa mère, résistante comme elle, déportée en 1944 et gazée en mars 1945. Pendant son internement au camp, elle écrit, sur un cahier soigneusement caché, une opérette Le Verfügbar aux Enfers. Les « Verfügbar » (de l'allemand verfügbar : disponible) sont ces déportées qui, non comptées à l'effectif des kommandos (équipes de travaux forcés), passent leurs journées à se cacher pour échapper aux corvées. Dans cette opérette, Germaine Tillion mêle, à des textes relatant avec humour les dures conditions de détention, des airs populaires tirés du répertoire lyrique ou populaire. L'opérette sera mise en scène pour la première fois, en 2007, au théâtre du Châtelet, à Paris[7],[8].

Grâce à une mise au Revier (infirmerie-mouroir) et à des complicités, Germaine Tillion échappe à un transport à destination du camp de Mauthausen. Des négociations entre Heinrich Himmler et le diplomate suédois Folke Bernadotte permettent à un certain nombre de détenues de Ravensbrück, dont Germaine Tillion, d'être transportées et soignées en Suède[2].

L'École des hautes études[modifier | modifier le code]

Dès sa libération, elle fonde une équipe de déportées qui s'emploie méthodiquement, dans les règles de l'art, à rassembler et à classer des documents concernant l'histoire de Ravensbrück. Une partie de ces archives est aujourd'hui disponible dans le fonds ADIR du BDIC, l'autre (les « fiches blanches ») dans le fonds Germaine Tillion du Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon. Elle se consacre à des travaux sur l’histoire de la Seconde Guerre mondiale (enquête sur les crimes de guerre nazis, sur les camps de concentration soviétiques entre 1945 et 1954) puis sur l’Algérie. Elle a soutenu en France l’enseignement dans les prisons. Directrice d’études à la sixième section de l’École pratique des hautes études (qui deviendra l'École des hautes études en sciences sociales), elle a réalisé vingt missions scientifiques en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

Guerre d'Algérie[modifier | modifier le code]

Elle retourne en Algérie fin 1954 pour une mission d’observation et pour analyser la situation face au risque de guerre. Elle estime que la cause principale de ce qui est en train d’arriver, le début de la guerre d'Algérie, est ce qu’elle appelle la « clochardisation de la population algérienne ». Elle souhaite améliorer l'Algérie et lance en octobre 1955 la création de centres sociaux : « Quand j’ai vu l’énorme épuisement de l’Algérie et l’énorme épuisement financier des familles, j’ai pensé que la seule chose qui était faisable était de nantir les paysans algériens d’un outillage leur permettant de survivre dans une ville, c’est pour ça que j’ai conçu les centres sociaux. Les centres sociaux, c’était un moyen de permettre à ceux qui le voulaient d’accéder à l’enseignement le plus élevé et à ceux qui ne le voulaient pas d’avoir un métier. J’ai considéré que l’on n’avait pas le droit de faire passer une paysannerie à l’état de citadin sans lui offrir un métier par personne. » Elle encourage le développement des centres sociaux jusqu'au début de 1957 quand elle se rend compte que les choses ont changé et que notamment la généralisation de la torture rend impossible tout arrangement[9].

Elle s'engage aussi dans divers combats politiques :

  • contre la clochardisation du peuple algérien]] ;
  • contre la torture pratiquée par l'armée française en Algérie ;
  • pour l'émancipation des femmes de Méditerranée, qui doivent par obligation économique avoir beaucoup d'enfants mais aussi privilégier les fils sur les filles[2].

À Alger, le , elle rencontre clandestinement Ali la Pointe et Yacef Saâdi, chef de la Zone autonome d'Alger (ZAA) durant la bataille d'Alger, à l'instigation de ce dernier, pour tenter de mettre fin à la spirale des exécutions capitales et des attentats aveugles[2].

Après l'Algérie[modifier | modifier le code]

Son activité d’ethnologue se poursuit ; ses nombreux travaux de recherches au cours de sa carrière au CNRS et à l’EHESS portent sur les sociétés méditerranéennes. Son séminaire d’ethnologie du Maghreb à l'École pratique des hautes études est resté une référence.

En 1999, elle est élevée à la dignité de Grand-croix de la Légion d’honneur, une parmi six femmes, avec Geneviève de Gaulle, Valérie André, Jacqueline de Romilly, Simone Rozès et Christiane Desroches Noblecourt. Geneviève de Gaulle-Anthonioz vient lui remettre sa décoration dans sa maison le 23 décembre 1999.

En 2004, elle lance avec d'autres intellectuels français un appel contre la torture en Irak.

Elle meurt le samedi à son domicile de Saint-Mandé (Val-de-Marne) dans sa 101e année.

Pensée[modifier | modifier le code]

Germaine Tillion considère que chacun doit rester vigilant face au mal qui peut revenir : « Au terme de mon parcours je me rends compte combien l'homme est fragile et malléable. Rien n'est jamais acquis. Notre devoir de vigilance doit être absolu. Le mal peut revenir à tout moment, il couve partout et nous devons agir au moment où il est encore temps d'empêcher le pire[2]. » Pour elle le nazisme est l'incarnation du mal[2].

Germaine Tillion pense que la haine entre deux communautés provient d'un manque d'espace, et que le défi du XXIe siècle est la survie d'une humanité sans cesse grandissante sur une planète aux ressources limitées, ce dont l'homme vient à peine de prendre conscience[2].

Fonds d'archives[modifier | modifier le code]

Le Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon possède un fonds d'archives légué par Germaine Tillion. Il s'agit de dossiers généraux sur le camp de Ravensbrück avec des comptes-rendus, extraits ou copies des études, ouvrages et articles parus sur le camp ; des dossiers thématiques sur des points sensibles : expériences, exécutions, lesbiennes, sabotages, procès... sur des éléments statistiques et des données concernant des convois (trains des 8, 11, 15 août 1944, par exemple). Ces pièces ont été réunies et doublées de fichiers par numéros matricule et nominatifs de l’ensemble des femmes déportées de France (sauf déportées juives), à partir de diverses sources : registres d’écrous des prisons françaises et allemandes, registres de Ravensbrück, listes du Ministère des Anciens combattants, listes dressées par les déportées elles-mêmes (par exemple au revier). Ce fonds, résultat également d’une enquête lancée par régions, est complété par des dossiers individuels contenant des témoignages, de la correspondance, des poèmes... L’ensemble de ce fonds a été déposé en 1995 au Musée de Besançon qui s’efforce de poursuivre le travail, de le porter à la connaissance des chercheurs.

Le département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France conserve pour sa part les archives de Germaine Tillion, données en 2008 et 2009 par l'Association Germaine Tillion et Monsieur et Madame Dozières-Lévy. On y trouve notamment de nombreux dossiers de travail sur son activité dans la résistance et ses années passées en Algérie, ainsi qu'une très vaste correspondance.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Hommages et mémoire[modifier | modifier le code]

Noms de lieux[modifier | modifier le code]

Noms de promotions[modifier | modifier le code]

Publications de Germaine Tillion[modifier | modifier le code]

  • 1956 : L’Algérie en 1957
  • 1958 : Les ennemis complémentaires
  • 1959 : L'Afrique bascule vers l'avenir
  • 1966 : Le Harem et les cousins
  • 1988 : Ravensbrück
  • 2000 : Il était une fois l’ethnographie (biographie)
  • 2001 : À la recherche du vrai et du juste. À propos rompus avec le siècle
  • 2001 : L’Algérie aurésienne en collaboration avec Nancy Woods
  • 2005 : Une opérette à Ravensbrück, Éditions de La Martinière, 2005, (Éditions du Seuil, coll. Points, 2007) : inclut le texte du Verfügbar aux Enfers, préface de Tzvetan Todorov, présentation de Claire Andrieu
  • 2007 : Combats de guerre et de paix
  • 2009 : Fragments de vie, Seuil, 2009, (ISBN 978-2-02-099681-5)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Martin Blumenson, Le Réseau du Musée de l'Homme, Éditions Le Seuil, Paris, 1979.
  • Jean Lacouture, Le Témoignage est un combat : une biographie de Germaine Tillion, Seuil, 2000.
  • Armelle Mabon et Gwendal Simon (dir.), L'Engagement à travers la vie de Germaine Tillion, Éditions Riveneuve, 2013.
  • (en) Douglas Martin, « Germaine Tillion, French Anthropologist and Resistance Figure, Dies at 100 », Obituary, The New York Times, 25 avril 2008, p. B7.
  • Tzvetan Todorov (dir.), Le Siècle de Germaine Tillion, Seuil, 2007.
  • Nancy Wood, Germaine Tillion, une femme-mémoire : d’une Algérie à l’autre, Autrement, 2003.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Plusieurs films ont été consacrés à Germaine Tillion :

  • 1974 : G. Tillion : la République des Cousins, 1974, Francis Bouchet, Jacques Kébadian, Michel Anthonioz
  • 1990 : Germaine Tillion, Du côté de chez Fred, 1990, Michel Hermant
  • 2000 : Sœurs dans la Résistance, 2000, Maïa Wechsler (USA)
  • 2001 : Je me souviens, 2001, Jean Baronnet, Colette Castagno
  • 2001 : Les images oubliées de Germaine Tillion, 2001, Augustin Barbara, François Gauducheau, couleur, 52 min
    Germaine Tillion, 92 ans, vient de retrouver dans ses archives des clichés pris dans le massif des Aurès, en Algérie, où elle effectuait ses premières missions dans les années 1930. Ces photos témoignent d'un monde disparu, mais surtout ils éclairent la vie, la pensée et la personnalité de cette femme qui fut l'un des grands témoins du XXe siècle.
  • 2001 : Les trois vies de Germaine Tillion, 2001, Gilles Combet, Jean Lacouture
  • 2001-2002 : La jeunesse d’une centenaire, Une conscience dans le siècle, 2001-2002, IDEMEC, Christian Bromberger
  • 2002 : Germaine Tillion, une conscience dans le siècle de Christian Bromberger, 2002, couleur, 28 min
    Entretien de Germaine Tillion avec Christian Bromberger, professeur à l’Université de Provence et Thierry Fabre, responsable du pôle euro-Méditerranée de la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme [23]
  • 2007 : Le 100e anniversaire de Germaine Tillion, 2007, Léa Todorov
  • 2007 : Le Verfügbar aux Enfers, France, 2007, 58 min, David Ünger
  • 2007 : Là où il y a du danger, on vous trouve, 2007, Miriam Grossi, Carmen Rial, UFSC-Brésil
  • Germaine et Geneviève, Isabelle Gaggini-Anthonioz, Jacques Kébadian
  • 2010 : Une Opérette à Ravensbrück, Théâtre de la Petite Montagne, France 3, reportage sur le spectacle[24]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Décès de Germaine Tillion, ethnologue et résistante dans Le Figaro du 19 avril 2008
  2. a, b, c, d, e, f, g et h « Ne pas tourner le dos » par Germaine Tillion, Le Nouvel-Observateur, 31 mai 2007.
  3. Germaine Tillion, Ravensbrück, Seuil, 1973, p. 15
  4. Le témoignage est un combat, Jean Lacouture, Seuil 2000, p. 118 et suivantes
  5. http://lb.wikipedia.org/wiki/Robert_Alesch
  6. http://www.chronicart.com/livres/livres_fictions.php3?id=2680)
  7. « Les coulisses d'une opérette en enfer », Ouest-France, 20 avril 2009.
  8. Germaine Tillion s'exprime à propos du Verfugbar
  9. la Marche de l'Histoire, émission de France Inter, 30 mai 2012, entretien entre Jean Lebrun et Tzvetan Todorov.
  10. Germaine Tillion et le "Verfügbar aux Enfers"
  11. Dossier de presse de l'exposition du Musée de l'Homme [PDF]
  12. Il était une fois Germaine Tillion
  13. Mise en scène Xavier Marchand avec Valentine Carette, Valerie Crunchant, Camille Grandville, Pascal Omhovère et Myriam Sokoloff
  14. Discours lors de la cérémonie d’hommage à la Résistance, François Hollande, 21 février 2014.
  15. Dépêche AFP sur le site du Monde, 19/02/2012.
  16. http://mediatheque.saint-ave.fr/
  17. [PDF] Diagonale n°7 (février/mars 2009) issus de http://www.univ-ubs.fr
  18. Inauguration de la Bibliothèque "Germaine Tillion" à Saint-Maur-des-Fossés, germaine-tillion.org, 3 janvier 2009
  19. Le 100e collège s’appellera Germaine-Tillion, Le Parisien, édition Essonne, 18 mai 2009
  20. Les vœux du maire pour 2009, mairie de Sain-Bel
  21. La bibliothèque Trocadéro prend le nom de Germaine Tillion, Paris.fr, 7 septembre 2010
  22. La 59ème promotion baptisée !, site de l'ENSP
  23. Visionner le film sur Télé Campus Provence
  24. Une Opérette à Ravensbrück

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]