Armistice

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Un armistice est une convention signée par plusieurs gouvernements mettant fin à des hostilités entre armées en temps de guerre. C’est le jour qui marque officiellement la fin d’un conflit ; il est souvent considéré comme une fête nationale pour les pays sortis vainqueurs d’un conflit armé. C’est une suspension des hostilités après un accord entre les belligérants. Il est différent d’un cessez-le-feu, qui peut être temporaire, d'un traité de paix qui est un traité proclamant la fin d'une guerre et contenant souvent des contreparties réciproques pour les anciens belligérants, et d'une capitulation. Mettant fin officiellement à la guerre, un armistice permet au pays demandeur d’avoir un traité de cessez-le-feu , mais dans les faits, les termes de l’armistice peuvent être très humiliants, en obligeant par exemple le vaincu à céder des territoires ou à rembourser les dégâts occasionnés durant la guerre.

Différence entre armistice et capitulation[modifier | modifier le code]

L'armistice et la capitulation mettent fin aux combats, mais la signification et les conséquences en sont différentes. Chaque cas est particulier, mais on peut quand même dégager quelques traits significatifs.

La capitulation est une décision militaire, reconnaissance d'une défaite majeure. Cette décision peut être prise par un chef d'armée et est lourde de conséquence pour l'armée concernée (mise hors de combat), pour le territoire voire le pays tout entier (prise de place forte...) et pour le chef qui capitule. La capitulation peut être considérée comme un acte de trahison, puni de mort. La capitulation transfère le pouvoir à l'armée ennemie sur le territoire concerné, qui peut aller d'une ville (capitulation d'une garnison) au pays tout entier, en passant par une province (comme la capitulation de Montréal). Les vainqueurs peuvent organiser leur administration à leur guise. Sur le plan de la politique intérieure du vaincu, la responsabilité de l'armée perdante est symboliquement engagée.

L'armistice est une décision politique. L'armée est toujours en état ou en train de combattre (au moins officiellement et théoriquement). C'est la négociation politique qui fixe le résultat (selon que l'armistice est offert ou demandé, les conditions de l'armistice...). Même si la situation militaire est telle que tout ou partie du territoire est occupé par l'ennemi, il reste théoriquement sous administration du vaincu (sous réserve des pressions et exigences de l'occupant, évidemment). En outre, alors qu'une capitulation implique nécessairement qu'il y a un vaincu, un armistice est possible entre belligérants dont aucun n'emporte la décision.

Ainsi, grosso modo, la capitulation transfère le pouvoir politique du vaincu à l'armée ennemie, mais l'armistice ne change pas les pouvoirs internes (mais change bien sûr les rapports de force, tant vis-à-vis des autres belligérants qui peuvent imposer leurs souhaits par la force, qu'en interne, pouvant conduire à des révolutions ou coups d'état).

Par exemple, lorsqu'en 1918, la défaite militaire des Puissances centrales fut claire (mais non encore entièrement consommée, l'armée allemande pouvait encore se battre), le choix de l'armistice permit d'éviter encore de nombreuses victimes et destruction, mais cela laissa le champ libre à la rhétorique du « coup de poignard dans le dos » de l'armée allemande par certains politiciens nationalistes et divers révolutionnaires.

De même, lorsqu'en 1940 la défaite militaire de la France en métropole fut claire, il y eut débat sur la réponse à donner (repli sur l'empire, qui aurait, en pratique, mis fin aux combats, demande d'armistice, ou capitulation (choix adopté par les Pays-Bas), les militaires, emmenés par Maxime Weygand et Pétain, étant de ceux qui préféraient l'armistice. Ainsi, la France conserva son administration et un gouvernement autonome (quoique sous influence allemande, évidemment) et fut globalement divisée en deux avec : une zone occupée par l'armée allemande et une zone libre gardant le contrôle sur l'Afrique du Nord (jusqu'à l'Opération Torch, en novembre 1942), contrairement aux Pays-Bas, dont le pays vécut sous administration directe allemande.

Il ne faut cependant pas exagérer la portée du distinguo : la forme (armistice ou capitulation) que peut prendre la soumission du vaincu au vainqueur compte bien moins que les rapports de forces politique, militaire et diplomatique, tels qu'ils transparaissent dans les clauses de la convention ou dans les modalités de son application.

Grippe espagnole et armistices[modifier | modifier le code]

Sur le terrain, au printemps 1918, plusieurs événements concordent : le 4 mars, le premier cas officiellement reconnu de grippe aux États-Unis; l’offensive de Ludendorff (21 mars); l’intégration progressive des militaires américains dans les troupes surtout françaises… À moins de nouvelles données militaires dans les deux camps, l’échec de Ludendorff ne peut se justifier exclusivement par la pandémie de grippe espagnole. Le sujet a largement été étudié et résumé par Laura Spinney[1] dans son ouvrage.

Sur les plans sanitaire, diplomatique et politique, un tableau d’archives du Secrétariat américain de la Navy[2] montre que, à un mois près, plusieurs événements décisifs se succèdent et semblent même coïncider :

  • C’est précisément durant les quelques semaines du pic de la 2e vague meurtrière de l’automne, du 29 septembre au 11 novembre qu’ont été signés les quatre armistices entre les pays de la Triple Entente et, séparément, les divers belligérants des Empires centraux;
  • Chronologiquement, les « requérants » passent du moindre des belligérants (par la population, par le rôle, par l’historique…), la Bulgarie, pour finir par le plus important, l’Allemagne;
  • Les textes progressent de l’improvisé, sinon carrément bâclé (chaque partie se rendant compte après coup qu’elle aurait pu demander plus et mieux…) à des contenus inflexibles pour l’Autriche-Hongrie et l’Empire allemand : le premier armistice, celui de Salonique ne prévoit, grosso modo, que le retour à la situation quo ante; ceux de la Villa Giusti et de Rethondes, plus que simples cessations des hostilités en vue de traités de paix, sont marqués du sceau de l’irrédentisme italien (et français).

Spanish_flu_death_chart.png

La combinaison des dates du tableau évoqué ci-dessus avec le tableau ci-contre, fait ressortir certaines coïncidences :

Tableau de la grippe espagnole et des armistices

Ce tableau invite à éclairer les rapports de la deuxième vague de la grippe avec l’esprit des quatre armistices qui ont mené à la lettre des textes : négociations plus ou moins secrètes entre certains belligérants (Poincaré, dès 1917, Wilson…); ras-le-bol généralisé des populations civiles; situations politiques intérieures confuses, difficiles sinon carrément révolutionnaires; contagion des troupes, toutes épuisées dans tous les camps (sauf chez les Américains)…

En dépit du fait que la pandémie a été tenue secrète au même titre que nombre de décisions militaires et de tractations politiques et diplomatiques, une indispensable recherche est souhaitable pour explorer, entre autres, les comptes-rendus de crise d’éventuels conseils ministériels conjoints, Guerre et Intérieur, qui se sont sûrement tenus sur ce sujet commun.

Quelques armistices[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Laura Spinney, La grande tueuse, Paris, Albin Michel, 2 018, 430 p. (ISBN 978-2-226-39721-8)
  2. http://www.ibiblio.org/hyperwar/AMH/XX/WWI/Navy/rep/SecNav-1919/Misc/img/flu-15.jpg
  3. « Une page d'histoire : l'armistice de la grande guerre (Scapini) Sonnerie "Cessez le feu" R. Alexandre, voix Sellier, clairon », sur Bibliothèques spécialisées de la Ville de Paris (consulté le 8 décembre 2017)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

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