Éditions du Seuil

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Logo de Éditions du Seuil.
Repères historiques
Création 1935
Dates clés 2004 : rachat par Groupe La Martinière
Fondée par Jean Bardet, Paul Flamand[1]
Fiche d’identité
Forme juridique Société par actions simplifiée
Statut Éditeur élément d'un groupe d'édition
Siège social Paris  (France)
Dirigée par Olivier Bétourné
Spécialités Littératures, sciences humaines
Collections Point Seuil
Titres phares Petit Livre rouge, Don Camillo
Langues de publication Français
Société mère Groupe La Martinière
Site web www.seuil.com
Principaux concurrents
Flammarion, Hachette, Gallimard

Les Éditions du Seuil sont une maison d'édition française créée en 1935. Elle doit son nom à cet objectif : « Le seuil, c'est tout l'émoi du départ et de l'arrivée. C'est aussi le seuil tout neuf que nous refaisons à la porte de l'Église pour permettre à beaucoup d'entrer, dont le pied tâtonnait autour. » (lettre de l'abbé Plaquevent, du )[2].

Présentation[modifier | modifier le code]

Créée peu avant la seconde guerre mondiale par un groupe d'inspiration catholique réuni autour de l'abbé Plaquevent [3], la maison d'édition va jouer un rôle majeur dans la production littéraire et intellectuelle en France à partir de l'après-guerre, sous la direction de Jean Bardet et Paul Flamand [2].

Le Seuil a particulièrement développé la publication de littérature internationale et d'essais en sciences humaines et sociales.

Parmi les succès éditoriaux on peut citer, entre autres, la série des Don Camillo, Le Guépard, et le Petit Livre rouge de Mao Zedong, dont les très grosses ventes ont permis de publier des titres à petits tirages, notamment en sciences humaines, avec la publication des œuvres de Jacques Lacan, Roland Barthes, Philippe Sollers (première période) ou plus tard Edgar Morin, Maurice Genevoix ou Pierre Bourdieu.

De même, le développement de relations de confiance avec les libraires lui permirent très tôt d'asseoir une activité de distribution importante, en assurant par exemple la diffusion des éditions Odile Jacob, éditions de Minuit, José Corti, Payot & Rivages, Les Empêcheurs de penser en rond, La Découverte.

Les éditions du Seuil sont restées fidèles à leur toute première vocation de publication de littérature d'enfance et de jeunesse, en accueillant nombre d'auteurs français dans ce domaine: Christophe Léon, Claire Mazard, Bertrand Solet, Jo Witek, Henning Mankell, Luc Blanvillain, Mireille Disdero, Arthur Ténor, Mikaël Ollivier, Ahmed Kalouaz, Marc Séassau. Les éditions du Seuil jeunesse furent les premiers, en 2005, à inclure dans les albums des films d'animation, réalisés par les artistes eux-mêmes (À Quai de Sara, Promenade d'un distrait de Beatrice Alemagna).

Prix littéraires[modifier | modifier le code]

En nombre de prix littéraires, les éditions du Seuil se classent au troisième rang des maisons d'éditions françaises avec 58 prix, derrière Gallimard et Grasset[4]. Cette suprématie a valu à ces maisons le sobriquet ironique de GalliGraSeuil, initialement forgé par le journaliste québécois Louis-Bernard Robitaille, souvent repris depuis, en particulier par le Canard Enchaîné.

La première consécration du Seuil dans ces palmarès vient du prix Renaudot en 1947, mais c'est son premier prix Goncourt en 1959 pour Le Dernier des Justes, d’André Schwart-Bart qui assure au Seuil une immense notoriété . S’ensuivront 57 récompenses, dont 13 prix Renaudot, 12 prix Médicis et 5 nouveaux prix Goncourt. En 1980, Le Seuil a obtenu quatre Prix (Medicis, Renaudot, Académie et France Inter), et trois en 2014 (Médicis, Goncourt et Décembre).

Du fait de son intérêt pour la littérature internationale, le Seuil est en outre l'éditeur en France de plusieurs Prix Nobel de Littérature, qu'il a souvent contribué à faire découvrir : TS Elliott (1948), Alexandre Soljenitsyne (1970), Heinrich Böll (1972), José Saramago (1998), Günter Grass (1999), J.M. Coetzee (2003), Elfriede Jelinek (2004), Mo Yan (2012).

Historique[modifier | modifier le code]

Immeuble historique et son célèbre if, au 27, rue Jacob à Paris.

Les débuts 1935-1945[modifier | modifier le code]

La première ébauche de ce qui deviendra les éditions du Seuil a été lancée le 23 février 1935, par le publicitaire Henri Sjöberg, à l'instigation de l'abbé Jean Plaquevent qui avait également fondé la «Société de Saint Louis», regroupant des jeunes gens catholiques. Ceux-ci, dont Paul Flamand et Jean Bardet, vinrent d'abord en soutien à Henri Sjöberg et son épouse. En 1937, sous l'arbitrage de Jean Plaquevent, Jean Bardet racheta la petite maison d'édition dont il devint le directeur commercial, associé à Paul Flamand le directeur littéraire, Henri Sjöberg restant lui-même conseiller technique [5] .

Après avoir publié, avant guerre, des ouvrages destinés à l'édification de la jeunesse, la maison d'édition renaît à la Libération, d'abord en étroite relation avec la revue Esprit d'Emmanuel Mounier, puis prend son propre essor dans le contexte du renouvellement intellectuel de l'après-guerre, au cœur de Saint-Germain-des-Près.

Le développement 1945-1979[modifier | modifier le code]

Dès la fin des années 1940, Jean Bardet et Paul Flamand s'engagent pour le rapprochement avec la «nouvelle Allemagne» et la construction européenne. Le caractère innovant à cette époque de la publication d'une littérature allemande contribuera à élargir l'audience du Seuil. En 1972, Heinrich Böll recevra le premier prix Nobel couronnant un ouvrage publié au Seuil, suivi par Günter Grass en 1999.

L'engagement en faveur de la décolonisation devient crucial dès le début des années 1950, avec la publication d'auteurs d'Afrique du nord et subsaharienne, ou d'essais dénonçant la torture au cours d'affrontements alors contemporains (seconde guerre mondiale, guerres d'Indochine et d'Algérie)[2]. Le Seuil publiera à cette époque les écrits de Frantz Fanon et d'Edouard Glissant.

Dans les années 1960, l'éditeur va confirmer son ouverture vers les sciences humaines et sociales, la littérature internationale et d'avant-garde. Des innovations dans le mode de distribution et le public visé amèneront notamment à créer la collection de poche «Points» [2].

La tentative de développement d'une filiale audio-visuelle s'avérera cependant un échec[6],[7].

Les successeurs : 1979-2004[modifier | modifier le code]

En 1979, Jean Bardet et Paul Flamand prennent leur retraite en même temps. Ils choisissent de confier la maison à leur directeur général, Michel Chodkiewicz.[2], philosophe spécialiste de l'Islam, auquel il s'est converti. Les directeurs littéraires sont François Wahl pour la psychanalyse et les sciences, Jean-Marie Borzeix pour la littérature, Jean-Claude Guillebaud pour les essais[6].

À partir de 1989, la direction est assurée par Claude Cherki, né à Alger en 1940, physicien, diplômé de l'Ecole supérieure d'électricité, ancien chargé de recherche au CNRS[8]. Claude Cherki est arrivé au Seuil par le biais de la vulgarisation scientifique. Il a écrit ponctuellement des articles pour le journal La Recherche à partir de 1966 avant de devenir, en 1971, le directeur adjoint de la revue puis directeur de la Société d'éditions scientifiques, qui est une filiale du Seuil. Pendant ses quinze années à la tête des éditions du Seuil il s'est appliqué à développer en particulier les secteurs «Jeunesse», «Poche» et «Image» .

Le rachat : depuis 2004[modifier | modifier le code]

Pour faire face aux changements du monde de l'édition, Claude Cherki organise le rachat du Seuil par La Martinière le . Six mois plus tard, il est contraint de démissionner en raison de prises d'intérêts dans cette opération. Il est remplacé par Pascal Flamand[9] (PDG) et Olivier Cohen (directeur éditorial), créateur d'une filiale du Seuil : L'Olivier. À la suite du rachat par La Martinière, la société de distribution Volumen est créée. De nombreux problèmes liés à la logistique apparaissant, plusieurs éditeurs quittent le groupe.

En novembre 2005, le groupe annonce l'arrivée de Laure Adler en qualité de responsable du secteur littéraire du Seuil. Olivier Cohen reprend les rênes de sa maison L'Olivier. Points, filiale poche du Seuil, devient un éditeur à part entière. Le groupe continue sa politique de croissance : l'éditeur Danger Public le rejoint, ainsi que les éditions Petit à petit. De fortes tensions sont à l'œuvre et, en juillet 2006, l'éditeur Hervé Hamon (qui a par ailleurs fidèlement publié une vingtaine de livres dans la maison en sa qualité d'écrivain) quitte Le Seuil et s'en explique publiquement, déclarant que « l'auteur n'est plus au centre du dispositif ».

En août 2006, le groupe annonce l'arrivée en tant que directeur général du Seuil de Denis Jeambar, journaliste et écrivain, ancien directeur adjoint de la rédaction du magazine Le Point et ancien président du groupe L'Express-L'Expansion et directeur de la rédaction de L'Express. Fin 2006, Laure Adler est licenciée.

Au printemps 2010, Le Seuil déménage de ses locaux historiques du 27, rue Jacob dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés, pour emménager à la porte d'Orléans, à l'extérieur du périphérique, sur la commune de Montrouge [10], mais en gardant l'adresse à Paris (14e arrondissement). Olivier Bétourné est nommé PDG.

Collections[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Sciences humaines et sociales[modifier | modifier le code]

Les collections de poche : la série des «Points»[modifier | modifier le code]

  • «Points essais», collection d'abord consacrée aux sciences humaines et sociales en lancée en 1970 par Bruno Flamand. Les couvertures sont conçues par Pierre Faucheux : un point contenant une la couleur et un motif géométrique qui changent en fonction du domaine (Littérature, Sciences Humaines, Sciences économiques et politiques, Sciences, Arts, Civilisation)[2].
  • «Points Histoire», collection fondée par Michel Winock en 1971.
  • «Points Films», 1971 (7 titres).
  • «Points Economie» et «Points Actuels», 1973.
  • «Points Pratiques», 1974 (9 titres)
  • «Points Sagesse», 1976, dirigée par Jean-Louis Schlegel et Vincent Bardet.
  • «Points Musique», 1978 (6 titres)
  • «Points Biographies», 1984 (12 titres)
  • «Points Planète», 1988 (19 titres)[2]

Les éditions Points sont, depuis 2006, une filiale autonome du groupe La Martinière.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.liberation.fr/culture/0101253975-paul-flamand-laisse-le-seuil-en-deuil-il-dirigea-la-maison-d-edition-pendant-plus-de-quarante-ans
  2. a, b, c, d, e, f, g et h Hervé Serry, Les Éditions du Seuil : 70 ans d'histoire, Seuil, 2007, p. 15
  3. Hervé Serry, Aux origines des éditions du Seuil, Paris, Le Seuil, , 139 p. (ISBN 978-2-02-128587-1)
  4. (fr) « Un siècle de prix littéraires, maison par maison », sur Le Monde.fr (consulté le 11 juin 2016)
  5. Dossier Jean Plaquevent. Archives de l'Église de France. Issy-les-Moulineaux
  6. a et b Olivier Bessard-Banquy, La vie du livre contemporain, étude sur l'édition littéraire 1975-2005, Bordeaux, Presses universitaires de Bordeaux, , 356 p. (ISBN 978-2867815515)
  7. Jean Lacouture, Paul Flamand, éditeur, Paris, Les Arènes, , 259 p. (ISBN 978-2-35204-118-4)
  8. « Un touche-à-tout passé du CNRS à l'édition », sur Libération.fr (consulté le 12 juin 2016)
  9. « Pascal Flamand », sur lesechos.fr,‎ (consulté le 13 juin 2016)
  10. Pas de quartier pour les éditeurs dans Libération du 2 novembre 2009
  11. Voir la rubrique "Historique" sur le site de la collection.
  12. « Olender : être contemporain de son présent », entretien de Maurice Olender avec Olivier Renault, Page des libraires, mars 2009.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Tant qu'il y aura des tomes », Les dossiers du Canard enchaîné n° 93, octobre 2004.
  • Pascal Fouché, " Seuil (Éditions du)", in Jacques Julliard, Michel Winock (dir.), Dictionnaire des intellectuels français. Les personnes, les lieux, les moments, Paris, Éditions du Seuil, 2009, p. 1280-1282.
  • Hervé Serry, Les Éditions du Seuil. 70 ans d'histoires, Paris, Éditions du Seuil / IMEC Éditeur, 2008.
  • Hervé Serry, Aux origines des éditions du Seuil, Paris, Éditions du Seuil, 2015.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]