Jean-François Millet

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Jean-François Millet
Image dans Infobox.
Jean-François Millet photographié par Nadar.
Naissance
Décès
(à 60 ans)
Barbizon
Sépulture
Nationalité
Activité
Formation
Maître
Lieux de travail
Mouvement
Influencé par
Fratrie
Pierre Millet (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Pauline Virginie Ono-dit-Biot (d) (depuis )Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinction
Œuvres principales
Les Glaneuses (1857), huile sur toile, 83,5 × 110 cm, Paris, musée d'Orsay.

Jean-François Millet (prononcé [mi'le], Mi-lé), né le au hameau de Gruchy et mort le à Barbizon, est un artiste-peintre réaliste, pastelliste, graveur et dessinateur français du XIXe siècle, l’un des fondateurs de l’école de Barbizon. Il est célèbre notamment pour ses scènes champêtres et paysannes réalistes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean-François Millet est le fils de Jean Louis Nicolas Millet (originaire de Saint-Germain-le-Gaillard) et de Aimée Henriette Adélaïde Henry. Il est né à Gruchy, hameau de Gréville-Hague, commune intégrée à la commune nouvelle française de La Hague depuis le . Aîné d'une famille nombreuse de paysans, berger dans son enfance et plus tard laboureur, il est élevé dans un milieu éclairé. Notamment grâce à son oncle, curé lettré[1], il lit la Bible, mais aussi Montaigne, La Fontaine, Homère et Virgile, Shakespeare, Milton, Chateaubriand et Victor Hugo[2].

Formation[modifier | modifier le code]

Il travaille à la ferme familiale jusqu'en 1834, puis, doué en dessin, il est envoyé à Cherbourg par son père en 1833, grâce à des relations dans la bourgeoisie locale, pour apprendre le métier de peintre auprès de Paul Dumouchel, portraitiste de l'école de David. Deux ans plus tard, il étudie avec Langlois, un autre peintre de Cherbourg et également élève de Gros[3]. À cette époque, s'ouvre le musée Thomas-Henry, et Millet s'y exerce en copiant les toiles de maîtres et s'initie aux maîtres hollandais et espagnols.

Le conseil municipal de Cherbourg et le conseil général de la Manche lui octroient ensuite une pension pour qu'il puisse continuer son apprentissage à Paris. Il s'y installe en 1837 et étudie à l'École des beaux-arts à partir du [2] dans l'atelier du peintre Paul Delaroche. Cependant, faute de pouvoir s'adapter à l'apprentissage en classe, Il se rend souvent au Louvre pour y copier les œuvres.

Deux ans plus tard, il est 18e sur 20 au premier essai pour le prix de Rome. Il perd alors sa bourse et doit quitter les Beaux-Arts.

Début de carrière[modifier | modifier le code]

Il revient à Cherbourg où il vit de la vente de quelques portraits de proches et de bourgeois, ainsi que de peintures érotiques[1]. Son œuvre Portrait de Madame Lefranc est sélectionnée pour la première fois au Salon de 1840 et lui permet de débuter une carrière de peintre. Il a alors 26 ans[4].

Il se marie en 1841 avec Pauline Ono, fille de tailleur, mais elle meurt 3 ans plus tard d'une tuberculose. Son portrait de l'ancien maire de Cherbourg, le colonel Javain, est refusé par le conseil municipal. Il fait le portrait en 1841 de Louise-Antoinette Feuardent, qui vient d'épouser son ami de toujours Félix-Bienaimé Feuardent, commis à la bibliothèque de Cherbourg[5].

À la mort de sa femme, il quitte Cherbourg pour s'installer au Havre, en quête d'une nouvelle clientèle. Il n'y séjournera qu'une année Il y peint en 1845 le Portrait de Charles-André Langevin, chef des services douaniers du port et amateur d'art[6].

À Cherbourg, il rencontre Catherine Lemaire, ancienne servante, dont il fait le portrait en 1845 et qu'il épouse en 1853. Elle lui donnera neuf enfants.

Carrière parisienne[modifier | modifier le code]

Il expose au Salon à partir de 1842, mais il se détourne du modèle officiel à la mode et subit l’influence d’Honoré Daumier.

Entre 1845 et 1849, dans son atelier de la rue Rochechouart à Paris et à Barbizon pendant quelque temps encore, il a peint à la "manière fleurie", bon nombre de tableaux à sujet mythologique ou représentant des enfants mignards et des femmes nues. Mais ces "poèmes de la chair", selon l'expression de Moreau-Nélaton, se poursuivront jusqu'en 1851. Ce genre de tableaux étaient écoulés par l'intermédiaire de Narcisse Diaz chez les marchands Durand-Ruel, Schroth et Deforge. Ils permettaient à Millet de subsister modestement, mais lui avaient valu la réputation d'être un "spécialiste de la gorge et du fessier" (Moreau-Nélaton, 1921, p. 76)[7].

Tout au long des années 1840, le nombre de paysans sans abri augmenta considérablement en France, atteignant une crise lors de la récession de 1847 et contribuant à la chute du roi Louis-Philippe lors de la révolution de 1848. C'est dans ce contexte que Millet réalise en 1846 le tableau A l'abri de l'orage conservé au Metropolitan Museum de New York[8].

En 1847, son Œdipe détaché de l'arbre par un berger conservé au Musée des beaux-arts du Canada, attire l'œil des critiques parisiens.

Le Travail paysan[modifier | modifier le code]

Au Salon de 1848, il expose Le Vanneur, qu'Alexandre Ledru-Rollin lui achète pour cinq cents francs. C'est la première œuvre inspirée par le travail paysan. De nombreux commentateurs perçoivent un angle politique dans ce tableau, ou du moins une sympathie de l'artiste envers les travailleurs agricoles[9].

Il développe cette veine à partir de 1849 en s'installant à Barbizon avec Charles Jacque pour s’appliquer à peindre beaucoup de scènes rurales souvent poétiques. Là naissent Les Botteleurs (1850), Des Glaneuses (1857), L'Angélus (1859), La Tondeuse de moutons (1861) et La Bergère (1864), des peintures qu'il classe dans l'influence du courant réaliste, glorifiant l'esthétique de la paysannerie. Un rapide retour dans la Hague en 1854, à la suite du décès de sa mère, lui inspire Le Hameau Cousin, La Maison au puits, Le Puits de Gruchy, une première version du Bout du village.

Dans les années 1850, il travaille également sur de nombreuses scènes d'intérieur d'humbles habitations paysannes, dans lesquelles il représente des figures féminines sereines et solitaires, consacrées à l'éducation des enfants ou aux travaux ménagers[10].

En 1860, il s'inspire de l'œuvre Madame Bovary de Gustave Flaubert pour sa peinture La Leçon de couture[réf. nécessaire].

Paysages et pré-impréssionnisme[modifier | modifier le code]

Peu à peu, il délaisse les seules scènes de travail paysan pour s'intéresser davantage aux ambiances, aux paysages. Alors que les Prussiens envahissent la France, Millet revient avec sa famille à Cherbourg, en 1870 durant un an et demi, avant de retourner à Barbizon. À cette époque, il travaille davantage les jeux de lumière, la pénombre et le clair-obscur, signant un travail annonciateur de l'impressionnisme, à travers les tableaux de L'Église de Gréville, Le Prieuré de Vauville ou du Bateau de pêche, ou même, avec Le Rocher du Castel, proche des recherches de Paul Cézanne.

Il meurt à Barbizon en Seine-et-Marne, le [11], et est enterré dans le cimetière communal qui, à l'époque, était à Chailly-en-Bière, Barbizon n'étant qu'un hameau de cette commune jusqu'en 1903.

Sa maison à Barbizon est au no 29 de la Grande Rue, il l'occupa de 1849 à 1875. Elle est devenue un musée en 1922.

Élèves[modifier | modifier le code]

Œuvre[modifier | modifier le code]

L'Angélus (1857-1859), huile sur toile, 53,3 × 66 cm, Paris, musée d'Orsay.

Ses tableaux, comme Des Glaneuses (1857), dépeignant les plus pauvres des femmes de la campagne se penchant pour glaner les restes d'un champ moissonné, sont une présentation forte de la classe paysanne qui résonne encore à ce jour (Des Glaneuses sont conservées à Paris au musée d'Orsay).

Son Angélus (1858) a été très largement reproduit sur différents objets et supports et copié ou réinterprété par d'autres artistes des XIXe et XXe siècles. Salvador Dalí en particulier a été fasciné par ce travail, lui consacrant tout un livre, El Mito Tragico De El Angelus De Millet[12]. Des variations de ce tableau de Millet apparaissent dans plusieurs de ses propres peintures.

Millet est un peintre réaliste qui a eu une grande influence sur des impressionnistes comme Claude Monet et Camille Pissarro, ainsi que sur Vincent van Gogh, qui a interprété certaines de ses scènes rurales. Son œuvre a également influencé l'autrichien Albin Egger-Lienz.

Sa maison natale, au village de Gruchy dans la commune de Gréville-Hague, a été reconstruite à l’identique et meublée comme une maison paysanne du XIXe siècle. On y peut découvrir de nombreuses copies de ses tableaux.

Autoportrait (1841), huile sur toile, 73 × 60 cm, Cherbourg-en-Cotentin, musée Thomas-Henry.

Les plus grandes collections d'œuvres de Millet sont à Paris au musée d'Orsay, au musée des beaux-arts de Boston, au musée Thomas-Henry de Cherbourg-en-Cotentin et au Metropolitan Museum of Art de New York.

Quelques expositions[modifier | modifier le code]

Buste de Millet, jardin public de Cherbourg-en-Cotentin.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean-François Millet, un peintre de la Hague, Documentaire avec Lucien Lepoittevin
  2. a et b Geneviève Lacambe, Henri Soldani et Bertrand Tillier, L'ABCdaire de Millet, Flammarion, 1998
  3. (en) Jon Thompson, How to Read a Modern Painting: Lessons from the Modern Masters, Harry N. Abrams, 2006, page 28
  4. (en) « Biographie », sur Tokyo Fuji Art Museum (consulté le )
  5. (en) « Biographie », sur Getty Museum (consulté le )
  6. « Biographie », sur Musée d'Art Moderne du Havre (consulté le )
  7. Serge Lemoine, « Manière fleurie », sur Musée de Dijon (consulté le )
  8. (en) « Paysans sans abri », sur Metropolitan Museum (consulté le )
  9. (en) « Vanneur », sur National Gallery (consulté le )
  10. (es) Lara Malosetti Costa, « Epouse du peintre », sur Musée des beaux-Arts d'Argentine (consulté le )
  11. Archives départementales de Seine-et-Marne, commune de Chailly-en-Bière, acte de décès n°5, vue 46 / 319
  12. « Le Mythe tragique de l’Angélus de Millet »).
  13. « Musée d'Orsay: Notice d'Oeuvre », sur www.musee-orsay.fr (consulté le )
  14. « MILLET, Portrait de Charles-André Langevin | MuMa Le Havre : site officiel du musée d'art moderne André Malraux », sur www.muma-lehavre.fr (consulté le )
  15. « collections du musée des beaux-arts de dijon - Affichage d'une notice », sur mba-collections.dijon.fr (consulté le )
  16. « Jean-François Millet | The Winnower | NG6447 | National Gallery, London », sur www.nationalgallery.org.uk (consulté le )
  17. « Musée d'Orsay: Notice d'Oeuvre », sur www.musee-orsay.fr (consulté le )
  18. (en) « The Sower », sur Museum of Fine Arts, Boston, (consulté le )
  19. « collections du musée des beaux-arts de dijon - Affichage d'une notice », sur mba-collections.dijon.fr (consulté le )
  20. (en) « The Potato Harvest », sur The Walters Art Museum · Works of Art (consulté le )
  21. « Site officiel du musée du Louvre », sur cartelfr.louvre.fr (consulté le )
  22. « Découvrez [[:Modèle:Les collections]] », sur Portail officiel des Musées de Reims (consulté le )
  23. « Musée d'Orsay: Notice d'Oeuvre », sur www.musee-orsay.fr (consulté le )
  24. « Musée d'Orsay: Notice d'Oeuvre », sur www.musee-orsay.fr (consulté le )
  25. « Musée d'Orsay: Notice d'Oeuvre », sur www.musee-orsay.fr (consulté le )
  26. Ambassade d'Algérie en France, « Restitution à l’Algérie de l’œuvre de Jean-François Millet « Femme faisant manger ses enfants » dite aussi « la becquée » », sur amb-algerie.fr, (consulté le )
  27. (en) « Potato Planters », sur Museum of Fine Arts, Boston, (consulté le )
  28. « Musée d'Orsay: Notice d'Oeuvre », sur www.musee-orsay.fr (consulté le )
  29. (en) « Noonday Rest », sur Museum of Fine Arts, Boston, (consulté le )
  30. Musée d'Orsay : Jean-François Millet, Le Printemps
  31. (en-US) « The Knitting Lesson », sur Saint Louis Art Museum (consulté le )
  32. (en) « Jean-François Millet. Haystacks: Autumn », sur The Met, (consulté le )
  33. « Musée d'Orsay: Notice d'Oeuvre », sur www.musee-orsay.fr (consulté le )
  34. « Musée d'Orsay: Notice d'Oeuvre », sur www.musee-orsay.fr (consulté le )
  35. « Philadelphia Museum of Art - Collections Object : Bird's-Nesters », sur www.philamuseum.org (consulté le )
  36. « Musée d'Orsay: Notice d'Oeuvre », sur www.musee-orsay.fr (consulté le )
  37. Louis Passelaigue, Le peintre Jean François Millet et l'Auvergne, le Gonfanon n°44, Argha
  38. Emmanuelle Jardonnet, « Jean-François Millet, inventeur d’icônes américaines », sur lemonde.fr, (consulté le )

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Abcdaire de Millet, Paris, Flammarion (Coll. Abcdaires), 1999 (ISBN 978-2080126504)
  • (es) Salvador Dalí, El Mito Tragico De El Angelus De Millet (rééd.) TusQuets, 2004 (ISBN 978-8483109342)
  • Dominique Gros, La Hague de Jean-Francois Millet, Isoète, Cherbourg-Octeville, 2001 (ISBN 978-2913920095)
  • Pierre Leberruyer, Jean-François Millet, Orep, Nonant, 2008 (ISBN 2915762678)
  • Maurice Lecoeur, " Le Portrait de Pauline" (réédition) Isoète, 2011, (ISBN 9782357 760387)
  • Lucien Lepoittevin, Jean-François Millet. Images et symboles, Isoète, Cherbourg, 1990 (ISBN 2905385324)
  • Lucien Lepoittevin, Jean-François Millet. Au-delà de l'Angélus, Éditions de Monza, 2002 (ISBN 978-2908071931)
  • Lucien Lepoittevin, Une Chronique de l´amitié. Correspondance intégrale du peintre J.F. Millet, Le Vast 2005.
  • Laurent Manœuvre, Jean-François Millet. Pastels et dessins, Bibliothèque de l'image, Paris, 2002 (ISBN 978-2914661409)
  • Alfred Sensier et alli, La vie et l’œuvre de Jean-François Millet (rééd. de 1881), éditions des Champs, 2006 (ISBN 978-2910138172)
  • (de) Andrea Meyer, Deutschland und Millet, Deutscher Kunstverlag, Berlin und Munchen, 2009 (ISBN 978-3-422-06855-1)
  • André Billy, Les beaux jours de Barbizon, Éditions du Pavois, Paris, 1947
  • Alexandre Piédagnel, J.-F. Millet: souvenirs de Barbizon, Paris : chez Veuve A. Cadart, 1876. (lire en ligne)

Iconographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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