Luis Buñuel

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Luis Buñuel est un réalisateur et scénariste mexicain, d'origine espagnole, né le à Calanda (Aragon, Espagne) et mort le à Mexico.

Buñuel se fait connaître, dans les dernières années du cinéma muet, comme metteur en scène surréaliste d’avant-garde[1], travaillant aux côtés de Salvador Dalí et du groupe surréaliste parisien autour d’André Breton ; sa création la plus marquante de cette époque est le court métrage Un chien andalou de 1929, qui fait scandale. Il tourne ensuite, après une interruption de 15 ans, des films dans quasiment tous les genres cinématographiques — film expérimental, documentaire, mélodrame, satire, comédie musicale, comédie, film romantique et historique, fantastique, policier, film d’aventures, et même western — composant une œuvre insaisissable, inégale, réfractaire à toute récupération idéologique, d’un caractère souvent iconoclaste et subversif, mais où la dénonciation d’une bourgeoisie figée et hypocrite constitue l’un des thèmes de prédilection, ce qu’illustrent en particulier les films l'Ange exterminateur (1962), Belle de jour (1967) et le Charme discret de la bourgeoisie (1972). Ainsi que le note Jean Collet, « Buñuel est le peintre des contrastes violents, de l’ombre et de la lumière, de la nuit et du jour, du rêve et de la lucidité. Entre ces extrêmes, il cherche la plus grande tension. Il filme les phantasmes avec la caméra la plus terre-à-terre. Il est matérialiste quand il parle de Dieu, exalté, révolté quand il parle de la société des hommes[2]. »

En raison de ses convictions politiques et des obstacles imposés à sa création par la censure franquiste, il préfère s’exiler et tourne la majeure partie de son œuvre au Mexique et en France.

Buñuel est considéré comme l’un des réalisateurs les plus importants et les plus originaux de l’histoire du cinéma.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Luis Buñuel naît à Calanda, petite ville d'Aragon dans laquelle il séjourne peu de temps : peu après, sa famille déménage à Saragosse. Il reste cependant très attaché à son village natal, et y retourne par la suite régulièrement. Le relief rocailleux, les environs désertiques et le caractère rugueux des habitants de la région marquent durablement le futur artiste. Le court métrage Un chien andalou dénote ostensiblement cette influence.

Calanda.

Buñuel étudie chez les jésuites jusqu'à l'âge de 15 ans et reçoit une formation répressive qui le marque. « Les deux sentiments essentiels de mon enfance, qui perdurèrent avec force pendant l’adolescence, furent ceux d’un profond érotisme, tout d’abord sublimé dans une forte religiosité, et une constante conscience de la mort. » (Autobiografía, 1939).

Il regrette toute sa vie de n'avoir pu jouer de la musique (il jouait du violon) en raison de sa surdité : « J’ai eu la chance de passer mon enfance au Moyen Âge, cette époque “douloureuse et exquise”, comme l’écrivait Huysmans[3]. Douloureuse dans sa vie matérielle. Exquise dans sa vie spirituelle. Juste le contraire d’aujourd’hui. » (Mon dernier soupir, 1982).

Jeunesse[modifier | modifier le code]

À 19 ans, il part vivre à Madrid et y commence des études supérieures. Il rencontre Salvador Dalí et Federico García Lorca puis apporte son soutien au mouvement dadaïste. En 1923, il fonde avec Federico García Lorca, entre autres, l'ordre de Tolède.

En 1925, il vient à Paris. Il se fait embaucher comme assistant réalisateur de Jean Epstein, sur le tournage de Mauprat en 1926 puis, deux ans plus tard, de La Chute de la maison Usher.

Le surréalisme[modifier | modifier le code]

Du Chien andalou à Cet obscur objet du désir, Luis Buñuel construit une œuvre profondément marquée par le surréalisme. Ses films en portent pratiquement tous, à des degrés divers, la marque que ce soit dans la forme ou le discours. Buñuel remet en effet en cause, dans la quasi-totalité de ses réalisations, la continuité du récit et la lisibilité de la mise en espace. La temporalité et le rythme sont fragmentés. Se développe également un jeu stylistique sur le retournement, l'inversion et le mélange des contraires (notamment le trivial et le sublime). La réalité, le rêve, le quotidien, le fantasme, l'univers familier et l'hallucinatoire sont mis sur le même plan. Le cinéaste surréaliste est donc celui qui « aura détruit la représentation conventionnelle de la nature […], ébranlé l'optimisme bourgeois et obligé le spectateur à douter de la pérennité de l'ordre existant » (Luis Buñuel).

Les premiers films[modifier | modifier le code]

En 1928, avec l'aide matérielle de sa mère, Luis Buñuel tourne son premier film Un chien andalou, un court-métrage muet d'une vingtaine de minutes dont il écrit le scénario avec Salvador Dalí. Le film, qui n'obéit pas à une logique narrative traditionnelle, contient des scènes restées célèbres, comme celle montrant une lame de rasoir tranchant un œil ou la finale dans laquelle des amants meurent dans le sable fin. Dans un premier temps, ce film est projeté en privé pour Man Ray et Louis Aragon. Très enthousiastes, ces derniers demandent à Buñuel d'organiser une séance pour les surréalistes.

Buñuel réalise ensuite L'Âge d'or, une fois encore scénarisé avec Dali et produit cette fois par le mécène Charles de Noailles. L'Âge d'or est décrit par José Pierre comme « peut-être l'unique film intentionnellement surréaliste ». Par son contenu délibérément provoquant, il ne tarde pas à provoquer de vives réactions.

Le 30 novembre 1930, après la première projection du film, la censure exige des coupes. Quelques jours après, la Ligue des patriotes et la Ligue anti-juive saccagent la salle de cinéma Studio 28 à Montmartre, dans le 18e arrondissement de Paris, qui projette le film et propose dans son hall une exposition d'œuvres surréalistes. Ce saccage est le point de départ d'une virulente campagne de presse contre les surréalistes, et le préfet de police Chiappe[4] fait saisir le film. En réalité, seule la copie de projection est confisquée puis détruite car le négatif reste en possession du vicomte de Noailles et de son épouse Marie-Laure, les mécènes du film. L'interdiction de projection ne va être finalement levée qu'en 1980.

Buñuel s'éloigne du surréalisme et change de registre pour son film suivant, Terre sans pain, un moyen-métrage documentaire décrivant les conditions de vie misérables prévalant dans une région de l'Espagne, les Hurdes. Le film est interdit par le gouvernement espagnol de 1933-1935.

Les États-Unis[modifier | modifier le code]

Entre 1933 et 1935, Buñuel travaille en Espagne pour des compagnies américaines. La guerre civile qui éclate en Espagne le bouleverse. Il participe à un documentaire pro-républicain Madrid 36 puis se rend aux États-Unis. Il se consacre à la démonstration de l'efficacité et du danger des films de propagande nazis (il utilise en particulier un film de Leni Riefenstahl).

Mais il ne cache pas son anticatholicisme et son marxisme et subit des pressions, notamment après la parution, en 1942, du livre de Salvador Dalí La Vie secrète de Salvador Dali où il est décrit comme seul responsable des aspects les plus controversés de L'Âge d'or. Il doit abandonner son poste au Museum of Modern Art de New York et s'exiler au Mexique.

Le Mexique[modifier | modifier le code]

Il y reprend sa carrière de réalisateur, grâce au producteur Oscar Dancigers. Son premier film mexicain, la comédie musicale Gran Casino (1947), est un échec. Mais le second, une petite comédie avec Fernando Soler, Le Grand Noceur (1949), remporte un réel succès. Elle lui vaut aussi la réputation d'un cinéaste fiable, capable de respecter ses budgets. Dancigers lui suggère ensuite de s'intéresser à la vie des enfants pauvres de Mexico. Il en résulte Los Olvidados, littéralement Les Oubliés, un drame social assez dur dans lequel l'influence du néo-réalisme italien côtoie certaines touches surréalistes. Le film est présenté au Festival de Cannes 1951 et y remporte le prix de la mise en scène, remettant Buñuel au premier plan.

Toujours pour Dancigers, Buñuel signe également des adaptations de romans classiques comme Les Aventures de Robinson Crusoé d'après le livre de Daniel Defoe ou Les Hauts de Hurlevent d'après l'œuvre d'Emily Brontë, tourné sous le titre Abismos de Pasión. Parmi les autres films notables de cette période, on peut citer Tourments, étude d'un cas de jalousie maladive, et La Vie criminelle d'Archibald de la Cruz, comédie macabre sur un tueur en série ; deux films qui multiplient les références au marquis de Sade, à la religion et à la bourgeoisie. Nazarín (1958) marque l'apogée de sa période mexicaine.

Retour en Europe[modifier | modifier le code]

Buñuel se voit proposer un tournage en Europe : il s'agit de Viridiana, qui obtient la Palme d'or au Festival de Cannes 1961 mais provoque d'importants remous politiques, diplomatiques et religieux, notamment pour la représentation finale, parodiant la Cène, d'indigents qui s'emparent de la demeure de propriétaires terriens et se livrent à une orgie. Le régime de Franco, qui avait permis le tournage du film et accepté qu'il représente officiellement l'Espagne à Cannes, finit par l'interdire complètement. Les copies espagnoles sont saisies et détruites mais le film est distribué normalement en France. Le film n'est ensuite distribué en Espagne qu'en 1977, deux ans après la mort du caudillo.

Suivent L'Ange exterminateur, tourné au Mexique et Le Journal d'une femme de chambre, adaptation du célèbre roman d'Octave Mirbeau et premier film tourné en France par Buñuel depuis L'Âge d'or. En choisissant de repousser de trente ans l'action du roman de Mirbeau, Luis Buñuel s'offre une belle vengeance sur ceux qui bâillonnèrent ses débuts dans les années 1930 : dans la dernière séquence du film, des manifestants d'extrême-droite scandent effectivement « Vive Chiappe ! » et « Mort aux Juifs ! ».

Après cette adaptation, Buñuel signe son dernier film mexicain, le surprenant Simon du désert. Il vient alors régulièrement tourner en France, en particulier des projets développés en compagnie du scénariste Jean-Claude Carrière. Leur collaboration dure dix-neuf ans et ne s'interrompt qu'à la mort du cinéaste. Ses films sont toujours aussi puissants et en lutte contre la classe bourgeoise dominante : La Voie lactée, Belle de jour (un des plus gros succès commerciaux de la carrière de Buñuel) et Le Charme discret de la bourgeoisie, récompensé par l'Oscar du meilleur film étranger en 1973. Il tourne Tristana en Espagne, à Tolède, malgré l'incident provoqué par Viridiana.

Buñuel choisit d'arrêter sa carrière de réalisateur, en 1976, avec Cet obscur objet du désir.

Citation[modifier | modifier le code]

« Je ne cherche pas à embellir les images. Si l'image est jolie, c'est son affaire »

— Luis Buñuel

Vie privée[modifier | modifier le code]

Le 23 juin 1934, Luis Buñuel épouse Jeanne Rucar[5] à la mairie du 20e arrondissement de Paris[6]. Ils vont vivre ensemble près de 50 ans, jusqu'à la mort du cinéaste.

Luis Buñuel est :

Filmographie[modifier | modifier le code]

Assistant de réalisation[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

(Buñuel a participé au scénario de tous les films qu'il a réalisés)

Scénariste uniquement[modifier | modifier le code]

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Peter B. Flint, « Luis Buñuel dies at 83; Filmmaker for 50 Years », New York Times,‎ (lire en ligne).
  2. Encyclopædia Universalis, tome III, 1985, art. Luis Buñuel par Jean Collet, p. 1109.
  3. Joris-Karl Huysmans, Là-Bas.
  4. Selon Le Journal d'une femme de chambre, les manifestants défilent en criant « Vive Chiappe ! »
  5. Jeanne Rucar est née à Lille en 1908, elle est morte à Mexico en 1994. Jeanne Rucar sur Google livres
  6. des-gens.net
  7. (es) « Real Decreto 1181/1981, de 8 de mayo, por el que se concede la Medalla al Mérito en las Bellas Artes, en su categoría de Oro, al Actor y Director don Fernando Fernán-Gómez », Boletin Oficial del Estado, Madrid, no 147,‎ , p. 14139 (lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Luis Buñuel, Mon dernier soupir (autobiographie), coécrit avec Jean-Claude Carrière, 1982.
  • Conversations avec Luis Buñuel, Tomas Perez Torrent et Jose de la Colina, Paris, Cahiers du cinéma, 1993 (première édition espagnole, 1986).
  • Entretiens avec Max Aub, préface de Jean-Claude Carrière, Paris, Belfond, 1991.
  • Goya de Buñuel, scénario de Buñuel présenté par Marielle Issartel, édité par Jacques Damase.
  • Freddy Buache, Buñuel, Genève, L'Âge d'homme, 1990.
  • Raymonde Carasco, « Notes pour un cinéma de la cruauté, Artaud, Buñuel et le cinéma mexicain », Art-Latina, no 1, Mexico, 1995, En ligne [PDF]
  • Jean-Claude Carrière Le Réveil de Buñuel, Paris, Odile Jacob, 2011.
  • Fernando Cesarman, L'Œil de Buñuel.
  • Maurice Drouzy, Luis Buñuel, architecte du rêve, Paris, Pierre Lherminier, 1978.
  • Ado Kyrou, Luis Buñuel, Paris, Seghers, 1962 ; réédition 1970.
  • Antonio Monegal, Luis Buñuel de la literatura al cine, una poética del objeto, Barcelona, Anthropos, 1993.
  • Marcel Oms, Don Luis Buñuel, préface de Jean-Claude Carrière, Paris, Le Cerf, "coll. 7e Art", 1985.
  • (en) Jeanne Rucar de Buñuel, Memoirs of a Woman Without a Piano: My Life With Luis Bunuel, Five Ties Publishing, 2011 (ISBN 0979472768 et 9780979472763).
  • Lionel Souquet, Néo-picaresque, (néo)réalisme et faillite de l’humanisme : "Los Olvidados" de Buñuel et "La Virgen de los Sicarios" de Vallejo, de la modernité à la postmodernité, Les Langues Néo-Latines, Colloque Concours 2012, 105e année, 4, no 359, décembre 2011, p. 117-156.
  • Marie-Claude Taranger, Luis Buñuel, le jeu et la loi, Vincennes, PUV, 1998.
  • Charles Tesson, Luis Buñuel, Paris, Étoile/Cahiers du Cinéma, coll. « Auteurs », 1995.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]