Paul Brulat

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Paul Brulat
Description de l'image Paul Brulat, 1918.jpg.
Naissance
Saint-Jean-de-Muzols Ardèche (France)
Décès
Le Chesnay (Yvelines)
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture français
Mouvement naturalisme
Genres

Paul Brulat (1866-1940) est un écrivain et journaliste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Paul Brulat, 1926.
Colonie des orphelins de guerre.

Paul Auguste Brulat est né le à Saint-Jean-de-Muzols, au lieu-dit du Furgon, en Ardèche. À la naissance de l'enfant, son père, Auguste Casimir Burlat était avocat, alors âgé de trente ans ; sa mère, Alphonsine, Augustine Serpelin, âgée de vingt-huit ans[1].

À l'âge de deux ans, Paul Brulat s'installe avec sa famille en Tunisie[2] où son père est avocat défenseur auprès du tribunal d'instance de Tunis[3]. Il revient en métropole pour suivre ses études au lycée de Marseille, actuel lycée Thiers, où il reste interne durant neuf ans selon ses dires[4] ; il y a pour condisciple Edmond Rostand[2].

Il commence des études de droit à Paris en 1885[5], et obtient sa licence. Puis effectue une année de service militaire[6]. Il devient inspecteur des monuments historiques[7],[8].

Paul Brulat rencontre une première fois Émile Zola à la fin 1889[9].

Le , à la mairie du Ier arrondissement de Paris, Paul Brulat épouse Catherine Alice Bionier (née le ), en présence des écrivains Émile Zola et Paul Alexis et de l'éditeur Georges Charpentier ; les deux derniers étant des proches de Zola. Il divorce le [10].

En 1903, il participe au premier pèlerinage de Médan. En 1921, il est cofondateur de la Société littéraire des Amis de Zola.

Dès le début de la guerre, Paul Brulat prend part aux activités de la «Colonie des enfants de mobilisés» dont le premier centre est installé à Étretat en Seine-Maritime. Il note dans ses souvenirs :

  • «Je n'étais que de passage à Paris. J'y venais chercher, chaque semaine, de pauvres enfants pour les transporter à Étretat, où s'était fondée la première colonie des orphelins de guerre. C'est une histoire des plus émouvantes et dont je fus le témoin, jusqu'à la fin des hostilités. (..) J'ai passé toute la guerre, penché sur cette enfance, victime de l'effroyable cataclysme»[11],[12].

En 1917, en 1922, il habite au no 21 rue la rue Ferdinand-Fabre à Paris (XVe arrondissement).

En , il fut victime d'un mauvais canular. Plusieurs journaux, abusés, annoncèrent sa mort, tel L'Est républicain[7] ou L'Ouest-Éclair[8]. Ce dernier rectifia l'erreur peu après, sous le titre «Les sensations d'un mort vivant» en donnant la parole à l'intéressé :

  • «Je viens d'éprouver, à mon tour, les sensations du mort vivant. Elles ne durèrent, heureusement, qu'un jour. Cela suffit, cependant, pour que - la nouvelle de mon décès ayant été répandue par l'Agence Havas et la T.S.F., sur la foi d'un mauvais plaisant - quelques personnes se soient présentées aussitôt pour louer mon appartement»[13].

Paul Brulat est mort le [14],[15] dans la commune du Chesnay, en Seine-et-Oise (aujourd'hui département des Yvelines).

Carrière[modifier | modifier le code]

À côté de sa fonction d'inspecteur des Monuments historiques[n 1], il entame un parcours de journaliste. À la fin de l'année 1889, à l'âge de vingt-trois ans, il entre au quotidien La Presse dirigé par Georges Laguerre, principal organe du boulangisme[16]. Il donne à ce journal une chronique quotidienne de cent lignes, qu'on lui interdit cependant de signer[17].

Paul Brulat a collaboré aux organes de presse suivants : le Journal, L’Événement, La Cocarde de Maurice Barrès à l'automne 1894[16], la Revue socialiste, La Justice de Clemenceau à la fin de 1897[16], la Revue indépendante, Les Droits de l’homme, L'Esprit français, Les Maîtres de la Plume, Le Petit Marseillais (collaborateur littéraire).

Il publie deux romans sur le journalisme : Le Reporter (1898) et La Faiseuse de gloire (1900).

C’est donc en intellectuel et écrivain averti, admirateur de Zola et farouche défenseur d’Alfred Dreyfus, qu’il devient l’un des collaborateurs du Carmel en 1916 puis le directeur de la revue culturelle suisse Le Carmel français fin 1917.

Journaliste engagé, Paul Brulat mécontente certains de ses collègues : le , il affronte en duel un homme de confiance de Rochefort, Daniel Cloutier (1862-1902), passionné d'escrime[18].

Paul Brulat a appartenu :

  • au comité de la Société des Gens de Lettres ;
  • à la société "L'Évolution mondiale" ;
  • à la Fédération internationales des arts, des lettres et des sciences (fondée en 1918) ;
  • au Cercle international intellectuel.

Il a fondé la société "Les amis de Jules Princet" (1873-1924, créateur du Théâtre aux Champs, 1906-1914).

Brulat dans l'Affaire Dreyfus[modifier | modifier le code]

Dans ses mémoires, Lumières et grandes ombres (1930), Paul Brulat raconte la scène de la dégradation du capitaine Dreyfus, le 5  :

  • «Le malheureux officier criait son innocence. - Sur la tête de ma femme et de mes enfants, je jure que je suis innocent. Un ouragan d'outrages lui répondait : Sale juif, Judas ! Mort au traître ! Tout à coup, j'eus l'intuition que cet homme était sincère... À la fin de mon compte rendu de la dégradation, j'émis l'hypothèse d'une erreur judiciaire. - Est-ce que vous êtes fou ? me demanda Xau (directeur du Journal). Refaites-moi ça ; effacez, du moins, les dernières lignes. - Non, répondis-je, j'ai dit ce que je pense. Mon compte rendu ne parut pas. Je le proposai à d'autres journaux, où il fut également refusé»[19].

L'œuvre littéraire[modifier | modifier le code]

L'âme errante.
Le Reporter.
Lumières et grandes ombres.

L'ennemie (1896)[modifier | modifier le code]

Le chroniqueur littéraire du Matin présente ce livre ainsi : «Le nouveau volume de Paul Brulat, L'Ennemie, est une œuvre sincère et personnelle qui passionnera tous ceux qu'intéresse l'étude vivante des douleurs humaines. Il touche aux plaies les plus vives, aux actualités les plus inquiétantes de la société moderne, en mettant en scène anarchistes, rastaquouères, matamores, aventuriers et tous ceux qui se ruent furieusement à l'assaut de la fortune pour assouvir leurs appétits»»[20].

Quant au rédacteur de La Justice, journal de Clemenceau, il signale qu'il s'agit de «la conclusion philosophique d'une trilogie où l'auteur raconte l'évolution intellectuelle et morale d'un jeune homme moderne»[21].

Le Reporter (1898)[modifier | modifier le code]

Balzac avait brossé un portrait mordant de la presse dans Illusions perdues (1837-1843). Comme disciple de Zola, Paul Brulat la traite en romancier naturaliste et dénonce sa toute puissance[22].

Le nouveau roman de M. Paul Brulat est un tableau de mœurs[23].

La Faiseuse de gloire (1900)[modifier | modifier le code]

La "faiseuse de gloire", c'est la presse. "Brulat y a dénoncé les dangers de la presse actuelle accaparée par des forbans de finance et des brasseurs d'affaires, où l'écrivain, le philosophe, le penseur, ne sont plus rien, devenus esclaves du Capital, comme autrefois ils étaient «domestiques» et pensionnés des Princes, désormais condamnés à la condition de salariés, résignés aux viles servitudes. (...) La Faiseuse de gloire est un roman expérimental, selon la formule un peu étroite, préconisée par Émile Zola, il y a bientôt trente ans ; formule où le génie de l'illustre romancier épique ne put d'ailleurs jamais s'enfermer. Nous y assistons, aux aventures de Pierre Marzans, écrivain honnête, laborieux et digne, qui malgré son talent, ses qualités, est écrasé, persécuté, éconduit par la coalition des pornographes et des médiocres, qui encombrent les rédactions parisiennes. Parce que sa conscience n'est pas à vendre, parce que sa plume n'est point encline à se prostituer, on le chasse de partout, on le rejette comme un pestiféré[24]."

Le même critique, Maurice Le Blond, adresse aussi des objections au récit : "Ce que je reprocherais à Brulat, c'est de n'avoir pas donné aux personnages de son roman un caractère plus général. On sent trop par exemple que Marzans c'est Brulat mais que jamais il n'incarne une collectivité ; je n'ai pas noté une minute où ce personnage paraisse représentatif d'une caste professionnelle, d'une famille de tempéraments quelconque. Voilà un grand défaut pour un romancier, se montrer soi)même dans ses romans avec son teint, sa démarche et sa voix, cela rétrécit toujours le cas, l'émotion, l'intérêt, et quand il s'agit d'une œuvre pamphlétaire, comme celle-ci, le lecteur est toujours tenté de soupçonner des rancunes personnelles, ce qui affaiblit la portée de la thèse[24]."

Lumières et grandes ombres (1930)[modifier | modifier le code]

Il s'agit des mémoires de Paul Brulat depuis 1885, soit quarante ans de vie parisienne, politique et littéraire, avec l'évocation de nombreuses personnalités : Émile Zola, Clemenceau, Verlaine, Barrès, Louise Michel, Anatole France, le dramaturge Henry Becque, le député radical Léon Chambige, et encore le boulangisme, l'Affaire Dreyfus[25]...

Critiques[modifier | modifier le code]

Paul Brulat a été la cible du prêtre Louis Bethléem qui le cite à charge, dans son Romans à lire et romans à proscrire (1904) : "Disciple de Zola, écrivain agressif qui proclama, à diverses reprises, les droits de la pensée ; écrivain naturaliste"[26].

Citations[modifier | modifier le code]

  • "Rien n'est tel, pour bien écrire, en vers comme en prose, que de sentir et d'avoir vraiment quelque chose à dire", Lumières et grandes ombres. Souvenirs personnels, 1930, p. 69.

Publications[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

  • L'Âme errante, 1892.
  • La Rédemption, 1895[27].
  • L'Ennemie, 1897.
  • Le Reporteur, roman contemporain, 1898.
  • La Faiseuse de gloire, 1900.
  • Le Nouveau Candide, 1902.
  • La Gangue, 1903.
  • Eldorado, 1904.
  • L'Aventure de Cabassou, 1905.
  • Beaucoup d'amour pour rien..., 1916.
  • Rina, 1918.
  • La Plus Belle Victoire, 1920.
  • L'Étoile de Joseph, 1921.
  • L'Amour sauveur, (15 pages) 1921.
  • Ne forçons pas notre destin, 1926.
  • Le Passage dangereux, 1928.
  • Le Devoir de vivre, 1928.
  • La Vie de Rirette, 1932.

Histoire[modifier | modifier le code]

  • Histoire populaire de Jules Ferry, 1907.
  • Histoire populaire d'Émile Zola, 1909.
  • Histoire populaire de Gambetta, 1909.
  • Histoire populaire du général Hoche, 1911.
  • Histoire populaire du général Galliéni, 1920.

Contes et nouvelles[modifier | modifier le code]

  • Sous la fenêtre, 1896.
  • Méryem, 1900.
  • La Femme et l'Ombre, 1913.
  • Les Destinées, 1921.

Divers[modifier | modifier le code]

  • L'Affaire Dreyfus. Violence et Raison, 1898.
  • Pensées choisies, 1922.
  • Causerie faite en l'Hôtel du Cercle de la Librairie, 1923[28].
  • Lumières et grandes ombres. Souvenirs personnels, 1930.
  • La Peinture à travers les âges, 1931[29].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marcel Batilliat, « L'œuvre de Paul Brulat », in Monde nouveau,
  • Alain Quella-Villéger, « Deux journalistes dans l'Affaire Dreyfus : Louis de Robert et Paul Brulat », actes du colloque L'Affaire Dreyfus et la presse, Tours 1994, in Littérature et nation, université de Tours, , p. 91-97.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Si Paul Brulat signe souvent de ce titre, très peu d'informations sont disponibles au sujet de son activité réelle.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Registre d'état civil, commune de Saint-Jean-de-Muzols, archives départementales de l'Ardèche (en ligne).
  2. a et b Chantecler, Tananarive, 4 mai 1931, p. 4 ; L'article rend compte du livre de Brulat, Lumières et grandes ombres, paru l'année précédente.
  3. Cf. Le Petit Tunisien. Organe des intérêts français et des communes tunisiennes, 18 août 1889 ; il résidait au n° 35 de la rue de l'Ancienne-Douane.
  4. Lumières et grandes ombres, 1930, p. 28.
  5. Lumières et grandes ombres, 1930, p. 43.
  6. Lumières et grandes ombres, 1930, p. 69.
  7. a et b L'Est républicain, 26 novembre 1925.
  8. a et b L'Ouest-Éclair, 26 novembre 1925.
  9. Lumières et grandes ombres, 1930, p. 73.
  10. Archives de Paris, état civil numérisé, V4E 8035.
  11. Lumières et grandes ombres, 1930, p. 186 et 188.
  12. Journal des débats politiques et littéraires, 20 octobre 1914.
  13. L'Ouest-Éclair, 5 décembre 1925.
  14. Extrait d'acte de décès, année 1940, n° 63, service d'état civil, mairie du Chesnay. Paul Brulat est décédé au n° 7 de la rue Bricqueville au Chesnay, mais il habitait à Versailles au n° 36 de la rue de la Paroisse. Sa mort a été déclarée par sa filleule, Hermanes Labbé.
  15. Sa mort a été annoncée dans certains organes de presse datés du dimanche 18, ou du lundi 19 août 1940 : Lyon-Soir, le salut public, 18 août 1940 ; Journal des Débats politiques et littéraires, 19 août 1940. Cf. également L'Impartial, La Chaux-de-Fonds (Suisse), 19 août 1940.
  16. a b et c Centre d'études du 19e siècle français Joseph Sablé, Toronto (Canada), notice Paul Brulat.
  17. Lumières et grandes ombres, 1930, p. 79.
  18. Les parlementaires de la Seine sous la Troisième République. II. Dictionnaire biographique, Arlette Schweitz, éd. Publications de la Sorbonne, 2001, p. 152.
  19. La Tribune juive : organe indépendant du judaïsme de l'Est de la France, 2 janvier 1931, p. 4-5.
  20. Le Matin, 23 novembre 1896.
  21. La Justice, 15 décembre 1896.
  22. Le Reporter, 1898, préface, p. VI.
  23. La Revue des revues, 1er janvier 1898, p. 95.
  24. a et b Maurice Le Blond, La Revue naturiste, 15 janvier 1901, p. 39-41.
  25. Antoine Albalat, Journal des débats, 30 mars 1930, p. 3.
  26. Romans à lire et romans à proscrire. Essai de classification au point de vue moral des principaux romans et romanciers (1500-1928), Louis Bethléem, éd. 1928, p. 97.
  27. Titre complet : Histoire d'un homme [sous la Troisième République]. La Rédemption.
  28. In Dix causeries françaises faites en l'Hotel du Cercle de la Librairie [Texte imprimé] : 15 décembre 1922-22 juin 1923, p. 248-290 ; la causerie de Paul Brulat date du 25 mai 1923.
  29. Avec Guillaume Jeanneau, inspecteur des Monuments historiques.

Liens externes[modifier | modifier le code]