La Voix de la femme

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La Voz de la Mujer, 1896.
Virginia Bolten (1870-1960).

La Voz de la Mujer, La Voix de la femme en français, (8 janvier 1896-10 mars 1897, neuf numéros), est le premier journal anarcha-féministe, en Argentine, publié (entre autres) par la communiste libertaire Virginia Bolten.

En plus de proposer un féminisme libertaire loin du féminisme réformisme de l'époque, le journal défendait les idéaux du communisme libertaire ; sa devise était d'ailleurs « Ni Dieu, ni Patron, ni Mari »[1].

Le journal a d'abord été publié à Buenos Aires, puis Rosario et finalement à Montevideo, bien que dans ces deux dernières villes les témoignages en soient fragmentaires[2].

Outre Bolten, Pepita Guerra, Teresa Marchiso, Josefa Martínez, Soledad Gustavo (mère de Federica Montseny[3]), Ana López et Irma Ciminaghi ont collaboré à la publication[4]. Ces contributrices étaient pour la plupart des travailleuses migrantes ayant un certain degré d'instruction[5].

La Voz de la Mujer exhorte ses lectrices à la propagande par le fait et à l'action directe, ce qui l'oblige à rester dans une semi clandestinité.

Même si l'expérience fut brève, elle permit l’expression d’une volonté d’émancipation féminine et de sensibilisation du mouvement ouvrier aux questions d’égalité de genre.

Argument[modifier | modifier le code]

La Voz de la Mujer appelait les femmes à se rebeller contre l'oppression masculine mais sans abandonner la lutte prolétarienne. Il critiquait toute forme d'autorité, ecclésiastique, patronale, étatique et familiale. La proposition ultime consistait en l'instauration du communisme libertaire[5].

Les rédactrices dénoncent leur rôle d’objet sexuel et disent à quel type de relations elles aspirent, sous le regard moqueur des mâles de leur classe et la réprobation de la société bourgeoise[6].

Le journal suscita des tensions au sein du mouvement anarchiste car beaucoup de ses militants considéraient certaines de ses positions comme des attaques contre le sexe masculin, ce qui amena la rédaction à clarifier sa position.

L'institution du mariage était l'une des cibles principales du journal qui considérait les femmes comme le maillon le plus opprimé de la chaîne de l'exploitation. Il défendait l'idée de l'amour libre du point de vue de l'autonomie personnelle, sans préconiser la promiscuité.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le format du journal était de quatre pages et son tirage de 1000 à 2000 exemplaires en plus de la distribution semi-clandestine en raison de son plaidoyer pour l'action directe. Sur la couverture se trouvait cette annonce : « Il paraît quand vous pouvez et par abonnement volontaire ». Le journal tenait financièrement grâce à des abonnements et des dons individuels. Sur la dernière page de chaque numéro étaient détaillés les frais de gestion. La rédaction était en contact avec Louise Michel et Emma Goldman comme indiqué dans le cinquième numéro du journal. Le premier numéro fut publié le . Les difficultés économiques menacèrent la viabilité du projet puis les dettes du journal conduisirent à sa disparition. Le dernier numéro fut publié le [7].

Selon l'historienne Marianne Enckell, « Leur colère n’a sans doute pas pris fin avec la cessation du journal, due à des raisons financières. Elles avaient probablement été influencées par les Espagnoles Soledad Gustavo, Teresa Claramunt, par les Françaises Flora Tristan ou Marguerite Durand. Il n’empêche que c’est vraisemblablement le premier journal de femmes anarchistes, Il y en eut plusieurs autres par la suite : citons L’Exploitée (Lausanne, 1907-1908) de Margarethe Faas-Hardegger, Tian Yi Bao (Justice naturelle, Tokyo, en chinois, 1907) de He Zhen et de son compagnon, The Woman Rebel (New York, 1914) de Margaret Sanger, Seiko (Bas-Bleu, Japon, vers 1920) de Noe Ito – puis bien sûr l'organisation féminine libertaire[8] Mujeres Libres en Espagne depuis 1936. »[9]

L'historien anarchiste Max Nettlau a sauvé la plupart des numéros qui sont à présent déposés à l'Institut international d'histoire sociale à Amsterdam[10].

L'intégralité de la publication a été rééditée, en 2002, par l'Universidad Nacional de Quilmes à Buenos Aires[11].

Citation[modifier | modifier le code]

« Compagnons et compagnes, salut ! Voici : lasses de tant de pleurs et de misères, lasses du cadre permanent et désolant que nous offrent nos malheureux enfants, tendres morceaux de notre cœur, lasses de réclamer et de supplier, d’être le jouet du plaisir de nos infâmes exploiteurs ou de vils époux, nous avons décidé de lever la voix dans le concert social et d’exiger, oui, d’exiger notre part de plaisir au banquet de la vie. » - La Voz de la Mujer, n°1, 8 janvier 1896.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daniel de Roulet, Dix petites anarchistes, Buchet-Chastel, 2018, (ISBN 978-2-283-03178-0)[12].
  • Joël Delhom, La voix solitaire de la femme anarchiste argentine à la fin du XIXe siècle, colloque international Les représentations des relations amoureuses et des sexualités dans les Amériques, HCTI, Université de Bretagne-Sud, avril 2011, texte intégral.
  • Hélène Finet, Ni Dieu, ni patron, ni mari : Femmes, ouvrières et anarchistes à Buenos Aires (1890-1920), Orthez, Éditions du Temps Perdu, 2009, notice.
  • Marianne Enckell, Y en a pas une sur cent, Réfractions, n°24, printemps 2010, texte intégral.
  • Joël Delhom, David Doillon, Hélène Finet, Guillaume de Gracia, Pierre-Henri Zaidman, Viva la social ! : anarchistes & anarcho-syndicalistes en Amérique latine (1860-1930), Noir et Rouge, 2013, notice.
  • (en) Libcom, No God, no boss, no husband : The world’s first anarcha-feminist group, texte intégral en anglais, Ni dieu, ni maître, ni mari : La Voz de la Mujer - Argentine 1896-97, texte intégral en français, 3 janvier 2012.
  • (es) La Voz de la Mujer. Periódico comunista-anárquico, préface de Maxime Molineux, Buenos Aires, Editorial de la Universidad Nacional de Quilmes, 2002, (ISBN 987-9173-08-2).
  • (es) Maxine Molyneux, Movimientos de mujeres en América Latina : estudio teórico comparado, Universitat de València, 2003, pp.25 et suivantes.

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Laura Mañá, Ni Dios Ni Patrón Ni Marido (Un grupo de mujeres hace oír su voz...), 90 minutes, 2010, voir en ligne.

Notices[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nicole Fourtané, Michèle Guiraud, L'identité culturelle dans le monde luso-hispanophone, Presses Universitaires de Nancy, 2006, page 248.
  2. Apparemment réédité en 1901, à la suite de l'expulsion de Virginia Bolten en Uruguay. Voir: Molyneux, Maxine; Mouvements féministes en Amérique Latine. Cátedra, Madrid, 2003, pag. 41.
  3. L'Éphéméride anarchiste : Soledad Gustavo.
  4. L'Éphéméride anarchiste : La Voz de la Mujer.
  5. a et b Molyneux, Maxine; Mouvements féministes en Amérique Latine. Cátedra, Madrid, 2003
  6. Joël Delhom, La voix solitaire de la femme anarchiste argentine à la fin du XIXe siècle, colloque international Les représentations des relations amoureuses et des sexualités dans les Amériques, HCTI, Université de Bretagne-Sud, avril 2011, texte intégral.
  7. Dans le dernier numéro de « La Voz de la Mujer » un appel à l'aide aux lecteurs était publié, exprimant l'inquiétude des éditeurs en raison des difficultés économiques qui menaçait la continuité du journal (Molyneux, Maxine; Movimientos de mujeres en América Latina. Cátedra, Madrid, 2003, p. 53)
  8. Mary Nash, Femmes Libres : Espagne, 1936-1939, La pensée sauvage, 1977, lire en ligne.
  9. Marianne Enckell, Y en a pas une sur cent, Réfractions, n°24, printemps 2010, texte intégral.
  10. Institut international d'histoire sociale (Amsterdam) : notice.
  11. Institut international d'histoire sociale (Amsterdam) : notice.
  12. Lisbeth Koutchoumoff, Daniel de Roulet rend hommage aux femmes qui voulaient changer la vie, Le Temps, 21 octobre 2018, lire en ligne.