Jean Moulin

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Jean Moulin
Description de cette image, également commentée ci-après
Monument Jean Moulin, Les Clayes-sous-Bois (Yvelines).
Nom de naissance Jean Pierre Moulin
Alias
Romanin (nom d'artiste)
Joseph Jean Mercier
Rex
Max
M. X
Alix
EX. 20
Régis
Richelieu
Joseph Marchand
Jacques Martel[1]
Naissance
Béziers, Hérault, France
Décès (à 44 ans)
en Lorraine aux alentours de Metz, Moselle, France
Nationalité France Français
Profession
Préfet
Dessinateur
Activité principale
Commissaire du CNF
Membre du Comité national français
Délégué du général de Gaulle en France
Membre Chef emblématique du CNR
Distinctions
Ascendants
Antoine-Émile Moulin (père)
Blanche Élisabeth Pègue (mère)
Conjoint
Marguerite Cerruti (marié en 1926, il divorce 2 ans plus tard)
Famille
Laure Moulin[2] (1892-1974) (sœur)

Compléments

Ses cendres ont été transférées au Panthéon.

Jean Moulin, né le à Béziers et mort le près de Metz, est un haut fonctionnaire (préfet d'Eure-et-Loir) et résistant français.

Refusant l'occupation nazie, il rejoint en , l'organisation de résistance la France libre à Londres en passant par l’Espagne et le Portugal. Il est reçu par Charles de Gaulle à qui il fait un compte rendu de l’état de la Résistance en France et de ses besoins, notamment financiers et en armement.

À l'issue de quelques entretiens, il est envoyé à Lyon par Charles de Gaulle pour unifier les mouvements de la Résistance. Il est arrêté à Caluire-et-Cuire, dans la banlieue de Lyon, le et conduit au siège de la Gestapo à Lyon où il est torturé ; il est ensuite transféré à la Gestapo de Paris. Il meurt dans le train qui le transporte en Allemagne peu avant le passage de la frontière, le . Son décès est enregistré en gare de Metz[3].

Il dirigea le Conseil national de la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale. Il est souvent considéré comme l'un des principaux héros de la Résistance. Il est nommé général de brigade à titre posthume lors de la Libération, puis général de division en novembre 1946[4].

Un cénotaphe lui est dédié au Panthéon où se trouvent les tombeaux des grands hommes de la République française. Son corps n'a jamais été identifié avec certitude, et l'urne transférée au Panthéon ne contient que les « cendres présumées de Jean Moulin[5] ».

Début de vie[modifier | modifier le code]

Acte de naissance de Jean Moulin le à Béziers (Hérault).

Jean Pierre Moulin naît au 6 rue d'Alsace à Béziers (Hérault)[6], fils d'Antoine-Émile Moulin, professeur d’histoire-géographie dans cette ville, et de Blanche Élisabeth Pègue. Il est le petit-fils d'un insurgé de 1851[7]. Antoine-Émile Moulin est un enseignant laïque à l’Université populaire, et franc-maçon à la loge Action sociale[8]. Il est baptisé le par le père Guigues en l'église Saint-Vincent de Saint-Andiol (Bouches-du-Rhône)[9], village d'origine de ses parents : son parrain est son frère Joseph Moulin et sa marraine est sa cousine Jeanne Sabatier[10]. Il passe une enfance paisible en compagnie de sa sœur Laure et de son frère Joseph (qui meurt d'une pneumonie en 1907), et s'adonne à sa passion pour le dessin, où il excelle, au point de pouvoir vendre dessins, aquarelles ou caricatures à des journaux (ce qui ne plaisait pas à son père)[11]. Au lycée Henri-IV de Béziers, il est un élève moyen.

Plus tard, et dans la lignée de son père, élu conseiller général de l'Hérault en 1913 sous la bannière radicale-socialiste, Jean Moulin se forge de profondes convictions républicaines, suivant avec assiduité la vie politique nationale.

En 1917, il s'inscrit à la faculté de droit de Montpellier, où il n'est pas un élève brillant, et grâce à l'entregent de son père, il est nommé attaché au cabinet du préfet de l'Hérault sous la présidence de Raymond Poincaré. Quittant son milieu familial, il se met à fréquenter des artistes, se passionne pour les voitures de sport, les beaux vêtements et le ski[11].

Mobilisé le , Jean Moulin est affecté au 2e régiment du génie (basé à Metz après la victoire)[12]. Après une formation accélérée, il arrive dans les Vosges à Charmes le et s'apprête à monter en ligne quand l'armistice est proclamé. Il est envoyé successivement en Seine-et-Oise, à Verdun, puis à Chalon-sur-Saône ; il est tour à tour menuisier, terrassier, téléphoniste aux 7e et 9e régiments du génie. Il est démobilisé début et se présente tout de suite à la préfecture de Montpellier, où il reprend ses fonctions le .

La qualité de son travail l'amène à être promu chef-adjoint de cabinet fin 1920. En 1921, il obtient sa licence en droit. Parallèlement, il devient vice-président de l'assemblée générale des étudiants de Montpellier (section locale de l'UNEF) et membre des Jeunesses laïques et républicaines.

Le , il entre dans l'administration préfectorale en tant que chef de cabinet du préfet de la Savoie, à Chambéry, poste très important pour son âge, sous la présidence d'Alexandre Millerand. Au soir des élections législatives de , il se réjouit de la victoire du cartel des gauches en Savoie comme dans tout le pays.

De 1925 à 1930, il est sous-préfet d'Albertville. Il est à l'époque le plus jeune sous-préfet de France, sous la présidence de Gaston Doumergue.

En , il se marie avec Marguerite Cerruti ; mais celle-ci s'ennuie dans la sous-préfecture et quitte Jean Moulin pour aller vivre à Paris ; il demande le divorce et l'obtient deux ans plus tard[13].

En 1930, il est promu sous-préfet de 2e classe à Châteaulin dans le Finistère. Il y fréquente des poètes locaux comme Saint-Pol-Roux à Camaret et le poète et peintre Max Jacob à Quimper. Il est reçu chez le sculpteur Giovanni Leonardi et commence à collectionner les tableaux et à dessiner sous le pseudonyme de « Romanin » ; il s'essaie aussi à la céramique.

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Il est également illustrateur du morlaisien Tristan Corbière pour son recueil de poèmes Armor. Parallèlement, il publie des caricatures et des dessins humoristiques dans la revue Le Rire et dans Candide sous le pseudonyme de Romanin. Sa passion pour l'art et notamment l'art contemporain s'exprime aussi à travers son amitié pour Max Jacob et sa collection de tableaux où sont représentés Chirico, Dufy et Friesz[14],[15].

En , Pierre Cot, homme politique radical-socialiste, le nomme chef adjoint de son cabinet aux Affaires étrangères sous la présidence de Paul Doumer.

En 1933, il est sous-préfet de Thonon-les-Bains et occupe parallèlement la fonction de chef de cabinet de Pierre Cot au ministère de l'Air sous la présidence d’Albert Lebrun. Il est promu sous-préfet de 1re classe, et le , il est nommé sous-préfet de Montargis mais n'occupe pas cette fonction, préférant demeurer au cabinet de Pierre Cot. Au début , il est rattaché à la préfecture de la Seine et s'installe à Paris.

Le , il prend ses fonctions de secrétaire général de la préfecture de la Somme à Amiens, fonctions qu'il va quitter deux ans plus tard en [16].

En 1936, il est à nouveau nommé chef de cabinet de Pierre Cot au ministère de l'Air du Front populaire, et avec le ministre, conformément à la politique décidée par Léon Blum, aide clandestinement les républicains espagnols en leur envoyant des avions et des pilotes[17]. Il participe à cette époque à l'organisation de nombreux raids aériens civils comme la traversée de l'Atlantique sud par Maryse Bastié, la course Istres - Damas - Le Bourget. À cette occasion, il doit remettre le chèque aux vainqueurs (équipage italien) parmi lesquels se trouve le propre fils de Benito Mussolini.

En , à l'âge de trente-huit ans, il est nommé préfet de l'Aveyron ; c'est à l’époque le plus jeune préfet de France. Ses actions en faveur de l'aviation lui permettent de passer cette même année du génie à la réserve de l'Armée de l'air. Il est affecté à partir de à la base de Marignane avec le grade de caporal-chef (), puis en au bataillon de l'air no 117 basé à Issy-les-Moulineaux. Il est nommé sergent de réserve le [12].

Résistance[modifier | modifier le code]

Révocation de sa fonction de préfet[modifier | modifier le code]

Cabanon où Jean Moulin fut torturé, La Taye, Saint-Georges-sur-Eure, Eure-et-Loir.
Plaque en hommage à Jean Moulin à la préfecture d'Eure-et-Loir.
Monument Jean-Moulin à Chartres.

En , il est nommé préfet d'Eure-et-Loir à Chartres. Après la déclaration de guerre, il demande à plusieurs reprises à être dégagé de ses fonctions de préfet, persuadé, comme il l'écrit, que sa « place n'est point à l'arrière, à la tête d'un département essentiellement rural[18] ». Il se porte donc candidat à l'école des mitrailleurs en allant à l'encontre de la décision du ministère de l'Intérieur. Il passe sa visite médicale d'incorporation à l'école le sur la base 117 d'Issy-les-Moulineaux. Il est déclaré inapte le lendemain pour un problème de vue. Il force alors le destin en exigeant une contre-visite à Tours qui, cette fois, le déclare apte. Mais le ministère de l'Intérieur l’oblige dès le lendemain à reprendre immédiatement son poste de préfet, d'où il s'emploie, dans des conditions très difficiles, à assurer la sécurité de la population. Devant l'arrivée imminente des Allemands dans Chartres, Jean Moulin écrit à ses parents, le  : « Si les Allemands — ils sont capables de tout — me faisaient dire des choses contraires à l'honneur, vous savez déjà que cela n'est pas vrai[19] ».

Il est arrêté le par les Allemands parce qu'il refuse d'accuser une troupe de tirailleurs sénégalais de l'Armée française d'avoir commis de prétendues atrocités envers des civils à La Taye, un hameau de Saint-Georges-sur-Eure, en réalité victimes de bombardements allemands. Frappé à coups de poing et enfermé pour refus de complicité avec les Allemands, il tente de se suicider en se tranchant la gorge avec un débris de verre. Il évite la mort de peu et conserve ensuite une cicatrice qu'il cache sous un foulard sur des clichés pris après sa guérison, à la préfecture de Chartres[20].

En raison de ses idées républicaines marquées à gauche comme radical-socialiste, il est révoqué par le régime de Vichy du maréchal Pétain le et placé en disponibilité. Il se met alors à la rédaction de son journal, Premier combat, où il relate sa résistance contre les nazis à Chartres de manière sobre et extrêmement détaillée ; ce journal sera publié à la Libération et préfacé par le général de Gaulle.

Décidé à entrer dans la clandestinité, il quitte Chartres le et s'installe dans sa maison familiale de Saint-Andiol (Bouches-du-Rhône) d'où, pressé par le besoin de « faire quelque chose », il s'impose deux buts : tout d’abord il veut se rendre compte de l’ampleur de la Résistance française et ensuite aller à Londres afin d’engager les pourparlers avec la France libre[21]. Il possède une fausse carte d'identité au nom de Joseph Mercier (prénom hommage à son frère décédé[11]), professeur de droit. Il s'installe à Marseille, à l’Hôtel Moderne et rencontre, dans plusieurs villes du Midi, des résistants parmi lesquels Henri Frenay, le chef du mouvement de Libération nationale, ainsi qu'Antoinette Sachs qui lui facilite les contacts[22].

a. Constitution de l'Armée secrète de la France - b. Unification des mouvements de résistance[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative de la création des Mouvements unis de la Résistance (MUR) de la zone Sud, à Miribel, le 26 janvier 1943.

Après avoir réussi à obtenir un visa et un faux passeport, le , il rejoint Londres en passant par l’Espagne et le Portugal, par ses propres moyens, sous le nom de Joseph Jean Mercier. Le 25 octobre, il est reçu par le général de Gaulle, qui l'impressionne vivement et en qui il reconnaît « un très grand bonhomme. Grand de toutes façons[23] ». Il lui fait un compte-rendu (qui sera controversé) de l’état de la Résistance en France et de ses besoins, notamment financiers et en armement.

Son compte-rendu donnera lieu à de nombreuses contestations de la part des mouvements de résistance intérieure, comme étant tendancieux, avec des visées personnelles, tout en perturbant les actions de renseignements au profit de l’armée britannique et le système, en contrepartie de financement et de fourniture d’armes au profit de chacun d'entre eux[24]. À Londres, il suit un entraînement pour apprendre à sauter en parachute, tirer au pistolet et se servir d'un poignard.

Misant sur l’ambition et les capacités de réseau de Jean Moulin, de Gaulle en fait son délégué civil et militaire pour la zone libre. « Pour la question militaire, [...] elle est effectivement complètement occultée » ; or, il le charge effectivement de constituer une armée secrète, par un premier ordre de mission, que l'« on ne cite jamais, celui du 4 novembre, entièrement écrit de la main du général de Gaulle, et qui est un ordre de mission d'organisation purement militaire, mission que Moulin a effectivement accomplie, en aboutissant, après onze mois, à la constitution de l'Armée secrète. » [25] Une Armée secrète (AS) chaperonnée par les Forces françaises libres, complètement placées sous les ordres du général [N 1].

Ensuite, par un second ordre, que l'« on cite toujours, le fameux ordre de mission de Jean Moulin du 24 décembre 1941, qui est un ordre de mission général, lui prescrivant d'accomplir l'union de tous les éléments résistant à l'ennemi » [27], il le charge d’unifier, sur le territoire français, les trois principaux mouvements de résistance, Combat, dirigé par Henri Frenay, Franc-Tireur, et Libération-Sud, ainsi que tous leurs différents services : recrutement-organisation-propagande (service ROP), renseignements, sabotage, entraide.

Muni de ces deux ordres de mission, et des moyens financiers et de communication radio directe avec le général de Gaulle, à Londres, il est parachuté, en compagnie de Raymond Fassin et Hervé Monjaret[28], au cours d'une opération blind (jargon de la RAF) - sans équipe de réception -, dans les Alpilles, dans la nuit du au [29], à 15 km de Saint-Andiol qu’il rejoint à pied. Dans la Résistance, il prend le pseudonyme évocateur de Rex. Pour accomplir sa mission, Jean Moulin rencontre, entre autres, Henri Frenay, à Marseille, et Raymond Aubrac, à Lyon. Il est aidé dans sa tâche par Daniel Cordier qui s'occupe de la logistique, et par Colette Pons[30].

Dès septembre 1942, en zone Sud, en région R1, sous l'autorité du général Charles Delestraint, débute la constitution de l'Armée secrète par le versement à l'AS des formations paramilitaires (d'importance très inégale) des trois grands mouvements de résistance. Dans cette tâche, éminemment clandestine, le général Delestraint - choisi, d'un commun accord, par les mouvements de résistance et par le général de Gaulle pour diriger leurs actions militaires (uniquement), sous l'ordre direct de ce dernier - est secondé par les chefs AS secrètement désignés, le régional et les chefs départementaux.

Deux mois après, le , est créé le Comité de coordination de la zone Sud, à Collonges-au-Mont-d'Or (en banlieue lyonnaise), dans le but de coordonner, avec la mouvance communiste, les trois mouvements principaux de résistance de la zone libre ; ce regroupement donne ensuite naissance, le , aux Mouvements unis de la Résistance (MUR) - membre du directoire et secrétaire général : Pierre Dumas -, lors d’une réunion au domicile d’Henri Deschamps, à Miribel[31] (dans l'Ain).

Dans cette nouvelle unification, Jean Moulin cherche, non sans mal, à contenir les velléités de commandement d’Henri Frenay, chef du mouvement Combat, d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie, chef de Libération-Sud, et de Jean-Pierre Lévy, chef de Franc-Tireur.

Il utilise ensuite ses dons artistiques pour se créer une couverture de marchand de tableaux et ouvre la galerie d’art « Romanin » — pseudonyme d’artiste de Jean Moulin — au 22, rue de France, à Nice[32],[33].

Dans la nuit du 13 au 14 février 1943, il retourne rendre compte de sa mission à Londres, accompagné du général Delestraint, organisateur et chef de l’Armée secrète. Au cours de la nuit, ils doivent quitter précipitamment la maison Deschamps, à Miribel, pour aller embarquer dans le Jura, à Villevieux (au nord de Lons-le-Saunier), à bord de Lysander.

Toutefois, si les mouvements de résistance ont accepté l'unification des mouvements pour améliorer leur efficacité, ainsi que leur financement, leurs chefs n'acceptent que difficilement la tutelle militaire de Londres pour l'AS : Henri Frenay, en particulier, souhaite garder le contrôle de la résistance militaire intérieure et mène une violente campagne contre le général Delestraint, dont il refuse de reconnaître l'autorité à la tête de l'Armée secrète.

Création du Conseil national de la Résistance[modifier | modifier le code]

Le 14 février 1943, Jean Moulin va à Londres rendre compte de sa mission à Charles de Gaulle, qui le décore de la croix de la Libération et le nomme secrètement ministre, membre du Comité national français, et seul représentant de ce comité pour l'ensemble du territoire métropolitain.

Le 20 mars 1943, il revient en France, avec le chef national de l'AS, en atterrissant de nuit en Saône-et-Loire, à Melay (au nord de Roanne), chargé de créer le Conseil national de la Résistance (CNR), tâche complexe, car il est toujours peu reconnu par les mouvements de résistance. En particulier, le responsable de la zone Nord, Pierre Brossolette, suscite bien des difficultés. Cependant, les sujets de discorde sont résolus, et la première réunion du CNR, en séance plénière, se tient à Paris, 48, rue du Four[34], le .

Jean Moulin parvient à se faire admettre comme chef du CNR, qui réunit les dirigeants de tous les groupes de la résistance française. Le CNR représente alors l'unité des Forces résistantes françaises aux yeux des Alliés et l'embryon d'une assemblée politique représentative. Le CNR reconnaît en de Gaulle le chef légitime du gouvernement provisoire français, et souhaite que le général Giraud prenne le commandement de l'armée française.

Moulin participe, avec le mouvement Franc-Tireur, à la création du maquis du Vercors, également[pas clair] contesté par les hommes de Combat[35]. Cependant, les motifs d'inquiétude s'accumulent : le capitaine Claudius Billon, chef régional de l'AS, est arrêté le 1er février 1943, à Lyon, le commandant Henri Manhès est arrêté à Paris, en mars, deux mois avant l'arrestation du général Delestraint, chef de l'AS, le 9 juin, à Paris. L'Armée secrète est décapitée, et Jean Moulin, lui-même, se sait traqué, comme il l'écrit au général de Gaulle : « Je suis recherché maintenant tout à la fois par Vichy et la Gestapo, qui n'ignore rien de mon identité, ni de mes activités. Ma tâche devient donc de plus en plus délicate, alors que les difficultés ne cessent d'augmenter. Si je venais à disparaître, je n'aurais pas eu le temps matériel de mettre au courant mes successeurs[36]. »

Arrestation à Caluire-et-Cuire[modifier | modifier le code]

Maison « du docteur Dugoujon » à Caluire-et-Cuire.

L'arrestation de Jean Moulin fait encore, à ce jour, l'objet de nombreuses interrogations. À l'issue d'investigations et de manipulations menées par différents services allemands, elle intervient dans le contexte des fortes tensions entre composantes de la Résistance et dans celui de communications entre les services de renseignements de l'administration de Vichy, de la Résistance et de l'Allemagne.

Cette opération a lieu le , à Caluire-et-Cuire (Rhône), dans la « maison du docteur Dugoujon » (en fait, louée par le docteur Dugoujon), où doit se tenir une réunion avec sept dirigeants de la Résistance : André Lassagne, le colonel Albert Lacaze et le lieutenant-colonel Emile Schwarzfeld, Bruno Larat, Claude Bouchinet-Serreules, Raymond Aubrac et Henri Aubry. Réunion, décidée par Jean Moulin, afin de désigner le successeur, par intérim, du général Delestraint à la tête de l'Armée secrète, en attendant une nomination par le général de Gaulle.

Bouchinet-Serreules est absent au rendez-vous fixé sur le trajet. La venue de René Hardy à la réunion, alors qu'il n'y est pas convoqué, a amené nombre de résistants à suspecter ce dernier d'avoir, par sa présence, indiqué à Klaus Barbie le lieu précis de cette réunion secrète. René Hardy, arrêté, puis relâché par la Gestapo quelques jours auparavant, est d'ailleurs le seul à s'évader lors de cette arrestation, n'étant pas menotté, mais ayant eu juste les poignets entravés par de simples liens. René Hardy est accusé, après guerre, d'avoir dénoncé Jean Moulin aux Allemands, et comparaît dans deux procès, en 1947, puis en 1950.

Jean Moulin est interné, avec les autres dirigeants de la Résistance, à la prison Montluc, à Lyon. Après avoir été identifié, il est quotidiennement conduit au siège de la Gestapo, siège établi alors dans les locaux de l’École du Service de santé militaire, avenue Berthelot, afin d'être interrogé et torturé par le chef de la Gestapo de Lyon, Klaus Barbie. Il est ensuite transféré à la Gestapo de Paris, avenue Foch, puis dans la villa du chef de la Gestapo, Karl Boemelburg, à Neuilly-sur-Seine[37].

Officiellement, Jean Moulin meurt de ses blessures le , en gare de Metz, dans le train Paris-Berlin mais l'acte de décès allemand, daté du et indiquant Metz comme lieu de décès, est rédigé six mois plus tard, le . Quant au certificat de décès, il est rédigé le , ce qui laisse planer un doute sur les circonstances de sa mort[5]. Le , le corps d’« un ressortissant français décédé en territoire allemand » — présumé être Jean Moulin — est rapatrié à Paris, gare de l'Est et aussitôt incinéré[5]. L'urne contenant ses cendres est ensuite déposée au cimetière du Père-Lachaise, case 10137, avec pour seule mention « Inconnu incinéré, 09-07-43 »[5]. En 1945, sa famille fait déplacer cette urne dans le carré de la Résistance du cimetière. L’urne est finalement transférée au Panthéon, en 1964.

Cénotaphe au Panthéon de Paris contenant les « cendres présumées de Jean Moulin ».

Postérité[modifier | modifier le code]

Les « cendres présumées » de Jean Moulin ont été transférées au Panthéon le , lors de la célébration du vingtième anniversaire de la Libération, sous la présidence du général de Gaulle. En réalité, son corps n'a jamais été identifié avec certitude.

Le discours d’André Malraux[modifier | modifier le code]

Le , un discours solennel est prononcé lors de la grande cérémonie officielle où André Malraux, ministre des Affaires culturelles, fait entrer Jean Moulin au « Panthéon des Grands Hommes » de la République française. Il fait de lui à cette occasion « le symbole » de l'héroïsme français, de toute la Résistance à lui seul en l'associant à tous les résistants français, héros de l'ombre, connus et inconnus, qui ont permis de libérer la France au prix de leur souffrance, de leur vie, et de leur idéologie de liberté. Ce discours composé et prononcé par André Malraux est souvent considéré comme un des plus grands discours de la République française.

« Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi ; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé ; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et brouillard, enfin tombé sous les crosses ; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l'un des nôtres. Entre, avec le peuple né de l'ombre et disparu avec elle — nos frères dans l'ordre de la Nuit… »
« C'est la marche funèbre des cendres que voici. À côté de celles de Carnot avec les soldats de l'an II, de celles de Victor Hugo avec les Misérables, de celles de Jaurès veillées par la Justice, qu'elles reposent avec leur long cortège d'ombres défigurées. Aujourd'hui, jeunesse, puisses-tu penser à cet homme comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe du dernier jour, de ses lèvres qui n'avaient pas parlé ; ce jour-là, elle était le visage de la France... »

Ce discours légendaire est suivi du Chant des Partisans interprété par une grande chorale devant le Panthéon.

Il est prononcé dans des conditions rendant difficile la prise de son (le vent soufflait fort) et est notamment retransmis en direct dans de nombreux lycées. Des enregistrements ont été réalisés, on peut notamment l'écouter à l’audiothèque du centre Georges-Pompidou ainsi que sur le site de l'INA[38]. Le texte intégral est par ailleurs disponible sur Wikisource[39].

Le manuscrit original de ce discours est conservé et présenté au public au musée de l’ordre de la Libération situé dans l'hôtel des Invalides à Paris aux côtés de la tenue de préfet de Jean Moulin, de son chapeau, sa gabardine et son écharpe.

L'hommage de Charles de Gaulle[modifier | modifier le code]

Jean Moulin honoré à Béziers, sa ville natale. Parc des Poêtes.

Dans une note datée du , le général de Gaulle rend hommage à la conduite héroïque de Jean Moulin, alias Max :

« MAX, pur et bon compagnon de ceux qui n'avaient foi qu'en la France, a su mourir héroïquement pour elle.

Le rôle capital qu'il a joué dans notre combat ne sera jamais raconté par lui-même, mais ce n'est pas sans émotion qu'on lira le JOURNAL que Jean Moulin écrivit à propos des évènements qui l'amenèrent, dès 1940, à dire NON à l'ennemi.

La force de caractère, la clairvoyance et l'énergie qu'il montra en cette occasion ne se démentirent jamais. Que son nom demeure vivant comme son œuvre demeure vivante[40] ! »

Plus tard, dans ses Mémoires de guerre, Charles de Gaulle rend de nouveau hommage à Jean Moulin en ces termes :

« Cet homme, jeune encore, mais dont la carrière avait déjà formé l'expérience, était pétri de la même pâte que les meilleurs de mes compagnons. Rempli, jusqu'aux bords de l'âme, de la passion de la France, convaincu que le « gaullisme » devait être, non seulement l'instrument du combat, mais encore le moteur de toute une rénovation, pénétré du sentiment que l'État s'incorporait à la France Libre, il aspirait aux grandes entreprises. Mais aussi, plein de jugement, voyant choses et gens comme ils étaient, c'est à pas comptés qu'il marcherait sur une route minée par les pièges des adversaires et encombrée des obstacles élevés par les amis. Homme de foi et de calcul, ne doutant de rien et se défiant de tout, apôtre en même temps que ministre, Moulin devait, en dix-huit mois, accomplir une tâche capitale. La Résistance dans la Métropole, où ne se dessinait encore qu'une unité symbolique, il allait l'amener à l'unité pratique. Ensuite, trahi, fait prisonnier, affreusement torturé par un ennemi sans honneur, Jean Moulin mourrait pour la France, comme tant de bons soldats qui, sous le soleil ou dans l'ombre, sacrifièrent un long soir vide pour mieux « remplir leur matin »[41]. »

Hommages[modifier | modifier le code]

Plaque à la mémoire de Jean Moulin en gare de Metz.

Jean Moulin est le quatrième homme le plus célébré au fronton des 67 000 établissements scolaires français (recensement en 2015) : 434 écoles, collèges et lycées lui ont donné son nom, derrière Saint Joseph (880), Jules Ferry (642) et Jacques Prévert (472),, mais devant Jean Jaurès (429), Jeanne d'Arc (423), Antoine de Saint-Exupéry (418), Victor Hugo (365), Louis Pasteur (361), Marie Curie (360), Pierre Curie (357), Jean de la Fontaine (335)[42]. L'université Lyon III) porte son nom. La quarante-troisième promotion de commissaires de police issue de l'École nationale supérieure de la Police, entrée en fonction en 1993, porte également son nom.

Jean Moulin est devenu le résistant le plus célèbre et le plus honoré de France. Comme l'explique son biographe Jean-Pierre Azéma, c'est le seul dont pratiquement tous les Français connaissent le nom et le visage, en particulier grâce à sa célèbre photo en noir et blanc, celle à l'écharpe et au chapeau mou. Cela au risque de faire parfois oublier d'autres grands organisateurs de l'armée souterraine, et de reléguer dans l'ombre d'autres martyrs héroïques de la lutte clandestine tels que François Verdier, Pierre Brossolette, Jean Cavaillès ou Jacques Bingen. Jean Moulin est ainsi devenu le symbole et le visage même de la Résistance. Le , dans le hall central de la gare de Metz (qui porte son nom), un hommage mémoriel a été rendu à cette figure de la Résistance française, sous la forme d'une œuvre monumentale du sculpteur allemand Stephan Balkenhol[43].

La journaliste Ghislaine Ottenheimer affirme que Jean Moulin aurait été franc-maçon[44], mais aucun historien n'a pu le confirmer. En revanche les ouvrages de Daniel Ligou et André Combes confirment que son père Antoine-Émile Moulin l'était[45],[46]. Sa famille confirme que son père Antoine Émile Moulin était bien franc-maçon mais affirme que Jean Moulin ne l'était pas[47].

Le célèbre portrait de Jean Moulin[modifier | modifier le code]

La représentation de Jean Moulin participe à la symbolique de la Résistance.

La célèbre photographie de Jean Moulin, portant un chapeau, réalisée en noir et blanc, est prise par son ami Marcel Bernard, au cours de l'hiver 1939, à Montpellier, en contrebas du château d'eau du Peyrou[20].

Le photographe est un ami d'enfance et voisin, résidant au 4 de la rue d'Alsace, en face du Champ-de-Mars, à Béziers. Jean Moulin est né au no 6 de la même rue. Marcel Bernard habite au no 4 jusqu'à sa mort en 1991. Par une ironie de l'histoire, des résistants du maquis de Fontjun (venus des villages des environs, Capestang, Montady, Puisserguieretc.) ont été fusillés par l'occupant allemand sur la place du Champ-de-Mars, le , veille du débarquement de Normandie.

Controverses[modifier | modifier le code]

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Plaque apposée sur un immeuble de la Grand rue Jean Moulin à Montpellier.

Lorsqu'il vient à la réunion de Caluire, René Hardy, qui a déjà été arrêté par la Gestapo, puis libéré, serait suivi par celle-ci. Certains estiment qu'il s'agit d'une trahison, d'autres d'une imprudence fatale. Certains résistants tentent plus tard d'assassiner Hardy. Ayant rejoint d'autres secteurs de la Résistance, il passe deux fois en jugement après la Libération à cause de cette suspicion qui pèse sur lui. Il est acquitté une première fois en 1947, au bénéfice du doute, mais au lendemain même de son jugement, la découverte d'une pièce infirmant ses déclarations le fait à nouveau incarcérer. Il est jugé en 1950 par un tribunal militaire qui l'acquitte au bénéfice de la "minorité de faveur", 4 jurés l'ayant déclaré coupable et 3 innocent.[réf. nécessaire][48]

Henri Frenay, lui, a la conviction que Lydie Bastien, maîtresse de René Hardy, a joué un rôle très trouble dans cette affaire. Dans le livre qu'il lui consacre, Pierre Péan émet l'hypothèse qu'elle aurait été la maîtresse de Harry Stengritt, un adjoint de Klaus Barbie[49].

La controverse est relancée au cours du procès de Klaus Barbie. Son avocat, Me Jacques Vergès, insinue que les Aubrac ont trahi Jean Moulin et fait signer à Barbie un « testament ». Quelques historiens et quelques journalistes reprennent ce testament à leur compte ou s'appuient sur des documents du KGB pour dénoncer ce qu'ils pensent être des relations entre le stalinisme et la résistance. Aujourd'hui, les thèses contestées de ces historiens ont été largement réfutées : il n'est pas fait grand crédit aux déclarations prêtées par Vergès à Barbie.[réf. nécessaire]

Il faut par exemple citer, dans le même registre, le livre controversé du journaliste et historien lyonnais Gérard Chauvy, paru en 1997. Malgré le soutien de Stéphane Courtois, universitaire et spécialiste du communisme, lors du procès en diffamation intenté par les Aubrac[50], et malgré la longue hésitation d'un certain nombre d'historiens de l'Institut de l'histoire du temps présent (François Bédarida, Jean-Pierre Azéma, Henry Rousso), beaucoup se sont prononcés sans ambiguïté contre Chauvy et ses méthodes, prenant parti pour les Aubrac.

Jacques Baynac soutient quant à lui la thèse d'une arrestation créditée au seul engagement policier de la Gestapo, sans aucune dénonciation[51].

Par ailleurs, certains, comme Henri Frenay[52], chef du réseau Combat, ou l'avocat et historien Charles Benfredj[53] accusent Jean Moulin d'avoir été cryptocommuniste, c'est-à-dire d'avoir par ses relations dans les milieux radicaux secrètement favorisé les intérêts pro-soviétiques en France en détournant notamment l'aide anglo-américaine aux mouvements de résistance ; ils évoquent ses liens avec Pierre Cot, lui-même proche du communisme, et d'autres sympathisants issus de la CGT, du mouvement de résistance communiste Front national et du parti communiste proprement dit qui seront représentés au sein du CNR[54] (sur les dix-neuf participants à la réunion fondatrice du CNR, deux représentent le parti communiste et le Front national et un la CGT). Henri Frenay lui reproche également d'avoir voulu réhabiliter les partis de la IIIe République au sein du CNR, au détriment des mouvements de Résistance qui, pour certains, se voulaient seuls légitimes à diriger la France à la Libération.

Thierry Wolton met en avant quant à lui les liens existant entre Jean Moulin et Harry Robinson, chef clandestin (Residenz) d'un des principaux réseaux de renseignement de l'Armée rouge en Europe, notamment au travers du communiste Maurice Panier[55].

Les défenseurs de Jean Moulin font remarquer qu'il avait accepté de s'entourer d'hommes venus de tous horizons — ses deux plus proches collaborateurs, son secrétaire Daniel Cordier et son successeur Georges Bidault, sont ainsi à l'époque issus l'un de l'Action française royaliste, l'autre de la démocratie-chrétienne — et qu'il aurait été comme tout le monde assez méfiant envers les communistes, depuis l'épisode du Pacte germano-soviétique, ayant plutôt cherché à les contenir et à les ranger sous la discipline commune d'une Résistance unifiée.[réf. nécessaire]

Pour répondre aux diverses critiques entourant Jean Moulin, et démentir notamment les accusations de cryptocommunisme, son ancien secrétaire Daniel Cordier a entrepris à la fin des années 1970 une biographie en six volumes. Refusant l'emploi des souvenirs personnels et des témoignages oraux facilement imprécis ou déformés par le temps, Daniel Cordier s'est appuyé sur les archives de Jean Moulin en sa possession, sur une patiente étude critique des documents écrits, et sur un effort de rétablissement de la stricte chronologie des faits. Publiée entre 1989 (Jean Moulin – L'inconnu du Panthéon, t. 1, J.Cl. Lattès) et 1999 (Jean Moulin – La République des catacombes, Gallimard), la somme de Daniel Cordier, et son apport à l'histoire de la résistance intérieure française, dont il ne cherche pas à gommer les aspérités et les difficultés, ont été discutés, notamment par Charles Benfredj, historiographe d'Henri Frenay[56]. Dans un documentaire de 2003 (Jean Moulin, lettre à un inconnu), réalisé par William Karel et produit par « Point du jour », diffusé par la chaîne « TV Histoire », il déclare que l'annuaire de la Résistance ne mentionne curieusement pas le nom de Jean Moulin.

Vie privée[modifier | modifier le code]

La vie privée de Jean Moulin est sujette à controverses. En 2003, le Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes supervisé par Didier Eribon évoque « l'éventuelle homosexualité ou bisexualité d'un grand résistant, comme Jean Moulin », relevant par ailleurs les prédispositions des homosexuels de l'époque à entrer en résistance, ayant déjà l'expérience de la clandestinité avec leur vie privée. Dans Jean Moulin, l'ultime mystère, Pierre Péan et Laurent Ducastel consacrent un chapitre à ce sujet, « L'était-il ? », évoquant « un séducteur, goûtant des plaisirs charnels avec des filles, éventuellement avec des garçons », notant toutefois que « les voix officielles de la Libération s'efforceront toujours de nier la présence d'homosexuels dans la Résistance, image qui fut longtemps peu conforme à l'idée que la France avait de ses héros » (Jean-Paul Sartre notant par exemple dans un article de 1949 les prédispositions des milieux homosexuels parisiens à la collaboration). Ami de Jean Moulin, le poète Max Jacob était pour sa part un homosexuel assumé. Au musée Jean-Moulin, on affirme pourtant que le résistant était « un homme à femmes, séducteur avec ça - un vrai tombeur », alors que l'historien Thomas Rabino, dans L'autre Jean Moulin (2013) ne recense que trois liaisons féminines au cours de sa vie, dont celle avec Marguerite Cerruty, qui fut son épouse entre 1927 et 1928. Le résistant Daniel Cordier, par ailleurs homosexuel, interrogé pour le livre de Pierre Péan, affirme ne pas avoir lu le chapitre consacré à sa sexualité, se contentant d’affirmer que « c'était un homme à femmes »[11].

Décorations[modifier | modifier le code]

Ruban Décoration
Officier de la Légion d'honneur Officier de la Légion d'honneur (décret du 1er octobre 1945)
Compagnon de la Libération Compagnon de la Libération (décret du 17 octobre 1942, sous le pseudonyme de caporal Mercier)
Médaille militaire Médaille militaire
Croix de guerre 1939-1945 with palm (France) - ribbon bar.png Croix de guerre 1939-1945 avec palme (décret du 1er octobre 1945)
Chevalier du Mérite Agricole Chevalier du Mérite agricole
Médaille Interalliée 1914-1918 Médaille interalliée 1914-1918, dite « Médaille de la Victoire »
Médaille commémorative de la guerre 1914-1918 Médaille commémorative de la guerre 1914-1918
Médaille commémorative des Services Volontaires dans la France Libre Médaille commémorative des services volontaires dans la France libre (médaille FFL)
Médaille commémorative de la guerre 1939-1945 Médaille commémorative de la guerre 1939-1945 avec barrettes « France » et « Libération »
médaille d’or l’Éducation physique Médaille d’or de l'Éducation physique
Médaille d'argent de l'Assistance publique Médaille d'argent de l'Assistance publique
Médaille d'argent des Assurances sociales Médaille d'argent des Assurances sociales
Médaille d'argent de la Prévoyance sociale Médaille d'argent de la Prévoyance sociale
Chevalier de la Couronne d'Italie Chevalier de la Couronne d'Italie (Italie, 1926)
Ordre de la Couronne yougoslave Ordre de la Couronne yougoslave (en) (Royaume de Yougoslavie)
Ordre du Jade Brilliant Ordre du Jade brillant (Chine, 1938)

Ouvrage[modifier | modifier le code]

Plaque apposée sur le cabanon de La Taye où Jean Moulin a été torturé, commune de Saint-Georges-sur-Eure (Eure-et-Loir).
  • Premier combat, journal posthume de Jean Moulin, préface du général de Gaulle, publié aux éditions de Minuit en 1947. Ce journal, récit des événements qui se sont déroulés à Chartres du au mois de , a été écrit par Jean Moulin à Saint-Andiol après sa révocation par le gouvernement de Vichy le  ; il y relate notamment l’épisode tragique des 17-, lorsqu’il refuse, sous les coups, de signer un document accusant à tort les tirailleurs sénégalais de massacres sur les populations civiles, et tente de se suicider pour défendre leur honneur[57] :

« Pendant sept heures j'ai été mis à la torture physiquement et mentalement. Je sais qu'aujourd'hui je suis allé jusqu'à la limite de la résistance. Je sais aussi que demain, si cela recommence, je finirai par signer. (...)
Et pourtant, (...) je ne peux pas être complice de cette monstrueuse machination. (...) Je ne peux pas sanctionner cet outrage à l'Armée Française et me déshonorer moi-même. (...)
Je sais que le seul être humain qui pourrait encore me demander des comptes, ma mère, (...) me pardonnera lorsqu'elle saura que j'ai fait cela pour que des soldats français ne puissent pas être traités de criminels et pour qu'elle n'ait pas, elle, à rougir de son fils. »

Filmographie[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Télévision[modifier | modifier le code]

Musées dédiés à Jean Moulin[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir le facsimilé de l'ordre de mission signé par le général de Gaulle [26].
  2. a, b, c, d, e, f et g Interprétant le rôle de Jean Moulin.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Christine Levisse-Touzé et Dominique Veillon, Jean Moulin : artiste, préfet, résistant, Éditions Tallandier, 2013.
  2. « Lettre du général de Gaulle à Laure Moulin - 8 avril 1947 », sur charles-de-gaulle.org (consulté le 25 août 2013).
  3. « Hommage à Jean Moulin le 10 juillet 2014 en gare de Metz », sur moselle.gouv.fr (consulté le 12 septembre 2015).
  4. Décret du du ministère des Armées, Journal officiel du .
  5. a, b, c et d Le mystère des cendres de Jean Moulin sur lemonde.fr, article consulté le 10 septembre 2015.
  6. Registre d'état civil de Béziers (1899), Archives départementales de l'Hérault.
  7. Anne-Laure Pineau, « Le Village sans hommes », Causette, février 2013, no 32, p. 58.
  8. Zamponi, Bouveret et Allary 1999, p. 11.
  9. « Jean Moulin », sur saint-andiol.fr.
  10. Acte de baptême no 18 (1899) de la paroisse de Saint-Andiol, archidiocèse d'Aix-en-Provence, cité par Thomas Rabino, L'autre Jean Moulin : l'homme derrière le héros, Paris, Perrin, 2013.
  11. a, b, c et d Guillaume Dasquié, « Le dernier secret de Jean Moulin », Vanity Fair, (consulté le 20 mai 2017).
  12. a et b Registre Matricule no 993, recrutement de Béziers, classe 1919, Archives Départementales de l'Hérault, 1 R 1328 pages 319/325.
  13. Zamponi, Bouveret et Allary 1999, p. 14.
  14. Dessins et aquarelles de Jean Moulin, présentés par Jacques Lugand, Montpellier, Presses du Languedoc, 1993, à l'occasion de l'exposition Jean Moulin, peintre et dessinateur au Musée des beaux-arts de Béziers, qui possède la collection d'art de Jean Moulin, donnée à sa ville natale par sa sœur Laure Moulin en 1975 ; rééd. Paris, Éditions de Paris, 2005 (ISBN 2-84621-068-3).
  15. André Cariou, Jean Moulin : dessinateur et amateur d'art, Musée des Beaux-Arts de Quimper, (ISBN 2906739405).
  16. « La Somme se souvient de l'autre Jean Moulin », Le Courrier Picard, (consulté le 22 octobre 2015).
  17. Zamponi, Bouveret et Allary 1999, p. 61.
  18. Zamponi, Bouveret et Allary 1999, p. 72.
  19. Zamponi, Bouveret et Allary 1999, p. 75.
  20. a et b « Autour d'une photographie – Jean Moulin face à l'ennemi, par [[Christine Levisse-Touzé]] », sur fondationresistance.org, Fondation de la Résistance (consulté le 9 juin 2007).
  21. Daniel Cordier, Jean Moulin – La République des Catacombes, Gallimard, p. 62.
  22. Zamponi, Bouveret et Allary 1999, p. 87-90.
  23. Zamponi, Bouveret et Allary 1999, p. 98.
  24. cf.La nuit finira, Mémoires, Henri Frenay chez Plon[réf. incomplète].
  25. Bédarida François, Azéma Jean-Pierre (sous la dir.de), Cordier Daniel, Jean Moulin et le Conseil national de la Résistance, IHTP, CNRS, 1983, page 51.
  26. Zamponi, Bouveret et Allary 1999, p. 104-105.
  27. Bédarida François, Azéma Jean-Pierre (sous la dir.de), Cordier Daniel, ibidem.
  28. Hervé Monjaret, « Vol vers la france », sur memorialjeanmoulin.fr.
  29. Hervé Montjaret cité dans la revue Icare no 141 : Aviateurs et résistants (t. I), p. 58 « Le soir du 31 décembre, la nuit est déjà noire […] nous prenons place dans le gros Whitley qui doit nous larguer en Provence. ».
  30. Zamponi, Bouveret et Allary 1999, p. 102-109.
  31. « Structuration de l'Armée Secrète et unification au sein des Mouvements Unis de la Résistance »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur ac-lyon.fr, académie de Lyon (consulté le 1er juillet 2011) [PDF] (mis en cache par wikiwix, vérifié le 25 août 2013).
  32. « Nice rend hommage à Jean Moulin », sur nicematin.com, Nice-Matin, (consulté le 25 août 2013).
  33. Zamponi, Bouveret et Allary 1999, p. 107-109.
  34. « L’unification de la Résistance intérieure autour de l'homme du 18 juin », sur le site france-libre.net, consulté le 9 juin 2013.
  35. cf. « La nuit finira », tome 1 des Mémoires d'Henri Frenay chez Plon[réf. incomplète].
  36. Zamponi, Bouveret et Allary 1999, p. 118.
  37. "Le mystère des cendres de Jean Moulin" par Benoît Hopquin, Le Monde, 19 décembre 2014.
  38. Discours sur le site de l'INA.
  39. André Malraux, Discours du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon, (lire sur Wikisource).
  40. Zamponi, Bouveret et Allary 1999, p. 133.
  41. Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, tome 1, L'Appel 1940-1942, Plon, p. 233.
  42. « De Jules Ferry à Pierre Perret, l'étonnant palmarès des noms d'écoles, de collèges et de lycées en France », sur lemonde.fr, (consulté en octobre 2017).
  43. http://france3-regions.francetvinfo.fr/lorraine/2014/07/10/gare-de-metz-une-sculpture-allemande-en-hommage-jean-moulin-515253.html.
  44. Ghislaine Ottenheimer, « Le vrai pouvoir des franc-maçons », L'Express, 2 avril 1998.
  45. Daniel Ligou, Dictionnaire de la Franc-maçonnerie, PUF, (ISBN 2-13-048639-8) ; réédition de 2006, p. 836.
  46. André Combes, La Franc-maçonnerie sous l'Occupation, Éditions du Rocher, (ISBN 978-2-268-04112-4), p. 173.
  47. https://jeanmoulin.fr/Hommages.
  48. Jacques Gelin, L'affaire Jean Moulin. Trahison ou complot ?, Gallimard. NRF, 595 p. (ISBN 978-2-07-013943-9), page 23.
  49. Pierre Péan, La Diabolique de Caluire, Paris, éditions Fayard, 1999, 261 p., 20 p. de planches illustrées (ISBN 2-213-60402-9).
  50. François Delpla, « Aubrac, les faits et la calomnie ».
  51. Jacques Baynac, Les Secrets de l'affaire Jean Moulin. Archives inédites sur la Résistance. Contexte, causes et circonstances, Le Seuil, 1998 (ISBN 2-02-033164-0).
  52. L'Énigme Jean Moulin, 1977.
  53. L'Affaire Jean Moulin, la contre-enquête.
  54. Charles Benfredj, Henri Frenay, la mémoire volée, éd. Dualpha.
  55. Thierry Wolton, Le Grand recrutement, Paris, Bernard Grasset, 1993.
  56. Cf. son ouvrage Henri Frenay, la mémoire volée éd. Dualpha, p. 60 et ss.
  57. L'outre-mer français dans la guerre 39-45, Petit journal de l'exposition, Mémorial du général Leclerc et de la Libération de Paris / Musée Jean Moulin, Éditions Paris Musées, 2011.
  58. [1]« Musée du général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris – Musée Jean-Moulin », sur museesleclercmoulin.paris.fr (consulté le 19 août 2013).
  59. « Le centre Jean Moulin », sur bordeaux.fr (consulté le 19 août 2013).
  60. « La prison Montluc – La prison Montluc sous l'occupation », sur chrd.lyon.fr, (consulté le 19 août 2013).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Michel, Jean Moulin l'unificateur, Paris, Hachette, 1964.
  • Jean Moulin, Premier combat, préface du général Charles de Gaulle, Paris, Minuit, 1965 (ISBN 2-70-730404-2).
  • Marguerite Storck-Cerruty, J'étais la femme de Jean Moulin, Paris, Régine Deforges, 1977 (ISBN 2-901980-74-0).
  • Henri Calef, Jean Moulin, une vie, Paris, Plon, 1980.
  • Laure Moulin, Jean Moulin, Paris, France Loisirs/ Presses de la Cité, 1982 (ISBN 2-258-01120-5).
  • Daniel Cordier, Jean-Pierre Azéma et François Bédarida, Jean Moulin et le Conseil national de la Résistance, Paris, CNRS, 1983.
  • René Hardy, Derniers mots. Mémoires., Paris, Fayard, 1984 (ISBN 2-213-01320-9).
  • Henri Nogueres, La vérité aura le dernier mot, Paris, Le Seuil, 1985 (ISBN 2-02-033164-0).
  • Daniel Cordier, Jean Moulin, l'inconnu du Panthéon (3 volumes), Paris, Lattès, 1989-1993.
  • Charles Benfredj, L'Affaire Jean Moulin, la Contre-Enquête, préface de Jacques Soustelle, Paris, Albin Michel, 1990.
  • Pierre Meunier, Jean Moulin, mon ami, Précy-sous-Thil, Éditions de l’Armençon, (ISBN 9782906594326).
  • Pierre Péan, Vies et morts de Jean Moulin, Paris, Fayard, 1998 (ISBN 2-213-60257-3).
  • Jacques Baynac, Les Secrets de l'affaire Jean Moulin. Archives inédites sur la Résistance. Contexte, causes et circonstances, Paris, Le Seuil, 1998 (ISBN 2-02-033164-0).
  • Daniel Cordier, Jean Moulin. La République des catacombes, Paris, Gallimard, 1999 (ISBN 2-07-074312-8).
  • Pierre Péan, La Diabolique de Caluire, Paris, Fayard, 1999.
  • Francis Zamponi, Nelly Bouveret et Daniel Allary, Jean Moulin : Mémoires d'un homme sans voix, Éditions du Chêne, , 144 p. (ISBN 2-842772407).Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean-Pierre Azéma (direction), Jean Moulin face à l'histoire, Paris, Flammarion, 2000 ; rééd. coll. « Champs », 2004.
  • Jean-Pierre Azéma, Jean Moulin, Paris, Perrin, 2003.
  • Jean-Pierre Azéma, « Jean Moulin, enquête sur un héros », Les collections de L'Histoire, no 37,‎ , p. 66 (lire en ligne).
  • Jacques Baynac, Présumé Jean Moulin (juin 1940 - juin 1943). Esquisse d'une nouvelle histoire de la Résistance, Paris, Grasset, 2007.
  • Michel Quint, Max, Paris, Perrin, 2008.
  • Daniel Cordier, Jean Moulin. La République des catacombes, tome 1, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 2011, (ISBN 2-07-034974-8).
  • Daniel Cordier, Jean Moulin. La République des catacombes, tome 2, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 2011 (ISBN 2-07-034974-8).
  • Michel Fratissier, Jean Moulin ou la fabrique d'un héros, Paris, L'Harmattan, 2011 (ISBN 978-2296466999).
  • Christine Levisse-Touzé et Dominique Veillon, préface Jean-Pierre Azéma, postface Daniel Cordier, Jean Moulin : artiste, préfet, résistant, Paris, Tallandier, 2013.
  • Thomas Rabino, L'Autre Jean Moulin, l'homme derrière le héros, Paris, Perrin, 2013.
  • Alain Minc, L'Homme aux deux visages. Jean Moulin, René Bousquet : itinéraires croisés, Paris, Grasset, 2013.
  • Jacques Gelin, L'Affaire Jean Moulin : trahison ou complot ?, Paris, Gallimard, 2013 (ISBN 2-07-013943-3).
  • Alexandre Adler, Quand les Français faisaient l'histoire, Paris, Grasset, 2014 (ISBN 978-2246811343).
  • Pierre Péan et Laurent Ducastel, Jean Moulin, l'ultime mystère, Paris, Albin Michel, 2015 (ISBN 2226319166).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]