Eugène Sue

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Eugène Sue
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Portrait d'Eugène Sue par François-Gabriel Lépaulle.

Naissance
Paris, Drapeau de la France France
Décès (à 53 ans)
Annecy-le-Vieux, royaume de Sardaigne
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture Français

Marie-Joseph Sue dit Eugène Sue, né le [1] à Paris et mort en exil le à Annecy-le-Vieux (Duché de Savoie), est un écrivain français.

Il est principalement connu pour deux de ses romans-feuilletons à caractère social : Les Mystères de Paris (1842-1843) et Le Juif errant (1844-1845).

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Son père, Jean-Joseph Sue (1760-1830), (fils), était chevalier héréditaire par lettres patentes du 17 février 1815 (issu d'une lignée de chirurgiens parisiens originaire de Provence). Après avoir été chirurgien de la Garde impériale de Napoléon 1er, puis médecin chef de la maison militaire du roi, était professeur d'anatomie et médecin consultant du roi lui-même. La marraine d'Eugène n’était autre que Joséphine et son parrain Eugène de Beauharnais.

Eugène étudie au lycée Condorcet. Il se révèle être un élève médiocre et turbulent, puis un jeune homme dont les frasques défraient la chronique. En 1821, il abandonne le lycée en classe de rhétorique et grâce à son père est admis sans difficulté comme stagiaire à la Maison militaire du roi. Après deux ans d'apprentissage il est affecté en 1823 aux hôpitaux de la 11ème division militaire de Bayonne. La même année, il soigne les blessés de la prise de Trocadéro. Il s'ensuit une occupation du territoire espagnol et son affectation à l'hôpital militaire de Cadix. Il y demeure jusqu'en 1825. C'est là qu'il écrit sa première œuvre: un A-propos dramatique sur le sacre de Charles X. Il a même l'honneur de le voir représenter une fois devant les notables de la ville.

Tenté par la littérature, il démissionne en 1825 de son poste et part pour Paris. Ses premiers textes paraissent dans deux petits journaux: La Nouveauté et Le Kaléidoscope. Mais il revient assez vite à son premier métier et s'embarque en 1826 sur la corvette le Rhôn, à destination des mers du sud, comme chirurgien de la marine. Pendant trois ans, il occupe ce poste en mer, passant d'un navire militaire à l'autre (le Foudroyant, le Breslaw), allant des Antilles à la Méditerranée orientale. En 1827, à Navarin, il assiste à la destruction de la flotte turque par une coalition regroupant la France, l'Angleterre et les États-Unis. En 1828, de retour aux Antilles, il est gravement atteint par la fièvre jaune mais s'en sort notamment grâce aux soins d'une femme de couleur dont il s'est épris. Sue se servira de cette expérience riche en couleur et en drames pour écrire ses romans maritimes.

Dandy de 26 ans, il hérite en 1830 de la fortune paternelle, devient l’amant des plus belles femmes de Paris (il est surnommé le « Beau Sue »). Il adhérera au très snob Jockey Club dès sa création en 1834. Il dilapide la fortune de son père en sept ans, et se tourne encore davantage vers la littérature pour s'assurer des revenus.

Œuvre littéraire[modifier | modifier le code]

Eugène Sue est l’auteur, selon ce qu’en rapporte la bibliographie établie par Francis Lacassin, de sept romans exotiques et maritimes, onze romans de mœurs, dix romans historiques, quinze autres romans sociaux (dont une série intitulée Les Sept Péchés capitaux), deux recueils de nouvelles, huit ouvrages politiques, dix-neuf œuvres théâtrales (comédie, vaudeville, drame) et six ouvrages divers.

Les premiers romans[modifier | modifier le code]

Au moment où il commence à écrire ses premiers récits, dans les années 1830, la France est précisément sous le charme des romans maritimes de James Fenimore Cooper. Fort de son expérience et d'un talent de conteur et de styliste bien supérieur à ses rivaux (notamment Édouard Corbière), Eugène Sue publie des romans de mer (Kernok le pirate, El Gitano, Atar-Gull, La Salamandre) qui obtiennent un réel succès.

Sue est beaucoup moins soucieux d'exotisme que d'une action aventureuse, de caractères forts et de situations dramatiques. Il s'inscrit résolument dans un romantisme noir. Francis Lacassin, dans une préface à ces romans maritimes, écrit que Sue "pousse au sublime des personnages exacerbés, avec un pinceau expressionniste." L'une des originalités de ces récits est également la grande part qui y est faite au comique et à l'ironie. A l'image des Romantiques et de Victor Hugo, Eugène Sue recherche l'alliance du sublime et du grotesque. Il intègre aussi déjà une véritable critique sociale au cœur de ses romans (comme il le fera plus tard dans ses œuvres maîtresses): la traite négrière dans Atar-Gull, la religion dans El Gitano...

Ces romans suscitent l'admiration d'écrivains de renom. Dans son compte-rendu de La Salamandre dans La Revue des deux mondes (1832), Balzac loue "la science d'observation de l'auteur", "une action triste et sombre, semée de scènes du comique le plus vrai et de descriptions éblouissantes, un style chaleureux, des idées neuves, et surtout la singulière faculté de colorer tout de poésie." Sainte-Beuve déclarera également en 1840: "à Eugène Sue l'honneur d'avoir risqué le premier roman français en plein Océan, d'avoir le premier découvert notre Méditerranée en Littérature!"

Néanmoins, malgré le succès de ses premiers romans, Eugène Sue situe de plus en plus ses récits maritimes dans une perspective historique: La Vigie de Koat-Vën, Le Morne-au-Diable. Il se tourne finalement vers le roman historique, très en vogue à l'époque (Latréaumont, Jean Cavalier...) et vers le roman de mœurs (Cécile ou Une femme heureuse, Arthur...). Dans ce dernier genre, il y décrit les mœurs et les perversités du monde. Son succès devient cependant plus inégal.

Les Mystères de Paris et les romans sociaux[modifier | modifier le code]

Sue a la plume facile, il se convertit au socialisme et écrit entre 1842 et 1843 Les Mystères de Paris, inspiré par un ouvrage illustré, paru en Angleterre, sur le thème des mystères de Londres. Eugène Sue y invente des situations si complexes que, comme le révèle Ernest Legouvé dans Soixante ans de souvenirs, il ignore souvent comment les dénouer. Ce roman suscite un intérêt énorme dans toutes les couches de la société. Théophile Gautier écrit : « Des malades ont attendu, pour mourir, la fin des Mystères de Paris ». Le succès est immense et dépasse les frontières[2] et il influence sa vie publique — Sue est élu député de la Seine — ainsi que son orientation littéraire. Il inspire à Léo Malet, au siècle suivant, la série Les Nouveaux Mystères de Paris.

Eugène Sue publie ensuite Le Juif errant, également en feuilleton dans Le Constitutionnel.

On commence à mieux reconnaître l’intérêt des Mystères du peuple, fresque historique et politique dont le ton est donné par son exergue : « Il n’est pas une réforme religieuse, politique ou sociale, que nos pères n’aient été forcés de conquérir de siècle en siècle, au prix de leur sang, par l’insurrection. » Il est censuré par le Second Empire.

Le projet remonte aux mois qui ont suivi l’échec de la révolution de 1848. Et, en novembre 1849, Maurice Lachâtre, son ami et éditeur, met en vente les premières livraisons des Mystères du peuple, utilisant pour ce faire un système de fidélisation par primes et une distribution par la poste, qui permet de déjouer la censure. Malgré ces précautions, la publication en sera interrompue à plusieurs reprises, mise à l’Index par Rome, condamnée par les évêques de France et inquiétée par la police.

Elle ne fut achevée qu’en 1857, mais juste à ce moment, 60 000 exemplaires furent saisis. Le choc fut tel qu’il aggrava l’état de santé du romancier. Malade et exilé, il succomba. Malgré sa disparition, le tribunal, suivant le réquisitoire du procureur Ernest Pinard, condamna l’imprimeur et l’éditeur, et ordonna la saisie et la destruction de l’ouvrage.

Politique[modifier | modifier le code]

Caricature de l'Assemblée législative par Charles-Marie de Sarcus. Sue est représenté parmi les députés fuyant Émile de Girardin.

Il fut député républicain, libre-penseur et socialiste de la Seine, élu le 28 avril 1850 face au conservateur Alexandre Leclerc, à l'Assemblée législative. Lorsque Louis-Napoléon Bonaparte effectua son coup d’État, il dut s’enfuir en 1851 et s’exiler.

Il fut accueilli dans les États de Savoie même si le clergé local s’opposa à sa venue. De fait, le roi Victor-Emmanuel II et son chef du gouvernement, Massimo d'Azeglio, sont favorables aux idées libérales. Il finit par s’installer à Annecy-le-Vieux où il vécut de 1851 jusqu’à sa mort en 1857. C'est un autre proscrit républicain, le colonel Charras, qui assista à ses derniers instants et accomplit sa volonté d'être inhumé civilement « en libre-penseur »[3]. Ses obsèques donnèrent lieu à un immense rassemblement, bien qu'elles aient eu lieu à six heures du matin, pour éviter tout rassemblement. Il fut enterré à Annecy, au cimetière de Loverchy, dans le carré des "dissidents" (non catholiques)[4].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Il reçoit le 10 mars 1839 la Légion d'honneur — pour son Histoire de la Marine —, en même temps que ses confrères Alfred de Musset et Frédéric Soulié.

Il écrit à ce sujet, dans Une page de l'histoire de mes livres : « J'ai reçu — unique faveur — la croix de la Légion d'honneur il y a quinze ans, grâce à la bienveillante et courtoise initiative de M. de Salvandy, alors ministre de l'instruction publique. »

Liste des œuvres[modifier | modifier le code]

Romans exotiques et maritimes[modifier | modifier le code]

  • Kernok le pirate (1830)
  • El Gitano (1830)
  • Plik et Plok (édition collective de Kernok et de El Gitano) (1831)
  • Atar-Gull (1831)
  • La Salamandre (1832)
  • La Vigie de Koat Vën (1833)
  • Histoire de la Marine (1835)
  • Le Morne-au-diable ou l'Aventurier (1842)

Romans de mœurs[modifier | modifier le code]

  • Cécile ou Une femme heureuse
  • Arthur (1839)
  • Mathilde, Mémoires d'une jeune femme (1841), (l'édition de 1845 est illustrée par Célestin Nanteuil)
  • Paula Monti ou l'Hôtel Lambert (1842)
  • Thérèse Dunoyer (1842)
  • L'Amiral Levacher (1852)
  • Ferdinand Duplessis ou les Mémoires d'un mari (1852-1853)
  • Gilbert et Gilberte (1853)
  • La Marquise Cornélia Alfi (1853)
  • La Famille Jouffroy - Mémoires d'une jeune fille (1854)
  • Les Secrets de l'oreiller (1858)

Romans historiques[modifier | modifier le code]

  • Latréaumont (1837)
  • Le Marquis de Létorière ou l'Art de plaire (1838)
  • Godolphin Arabian (1838)
  • Kardiki (1839)
  • Deleystar (édition collective du Marquis de Létorière, Godolphin Arabian, Kardiki) (1839)
  • Jean Cavalier ou les Fanatiques des Cévennes (1840)
  • Aventures de Hercule Hardi ou la Guyane en 1772 (1840)
  • Le Colonel de Surville, histoire du temps de l'Empire, 1810 (1840)
  • Deux Histoires (édition collective de Hercule Hardi et du Colonel de Surville) (1840)
  • Le Commandeur de Malte (1841)

Romans sociaux[modifier | modifier le code]

  • Les Mystères du peuple (1849-1857)
  • Les Enfants de l'amour (1850)
  • Les Misères des enfants trouvés (1851)
  • Miss Mary ou l'Institutrice (1851)
  • La Bonne Aventure (1851)
  • Le Diable médecin (1854-1856)
  • Les Fils de famille (1856)

Ouvrages politiques[modifier | modifier le code]

  • Le Républicain des campagnes (1848)
  • Le Berger de Kravan ou Entretiens socialistes et démocratiques (...) sur la prochaine présidence (1848)
  • De quoi vous plaignez-vous? (1849)
  • Sur les petits livres de MM. de l'Académie des sciences morales et politiques et sur les élections (1849)
  • Eugène Sue aux démocrates socialistes du département de la Seine (1850)
  • Jeanne et Louise ou les Familles des transportés (1853)
  • La France sous l'Empire (1857)
  • Lettres sur la réaction catholique (1857)

Ouvrages divers[modifier | modifier le code]

  • La Coucaratcha, recueil de nouvelles (1832-1834)
  • Histoire de la Marine (1835-1837)
  • Histoire de la marine militaire de tous les peuples (1841)
  • Comédies sociales et scènes dialoguées (1846)
  • Une page de l'histoire de mes livres (1857)

Iconographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • In Les Mystères de Paris (réédition de 1989, éditions Robert Laffont, collection « Bouquins ») :
    • Introduction (18 p.). Armand Lanoux, de l’Académie Goncourt.
    • Préface : « Les Mystères de Paris » et leurs lecteurs (9 p.). Francis Lacassin.
    • Eugène Sue vu par Alexandre Dumas (36 p.).
    • Chronologie (6 p.). Francis Lacassin.
    • Bibliographie (4 p.). Francis Lacassin.
  • In le Juif errant (réédition de 1983, éditions Robert Laffont, collection « Bouquins ») :
    • Préface (7 p.). Francis Lacassin.
    • Chronologie : Eugène Sue et son temps. Francis Lacassin.
  • Eugène Sue et le Roman feuilleton. Nora Atkinson. Paris, A. Nizet & M. Bastard : 1929. 219 p. In-4°
  • Eugène Sue, auteur des Mystères du peuple, à la barre de l’histoire.... Édouard Wautier d'Halluvin. Paris, Dentu : 1851. 32 p. In-8°
  • Eugène Sue : apologie des Mystères de Paris. Adolphe Porte. Paris : 1864. In-4°, XXXII p.
  • Eugène Sue et la Seconde République. Pierre Chaunu. Paris, Presses universitaires de France : 1948. 71 p. In-16°. Collection du Centenaire de la Révolution de 1848 publiée sous le patronage du Comité National du centenaire.
  • Eugène Sue, le roi du roman populaire. Dandy mais socialiste par Jean-Louis Bory, Hachette, 1962.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La date de naissance d’Eugène Sue varie selon ses biographes : le 17 janvier 1803 (selon Maurice Lachâtre), le (Alexandre Dumas), le (Eugène de Mirecourt), le (Paul Ginisty), le (Francis Lacassin). Selon Jean-Louis Bory, Eugène Sue serait né le V pluviôse an XII de la République, soit le , ce que confirme son acte de naissance conservé aux Archives de Paris. Dans une lettre inédite à son éditeur Maurice Lachâtre, Eugène Sue indique sa date de naissance en vue d'un article de dictionnaire. Il écrit : "Marie-Joseph-Eugène Suë né à Paris 17 Janvier 1804 an XII de la république !".
  2. Voir l’étude de B. Palmer Mysterymania. The Reception of Eugène Sue in Britain, Oxford, Peter Lang, 2003
  3. Horace de Viel-Castel, Mémoires sur le règne de Napoléon III 1851-1864, Paris, Robert Laffont, 2005, p. 604 (jeudi 13 août 1857).
  4. Extrait de l'acte de décès (visible en ligne sur le site des Archives départementales de la Haute-Savoie) : « Le cadavre a été inhumé le jour neuvième du mois d'août dans le cimetière protestant d'Anneci ».

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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  • Ses œuvres sur le Projet Gutenberg, dont Les Mystères de Paris, Le Juif errant, L’Alouette du casque, Victoria, la mère des camps